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04/04/2012

Présumée coupable : le procès de Jeanne

Le procès de Jeanne d’Arc incarne, dans chacune de ses minutes, le modèle de l’iniquité judiciaire. Il s’ouvre à Rouen le 9 février 1431 dans la forteresse de la ville. Accusée d’hérésie et de sorcellerie, la jeune fille est introduite devant un tribunal réuni par Pierre Cauchon (1371-1442), ex-recteur de l’Université de Paris, nommé à l’Evêché de Beauvais sur l’intervention du Duc de Bourgogne, après la négociation du Traité de Troyes de 1420.

 

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Jeanne d’Arc malade – Paul Delaroche (1797-1856)

 

A ses côtés, pour l’assister, six universitaires parisiens. Dans ce procès à charge, l’accusée n’a droit à aucun défenseur. Les débats sont conduits par Cauchon, homme habile et sûr de lui. Pourtant, face à ses questions ambiguës, les réponses de Jeanne sont désarmantes : la clarté, la simplicité de sa foi ont raison des pièges infâmes qu’il lui tend.

Finalement, malgré de nombreux interrogatoires, Cauchon se trouve réduit à n’opposer qu’un seul véritable reproche à la jeune fille qui lui tient tête : l’habit d’homme qu’elle porte et qui est considéré comme un signe d’insoumission à l’Eglise.

 

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Le 24 mai 1431, la prisonnière est amenée au cimetière de Saint-Ouen pour y abjurer publiquement ses fautes. Pour la faire plier, une véritable mise en scène l’y attend avec tribunal et bûcher. Contre la promesse de reprendre l’habit de son sexe, elle échappera à la condamnation à mort !

Alors, à bout de force, malade, visiblement déstabilisée, Jeanne signe d’une croix le document où il est expressément écrit qu’elle renonce à sa tenue masculine.

C’est fini : Cauchon sait qu’il a gagné. En renvoyant Jeanne en prison anglaise, il est persuadé qu’elle sera amenée à renier sa parole, à reprendre ses habits d’homme, les seuls qui peuvent la protéger efficacement des agressions et privautés de ses gardiens, les seuls qui peuvent sauver sa vertu, d’autant que dans sa geôle, elle est enchaînée.

Le 28 mai, Cauchon ouvre le procès de « relapse » c’est-à-dire « de celui ou celle retombée dans ses mêmes erreurs ».

Interrogée par ses juges sur cette nouvelle désobéissance, elle s’exclame : « Dieu m’a mandé par saintes Catherine et Marguerite grande pitié de cette forte trahison à laquelle j’ai consenti (prendre habit de femme), en faisant abjuration et révocation pour sauver ma vie, et que je me damnais pour sauver ma vie. » 

 

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Extrait des minutes du procès de Jeanne d’Arc – XVe siècle – Bibl. de l’Assemblée nationale.

 

En marge, le greffier a inscrit « Responsio mortifera » : réponse mortelle. Car dans les tribunaux d’inquisition, seuls ceux qui retombent dans leur faute après avoir abjuré sont condamnés à mort. Jeanne est brûlée vive sur la place du Vieux Marché de Rouen le 30 mai 1431 et ses cendres dispersées en Seine.

 

Biblio. « Les plus belles pages manuscrites de l’histoire de France » Bibliothèque Nationale - Ed. R. Laffont -  Paris 1993.

« Jeanne d’Arc : le mythe, la légende, l’histoire » - HS Le Figaro.

« Le mystère Jeanne d’Arc  raconté par les peintres – HS Point de vue – Janvier 2012

14/03/2012

La Jeanne de Clément

On doit à Clément de Fauquembergue la seule effigie de Jeanne d’Arc exécutée de son vivant. Il l’a réalisée le 10 mai 1429 à l’annonce de la levée du siège d’Orléans.  

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 Portrait imaginaire de Jeanne d’Arc par Clément de Fauquembergue

 

Clément de Fauquembergue (? - 1438) est à cette époque greffier du Parlement de Paris. Successeur à ce poste de Nicolas de Baye (v. ma note 3.12.11), de janvier 1417 à septembre 1435, durant dix-huit années, il va noter scrupuleusement au jour le jour les nouvelles officielles, évènements politiques ou autres du Royaume de France.

Le témoignage qu’il va laisser sur l’épopée de Jeanne d’Arc (1412-1431) compte parmi les plus connus et les plus fréquemment invoqués. C’est en mai 1429 qu’il évoque pour la première fois la Pucelle d’Orléans. Il relate dans son journal le récit de la prise de la bastille des Tourelles le 7 mai 1429 par les « ennemis… qui avaient entre leurs rangs une pucelle portant bannière ». En marge de son texte, il trace à la plume un portrait imaginaire de cette Jeanne dont hérauts et crieurs colportent dans Paris la description. Il arme la bergère de Domrémy d’une épée et d’un étendard avec la simple devise « IHS ». 

 

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Journal manuscrit de Clément de Fauquembergue.

