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08/07/2015

La loi salique : une offense aux femmes de France !

Elle a bon dos cette étrange loi qu'on dit remonter aux Francs Saliens et qui aurait, pour toujours, exclu les femmes du pouvoir ! Si la loi des Francs a bel et bien existé, elle n'a jamais prévu d'empêcher les femmes de gouverner ! Il s'agit là en vérité d'une pure invention des hommes de la monarchie capétienne qui, en 1316, pour la première fois de son histoire, se retrouvent sans héritier mâle direct !

 

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Ce code de loi élaboré selon les historiens entre le début du IVe siècle et le VIe siècle pour le peuple des Francs dits « saliens », rédigé en latin, et comportant de forts emprunts au droit romain, portait surtout sur le droit pénal et les compositions pécuniaires car l'objectif de la loi salique était de mettre fin à la « faida », la « vengeance privée » en imposant le versement d'une somme d'argent et établissait entre autres les règles à suivre en matière d'héritage à l'intérieur de ce peuple. Ce n'est que plusieurs siècles plus tard, dans le courant du XIVe siècle, qu'un article de ce code va être exhumé, isolé de son contexte et employé par les juristes de la dynastie royale des Capétien pour justifier l'interdiction faite aux femmes de succéder au trône de France.

 

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 Code de lois des Francs Saliens

Depuis Hugues Capet (939-996), la couronne de France se transmet de père en fils. C'est ainsi qu'à partir de l'an 987 jusqu'à l'an 1316, à chaque génération, un héritier mâle aîné succède légitimement à son père. Une succession sans souci qualifiée par les historiens de « miracle capétien ».

Mais la mort le 5 juin 1316 du roi Louis X «  le Hutin » (1289-1316), c'est-à-dire « l'entêté », signe la fin du règne des Capétiens directs. Son seul fils, Jean Ier de France, né après sa mort, ne vivra que quelques jours. Alors, qui va bien pouvoir lui succéder sur le trône ? En toute logique dynastique, cela devrait être sa fille Jeanne (1311-1349), mais voilà, on doute fort de la légitimité depuis que sa mère la reine Marguerite de Bourgogne (1290-1315) a été convaincue d'adultère. On choisit donc le frère du roi défunt qui accède au trône sous le nom de Philippe V (1292-1322) dit « Philippe le Long » en raison de sa grande taille. Mais lui aussi s'éteint sans héritier. La couronne passe alors sur la tête du dernier frère, Charles IV dit « le Bel » (1294-1328). Et là encore, il meurt sans laisser de descendant mâle... Il reste bien une sœur aux trois derniers rois Capétiens, Isabelle de France (1292-1358), mais elle a été mariée au jeune roi d'Angleterre Édouard II (1284-1327), auquel elle a déjà donné un fils, le futur Édouard III d'Angleterre (1312-1377)  !

 

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  Isabelle de France (1292-1358)

Offrir la couronne de France à un anglais ? Impensable ! On invente donc alors de toutes pièces la prétendue loi salique stipulant qu'une femme en France ne peut régner ni transmettre un titre. Et le tour est joué ! En qualité de cousin germain du roi décédé, Philippe VI de Valois (1293-1350), surnommé le « roi trouvé », est couronné roi de France à Reims le 29 mai 1328. Son avènement ne va déclencher rien de moins qu'une guerre de succession entre les royaume de France et d'Angleterre qui va durer plus de cent ans...

 

Biblio. « Les pires décisions de l'histoire » de R.Thomazo – Larousse 2011.

06/07/2014

So british !

Quelle est jolie la petite mairie du village de Saint-Sulpice-de-Grimbouville situé dans l'espace naturel de la vallée de la Risle, au cœur du canton eurois de Beuzeville !

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Plantée dans un décor champêtre plein de poésie, son attrait réside tant dans son originalité architecturale que dans l'histoire de sa sauvegarde.

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Elle a été bâtie en 1420, pendant la guerre de Cent Ans (1337-1453), par des anglais. La charpente de ce bâtiment médiéval à colombages, couvert de chaume, présente un encorbellement sur trois côtés avec une galerie à l’arrière telle qu'on peut encore en admirer aujourd'hui quelques exemplaires dans le Kent, au sud de l'Angleterre.

A l'origine, l'édifice se trouvait à 15 kilomètres de là, sur la commune de Selles. Il constituait la porte d’entrée d’un grand domaine, manoir ou château, au mieux inachevé puis détruit, au pis demeuré à l'état de projet.

