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  • C'est ce week-end la foire aux harengs de Dieppe !

    Sur notre littoral, chaque année à cette période, le hareng, « poisson-roi » de Normandie, est mis à l'honneur. Les « foires aux harengs » sont chez-nous autant de rendez-vous incontournables pour les Seino-Marins comme pour tous les gourmands d'ici et d'ailleurs !

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    Moteur de l'économie locale jusqu'aux année 1970, après Etretat et le Tréport qui ont "ouvert le bal", c'est ce week-end, 15 et 16 novembre 2014, que se tient la traditionnelle Foire aux Harengs de Dieppe. Il s'agit là pour la cité d'une véritable institution ! Doyenne en la matière puisqu'elle en est à sa 45ème édition, la foire aux harengs de Dieppe est aussi celle qui est la plus suivie de toutes. C'est l'occasion pour « la ville aux quatre ports » de célébrer la pêche, une activité remontant à l'an mille. Aujourd’hui Dieppe est encore le premier port de pêche français pour la coquille Saint-Jacques.

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    Plus de 100 000 personnes sont attendues dans la ville en fête. Au parfum particulier des harengs frais ou grillés sur des barbecues géants, se mêleront des "harengades" comme « Mangez du hareng, vous aurez de beaux enfants »

    Grillé, mariné, avec un peu de citron et un verre de vin blanc, le hareng se mange à toutes les sauces ! Mais pour vous aujourd’hui, amis gourmands aux babines alléchées, voici une recette bien normande de filets de harengs marinés* :

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    Pour 1kg de filets de harengs frais, il vous faut 1 bol de crème fraîche épaisse. Pour la marinage, prévoir 2 verres de vin blanc, 1 oignon piqué d'un clou de girofle, 1 carotte, 2 c. à soupe de vinaigre blanc, du poivre, du thym et du laurier.

    Dans une casserole, mettre le vin blanc, l'oignon, la carotte coupé en rondelles. Poivrer, ajouter le thym et le laurier. Faire chauffer 5 minutes à feu vif pour faire réduire un peu.

    Ajouter à la marinade refroidie le vinaigre et en recouvrir un à un les filets de harengs légèrement salés. Garder au frais pendant 2 jours.

    Servir les harengs marinés égouttés, accompagnés de crème fraîche épaisse.

    Bon appétit.

     

    * Recette « Mes recettes normandes – Cahier n°1 » de A. Prevel – Ed. C. Bonneton 2005.

     

  • Guillaume Dubusc, Notaire Royal

    On rencontre plus facilement dans sa généalogie journaliers et autres manouvriers qu'un notaire royal !

    Mon aïeul Guillaume Dubusc* a été baptisé en l'église Saint-Jacques de Dieppe (XIIe au XVIe siècles) le 15 août 1643. Selon la tradition, comme aîné de la famille, il reçoit le prénom de son père. Après lui, viendra une fratrie composée notamment de Marc-Anthoine, Anne, qui recevra le prénom de sa mère, Jean et Marie Madelaine.

     

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     Église Saint-Jacques à Dieppe - Camille Pissarro - 1901

    La famille Dubusc fait partie des notables de la ville normande. L'oncle de Guillaume, Jean Dubusc est Prêtre Chapelain en la cathédrale Notre-Dame de Rouen et sa sœur Marie-Madeleine aura pour parrain Jean Du Montier, vicomte d'Arques. Le 7 février 1673, en l'église voisine de Saint-Rémy de Dieppe, Guillaume Dubusc, alors Tabellion Royal, fait « un beau mariage ». Il épouse Marie Quevesne dont le frère Guillaume est Procureur du Roi.

