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03/12/2011

Le journal de Nicolas de Baye, greffier du Parlement de Paris

Nous sommes au tout début du XVe siècle, époque charnière entre le Moyen Age et la Renaissance. Charles VI (1368-1422) est roi de France.

 

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Charles VI (1368-1411), roi de France

 

En ce mois de Janvier 1408, l’hiver est si froid qu'à Paris, la Seine se traverse à pied sec.

Dans la pièce où il travaille, Nicolas de Baye à peine à écrire tant l’encre de sa plume est gelée ! Ce qui est handicapant lorsqu’on est greffier du Parlement !

Ce champenois, née à Baye, dans l’actuel département de la Marne, vers l’an 1364, fils d’un serf des seigneurs de Baye, a été affranchi dans sa neuvième année. Après des études de droit à l’université d’Orléans, il obtient, alors qu’il est sous-diacre du diocèse de Chalons, la charge de greffier civil du Parlement de Paris en novembre 1400 et la conservera jusqu’en 1416.

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Dès lors, au jour le jour, il va consigner de sa propre main et sa plus belle plume les décisions du Conseil, les plaidoiries à l’audience et d’une façon générale les évènements politiques de son époque. C’est un énorme travail d’écriture qu’il va ainsi réaliser auquel il va ajouter la rédaction en latin d’un « Mémorial », sorte de « journal» où, durant 16 ans, il va exprimer sa pensée politique intime.  

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Sainte-Geneviève protégeant Paris, Heures de Charles VII, XVe siècle.

 

Ses écrits, dont neuf registres de près de 600 feuillets subsistent, constituent un témoignage unique sur le milieu du Parlement de Paris à cette époque

Mais revenons à la fin du mois de Janvier 1408 où, enfin, dans la Capitale, le dégel s’amorce, entraînant hélàs avec lui une véritable débâcle ! D'énormes blocs de glace charriés par la Seine emportent l’un après l’autre les ponts de bois : le Petit-Pont, le Pont Saint-Michel et une partie du Grand-Pont. Ces ponts sont « maisonnés », c’est-à-dire qu’ils comportent des maisons d’habitation et des commerces. La ville est totalement sinistrée ! Sans points de passage entre les deux rives, le Parlement siège à effectif réduit. 

Nicolas de Baye consigne scrupuleusement ces faits dans son journal...

 

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Journal manuscrit du XVe siècle (Archives Nationales)

 

... Sur la page ci-dessus, il écrit : « Aujourd’hui et depuis hier à environ neuf ou dix heures de la nuit, sont descendus les blocs de glace depuis l’aval en si grande quantité, avec une si grande impétuosité et une si grande violence, spécialement dans cette partie de la Seine qui coule à Paris sous les Petits ponts, qu’à cause des heurts continuels des glaces contre les pieux de bois qui soutenaient le Petit pont, qui était en allant de la rue Saint-Jacques vers Notre-Dame (…) ces blocs de glace et la rivière de Seine ont abattu ce pont de bois qui était en allant à Notre-Dame et une partie des maisons adjacentes. (…) Tous ceux qui voulaient le voir étaient horrifiés par le péril et le dommage que subissait la bonne ville de Paris, et à cause de cela presque aucun des conseillers du roi n’a pu tout simplement se rendre ici. »

 

 

Biblio et photos  « Les plus belles pages manuscrites de l’histoire de France » - Ed. R. Laffont 1993.

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.

05/11/2011

Les Grandes Chroniques de France ou l’histoire de nos rois

Au cours des XIIe et XIIIe siècle, l’Abbaye de Saint-Denis, se voulant mémoire de la dynastie capétienne, a dressé, en latin, une histoire de la monarchie française intitulée les « Chroniques de Saint-Denis ».

Ces chroniques étaient en réalité une compilation de textes anciens, à commencer par les chroniques d’Aimoin de Fleury, rédigées aux environ de l’an mil et s’arrêtant en l’an 654.

L’atelier historiographique de l’Abbaye de Saint-Denis va dans un premier temps reprendre l’ensemble de ces textes et poursuivre ensuite ce travail de mémoire.

Nous devons à Saint-Louis (1214-1270) d'avoir commander une nouvelle version de ces textes, cette fois en langue française.

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Gilles le Muisit (1272-1353), « Poème sur la peste »

Grandes Chroniques de France, XVIe siècle.

 

 « Les Grandes Chroniques de France » vont ainsi retracer les principaux faits et gestes des règnes des rois de France depuis la dynastie mérovingienne, à partir du Ve siècle, jusqu’en 1461. Rédigés par des moines dont la principale tâche était d’écrire une histoire de France constamment continuée, un règne après l’autre, ces manuscrits, dont il ne reste environ que 130 exemplaires aujourd’hui, contiennent en outre pour certains de remarquables enluminures.

