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armoire normande

  • L'armoire normande

    Une armoire qui se monte et se démonte en dix minutes chrono ! Sans vis, sans boulon et presque sans outils ! Seulement un marteau. A l'heure des meubles en kit de la célèbre marque suédoise, où, même muni d'un mode d'emploi clair, rédigé en français, rien n'est acquis, avouez-que ça fait rêver ! Et bien, mes amis, ce "bijou" existe bien et bien sûr il est normand !

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    L'armoire normande, puis qu'il s'agit d'elle, est entrée dans les maisons au XVIIIe siècle. Elle a succédé au coffre de mariage. Comme lui, elle est "le cadeau des épousailles". On raconte que, dès la naissance du nouveau-né, nos aïeux choisissaient l'arbre dans lequel le meuble serait taillé. Un beau chêne qui sera abattu dès que la sève sera redescendue. A la Communion solennelle de l'enfant, soit environ douze ans plus tard, ont fait débiter et mettre à sécher les planches qui seront nécessaires à son élaboration. Et ce n'est que, bien plus tard, au moment des noces, qu'elle est fabriquée par « un faiseur d'armoire, menuisier ou ébéniste bon en dessin et en sculpture au ciseau à bois et burin ». Il n'en fabriquait que deux par an. Si bien que la livraison déterminait la date du mariage.

    Toutes les armoires normandes ont la même structure : quatre pieds hauts pour isoler le bois de la terre battue du sol, deux portes avec des ferrures en fer ou en cuivre pour les plus riches et une corniche simplement posée au-dessus, comme la cerise sur le gâteau. A l'intérieur, des étagères et parfois un ou deux tiroirs. Les côtés, le fond et les montants sont joints par des mortaises et des tenons et tenus par des chevilles en bois. Un simple coup de marteau pour les retirer, un autre pour les enfoncer, et c'est tout !

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    Armoire normande de Bayeux

    Même structure certes, mais pas semblables pour autant. Elles présentent de grandes différences selon les régions. A commencer par le motif central. Si la corbeille de fruits, débordant de raisins, est présente sur les armoires de Cherbourg, d'autres présentent "des fleurs, des feuilles ou des branches"... Autant de symboles qui "parlent" à l'oreille des anciens. Le bleuet est choisi pour la pureté, la feuille d'alcanthe pour l'indissolubilité du mariage, une colombe pour la fidélité, etc. Aucune pomme bien sûr, même pas normande ! Car la pomme reste le fruit du péché originel.

    A Granville, on préfère l'acajou au chêne, un bois qui est ramené par les marins. A Coutances, le haut des portes est incurvé. A Bayeux et à Caen, elles s'ornent d'un médaillon très sculpté reprenant les motifs fleuraux de la corniche. A Flers, ce sont des outils de jardin qui la décore. A Pont-Audemer, elle est coiffée d'une corniche galbée et sa traverse inférieure est frappée d'une étoile. Celles d' Yvetôt sont décorées de cornes d'abondance regorgeant de gerbes de blé. A Fécamp, c'est au nombre de roses qu'on mesure la fortune de son commanditaire...

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    Armoire normande fécampoise

    Si les experts ont recensé 70 "styles" différents (et il semble en vérité qu'il y en ait bien plus), la palme de l'armoire normande revient sans doute au Pays de Caux. Toute la prospérité de la région se lit dans ses proportions comme dans sa décoration. Guirlandes de fleurs, profusion de rubans ou de perles,... mais plus encore. Chaque armoire raconte une histoire. Pour le marin, l'artiste façonne une carte déployée, un sextant ou une longue-vue. Pour le fermier, des outils de jardinage, des armes pour la chasse, des ustensiles de pêche. Les symboles amoureux ne sont pas oubliés, bien sûr, comme un couple de colombes qui se bécotent. Et pour rappeler l'éternel dévouement d'une mère de famille, il choisira de ciseler un pélican, modèle de l'amour parental.

     

    Biblio. "Secrets et trésors des maisons de Normandie" de M. Le Goaziou et L. Herzog - Ed. Ouest-France, 2013 et "La Normandie pour les nuls" de Ph. Simon - First-Ed.2017.