     

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    Acte de mariage de Guillaume Dubusc et Marie Quevesne (Registre Paroissial de St-Jacques de Dieppe)

    Dans la moitié nord de la France, on a longtemps distingué les deux fonctions : au notaire, la rédaction de l'acte authentique, au tabellion sa conservation et la délivrance des copies. Tous deux ont en principe, après la « petite école », soit vers l'âge de 10/11 ans, intégré un collège ecclésiastique. La formation y est essentiellement centrée sur la bonne maîtrise du latin. Car à cette époque, si c'est par l'apprentissage qu'on apprend le notariat, c'est par l'acquisition d'un l'office qu'on devient professionnel. Donc, avant d'être en capacité de s'installer, il faut avoir exercé plusieurs années au côté d'un praticien, avoir copié durant de longues journées toutes sortes d'actes, avoir appris à ses côtés le droit et le fonctionnement de la justice. Au XVIIe siècle, le notaire est « officier » c'est à dire qu'il détient une charge, nommée office, dont il hérite ou qu'il a achetée. Pour la royauté, l'office s'impose comme un expédient financier capable de remplir les caisses de l’État. En cas de besoin, le roi augmente les impôts, emprunte aux financiers... ou créé des offices ! En contre-partie, le notaire dispose de privilèges bien concrets comme l'exemption de la taille, le grand impôt royal.

    Guillaume Dubusc et Marie Quevesne vont avoir 7 enfants dont les parrains et marraines, choisis parmi la noblesse et la haute-bourgeoisie de la cité normande florissante, témoignent de leur réussite.C'est à cette époque que Guillaume prend le titre de « Notaire Royal aux juridictions royales d'Arques, greffier en chef aux traites et foraines de la ville de Dieppe ». Les traites, dont les foraines, sont des impôts royaux, sorte de droits de douane, perçus sur la circulation des marchandises entre les différentes provinces du royaume ou avec l'étranger. Grâce notamment à l'armateur Jehan Ango (1480-1551) dont les navires atteignent Sumatra, le Brésil et le Canada, la puissance maritime de la ville de Dieppe est à son apogée : l'or des Amériques, le bois des tentures du Brésil, le tabac ou encore les morues de Terre-neuve y transitent en nombre, faisant la fortune et l'aisance des "officiers".

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    Après le décès de son épouse, Marie Quevesne, le 17 juin 1693 à seulement 42 ans, Guillaume Dubusc se remarie le 29 juin 1694, cette fois en l’Église Saint-Jacques de Dieppe. Il a près de 51 ans, un âge avancé pour l'époque, alors que l'élue de son cœur, Magdeleine Lagnel, en a 27 de moins. Hélas, le royaume est en guerre. A peine un mois plus tard, les 22 et 23 juillet 1694, la flotte anglo-néerlandaise bombarde Dieppe. La ville est quasiment détruite : la majorité des maisons, essentiellement à pans de bois, ont brûlé. La lenteur de la reconstruction va faire perdre à la ville son statut de métropole de commerce. Des années de vache maigre commencent pour Guillaume Dubusc. Il aura cinq enfants de sa jeune épouse, avant de décéder, le 24 septembre 1707, à l'âge de 64 ans.

    * Guillaume Dubusc (1643-1707), Notraire Royal, mon sosa 382, marié le 29 juin 1694 à Dieppe, paroisse Saint-Jacques à Magdeleine Lagnel ―> Madeleine Dubuc (1700-1756) mariée le 9 janvier 1719 à Etran (76) à Louis SEVERI (1682-1760), Marchand de bois ―> Marie Madelaine SEVERI (1739-1819) mariée le 27 octobre 1762 à Grèges (76) à Pierre LAVIEUVILLE (1733-1793), Aubergiste ―> Marie Magdeleine Angélique LAVIEUVILLE (1767-1838), Fileuse, mariée le 3 mars 1794 à Rouxmesnil (76) à Pierre Charles DUBOST (1768-1842), Maréchal Ferrant ―> Madeleine Ludivine DUBOST (1813-1899), mariée le 22 septembre1840 à Ancourt (76) à Pierre Alexandre SANNIER (1813-1881) Maître Maréchal Ferrant ―> Ludivine Olive SANNIER, (1842-1913), Jardinière, mariée le 13 janvier 1863 à Neuville (76) à Gilles Édouard DAMAMME (1834-1905) Maréchal Ferrant ―>Alexandre Augustine DAMAMME (1881-1967), ma grand-mère paternelle.

