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05/12/2012

L'historien de l'an mil

Surnommé le Glabre, c’est-à-dire le chauve, Rodulfus Glaber, né en 985 en Bourgogne et mort après 1047, est un moine clunisien chroniqueur de son temps. Ses écrits sont l’une des sources dont on dispose sur notre pays durant cette période.

 

C’est ver l’an 1020 qu’il entreprend d’écrire ses « Histoires », intitulées « Historiarum libri quinque ab anno incarnationis DCCCC usque ad annum MXLIV » (Cinq livres d’histoires depuis l’an 900 après l’Incarnation jusqu’en l’an 1044).

 

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 Beatus de Liebana, Commentaires sur l'Apocalypse, XIe siècle

 

Bien que destinées à constituer une mémoire ecclésiastique, il y relate en fait différents évènements survenus en France à cette époque, principalement dans le centre du pays. Il introduit dans ses récits des anecdotes et des visions à caractère édifiant empreintes de superstition. Ainsi, un livre entier est consacré à la description de l’année 1033, millième anniversaire de la mort et de la résurrection du Christ, qui pouvait être interprétée symboliquement comme une fin des temps.

C’est ce mélange de réel et de virtuel qui fait véritablement la richesse de ces écrits, l’image que se faisait à la fois du monde et du destin de l’humanité, un écrivain cultivé et  intelligent. Pour l’historien Georges Duby (1919-1996), « Ce qu’il écrit nous fait pénétrer dans une pensée qui ne se soucie pas de classer logiquement les faits, mais les enchaîne en fonction de ce qu’elle croit deviner des ordonnances surnaturelles. Ainsi ces turbulences, épidémies, famines, découvertes de trésors cachés, où nous voyons les effets de la croissance économique et démographique qui emportaient alors la civilisation occidentale, sont perçues soit comme des fléaux lancés par le ciel, soit, la colère divine apaisée, comme les bourgeonnements d’un nouveau printemps du monde. D’un monde où les vivants demeurent en communication permanente avec les défunts, ainsi qu’avec des êtres plus inquiétants dont on ne discerne pas toujours s’ils sont anges ou démons, sinon lorsque le diable affirme lui –même son identité ».

 

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« Pendant le règne du roi Robert apparut dans le ciel, du côté de l’occident, une de ces étoiles qu’on appelle comètes ; le phénomène commença au mois de septembre, un soir à la nuit tombante, et dura près de trois mois. Brillant d’un très vif éclat, elle remplissait de sa lumière une vaste portion du ciel et se couchait vers le chant du coq. Quant à savoir si c’était une étoile nouvelle que Dieu envoyait, où une étoile dont Il avait simplement multiplié l’éclat en signe miraculeux, cela n’appartient qu’à Celui qui dans Sa sagesse règle toutes choses mieux qu’on ne saurait le dire. Ce qui toutefois est sûr, c’est que, chaque fois que les hommes voient se produire dans le monde un prodige de cette sorte, peu après s’abat visiblement sur eux quelque chose d’étonnant et de terrible. »

 

Biblio : « Les plus belles pages manuscrites de l’histoire de France » - Ed. Robert Laffont – Paris 1993.

10/10/2012

La naissance de la langue française

Petit-fils de Charlemagne, fils naturel de sa fille Berthe et du poète Angilbert surnommé l’ « Homère de la cour », Nithard (né vers l’an 800 et décédé vers l’an 844), est un historien franc. Nommé abbé commendataire, c'est-à-dire abbé laïc, il est l’un des principaux conseillers du jeune roi Charles le Chauve (823-877) qui lui confie des missions diplomatiques. Il est aussi un homme de guerre qui prend part notamment à la Bataille de Fontenoy en l’an 841.  

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Le roi Charles le Chauve (823-877)

 

Mais il est encore un grand historien. C’est à la demande de son roi qu’il entreprend d’écrire en 841, une « Histoire des fils de Louis Ier dit le Pieux », en latin, et en quatre livres. Il y narre le récit d’évènements dont il est le témoin et notamment la guerre civile et fratricide que se livrent les trois fils du roi pour le partage de son empire.

C’est dans le troisième volume qu’il raconte « les serments de Strasbourg »,  échangés le 14 février 842 entre deux derniers fils de Louis le Pieux (778-840), Louis le Germanique (806-876)  et Charles le Chauve, qui signent ce jour là leur alliance militaire contre les ambitions de leur frère aîné Lothaire Ier (795-855).  

