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06/09/2009

Monique Pellerin, couturière au XVIIIe siècle

Mon aïeule, Monique Cordonnier, née Marie Magdelaine Monique, le 4 mai 1787 à Notre-Dame de Franqueville (aujourd’hui Franqueville-St-Pierre en Seine-Maritime) (sosa 37),

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Acte de baptème de Monique Cordonnier

a déclaré exercer au moment de son mariage, le 29 juin 1807, la profession de Couturière, qualité qu’elle va conserver jusqu’à son décès le 7 septembre 1833.

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Extrait de l'acte de mariage des époux Pellerin

Bien que fille de modestes journaliers, elle savait lire et écrire et a signé lisiblement son nom au bas de son acte de mariage.

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Son mari, Jacques Pellerin, de 4 ans son aîné, était lui aussi originaire de cette commune où il exerçait la profession de toilier. Ils eurent ensemble 5 enfants dont  3 décèderont en bas âge. Après le décès prématuré de Monique, à l’âge de 46 ans, Jacques se remariera d’une veuve dont il n’aura pas d'enfant et décèdera le 14 août 1844, âgé de 61 ans.

A cette époque, les couturières étaient encore peu nombreuses. Car au contraire de la fileuse et de la dentellière, métiers féminins par excellence, cette profession tarde à trouver une légitimité dans celles de l’aiguille.

Au Moyen Age, les couturières sont en réalité des lingères. Seuls les hommes possèdent le droit d’habiller leurs semblables, hommes ou femmes. Unique exception à cette règle, les filles de maîtres tailleurs sont autorisées à habiller les jeunes garçons jusqu’à l’âge de 8 ans ! Dans l’ombre cependant et en toute illégalité, de plus en plus de femmes se mettent à faire des vêtements pour dames, notamment des dessous, et ce malgré l’étroite surveillance de leurs confrères et les risques encourus en cas de plainte comme la saisie des étoffes et costumes et la condamnation à de fortes amendes. Tenaces, elles réussissent malgré tout à se faire petit à petit une clientèle.  Et c’est ainsi qu’au prix d’une lutte acharnée, elles vont, dès le milieu du XVIIè siècle, mettre un terme à ce monopole masculin, arguant d’une pratique largement entrée dans les habitudes et établissant qu’il est bienséant et convenable à la pudeur « des femmes et filles de se faire habiller par des personnes de leur sexe, lorsqu’elles le jugeraient à propos ».

En 1675, le roi Louis XIV ayant entendu « la demande de plusieurs femmes et filles appliquées à la couture pour habiller jeunes enfants et femmes », celles-ci ayant montré que « ce travail était le seul moyen de gagner honnêtement leur vie » et supplié qu’on les érigeât en communauté, « ayant été informé que l’usage s’estoit tellement introduit parmi les femmes… » créa officiellement la corporation désirée. Sous le titre de couturières, elles sont donc  autorisées à travailler différents vêtements tels que robes, jupes, casaquins, etc… Même si  la broderie d’or et d’argent reste encore du domaine de la gent masculine, les passementiers, elles vont pouvoir dorénavant s’adonner librement également à la broderie sur tissus.

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Couturières en 1875 - J. Trayer 

Le métier se pratique en ville ou à la campagne, allant de la retouche à la confection, du statut de domestique à celui d’artisan. Quand la couturière n’a pas d’atelier, elle va de maison en maison, louant ses services à la journée, avec en tout et pour tout dans son panier, du fil, une aiguille, des épingles et une paire de ciseaux.

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Dans les campagnes, la plupart des couturières comme des tailleurs, sont itinérants, employés à la journée ou juste le temps de réaliser la commande. Certaines entretiennent le linge et effectuent la couture domestique. D’autres taillent et cousent les habits, aussi bien ceux des hommes que ceux des femmes et des enfants. Le travail ne manque pas ! Les vêtements ruraux s’usent vite, mis à rude épreuve par les travaux salissants et les intempéries.

Comme dans beaucoup d’autres professions, le travail suit les saisons. L’automne ou au printemps, après les grandes lessives, les couturières vont dans les grosses fermes pour « ravigoter » le linge, réparer les robes, coudre des blouses. Parties avant le lever du jour, elles rentrent à la nuit close, travaillant « tant qu’on y voit clair ».

Jusqu’à l’arrivée de la machine à coudre qui va faciliter leur travail mais aussi contribuer à leur disparition, elles cousent à la main le « très fin » comme le « très gros » ainsi par exemple la fameuse couture au milieu des draps de chanvre.

