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05/03/2017

"Honi soit qui mal y pense », parole de gentleman !

Quelle belle histoire que celle de cette petite phrase ! Et même si elle est née de la légende, je ne résiste pas au plaisir de vous la conter. Cela se passe à Calais vers 1346 en pleine guerre de Cent Ans, ce conflit qui va opposer de 1337 à 1453 la dynastie des Plantagenêts à celle des Valois, et à travers elles le royaume d'Angleterre à celui de France. Pour l'heure, la ville est occupée et anglaise.

 

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 Le roi d'Angleterre Édouard III (1312-1377)

Lors d'un bal donné par le roi Édouard III (1312-1377), sa maîtresse, la comtesse de Salisbury, probablement Jeanne Plantagenêt (1328-1385), comtesse de Kent et baronne Wake de Liddel, que l'un des plus importants chroniqueurs de l'époque médiévale, Jean Froissart (1337-1404), désigne comme « la plus belle femme du royaume d'Angleterre et la plus aimable », perd en dansant une de ses jarretières, un mince ruban bleu destiné à tenir son bas sur sa jambe.

 

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 La comtesse de Kent (1328-1385)

Aussitôt, voulant faire taire les quolibets et autres railleries de ses courtisans, le roi la ramasse et l'attache à son propre genoux en disant : « Messires, honi soit qui mal y pense ! Tel qui s'en rit aujourd'hui s'honorera de la porter demain, car ce ruban sera mis en tel honneur que les railleurs le chercheront avec empressement ». « Honte à celui qui y voit du mal » et aussitôt tous les moqueurs se taisent !

 

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Le roi promet alors  à sa belle que ce ruban deviendra l'emblème d'un très noble ordre de chevalerie que les courtisans les plus fiers s’estimeront trop heureux de porter. Nommé par lui « Ordre de la Jarretière » et fondé le 23 avril 1348, jour de la Saint Georges, il est aujourd'hui le plus élevé des ordres de chevalerie britanniques et l’un des plus prestigieux au monde. Bien sûr, sa devise est  « Honi soit qui mal y pense », avec un seul « n » selon l'orthographe de l'époque. La langue anglo-normande, importée avec la conquête normande de l'Angleterre, est alors en usage à la cour. En français moderne, « honi » s'écrit avec deux « n », le participe passé du verbe honnir étant « honni ».

Cet ordre compte aujourd'hui encore 24 membres sous les ordres du « Souverain de la Jarretière », en l’occurrence la reine Élisabeth II.

 

Biblio. "Le petit livre des grandes phrases" de G. Guilleron - First Ed. 2010.

20/12/2015

Ah, these Norman ! They are everywhere*...

*Ah, ces normands ! Ils sont partout... et plus encore qu'on ne le croit ! Tenez, l'anglais, la langue de Shakespeare, cette langue "internationale", celle des affaires et de l'informatique, l'une des plus parlées au monde, cette langue dominante qui s'impose partout... et bien, en réalité, elle est parsemée de milliers de mots normands, soit une bonne moitié de son lexique !

 

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Carte des pays de langue anglaise dans le monde

"Le normand, variété particulière du gallo-roman, autrefois parlé en Normandie, fait partie des langues d'oïl. Elle s'est modifiée au contact de l’anglo-saxon en intégrant des mots et tournures issus de l’anglais. Cela a  donné naissance au dialecte appelé l’anglo-normand." Et c'est celui-ci qui est aujourd'hui encore parlé en Angleterre".

Un exemple ? Le mot "pocket" (poche en français) est un emprunt du mot normand "pouquette" désignant une petite "pouque", un sac en toile de jute, cousu sur 3 cotés, de plus ou moins grande résistance, qu'on utilisait principalement pour stocker puis  livrer les pommes à cidre et qui, à l'occasion, servait aussi de vêtement aux mendiants.

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Guillaume le Conquérant (1028-1087)

C'est au début du IIème millénaire que tout a commencé, lorsque le duc de Normandie, Guillaume le Conquérant (1028-1087), vainqueur de la bataille d’Hastings, est devenu Guillaume Ier d'Angleterre en recevant la couronne anglo-saxonne le 25 décembre 1066 dans l’abbaye de Westminster. La langue du nouveau roi devient celle du pouvoir. A cette époque, de l'autre côté de la Manche, on parle le "vieil anglais" mélange de northumbrien, anglien, saxon et kentois et de certaines langues celtiques comme le gallois, le cornique, l'écossais et le cambrien. Ce "vieil anglais" va s'effacer et, durant trois cents ans, la langue normande, synonyme de prestige et de culture, va s'imposer à la Cour comme dans toute l'aristocratie du pays, mais aussi dans le commerce, les tribunaux, l’administration et même l'éducation. Ainsi, au XIIIe et XIVe siècles, en application des règlements des Universités d’Oxford et de Cambridge, les étudiants ont le droit de parler entre eux soit en latin soit en normand, mais l'anglais leur est formellement interdit !

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La reine et le duc d’Édimbourg, lors de l’ouverture de la session parlementaire

 

Après la mort en 1135 d'Henri 1er Beauclerc, dernier fils de Guillaume le Conquérant, et l'arrivée de la dynastie des Plantagenêt, le normand cède le pas au français. Toutefois, la cour d’Angleterre va en maintenir l’usage. C'est pourquoi, aujourd’hui encore, le Parlement de Londres continue à avoir recours à des expressions anglo-normandes. Ainsi, en cas d'absence de la Reine, le greffier, qui a la responsabilité d’indiquer qu’elle est d’accord avec les lois qui ont été votées, le fait avec ces mots "La Reyne le veult". Autre témoignage de la place autrefois occupée par le normand puis le français au sein du pouvoir royal anglais, les armoiries de la couronne britannique portent toujours la devise officielle « Dieu et mon droit », de même que la devise de l’ordre de la Jarretière, le plus élevé des ordres de chevalerie, celui de « Honi soit qui mal y pense » (avec un seul « n »).

 

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet et au site https://languenormande.wordpress.com/tag/pocket.