Pour la première fois, pour se faire comprendre des soldats de l’autre camp, les deux rois vont intervenir dans la langue de l’autre, Charles, en langue tudesque, l’allemand ancien,  et Louis, en  langue romane, prémices de la langue d’oïl.

Nithard rédige alors le plus ancien exemple connu d’écrit en langue romane, encore à peine séparée du latin vulgaire. Du point de vue de l’histoire linguistique, il s’agit là de la première attestation écrite de l’existence de la langue romane, ancêtre de la langue d’oïl, en Francie occidentale. 

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« Le 14 février 842, Louis et Charles se réunirent dans la cité autrefois nommée Argentaria, et qu’on appelle aujourd’hui Strasbourg dans le parler local ; ils prêtèrent les serments qui suivent, Louis en Roman, Charles en tudesque (…) « Pour l’amour de Dieu, pour le peuple chrétien et pour notre salut commun, je jure que dorénavant, autant que Dieu m’en donnera savoir et pouvoir, je secourrai mon frère Charles que voici, lui apportant aide et toute chose, comme on doit secourir son frère selon le droit, à condition qu’il fasse de même à mon égard. Avec Lothaire, je ne tiendrai aucun plaid (Assemblée politique) qui de ma volonté puisse porter tort à mon frère Charles que voici. »

Quand Louis eut terminé, ce fut au tour de Charles de prêter le même serment en langue tudesque. »

 

Les trois frères vont finir par se réconcilier et se partager l’Empire de leur père à Verdun en 843, dessinant ainsi la carte de l’Europe pour les siècles suivants. 

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Quant à Nithard, il sera tué au combat contre les Vikings, vers l’an 858, d’un coup mortel porté sur le crâne, soit en Neustrie, soit en Amiènois. De son texte, il ne reste plus  aujourd’hui que deux manuscrits, dont le plus ancien a été copié vers l’an 1000.

 

Biblio. « Les plus belles pages manuscrites de l’histoire de France » - Bibliothèque Nationale – Ed. R. Laffont – Paris 1993 –

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.

30/05/2012

Le père de l'histoire de France

Grégoire de Tours, surnommé le « père de l’histoire de France » est né à Urbs Arverna (Clermont-Ferrand) vers l’an 538 d’une famille aristocratique. Fragile, de petite taille, il perd son père lorsqu’il n’a que 10 ans. Elevé tour à tour par son oncle maternel, l’évêque Nizier de Lyon, puis par son oncle paternel l’évêque Gallus de Clermont, il reçoit une formation essentiellement cléricale. Promu Diacre à 25 ans, il vient séjourner à Tours auprès de son cousin évêque, futur Saint-Martin, et dix ans plus tard, il lui succède en toute logique et devient le 19ème évêque de Tours.  

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C’est à cette époque que ce curieux de l’histoire de l’Eglise, des Francs et de l’Auvergne commence la rédaction de son œuvre majeure, une « Histoire des Francs », « Decem libros historiarum », en 10 volumes, laquelle lui vaudra son surnom. C’est notamment grâce à elle que nous est parvenue l’histoire du vase de Soissons.

Ecrite entre 576 et 580, dans un « latin peu orthodoxe », mi-littéraire, mi-parlé, elle raconte l’histoire du monde, de la genèse à l’accession des Francs au pouvoir, soit depuis Adam et Eve jusqu’à l’an 591.

Pour les deux premiers livres qui vont jusqu’à la mort de Clovis Ier (511), il utilise abondamment les souvenirs de ses contemporains et ceux que la reine Clotilde (465-545), l’épouse de Clovis,  a confiés à Saint-Martin de Tours (316-397).

L’extrait ci-dessous relate le baptême de Clovis, point focal de l’histoire de notre pays, célébré à Reims la nuit de Noël 496.  

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« Ce fut le roi qui le premier demanda à être baptisé par le pontife. Nouveau Constantin, il s’avance vers la cuve baptismale pour effacer le mal d’une vieille lèpre et se purifier dans l’eau nouvelle des souillures sordides contractées d’ancienneté. Quand il y fut entré pour le baptême, le saint de Dieu l’interpella en ces termes éloquents : « Courbe humblement la tête, Sicambre ; adore ce que tu as brûlé et brûle ce que tu as adoré. »

 

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L’historien des Mérovingiens, dont l’œuvre reste la source majeure dont nous disposons sur leurs règnes, Grégoire de Tours est mort vraisemblablement en l’an 594.

Biblio. et photos : « Les plus belles pages manuscrites de l’histoire de France » - Bibliothèque Nationale – Ed. Robert Laffont – Paris 1993. Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.