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28/01/2014

A chacun selon ses mérites…

                                                   « Nobles, fortune, un rang, des places, tout cela rend si fier !

Qu’avez-vous fait pour tant de biens ?

Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus ! »

(Le valet Figaro au sujet de son maître - La Folle Journée par Beaumarchais – 1784)

 

En cette année 1781, au sud du département de la Manche et au cœur du canton de Villedieu-les-Poêles, la paroisse de La Lande d’Airou compte un peu plus de 1100 âmes sur lesquelles est chargé de veiller le père Alexis Pierre Gouïn, curé du village.  

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L’Eglise Saint-Martin de La Lande d’Airou (Manche)

 

Alors que pour endiguer le déficit public, le roi Louis XVI (1754-1783) ne cesse d’augmenter les taxes et de créer de nouveaux impôts, en mai, Jacques Necker (1732-1804) dénonce dans son « Compte rendu au roi sur les finances de la nation » le poids disproportionné des dépenses ! Il y fait notamment état des pensions exorbitantes accordées aux courtisans ! Partout le mécontentement monte et la colère gronde…   

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Le Tiers Etat supportant la noblesse et le clergé, caricature de 1789

 

Dans le registre paroissial des baptêmes, mariages et sépultures, l’abbé Gouïn, particulièrement soucieux d’étique sociale chrétienne, rappelle ses paroissiens à plus d’humilité. Pour étayer son propos, il fait référence non seulement à un arrêt du parlement de Rouen sur les inhumations dans les cimetières mais aussi à une décision de l’assemblée de sa propre église.  

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« Arrêt en règlement du parlement de Rouen en datte du 23 juillet présente année 1781, qui ordonne que les sépultures seront faites dans les cimetières à six pieds de profondeur et de suite sans distinction. Il est naturellement équitable que l’ordre de naître étant le même pour le Riche et pour le Pauvre, celui d’être inhumé fut égal pour l’un et pour l’autre.

Il ne falloit rien moins que l’autorité de notre Parlement pour dissiper la vanité de certains gros-coqs de Paroisse qui poussoient leur sot orgueil jusqu’à vouloir se faire choix de la poussière de son tombeau, comme si de toute place nos corps ne pourroient pas attendre en paix la Bienheureuse résurrection. Ce sage règlement a été publié par toute la province, et mis en pratique ici le 23 août à commencer par Anne Trianon enterrée en bas du cimetière à la partie du levant et ainsi de suite.

Dans l’année 1780 mois d’août, fut tenue dans le chœur de cette église une grande et solennelle assemblée (…) Il fut décidé que personne excepté le curé et le Sgn, n’ayant droit de séance distinguée dans l’église, un chacun prendroit la place ou il la trouveroit sur des bans uniformes : pouvoit-on mieux célébrer ici l’anniversaire de cette célèbre délibération, qu’en publiant et en exécutant la Loy qui ordonne que les corps morts seront couchés en terre comme l’acte de sépulture est couché sur le registre… »

 

Biblio. Registre Paroissial de La Lande d’Airou (Manche) – Revue Généalogique Normande n°104 – 4ème trimestre 2007

30/06/2013

La Verte-Bonne, une délicieuse prune normande

En aval de Rouen, les deux rives de la Seine offrent à l’arboriculture qui s’y est développée un terrain idéal repéré dès le VIIe siècle par les religieux de l’Abbaye de Jumièges qui y ont développé les premières plantations fruitières.

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Abbaye de Jumièges

 

Grâce à la nature des sols et surtout au microclimat qui règne dans ce Val de Seine, des températures douces dues aux falaises de craie blanche réfléchissant la chaleur, protégeant du vent et limitant les précipitations, les hommes ont produit ici de la vigne puis des pommes et des poires et plus tard des cerisiers, bigarreautiers et des pruniers. 

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Aujourd’hui, des quarante variétés de prunes qui étaient produites au début du siècle dernier, une majorité d’entre-elles a malheureusement disparu des étals. Heureusement, la Verte-Bonne, cette jolie prune exclusivement normande, à la chair fine et délicate, cousine de la Reine-Claude, régale toujours nos papilles.

