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22/10/2017

Mademoiselle George, une tragédienne normande

C’est, il est vrai, un peu par hasard que celle que Napoléon considère comme « La plus belle femme d’Europe », nait chez nous en Normandie. Son père, allemand d’origine, né à Mannheim, ancien premier fifre au régiment de Lorraine, est en fait en représentation avec la troupe de théâtre qu’il a créée, dans la Ville de Bayeux (Calvados) quand sa femme, Marie Madeleine Verteuil, elle-même actrice excellant dans les rôles de soubrette, ressent les premières douleurs de l’enfantement.

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Église Saint-patrice de Bayeux (Calvados)

 

Marguerite Joséphine Wemmer voit donc le jour dans la cité de la dentelle, rue Sainte-Placide, le 23 février 1787 et est baptisée dès le lendemain par le Vicaire de la Paroisse de Saint-Patrice.

Enfant de la balle, elle est très tôt, dès l’âge de 5 ans, sur les planches et l’attraction principale du spectacle de ses parents. En octobre 1801, elle quitte sa famille installée à Amiens pour suivre Melle Raucourt (1756-1815), célèbre tragédienne du Théâtre-Français, qui, convaincue que la jeune fille a énormément de talent, se charge de la former au répertoire classique.

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Mademoiselle George (1787-1867)

 

Melle George, c’est le nom de scène que la jeune fille s’est choisie en hommage à son père qui se fait appeler George Weimer, rejoint la Comédie Française en 1802, l’année de ses 15 ans. D’une très grande beauté, celle qui, pour Théophile Gautier, ressemble « à s’y méprendre à une médaille de Syracuse »*, y excelle dans tous les rôles prestigieux de tragédienne. Elle est Emilie dans le Cinna de Corneille en 1802, puis Phèdre dans la tragédie de Racine en 1803, Hermione dans Andromaque la même année,…. Elle collectionne ainsi tous les succès… Mais aussi les d’aventures galantes dont une liaison en 1803 avec Bonaparte, alors Premier Consul.

 

Au théâtre, elle a pour rivales Mesdemoiselles Mars (1779-1847) et Duchesnois (1777-1835) avec laquelle, en 1804, elle est élevée au Sociétariat de la Comédie Française. Elle triomphe partout en Europe,  joue devant les plus grands notamment à Saint-Pétersbourg devant le tsar Alexandre Ier de Russie  où elle s’installe de 1808 et 1813. A son retour, elle réintègre à la demande de l’Empereur la Comédie Française. Elle a 27 ans et n’a jamais été aussi belle même si un peu d’embonpoint commence à la menacer !

En 1817, elle se fait exclure de la Comédie Française, officiellement en raison de son caractère « orgueilleux, indiscipliné et autoritaire », officieusement en raison de ses sentiments bonapartistes. Elle part alors en tournée à Londres, à Bruxelles et en province avec toujours autant de succès. Progressivement, elle délaisse les grands classiques pour interpréter des drames romantiques comme dans « La tour de Nesle » de Dumas père et « Marie Tudor » de Victor Hugo. Entre temps, en 1829, elle rencontre Charles-Jean Harel (1790-1846) dont elle partage la vie jusqu’à sa mort.

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L’âge venant, l’obésité aussi, elle décide de faire ses adieux à la scène, le 27 mai 1849. Elle a 62 ans. Elle ne fera plus ensuite qu’une seule représentation exceptionnelle, le 17 décembre 1853 à la Comédie Française dans Rodogune, la tragédie de Corneille.

Sa carrière d’actrice terminée, alors que, à l’image de la cigale elle n’a jamais rien économisé, c’est avec la pension viagère que l’Empereur Napoléon III lui fait servir sur sa cassette personnelle, qu’elle s’installe dans un appartement modeste de Passy (Paris 16e) où elle entreprend dès 1857 la rédaction de ses mémoires qui ne seront publiées qu’en 1908.  

Elle s’éteint le 11 janvier 1867 des suites d’une congestion pulmonaire. Ses obsèques, règlées par ses amis et l’Empereur, la conduiront au Cimetière du Père Lachaise où elle repose toujours, chemin du Père Eternel.

 

 

Biblio. Merci au site www.napoleon.org et la page Wikipédia sur le sujet.

 

07/12/2014

Saint-Gerbold, guérisseur des flux de sang

Originaire de Normandie, onzième évêque de Bayeux, la vie de Saint-Gerbold est auréolée de légendes. Son histoire commence au VIIe siècle, un soir d'hiver sur la côte anglaise. La mer est en furie et sur terre, la neige tombe à gros flocons. Au sommet d'un rocher dominant les flots, un groupe de soldats s'avance. À leurs côtés, Gerbold, enchaîné, vêtu d'une robe blanche, tête nue et mains jointes, est en prière. Parti quelques années plus tôt, il vivait dans le château d'un riche seigneur anglo-saxon où il était chargé de l'intendance. Hélas, pour avoir refusé les avances de la femme de son hôte, celle-ci, furieuse, l'a accusé d'avoir abusé d'elle. Avant de le pousser dans le vide, sur ordre de leur maître, les soldats ont attaché à son cou une grosse meule en granit, de celles qui écrasent les pommes en Cornouailles comme en Normandie.

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Mais miracle, la pierre ne s'enfonce pas dans les flots ! Bien au contraire, elle se met à flotter. Sur une mer devenue tout à coup calme et apaisée, bien en sécurité sur son embarcation, le saint homme rejoint sans encombre sa terre natale. Il accoste près de Bayeux, dans un petit village de pêcheurs. Quant il s'avance, les villageois comprennent qu'ils ont devant eux un envoyé de Dieu. Sous ses pas, l'hiver recule et s'enfuit. La glace fond, l'herbe pousse et tout redevient vert. C'est d'ailleurs en souvenir de cet étonnant prodige, que le village porte encore aujourd'hui le nom de Ver-sur-Mer.

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 C'est là qu'il choisit de vivre, en ermite, jusqu’au jour où la population, connaissant ses miracles, lui demande de succéder à leur évêque décédé. Mais l’austérité et la rigueur morale de son épiscopat lui valent rapidement l’inimitié des Bayeusains qui finissent par le chasser. En colère, l’évêque jette son anneau épiscopal à la rivière, jurant qu’il ne reviendra à la tête du diocèse qu’à la condition qu’on lui rapporte l’objet perdu. Bientôt, un châtiment divin accable la population qui s’est détournée de la religion : le pays est frappé d’une épidémie de dysenterie. Seul celui qui a quitté son siège d’évêque peut les guérir. Or, un pêcheur découvre l’anneau épiscopal dans le ventre d’un poisson. Gerbold tiendra sa parole, reviendra au siège épiscopal et l’épidémie cessera aussitôt.

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Mort en 695, fêté le 7 décembre, son culte a été très présent en Normandie. Une douzaine d’édifices religieux sont consacrés à ce saint guérisseur des "flux de sang", notamment la dysenterie et les hémorroïdes, maladies appelées au Moyen-Âge « mal Saint-Gerbold ». Ainsi, entre 1403 et 1418, Philippe d’Argouges, seigneur de Gratot, une commune du département normand de la Manche, fera construire sur ses terres, , une chapelle qui lui sera dédiée.

 

Biblio. « les plus belles légendes de Normandie » de E. Anne. 1932