 

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Philippe VI de Valois (1293-1350)

 

La page ci-dessous a été extraite du récit des dernières années du règne de Philippe VI de Valois, c’est-à-dire les années 1344-1350, rédigées par un moine de Saint-Denis.  CHRONIQUES 10001.JPG

 

 

Grandes Chroniques de France, XVe siècle (B.N.)

 

On y lit notamment que : « L’an de grâce 1348 commença la devant dite mortalité au royaume de France, et dura environ un an et demi, plus ou moins, de telle sorte que à Paris par jour mouraient bien huit cents personnes. Ladite épidémie (de peste) commença en une ville de campagne appelée Roissy, près de Gonesse, à trois lieues de Saint-Denis en France. Et c’était très grande pitié de voir les corps des morts en si grande quantité, car en l’espace dudit an et demi, selon ce que certains disaient, le nombre des morts à Paris se monta à plus de cinquante mille. »

 

 

Biblio. et images « Les plus belles pages manuscrites de l’histoire de France » - Bibliothèque Nationale – Ed. R. Laffont, Paris 1993.

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.

05/10/2011

Froissart, chroniqueur du Moyen-Age

Georges d’Amboise (1460-1510), Cardinal-Archevêque de Rouen et Premier Ministre du roi Louis XII, avait fait bâtir le Château de Gaillon (Eure), l’une des « suprêmes extravagances de la Renaissance ».  

 

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Georges d'Amboise, Héliographie par Joseph Nicéphore Niépce

 

Sa bibliothèque, fondée en partie sur celle du roi d’Aragon qu’il avait achetée en bloc, contenait plus d’un millier de luxueux manuscrits enluminés dont celui des « Chroniques de Froissart », « un grand volume en parchemin, nommé Froisart, couvert de velours tenné, richement enluminé e hystorié, garny de loton doré ».

 

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 Chroniques, XVe siècle (BN)

 

Le manuscrit comportait 263 feuillets de vélin et était orné par 194 miniatures, elles-mêmes inscrites dans des colonnes enluminées, plus quatre panneaux de quatre miniatures en pleine page, le tout dans une reliure d’apparence française mais certainement d’origine italienne. 

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 Statue de Froissart - Cour du Palais du Louvre - Paris

 

Jehan Froissart, né à Valenciennes dans le Comté du Hainaut (aujourd’hui département du Nord), vers 1337, est l’un des plus importants chroniqueurs de son époque. Historien officiel à la cour de  Philippa de Hainaut (1311-1369), l’épouse du roi Edouard III d’Angleterre (1312-1377), il va passer sa vie à s’informer, à voyager et à témoigner sur ce qu’il a vu et appris. Ses Chroniques, qui relatent en 4 livres l’histoire médiévale anglaise allant des années 1322 à 1400, c’est-à-dire les évènements de la première moitié de la Guerre de Cent Ans, sont écrites en langue française. Placé entre les deux royaumes, il traite les évènements à la manière d’un « reporter », s’attachant aux détails concrets, aux hommes et à leurs émotions. 

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 La page de Froissart  sur le Bal des Ardents organisé par Charles VII le 28 janvier 1393.

 

Le premier livre des Chroniques, composé vers 1370, est nettement inspiré, pour les années 1325-1356, des Vraies chroniques de Jean Le Bel (1290-1370), autre grand imagier de son époque et maître de Froissart. « Un somptueux praticien comme le chanoine Jean Le Bel eut le talent d’écrire ses vraies chroniques avec tant d’allégresse que Froissart les adopta comme modèle » (Jean Lejeune).

Après la publication de ce premier ouvrage et la mort de Philippa, Froissart passe au service de son beau-frère, Robert de Namur (1323-1391), de sa belle-sœur Jeanne de Brabant (1322-1406), du mari de celle-ci Wenceslas de Luxembourg (1337-1383) et enfin de Guy de Blois, seigneur de Chimay, décédé en 1397. En 1388, il fait un long séjour chez Gaston Phoebus (1331-1391) avant de se trouver un dernier protecteur, Aubert de Bavière (1336-1404).

Il séjourne une dernière fois en Angleterre en 1395 et aurait fini ses jours à l’Abbaye Sainte-Monégonde de Chimay.

La première édition imprimée des « Chroniques de France, Dangleterre, Descoce, Despaigne, de Bretaigne, de Gascongne, de Flandres et lieux circunuoisins » date de 1494.

 

Biblio. « Un grand reportage illustré » de B. Galimard Flavigny – Historia N°539 – 11-1991 et « Les plus belles pages manuscrites de l’histoire de France » B-N – R. Laffont 1993.

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.