Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

21/07/2012

Le Neufchâtel, un amour de coeur !

On le dit doyen des fromages normands ! Probablement fabriqué dès le VIe siècle, il en fait mention dans des écrits de l'an 1035 et naît « officiellement » en 1543-1544 dans les comptes de l’Abbaye de Saint-Amand de Rouen où un fromage apparaît explicitement et pour la première fois sous le nom de Neufchâtel. Il est d’ailleurs probable que, dès cette époque, l’affinage était mené comme aujourd’hui dans des caves de la région naturellement riches en penicillium candidum. 

Neufchatel.jpg

Fabriqué au cœur des bocages du Pays de Bray, plus particulièrement aux alentours de Neufchâtel-en-Bray (Seine-Maritime), c’est un fromage à base de lait de vache cru non écrémé, à pâte molle et à croûte fleurie qui convient à tous les palais. C'est un proche cousin du Camembert par sa texture et son goût.  

Bataille de Crécy.jpg 

Bataille de Crecy (1436) – Enluminure tirée des Chroniques de J. Froissart

 

La légende raconte que, durant la guerre de Cent ans, lorsque Edouard III d’Angleterre (1313-1377) envahit la Normandie, voulant séduire la soldatesque anglaise, les jeunes fermières brayonnes fabriquèrent en guise de messages d’amour une pâte onctueuse à partir du lait cru de leurs vaches pour en faire de jolis cœurs de fromage. Et c’est  sous cette forme de petits cœurs nommés angelots qu’on le trouve au XVIe siècle sur les marchés de Neufchâtel-en-Bray. L’assèchement de nombreux marécages de la région, sous le règne de Louis XIV (1643-1715), associé à l’introduction de la race normande, donne à la production laitière et fromagère de cette terre, un essor important. Dès cette époque, le fromage de Neufchâtel est expédié sur les marchés de  Rouen et de Paris et exporté à l’étranger comme en Grande-Bretagne, où il est des plus réputés. L’abbé de Marolles (1600-1681) le classe d’ailleurs en bonne position dans sa liste des fromages de France les plus célèbres.  

Race normande.jpg

 La vache normande

 

C’est au XIXe siècle qu’il atteint véritablement son apogée : le Premier Consul Bonaparte (1799-1804), en visite dans la région, se voit offrir un panier de fromages normands où figurait en bonne place un Neufchâtel. A partir de 1870, la production s’intensifie avec la construction par le fermier Isidore Lefebvre d’une fromagerie à Nesle-Hodeng (Seine-Maritime) dans laquelle est moulé et affiné le caillé produit par les fermes des environs. La commercialisation industrialisée s’organise et  parmi les distributeurs figurent les grands magasins Harrods de Londres.

Si, depuis la seconde guerre mondiale, la production de ce fromage a diminué, il obtient, par décret dès 1969, l’Appellation d’Origine Contrôlée, le protégeant ainsi de toute imitation.

On peut l’apprécier bien sûr sur un plateau de fromage, en fin de repas, en casse-croûte mais aussi en cuisine.   

Carottes.jpg 

Et comme d’habitude, pour tous les gourmands aux babines alléchées, voici la recette de la tarte aux carottes et au fromage de Neufchâtel*.

Pour 6 à 8 personnes, il vous faut une pâte brisée ou feuilletée, 1 kg de carottes, 100 g de crème fraîche, 200 g de fromage de Neufchâtel, 3 œufs et de la Noix de muscade.

Peler les carottes et les couper en rondelles, les faire cuire à l’eau salée ou à la vapeur pendant une vingtaine de minutes. Etaler la pâte, foncer une tourtière ou des moules individuels.

Quand les carottes sont cuites, les égoutter et les écraser en purée. Laisser dessécher sur feu doux. Ajouter à cette purée la crème, le fromage émietté et les œufs battus. Assaisonner.

Verser ce mélange sur le fond de tarte. Faire cuire à four chaud (th. 8) pendant 45 minutes en baissant la température en fin de cuisson. Servir chaud.

