Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

23/05/2010

Les trois "p"

Pour continuer dans le descriptif des abréviations par signes spéciaux, parlons des trois « p ».

Les prépositions françaises « par » et « pour », tout comme les préfixes « pré », « par », « per », « pro » et « pour » sont abrégés par la seule lettre « p ».

Trois prépositions héritées du latin, « per, prae ou proe et pro », reviennent sans cesse en français soit comme prépositions en tant que telles soit comme préfixes ou même comme composantes dans un grand nombre de mots. Ainsi,  « per » est le préfixe « per » ou « par ». Il a aussi donné la préposition française « par ». « Prae » ou « proe » est devenu « pré ». Et « pro » s’est transmis tel quel comme préfixe ou a donné « pour ».

Ces prépositions et préfixes sont très fréquents. En effet, outre les prépositions « par » et « pour », le français comporte l’une de ces syllabes dans nombre de mots.

Soit en position initiale du mot, en préfixe comme dans promettre, pourfendre, personne, participer.

Soit en composition comme dans reproduire, dépourvu ou répartition.

De plus, en changeant de préfixe, les mots peuvent changer totalement de sens : prévenir ne doit pas être confondu avec parvenir, prévoir avec pourvoir et prévision avec provision.

Il en va de même pour les prépositions : ainsi « par » tous et « pour » tous.

C’est pourquoi, nos anciens scribes ont mis au point des signes distinctifs permettant de les différencier et d’éviter les contresens.

Dans les manuscrits médiévaux, calligraphiés, et encore dans les premières éditions d’imprimerie, il est aisé de faire la différence entre les trois : 

La préposition « pré » se signale par le titulus ou tilde.

Les deux autres abréviations consistent à barrer la hampe, horizontalement pour « per » ou « par », oblique pour « pro » ou « pour ».

 

3 P.JPG

Si, théoriquement, il n’y a pas de confusion possible, la personnalisation de l’écriture, surtout à partir du XVIe siècle, avec les déformations qu’entraîna la cursivité, rend malaisé de distinguer ces deux dernières abréviations, la barre étant rarement horizontale.

3 P.JPG

 

"pro se et pro aliis de predicto..." Pour soi et pour les autres du susdit

 

Les paléographes d’aujourd’hui nous conseillent, pour éviter de confondre ces deux abréviations, de suivre le « ductus » du scribe, c’est-à-dire le tracé, son geste. En effet, pour tracer « per ou « par », le scribe, sans lever la plume, dans le prolongement de la lettre à partir de la hampe, barre cette dernière. Pour former sa lettre « p », il a donc commencé par tracer la panse, puis la hampe. Au contraire, pour l’abréviation « pro » ou « pour », il barre la hampe dans le prolongement de la panse : il a donc d’abord tracé la hampe, puis la panse.

Un peu de patience, c'est avec le temps qu'on progresse ! A tous, bon dimanche de Pentecôte (ensoleillé, même en Normandie) !

 

 

 

21/03/2010

Le jambage dans l'écriture d'hier

En calligraphie, le jambage,  c’est ce petit trait théoriquement vertical, qui, lorsqu’il est seul forme le « i », lorsqu’il est double les lettres « u », « n » et « v » et lorsqu’il est triple le « m », avec aussi  bien évidemment les combinaisons de 2 + 1 jambages ou de 1 + 2 comme dans « in », « ni », « vi », « ui », etc…

Dans le déchiffrage des écritures anciennes, jusque vers le milieu du XVIIe siècle, la difficulté vient du fait que les lettres formées de jambages s’enchaînent l’une l’autre sans que le scribe ne fasse aucune césure.  Comme ici : 

Paleo.JPG

Bien sûr, grâce aux autres lettres, nous lisons sans peine  le « m » et le « n » ; cependant, il faut noter que  les jambages sont identiques et, de plus, liés par le bas.  Cette différence de liaison, dans notre écriture d’aujourd’hui,  nous permet de distinguer  le « n » et le « u ».

Comment reconnaitre sans doute possible le « m » et le « n » ?  Une tradition scripturaire, respectée généralement par tous les scribes, veut que lorsque ces lettres se trouvent en position initiale, c’est-à-dire quand elles commencent un mot, elles commencent par une attaque basse, nettement en-dessous de la ligne. De même, quand ces lettres finissent un mot, leur  dernier jambage plonge nettement sous la ligne.

Paleo.JPG

 

Comme ci-dessus, dans le mot « Martin » qui nous offre un « m » initial et un « n » final.

Paleo2.JPG
Ou encore comme dans ce texte ci-dessus extrait des comptes du receveur particulier du diocèse de Nîmes (Gard) pour l'année 1574* dont voici la traduction :
1. A Me Simon Campaignan ministre de la parolle de   -  (A M(estr)e Simon Campaignan, ministre de la parolle de)
2. Dieu en leglie refformee de nymes La somme de       -  (Dieu en l'egli(s)e refformée de Nymes, la somme de)
3. soixante livres tourn Po son estat du quartier des mois  -  (soixante livres tourn(ois) po(ur) son estat du quartier des mois)
4. de fevrier mars et avril aud m Ve Lxxiiii par quitan dud  - (de fevrier, mars et avril aud(it) M Vc LXXIIII par quitan(ce) dud(it)
5. Me Campaignan du xxxe mars - (M(estr)e Campaignan du XXXe mars)
*Extrait du 11ème cours de Paléographie sur http://sira.u-bordeaux3.fr/moyen-age/cours_paleo/c13.htm