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11/11/2018

Les quatre notes de la paix

Regardez-bien ce clairon ! C'est "le clairon de l'Armistice" ! Celui de Pierre Sellier (1892-1949), caporal au 171e régiment d’infanterie de Belfort.

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La clairon de l'Armistice - Musée de l'Armée - Paris

Il y a un siècle, jour pour jour, l’Armistice de la Grande Guerre signe la fin du cauchemar. La onzième heure du onzième jour du onzième mois de l’année 1918, dans tous les régiments, ce sont les "clairons", soldats affectés à la sonnerie de l'instrument du même nom, qui sont chargés de sonner le cessez-le-feu. Le front occidental s’étendant sur des centaines de kilomètres, ils vont être des dizaines à s’époumoner pour que cette sonnerie si attendue, si espérée, parvienne, simultanément, aux oreilles de tous les combattants. De partout, les soldats surgissent. Instant d'émotion : on se réjouit, on s'étreint, on pleure aussi, de bonheur d'être encore en vie ! Car, dans les seuls rangs français, 1 400 000 hommes soit 1 soldat sur 6 mobilisés, sont tombés au cours de ces quatre années de "boucherie". Et combien de blessés, d'estropiés, de "gueules cassées"...

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Signature de l'Armistice - 11 novembre 1918

Le clairon est un instrument en cuivre à air et à embouchure d'origine arabe qui se différencie de la trompette par le fait qu'il ne comporte ni clef ni piston. Il joue dans un ton unique, celui du si bémol, et ne donne que quatre notes, par la seule pression plus ou moins forte des lèvres de l'exécutant. En France, son utilisation s'est généralisée au début du XIXe siècle quand il a remplacé le cornet à pistons utilisé dans l'infanterie. Depuis, il participe aux fanfares militaires mais sert surtout à sonner les mouvements et les ordres.

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Caporal Pierre Sellier (1892-1949)

Cependant, comme souvent, l'histoire réserve des surprises : le titre de "clairon de l'Armistice", attribué au clairon Pierre Sellier, est trompeur. Certes, c'est bien lui qui a sonné à La Capelle (Aisne) le premier le «cessez le feu » du front occidental. Mais ce "cessez-le-feu" là date en réalité du 7 novembre 1918. Et n'a duré que quelques heures, le temps pour les plénipotentiaires du Haut Commandement allemand de traverser nos lignes pour rejoindre l'état major français chargé des négociations.

 

Biblio. : "Les objets racontent l'histoire" de J.Garrigues et M.-H.Baylac - Larousse, 2000.

01/11/2015

Le chrysanthème, un symbole de vie devenu fleur des morts

Au XVIIIe siècle, les chasseurs de plantes rapportent d'Asie en Europe de nombreuses espèces qui vont complètement bouleverser la botanique et l'horticulture occidentale. Parmi elles, le chrysanthème, originaire de Corée. Depuis, les botanistes ne vont avoir de cesse que de la reproduire et de l'améliorer à tel point qu'il existe de nos jours quantité de chrysanthèmes dont certains sont d'une étrange beauté et d'une finesse rares.

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En Chine, là où sa localisation est la plus ancienne, dès le Ve siècle avant J.-C., cette « fleur d'or », qui doit son nom à sa couleur jaune (du grec« chrysos », signifiant doré et « anthos » fleur) et qui incarne la longévité et l'immortalité, est principalement utilisée à des fins médicinales.

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 "Femme avec chrysanthèmes" Edgar Degas -1865

 

Arrivée au Japon au IIIe siècle après J.-C, elle y fait l'objet d'un véritable culte. Symbole du plaisir et du bonheur, elle est alors associée au pouvoir impérial et devient même au XIIIe siècle l'emblème de l'empereur Go-Toba (1181-1239). En 1876, ultime honneur, l'empereur Meiji Tenno (1852-1912) crée le prestigieux ordre suprême du chrysanthème, la plus haute distinction de son pays.

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Comment ce symbole asiatique de la vie devient-il en France la fleur des morts ? Car, à l'instar du muguet du 1er mai, le chrysanthème est aujourd'hui la fleur incontournable de la Toussaint. C'est une conséquence de l'hécatombe humaine de la Grande Guerre. En 1919, pour commémorer le premier anniversaire de l'armistice, le Président de la république Raymond Poincaré (1860-1934) ordonne le fleurissement de tous les monuments aux morts. Les élus vont alors choisir le chrysanthème, fleur de saison qui résiste à un gel modéré. Au fil du temps, ces « marguerites des morts » ou « fleurs des veuves » destinées aux soldats tombés au combat, vont être utilisées pour fleurir toutes les tombes visitées les 1er et 2 novembre, jours de la Toussaint et de la fête des morts.

 

Biblio. « Une histoire de fleurs » de R. De Ayala et M. Aycard – Ed. Perrin, 2001.