 

 

« Mardi Xe jour de may, fu rapporté et dit à Paris publiquement que, dimenche derrain passé, les gens du Dauphin, en grant nombre, aprez plusieurs assaulz continuelment entretenuz par force d’armes, estoient entrez dedens la bastide que tenoient Guillaume Glasdal et autres capitaines et gens d’armes anglois de par le Roy, avec la tour de l’yssue du pont d’Orleans par delà Loyre, et que, ce jour, les autres capitaines et gens d’armes tenans le siege et les bastides par deçà Loyre, devant la ville d’Orleans, s’estoient partiz d’icelles bastides et avoient levé leur siege pour aller conforter ledit Glasdal et ses compaignons et pour combattre les ennemis, qui avoient en leur compagnie une pucelle seule ayant baniere entre lesdis ennemis, si comme on  disoit. »

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La signature de Jeanne d'Arc

 

Il témoignera encore des faits d’armes de la Pucelle, et notamment le 2 septembre suivant, quant, lors de l’attaque des remparts de Paris vers la porte Saint-Honoré, il écrira : « blecée en la jambe, de trait, une femme que on appeloit la Pucelle, qui conduisat l’armée avec les autres capitaines de Messire Charles de Valois. »

Plus tard, c’est en termes modérés et mesurés voire respectueux qu’il relatera la capture de Jeanne d’Arc par les Bourguignons sous les murs de Compiègne. Lors de son procès et de sa mort à Rouen, brûlée sur un bûcher comme hérétique et relapse, il fera aussi appel à la miséricorde divine pour son âme.

 

Biblio. « Les plus belles pages manuscrites de l’histoire de France » - R. Laffont Editions – 1993

Merci au site http:// www.stejeannedarc.net

 

08/02/2012

Les chroniques d’Enguerrand de Monstrelet

En l’an 1440, Enguerrand de Monstrelet est prévôt « en la noble cité de Cambrai, ville séant en l’empire d’Allemaigne ».

Il est né quarante ans plus tôt, au sein du Comté français de Ponthieu, dans le village de Montrelet, aujourd’hui Fieffes-Montrelet, commune proche de Doullens en Picardie, dont son père, Jean d’Enguerrand, est seigneur. 

 

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 Enguerrand de Monstrelet d’après une miniature anonyme

 

On sait peu de choses de sa vie si ce n’est qu’il était au service de Jean de Luxembourg (1392-1441), celui même qui vendit en 1430 Jeanne d’Arc aux Anglais, et que c’est pour ce maître qu’il va rédiger ses « chroniques » historiques,  prenant de fait, en la matière, la succession de Jean Froissart (v. ma note du 5 octobre dernier).

Les « chroniques de Monstrelet » recouvrent les années allant de 1400 à 1444. Elles s’attachent aux ducs de Bourgogne, l’un des deux partis en lutte pour le pouvoir dans le Royaume de France de cette époque. Les faits y sont relatés avec exactitude et impartialité.

Son récit est marqué par la guerre de Cent Ans dont l’assassinat de Jean Ier de Bourgogne dit  « Jean sans Peur » (1371-1419), le 10 septembre 1419  est un des épisodes majeurs.   

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 Chronique, XVe siècle

 

Grâce à la plume de Monstrelet, historien consciencieux mais toutefois proche du camp bourguignon, on assiste à la scène du meurtre du Prince bourguignon. Ce jour-là, Jean sans peur et le dauphin Charles, futur Charles VII (1403-1461) doivent sceller la paix. La rencontre est prévue sur le Pont qui traverse la Seine à Montereau (Montereau-Fault-Yonne en Seine-et-Marne).Jean sans Peur se rend au rendez-vous sans protection armée. Il s'agenouille avec respect devant le dauphin. Monstrelet raconte que le Duc a peut être eu, alors qu’il se relevait, cherchant appui en posant la main sur le pommeau de son épée, un geste « équivoque ».

Aussitôt, les hommes en armes du Dauphin bondissent et se déchaînent sur le Duc qu’ils lardent de coups alors que le Dauphin, conduit à l’écart, demeure impassible.

Désigné comme le principal instigateur de l'assassinat du duc de Bourgogne, il ne pourra, malgré toutes ses dénégations et ses excuses, se justifier de ce crime.  

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Extrait d’une page des Chroniques de Monstrelet (traduction ci-dessous)

 

« Et ledit duc, qui était à un genoux, comme dit est, avait son épée ceinte, laquelle selon son vouloir était trop demeurée derrière quant il s’agenouilla, si y mit sa main pour la remettre plus devant à son aise. Et lors ledit messire Robert lui dit : « Mettez-vous main à l’épée en la présence de monseigneur le Dauphin ! » Entre lesquelles paroles s’approcha messire Tanegui du Chastel, et en disant « il est temps ! » il férit ledit duc d’une petite hache qu’il tenait en sa main, parmi le visage, si rudement qu'il chut à genoux, et lui abattit le menton. Et quant ledit duc se senti féru, il mit la main à son épée pour la tirer et se cuida lever pour se défendre, mais, incontinent, tant dudit Tanegui comme d’aucuns autres, fut féru plusieurs coups et abattu par terre comme mort. »

 

Enguerrand de Monstrelet épousa Jeanne de Valhuon qui lui donna plusieurs enfants. Il mourut à Cambrai le 20 juillet 1453. Ses restes, retrouvés en 1959 dans la chapelle des Récollets à Cambrai, furent réinhumés en 1962 près du portail.

 

 

Biblio. et images « Les plus belles pages manuscrites de l’histoire de France » - Bibliothèque Nationale – Ed. R. Laffont Paris 1993

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.