 

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 La Verte-Bonne, prune normande

 

Comme d’habitude, pour tous les gourmands aux papilles alléchées, voici la recette de la tarte aux Vertes-Bonnes du Val de Seine, en réalité un gâteau aussi beau que délicieux.*

Pour 6 personnes, il vous faut :

pour la pâte : 200 g de farine 1 œuf, 75 g de sucre semoule, 3 cuillerées à soupe de laite, 2 cuillérées à soupe d’huile, 1 cuillerée à café de levure, 1 pincée de sel ;

pour la garniture : 400 g de Vertes-Bonnes, 125 g de beurre, 60 g de sucre semoule et 1 œuf.

Mettre la farine dans un saladier et faire une fontaine. Y verser le sel, le sucre, l’huile, l’œuf et délayer avec le lait. Incorporer la levure et bien mélanger le tout. Verser à mi-hauteur dans un moule beurré. Cuire à feu moyen (th6) pendant 15 minutes.

Pendant ce temps, laver et sécher les prunes, les couper en deux et retirer les noyaux.

Dans une jatte, battre le sucre avec le beurre fondu et l’œuf. Sortir le gâteau, le napper de cette crème. Disposer ensuite les fruits ouverture en l’air sur toute la surface ; remettre au four pendant 10 minutes.

A déguster tiède accompagné d'un verre de cidre frais !

Bon appétit !

 

*Recette extraite de « La bonne cuisine normande » de J-Boudou – Ed. Libris – Mai 2008.

09/01/2013

Promenade normande de la Marquise

Le 13 avril 1689, la Marquise, en réalité Baronne de Sévigné, née Marie de Rabutin Chantal, quitte Chaulnes en Picardie où elle vient de passer quelques jours de repos dans le château aujourd’hui disparu de son ami le Duc de Chaulnes, pour se rendre en Bretagne.  

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 La Marquise de Sévigné (1626-1696)

 

Elle se réjouit à l’idée de découvrir cette Normandie qu’elle connaît peu. Elle y est pourtant déjà venue, mais il y a de cela très longtemps, dans les années 1640, et elle en a gardé que peu de souvenirs. Elle est à Rouen le 31 avril et y passe la nuit.

Tout au long de son voyage, comme à son habitude, elle narre ses faits et gestes à sa fille, Françoise-Marguerite, comtesse de Grignan (1646-1705). 

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Ainsi, le lundi 2 mai, alors qu’elle vient d’arriver à Pont-Audemer, jolie petite cité de l’Eure d’un peu moins de 5 000 âmes,  traversée par la Risle, elle écrit : « J’ai vu le plus beau pays du monde. Il y a onze lieues d’ici à Rouen. J’ai vu toutes les beautés et les tours de cette belle Seine et les plus belles praieries du monde. Ses rives, pendant quatre ou cinq lieues ou j’étois sur le bord, n’en doivent rien à ceux de la Loire : ils sont gracieux ; ils sont ornés de maisons, d’arbres et de petits saules, de petis canaux qu’on fait sortir de cette grande rivière : en vérité, cela est beau. Je ne connaissois point la Normandie, je l’avoie vue trop jeune. »

Le jeudi 5 mai,  installée à Caen, elle raconte par ces mots son voyage : «  Nous sommes venus en trois jours de Rouen ici, sans aventures, avec un temps et un printemps charmants, ne mangeant que les meilleurs choses du monde, nous couchant de bonne heure, et n’ayant aucune sorte d’incommodités. »

Elle est sous le charme de la ville de Caen, la cité de Guillaume le Conquérant, qu’elle décrit comme « la plus jolie ville, la plus avenante, la plus gaie, la mieux située, les plus belles rues, les plus beaux bâtiments, les plus belles églises : des praieries, des promenades, et enfin la source de tous nos plus beaux esprits. » 

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Son périple l’emmène ensuite à Avranches, sur le littoral de la Manche : « Je voyais de ma chambre la mer et le mont Saint-Michel, ce mont si orgueilleux… Nous avons été sur le rivage longtemps, à toujours voir ce mont, et moi à songer toujours à ma chère fille. » 

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Arrivée à Rennes, capitale du Duché de Bretagne, le mardi 10 mai 1689, elle y est accueillie par Madame de Chaulnes, épouse du Gouverneur de Bretagne. La Marquise dit avoir fait  « cent bonnes lieues… en huit jours et demie de marche », sans se plaindre aucunement des fatigues du voyage, seulement de la poussière qui fait mal aux yeux ! 

 

 

Biblio : « Le voyage de Madame de Sévigné en Normandie » de J. Frémont – revue Généalogique Normande – 3ème trimestre 2004.