Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

guillaume le conquérant

  • Quand une petite-cousine du Conquérant devient reine de France

    Pour ses doux yeux,  un roi de France va braver l’Eglise pendant plus d'une décennie ! L'histoire se passe à la fin du XIème siècle. Le roi Philippe Ier (1052-1108) s'emploie à agrandir et surtout asseoir son pouvoir royal en matant des vassaux rebelles et plus puissants que lui, comme son redoutable voisin, le normand et roi d'Angleterre Guillaume le Conquérant (1027/1028-1087). Pour y parvenir, il s'est allié avec Robert le Frison (1035-1093), comte de Flandre, et Foulques IV le Réchin (1043-1109), comte d'Anjou, qui se sentent tous deux également menacés par le Duc de Normandie.

    philippe et bertrade 0.JPG

    Philippe Ier (1052-1108)

    Au printemps 1092, la quarantaine venue, alors qu'il est marié depuis vingt ans à Berthe de Frise (1058-1093) qui lui a donné cinq enfants dont son fils Louis appelé à monter sur le trône après lui, il rencontre Bertrade de Montfort (1070-1118), fille de Simon de Montfort et d’Agnès d’Évreux, de 18 ans sa cadette et en tombe amoureux. Descendante des trois premiers ducs de Normandie, c'est alors une jeune femme "remplie d'agréments" au caractère bien trempé. Ambitieuse, elle se dévoilera aussi perverse et manipulatrice. Pour l'heure, elle est la quatrième épouse de l'allié de Philippe, le Comte d'Anjou. Un homme bien plus âgé qu’elle dont l'humeur querelleuse lui a valu son surnom de Réchin « qui rechigne ».

    Calcul ou passion, la comtesse, qui se verrait bien reine, déclare très vite sa flamme à roi de France déjà sous le charme. Elle lui confie sa crainte d’être répudiée par mari : «Le prince voluptueux [Philippe] ayant appris le dessein de cette femme lascive consentit au crime», affirme Orderic Vital dans son "Histoire de Normandie".

    philippe et bertrade 01.png

    Philippe et Bertrade en habits royaux (au centre) au pied de la tour où est recluse Berthe, Foulques essayant de retenir Bertrade (à droite), miniature tirée des Grandes Chroniques de France, manuscrit sur vélin, XIVe siècle, fol. 271 ro, Londres - British Library, Royal 16 G VI.

    Pour l'épouser, le roi décide de répudier sa femme en l'enfermant dans la forteresse de Montreuil sur Mer. Et le 16 mai 1092, sous la protection d'une escorte royale, Bertrade quitte le domicile conjugal et galope jusqu'à Orléans rejoindre son futur mari. L'évêque de Senlis, assisté de l’archevêque de Rouen et de l’évêque de Bayeux, unira le couple à l'automne suivant à Paris.

    philippe et bertrade 4.JPG

    Philippe et Bertrade

    Bien sûr, le mari outragé en appelle au Pape. Aux yeux de l'Eglise, Philippe est coupable d'un double adultère. Malgré d'âpres négociations, le 18 novembre 1095, au Concile de Clermont, le pape Urbain II (1042-1099) excommunie les deux amants. Philippe résiste d'autant que Berthe, accablée de honte et de chagrin, a eu le bon goût de rendre son âme à Dieu le 30 juillet 1093 et que Bertrade lui a déjà donné deux fils. Au Concile de Nîmes, en 1096, l'interdit est cette fois jeté sur tout le royaume. Partout où le suzerain se trouve, les églises se ferment, les cloches se taisent, les offices sont suspendus. Pour tenter de calmer le jeu et gagner du temps, le roi de France usent de stratagèmes. Il promet à maintes reprises de se séparer de Bertrade mais renie ses promesses les unes après les autres... Les mois et les années passent... Jusqu'à sa mort, le 29 juillet 1108, Philippe Ier s'affichera contre vents et marées avec "sa" reine.

    L'excommunication des deux amants ne sera définitivement levée qu'en 1104. Bertrade entamera ensuite un autre combat : favoriser ses fils aux dépens de Louis, celui de Berthe. En vain puisque ce dernier sera intronisé à Orléans, le 3 août 1108. Il règnera sous le nom de Louis VI le Gros. La petite cousine de Guillaume le Conquérant devenue reine de France se retirera à l’abbaye de Haute Bruyère (Yvelines) où elle mourra le 14 février 1118.