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Arbre simplifié de descendance : Marie Magdelaine Monique CORDONNIER (1787-1833) (sosa 37), fe de Jacques Nicolas PELLERIN (1783-1844) (sosa 36) → Jacques Désiré PELLERIN (1809-1891) (sosa 18) → Lucie Stéphanie PELLERIN (1844-1926) (sosa 9) fe de Constant Etienne BOULANGÉ (sosa 8) → Paul Fernand BOULANGÉ (1877-1950) (Sosa 4) → Albert Camille BOULANGÉ (sosa 2, mon père).

29/03/2009

Armand LE BRET, Charpentier

Armand LE BRET*, mon aïeul** (sosa 60) exerçait à Boos (Seine-Maritime), au début du XIXe siècle, la profession de Charpentier.

C’est dans cette commune du plateau est de Rouen qu’il est né le 17 brumaire an VI (7 novembre 1797), sous le Directoire.

Et c’est aussi dans cette commune qu’il se maria, le 28 octobre 1828, sous le règne du Roi Charles X, avec Marie Céleste LEGENDRE. Elle a 19 ans et est toilière.

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Le métier de charpentier remonte à la nuit des temps : Joseph n’était-il pas Charpentier à Nazareth ? Et à ce titre, il est le saint patron de tous les charpentiers.

 

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Le mot « charpentier » vient du latin « carpentarius » qui signifie « charron ». En 1268, dans son Livre des métiers, Etienne Boileau réunit sous le titre unique de charpentier tous ceux qui « euvrent du trenchent en merrien », c’est-à-dire qui travaillent le bois avec des outils. Ce titre comprenait donc les couvreurs, les tourneurs, les charrons, les charretiers, etc… On distinguait cependant les charpentiers de « grande cognée » (pour les charpentes, les constructions à pans de bois, les planchers) des charpentiers de « petite cognée » ou menuisiers (qui produisaient des coffres, des bancs,….) Puis, à partir du XIIIe siècle,  la corporation s’est éclatée et a donné naissance à une pluralité de métiers ayant chacun leur indépendance.

Les charpentiers sont parmi les artisans les plus appréciés en France. Ils occupent une place fondamentale au sein de la société dans laquelle ils ont su se rendre indispensables.

A cette époque, la construction est en général effectuée sur le lieu du chantier. Le charpentier trace le dessin de la charpente au sol.

Les charpentiers ont réussi à transmettre leur savoir-faire tout au long des siècles grâce à la "science du trait". Le trait est la géométrie graphique du compagnonnage. Il permet de décrire sur un seul plan à l’aide de lignes et de courbes, sans utiliser aucun chiffre, nombre ou équation, les volumes et leurs interprétations dans l’espace. Cette géométrie d’un genre particulier puise ses sources dans la géométrie d’Euclide. Le trait fut perfectionné au XIIe siècle par les moines de l’abbaye de Cîteaux. Sous l’influence de Saint-Bernard, ils tirèrent de l’observation de la nature et de l’espace les lois des volumes en pénétration, qui constituent la « science du trait » et qui est à l’origine de tous les chefs-d’œuvre des charpentiers. Il a permis des réalisations époustouflantes par leur audace et leur légèreté. Le trait a été un outil de communication qui a permis de transmettre, au-delà des barrières de la langue et des générations, la vision des bâtisseurs de cathédrales et les savoir-faire pour réaliser les ouvrages que nous admirons encore de nos jours.

Ensuite, le charpentier choisit ses bois, les repère, les trace et les façonne. Il utilise les meilleurs d’entre eux : le chêne, le roi des arbres, et le châtaignier, le préféré, celui dans lequel on ne trouve ni ver ni araignée, mais aussi l’orme et le sapin, beaucoup moins chers. Le levage constitue une phase importante et périlleuse du travail du charpentier. Il demande force et précision. Une fois le bois monté, il ne reste plus qu’à procéder à l’assemblage. Tel un acrobate, à cheval sur les échafaudages, le charpentier assemble les grosses poutres de bois qui forme l’ossature de l’édifice.

Des deux enfants du couple, seul leur fils Alfred survivra. Comme son père, il deviendra charpentier.

Armand LE BRET décède à Boos, le 2 avril 1865, âgé de 67 ans.  Sa femme s’éteindra 10 ans plus tard. A son décès, elle vivait « de ses rentes »., ce qui, pour l'époque, était synonyme d'une certaine aisance financière.

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* Le patronyme « Le Bret » est un diminutif de « Le Breton ».

 

**Schéma de descendance simplifié : Armand LE BRET (sosa 60), Charpentier – (1797-1865) → Alfred LE BRET (sosa 30), Charpentier – (1832-1892) → Héloïse LE BRET (sosa 15) Couturière (1864-1935) x Albert BENARD (sosa 14), Cultivateur-Domestique-Journalier (1861-1951), → Blanche BENARD (1902-1977), ma grand-mère.