En 1993, soit près de six siècles plus tard, il menaçait tout simplement de ruine. Alertés, les bâtiments de France décident de le conserver. Et comme le maire de Saint-Sulpice-de-Grimbouville, avait besoin d'une nouvelle mairie, l'ensemble va être démonté puis remonté sur le promontoire dominant les marais où il se trouve aujourd'hui !

 

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Sa restauration va cependant exiger d'importants travaux. Et c'est à cette occasion qu'on va découvrir que ce type de charpente ne correspond pas à un savoir-faire français mais bel et bien à un savoir-faire anglais !

 

Biblio. « Eure – 100 lieux pour les curieux » de D. Camus – Ed. Ch. Bonneton 2013.

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.

08/02/2012

Les chroniques d’Enguerrand de Monstrelet

En l’an 1440, Enguerrand de Monstrelet est prévôt « en la noble cité de Cambrai, ville séant en l’empire d’Allemaigne ».

Il est né quarante ans plus tôt, au sein du Comté français de Ponthieu, dans le village de Montrelet, aujourd’hui Fieffes-Montrelet, commune proche de Doullens en Picardie, dont son père, Jean d’Enguerrand, est seigneur. 

 

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 Enguerrand de Monstrelet d’après une miniature anonyme

 

On sait peu de choses de sa vie si ce n’est qu’il était au service de Jean de Luxembourg (1392-1441), celui même qui vendit en 1430 Jeanne d’Arc aux Anglais, et que c’est pour ce maître qu’il va rédiger ses « chroniques » historiques,  prenant de fait, en la matière, la succession de Jean Froissart (v. ma note du 5 octobre dernier).

Les « chroniques de Monstrelet » recouvrent les années allant de 1400 à 1444. Elles s’attachent aux ducs de Bourgogne, l’un des deux partis en lutte pour le pouvoir dans le Royaume de France de cette époque. Les faits y sont relatés avec exactitude et impartialité.

Son récit est marqué par la guerre de Cent Ans dont l’assassinat de Jean Ier de Bourgogne dit  « Jean sans Peur » (1371-1419), le 10 septembre 1419  est un des épisodes majeurs.   

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 Chronique, XVe siècle

 

Grâce à la plume de Monstrelet, historien consciencieux mais toutefois proche du camp bourguignon, on assiste à la scène du meurtre du Prince bourguignon. Ce jour-là, Jean sans peur et le dauphin Charles, futur Charles VII (1403-1461) doivent sceller la paix. La rencontre est prévue sur le Pont qui traverse la Seine à Montereau (Montereau-Fault-Yonne en Seine-et-Marne).Jean sans Peur se rend au rendez-vous sans protection armée. Il s'agenouille avec respect devant le dauphin. Monstrelet raconte que le Duc a peut être eu, alors qu’il se relevait, cherchant appui en posant la main sur le pommeau de son épée, un geste « équivoque ».

Aussitôt, les hommes en armes du Dauphin bondissent et se déchaînent sur le Duc qu’ils lardent de coups alors que le Dauphin, conduit à l’écart, demeure impassible.

Désigné comme le principal instigateur de l'assassinat du duc de Bourgogne, il ne pourra, malgré toutes ses dénégations et ses excuses, se justifier de ce crime.  

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Extrait d’une page des Chroniques de Monstrelet (traduction ci-dessous)

 

« Et ledit duc, qui était à un genoux, comme dit est, avait son épée ceinte, laquelle selon son vouloir était trop demeurée derrière quant il s’agenouilla, si y mit sa main pour la remettre plus devant à son aise. Et lors ledit messire Robert lui dit : « Mettez-vous main à l’épée en la présence de monseigneur le Dauphin ! » Entre lesquelles paroles s’approcha messire Tanegui du Chastel, et en disant « il est temps ! » il férit ledit duc d’une petite hache qu’il tenait en sa main, parmi le visage, si rudement qu'il chut à genoux, et lui abattit le menton. Et quant ledit duc se senti féru, il mit la main à son épée pour la tirer et se cuida lever pour se défendre, mais, incontinent, tant dudit Tanegui comme d’aucuns autres, fut féru plusieurs coups et abattu par terre comme mort. »

 

Enguerrand de Monstrelet épousa Jeanne de Valhuon qui lui donna plusieurs enfants. Il mourut à Cambrai le 20 juillet 1453. Ses restes, retrouvés en 1959 dans la chapelle des Récollets à Cambrai, furent réinhumés en 1962 près du portail.

 

 

Biblio. et images « Les plus belles pages manuscrites de l’histoire de France » - Bibliothèque Nationale – Ed. R. Laffont Paris 1993

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.