    Généalogie simplifiée de Bertrade de Monfort : Rollon le Marcheur (ca 860->985) x ca 886 à Poppa de Bayeux (ca 875-912) ˃˃ Guillaume Longue Epée (ca 901-17/12/942) x Adèle Sprota la Captive de Senlis (ca 905-14/03/955) ˃˃ Richard Ier Sans Peur de Normandie (17/02/943-20/11/996) x 960 à Gunnora la Danoise de Crepon (ca 945-05/01/1031) :

    ˃˃˃˃ Robert Ier le Danois d'Evreux (ca 965-28/03/1037) x 990 à Hérlève de Pont-Audemer (ca 968-ca1050) ˃˃ Richard D'Evreux (?- 13/12/1067) x Godehilde (ca 1004-25/07/1077) ˃˃ Agnès d'Evreux (> 1040-?) x ca 1070 Simon Ier de Montfort (ca 1030-25/09/1087) ˃˃ Bertrade de Montfort (ca1059-14/02/1117)

    ˃˃˃˃Richard II (ca 970-1026) x Judith de Bretagne (982-16/06/1017) ˃˃ Robert le Magnifique (ca 1010-02/07/1035) x Arlette de (ca 1003-1050) ˃˃ Guillaume le Conquérant (1027/28-09/09/1087).

     

    Biblio. "Toutes les drôles d'histoires de notre histoire" de D. Chirat - Ed. La Librairie Vuibert, 2018.

  • Charte entérinée par Guillaume le Conquérant et sa famille

    Regardez-bien ce parchemin ! Il s'agit d'une Charte rédigée vers 1070. Elle acte la donation d'un des familiers de Guillaume le Conquérant (1027/1028-1087), Enguerrand, fils d'Hilbert, à l'Abbaye de Saint-Ouen de deux parts de dîmes à percevoir sur sa terre de Préaux et autant de terre qu'il faudra pour construire une grange et une maison pour le granger. En échange, un clerc devra être reçu comme moine afin de prier pour lui.

    guillaume charte 00.jpg

    Parchemin de 48 x 20,5 cm - Fonds de l'Abbaye de Saint-Ouen

    Ce qui rend cette Charte particulièrement intéressante, c'est qu'elle est entérinée par les principaux membres de la famille ducale. Leur signe a été apposé sous la forme d'une petite croix en bas de l'acte, à côté de leur nom.

    guillaume charte 0.jpg

    Guillaume n'est désigné ici que comme roi d'Angleterre. Le titre ducal n'apparaît à aucun moment, bien que dans les faits la Normandie n'ait jamais été unie à l'Angleterre. Son épouse Mathilde (1031-1083) symbolise la solide politique d'alliance grâce à laquelle Guillaume consolide son pouvoir. Fille de Baudouin V, comte de Flandres, elle est la nièce du roi capétien Robert Le Pieux (996-1031).

    guillaume charte 000.jpg

    Deux des quatre fils de Guillaume apparaissent encore sur le document, Robert Courteheuse, futur Duc de Normandie et Guillaume le Roux, futur roi d'Angleterre. Ils sont désignés ici comme comtes, ce qui est bien le cas à l'époque. Le dernier fils de Guillaume, Henri Beauclerc, née en 1068 et qui devient roi d'Angleterre en 1100 n'est pas mentionné. Il en va de même pour son troisième fils, Richard, qui est entré dans les ordres en 1066*."

     

    Extrait de "12 siècles d'histoire aux Archives de Seine- Maritime" - Catalogue d'exposition - Ed. Point de vues, 2008.

  • La livre-sterling ? Encore un coup des normands !

    La livre sterling , "pound sterling" en anglais, souvent abrégé en "pound", unité monétaire officielle du Royaume-Uni datant des environs de la fin du XIe siècle, c'est-à-dire juste après l'invasion normande et la bataille de Hasting de 1066, est aujourd'hui la plus ancienne monnaie utilisée encore en circulation.

    livre sterling.jpg

    "La livre", l'unité monétaire, est née de la "livre romaine", l'unité de poids de 12 onces. A l’origine, elle correspondait à une livre d'argent, soit environ 409 grammes de ce métal. Avec ce poids d’argent, on frappait 240 deniers ou 20 sous.

    Pour ce qui concerne le mot "sterling", il pourrait provenir de "l'esterlin", transformé phonétiquement en "sterlin", prononciation "sterlin(e)", puis "sterling" sous l'effet de l'absence de nasale dans la langue anglaise.

    livre sterling double esterlin.jpg

    Double esterlin a l'ange.

    "L'estelin" ou "esterlin" est une ancienne unité de masse des orfèvres et bijoutiers en usage au Haut Moyen-âge dans le royaume de France, vraisemblablement sous les Carolingiens. Il valait le vingtième de l'once soit environ 1,53 grammes.

    Devenu monnaie, "l'esterlin" circule à la fois sur le territoire des Plantagenêt, rois d'Angleterre et ducs de Normandie, comme sur celui des Capétiens. D'ailleurs, son cours est fixé par le roi de France. C'est Saint-Louis (1214-1270) qui en interdira son usage sur ses terres.

    livre sterling g le conquerant.jpg

    Guillaume le Conquérant (1027/1028-1087)

    Il est fort probable, d'après les historiens, que, suite à sa réforme monétaire des années 1080, Guillaume le Conquérant (1027/1028-1087) ait imposé l'esterlin en Angleterre, après qu'il en soit devenu roi. Ah, ces normands !!!