    Biblio. « Notaires et tabellions » - Nos ancêtres – Vie et Métiers – n° 29 Jan-Fev 2008.

     

  • Le Chasse-Marée Dieppois

    A Dieppe, dès le Moyen âge, chaque jour vers 17 heures, peu avant la fermeture des portes de la ville, se bousculaient sur le « Haut-Pavé », aujourd’hui les Arcades et le Quai Duquesne, de puissants attelages de quatre chevaux boulonnais conduits par des mareyeurs ou voituriers de poisson de mer qu’on appelait des « chasse-marée ».

    Montés en postillon sur l’un des chevaux attelés par pair qui tiraient une longue charrette aux ridelles d’osier légèrement incurvées, en forme de berceau montées sur deux roues hautes et de larges jante, ils « chassaient » leur équipage devant eux pour transporter « à grand trot » la pêche du jour vers les grandes villes comme Rouen ou Paris qui recevaient ainsi quotidiennement cent à deux cents livres de poisson frais pêché dans la Manche !

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    C’est ainsi qu’entre le XVIe et le XIXe siècle, la route du poisson de Dieppe à Paris a battu son plein ! Pensez donc, pas moins de 5 000 charrettes entraient annuellement dans Paris, toutes chargées de poissons frais comme le hareng, le maquereau ou la morue. Ces espèces étaient alors d’abondance et pour les pêcher, on utilisait encore des moyens primitifs comme l’hameçon, le filet ou la dreigne (drague).

    A son retour de mer, le pêcheur amarrait sa barque au quai de la Cal. Il appartenait alors aux caliers de débarquer le poisson qu’ils plaçaient dans des corbeilles ou « bourriches ».  Une fois pesée, les droits à l’écorage acquittés, une partie de cette pêche étaient aussitôt hissée sur les voitures des chasse-marée qui attendaient à quai. Dûment chargés, ils prenaient alors le départ en franchissant l’enceinte de la ville par la Porte de la Barre ou porte de Paris.

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    Les chemins empruntés étaient non seulement peu sûrs mais déjà jalonnés d’octrois et de droits divers…

    Deux trajets co-habitaient. Le premier, le plus court et le plus direct, appelé « le grand chemin du roi », de 35 lieues, passait par Ry, Beauvoir-en-Lyons, Gisors.  Le second, de 39 lieues et demi, desservait Auffay, Tôtes, Saint-Victor l’Abbaye, Rouen, Ecouis et Magny.

    Les deux itinéraires permettaient de rejoindre Paris par Pontoise. Et c’est en « chantant La Marjolaine, comme l’écrira Flaubert, que, montant et descendant les côtes, traversant les villages, filant sur la grande-route à la clarté des étoiles », les chasse-marée parcouraient la distance qui les séparait de la Capitale  à une moyenne d’environ 15 km/heure. Des relais permettaient de changer les chevaux tous les 30 km.

    Aux premières heures de la matinée, ils entraient enfin dans Paris et arrivaient aux Halles par le « chemin des Poissonniers » qui deviendra plus tard la « rue Poissonnière ».

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    Le poisson frais, alors denrée onéreuse, hors de portée de la grande majorité de la population contrainte de consommer du poisson de conserve, séché, salé ou fumé, était vendu place de Grève. Le poisson caqué ou sauri était quant à lui vendu à la Croix des Halles.

    C’est le train qui détrônera le chasse-marée dieppois ! Le 20 juillet 1848, est inaugurée la première ligne de chemin de fer et, en 1853, il ne faut plus que 4 heures pour aller de Dieppe à Paris… Adieu cheval de trait... Et bonjour cheval vapeur  !

    Biblio. « Métiers des côtes de la mer » - Nos Ancêtres-Vie et Métiers – N°6 – Avril 2004