 

Biblio. : « 5 métiers du bois – XVIIe – XIXe s. – La revue française de généalogie - HS

11/03/2009

Pierre SANNIER, Meunier à Offranville

« … les boulangers qui sont ordinairement larrons et les meuniers qui ne valent guère mieux. »

François Rabelais (Pantagruel, livre III)

Ainsi, dès le début du 16ème siècle, la mauvaise réputation des meuniers comme celle des boulangers est déjà faite ! Les meuniers sont souvent en butte à l’hostilité des villageois, qui ne voient en eux que des voleurs qui ponctionnent plus que leur dû. On les dit « riches » et on les accuse aussi de libertinage car les moulins sont des lieux de rencontre et d’information où on fait la causette en attendant son tour… Très peu échappent malheureusement à cette réputation déplorable ! A t’elle touché Pierre SANNIER*, cet aïeul (sosa 352) qui est meunier à Offranville (Seine-Maritime) en cette fin de règne de Louis XIV ?

 

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Cette paroisse située près de Dieppe est, à cette époque, riche de six moulins de rivière, tous placés en bordure de la « Scie », petit cours d’eau qui la traverse : le moulin des Ruines (aujourd’hui disparu), le moulin Claquet, le moulin Jeannet, le moulin de la Pierre, le Neuf-Moulin et le moulin à huile.

Pierre SANNIER, qui en est originaire, épouse le 23 novembre 1699 dans la petite église de la paroisse de Meulers, près de St-Nicolas d’Aliermont, Anne Bullé.

 

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Les meuniers sont nombreux sous l’Ancien Régime. Ils jouent un rôle important car tous les paysans ont besoin d’eux !

Le meunier est à cette époque un artisan travaillant à façon. Son activité consiste à transformer le grain qu’on lui apporte en farine et parfois même à la livrer. Mais en aucun cas, il ne peut vendre directement sa mouture. Le métier nécessite des connaissances variées. Au meunier de définir chacun des paramètres de son travail et pour cela, dans un souci de perfection, il choisit son grain, son mélange, le type de meule et la mouture.

Il est rémunéré en nature et prélève lui-même sa part sur la farine obtenue. Ainsi, sur une rasière, soit 80 kg, le client retrouve 51 kg de farine et 21 kg de son. 8 kg servent à payer le meunier. Il semble que les contrôles sont difficilement applicables, les meuniers particulièrement ingénieux et « la triche » fréquente. Pour se défendre, les fraudeurs accusent volontiers les rats et les poules de les piller, de jour comme de nuit.

Le travail du meunier est rythmé par les forces naturelles, qu’elles soient hydrauliques ou cinétiques. Lors de la fonte des neiges, le moulin hydraulique fonctionne à plein régime et demandent une attention soutenue de la part du meunier qui doit veiller constamment sur lui. Outre les risques liés aux intempéries, le meunier doit aussi se prémunir des incendies. Les sacs de farine ne sont entassés qu’une fois secs, sinon la fermentation peut engendrer des départs de feux particulièrement dangereux dans les moulins ou halles en bois.

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L’essor de la boulangerie a paradoxalement accéléré la mort des moulins. Les meuniers ne pouvant pas fournir autant de farine et surtout pas à jour fixe, les boulangers se sont adressés aux minoteries modernes. Par ailleurs, les gens ont pris l’habitude d’acheter leur pain plutôt que de le faire.

Dans « Les lettres de mon moulin » (1866), Alphonse Daudet décrit avec émotion l’abandon des moulins aux profits des minoteries. « Maître Cornille était un vieux meunier, vivant depuis soixante ans dans la farine et enragé pour son état. L’installation des minoteries l’avait rendu comme fou. … « N’allez pas là-bas, disait-il, ces brigands-là, pour faire le pain, se servent de la vapeur qui est une invention du diable, tandis que moi, je travaille avec le mistral et la tramontane, qui sont la respiration du bon Dieu… »

 

 

* Schéma de descendance : Pierre SANNIER, Meunier (ca 1669- ca 1732) → Pierre SANNIER, Bûcheron (1711-1769) → Pierre SANNIER, Laboureur (1742-1805) → Pierre SANNIER, Cultivateur (1771-1821) → Alexandre SANNIER , Maître Maréchal-ferrant (1813-1881) → Ludivine SANNIER, Jardinière (1842-1913) → Alexandrine DAMAMME, Sans profession (1881-1967) → Albert-Camille BOULANGÉ (mon père) (1922-2007)