A noter que cette purée, pouvant être cuite en ramequins au bain-marie, peut dans ce cas accompagner une viande ou un poisson. 

 

Bon appétit !

 

* Recette extraite du livre « Le fromage de Neufchâtel, comment le déguster ? » édité par le Groupement féminin de développement agricole du Pays de Bray et publiée par la revue « Pays de Normandie »

Photos : Office du tourisme du Pays de Bray, Skyrock et Recettes de quiches.

Merci aux sites http://www.neufchatel-aoc.org, http://www.neufchatel-en-bray.com et http://www.fromages.org 

 

10/03/2012

La triste fin des coeurs de nos rois

Dès le XIIIe siècle, il est d’usage de prélever sur les dépouilles royales préalablement embaumées un ou plusieurs organes qui sont ensuite déposés en un lieu particulier ou autre communauté religieuse que le souverain défunt a lui-même désigné pour l’honorer. Ainsi, le coeur du Roi Henri IV, assassiné le 14 mai 1610, est remis, sur son ordre, au Collège Royal de la Flèche qu’il a fondé en 1603. Celui du roi Louis XIV, décédé le 1er septembre 1715 et inhumé à la basilique Saint-Denis, nécropole des rois de France, a quant à lui été déposé à l’Eglise Saint-Louis Saint-Paul située dans la capitale, quartier du marais.  

 

Urne.jpg

 Urne-Reliquaire

 

La chapelle Sainte-Anne de l’Eglise Royale de l’Abbaye du Val de Grâce à Paris conservait, dans un caveau spécial, les cœurs embaumés et enfermés dans une double enveloppe de plomb et de vermeil de pas moins de 36 princes et princesses de la famille royale de France. 

 Abbaye du Val de Grâce.jpg

 

Abbaye du Val de Grâce – Gravure du XVIIIe siècle

 

Lors de la profanation de cette chapelle en 1793, alors qu’on venait de guillotiner le roi Louis XVI, Louis François Petit-Radel (1739-1818), architecte et dessinateur, est chargé par le Comité de Salut Public de récupérer l’ensemble de ces reliquaires, de les envoyer à la fonte à l’Hôtel des monnaies après avoir jeté aux quatre vents les restes royaux. Ce qu’il ne fait qu’en partie, connaissant la valeur pour des peintres du contenu des ces urnes.

En effet, macérés dans l’alcool puis broyés avec certaines huiles, ces viscères momifiés se transforment en une matière première indispensable et réputée, très rare et hors de prix, la « mumie » qui donne aux toiles, après mélange à de la couleur, un glacis incomparable.

La véritable « mumie », faite de matières organiques macérées dans des aromates et de l’alcool, provient habituellement d’Orient, mais la guerre empêchant les peintres de se la procurer, Petit-Radel subtilise plusieurs de ces urnes et les propose à ses amis peintres Martin Drolling et Alexandre Pau de Saint-Martin. Ce dernier achète les cœurs de Louis XIII et de Louis XIV. Il ne va utiliser qu’une partie du cœur du Roi-Soleil sur une de ses toiles « Vue de Caen », aujourd’hui propriété du Musée Tavet Delacour de Pontoise. Il rendra les restes au roi Louis XVIII (1755-1824) qui le « dédommagera » d’ailleurs d’une tabatière en or.  

 

L'intérieur d'une cuisine - M. Drolling.jpg

 L’intérieur d’une cuisine – M. Drolling - 1815

 

Martin Drolling, quant à lui, s’était rendu acquéreur d’une douzaine de cœurs. Ce spécialiste du clair-obscur les utilisera en totalité. On sait que l’une de ses toiles, « L’intérieur d’une cuisine », a ainsi « bénéficié » du cœur du Régent, Philippe d’Orléans (1674-1723).

 

 

Biblio. « Le grand quiz des histoires de France » - L. Boyer et C. Portier-Kaltenbach – Ed Lattès 2011.

Merci aux pages Wikipedia sur le sujet.