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30/05/2012

Le père de l'histoire de France

Grégoire de Tours, surnommé le « père de l’histoire de France » est né à Urbs Arverna (Clermont-Ferrand) vers l’an 538 d’une famille aristocratique. Fragile, de petite taille, il perd son père lorsqu’il n’a que 10 ans. Elevé tour à tour par son oncle maternel, l’évêque Nizier de Lyon, puis par son oncle paternel l’évêque Gallus de Clermont, il reçoit une formation essentiellement cléricale. Promu Diacre à 25 ans, il vient séjourner à Tours auprès de son cousin évêque, futur Saint-Martin, et dix ans plus tard, il lui succède en toute logique et devient le 19ème évêque de Tours.  

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C’est à cette époque que ce curieux de l’histoire de l’Eglise, des Francs et de l’Auvergne commence la rédaction de son œuvre majeure, une « Histoire des Francs », « Decem libros historiarum », en 10 volumes, laquelle lui vaudra son surnom. C’est notamment grâce à elle que nous est parvenue l’histoire du vase de Soissons.

Ecrite entre 576 et 580, dans un « latin peu orthodoxe », mi-littéraire, mi-parlé, elle raconte l’histoire du monde, de la genèse à l’accession des Francs au pouvoir, soit depuis Adam et Eve jusqu’à l’an 591.

Pour les deux premiers livres qui vont jusqu’à la mort de Clovis Ier (511), il utilise abondamment les souvenirs de ses contemporains et ceux que la reine Clotilde (465-545), l’épouse de Clovis,  a confiés à Saint-Martin de Tours (316-397).

L’extrait ci-dessous relate le baptême de Clovis, point focal de l’histoire de notre pays, célébré à Reims la nuit de Noël 496.  

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« Ce fut le roi qui le premier demanda à être baptisé par le pontife. Nouveau Constantin, il s’avance vers la cuve baptismale pour effacer le mal d’une vieille lèpre et se purifier dans l’eau nouvelle des souillures sordides contractées d’ancienneté. Quand il y fut entré pour le baptême, le saint de Dieu l’interpella en ces termes éloquents : « Courbe humblement la tête, Sicambre ; adore ce que tu as brûlé et brûle ce que tu as adoré. »

 

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L’historien des Mérovingiens, dont l’œuvre reste la source majeure dont nous disposons sur leurs règnes, Grégoire de Tours est mort vraisemblablement en l’an 594.

Biblio. et photos : « Les plus belles pages manuscrites de l’histoire de France » - Bibliothèque Nationale – Ed. Robert Laffont – Paris 1993. Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.

02/05/2012

Les cages de fer de Louis XI

En août 1472, Philippe de Commynes (1447-1511), d’origine flamande, trahira son maître Charles Le Téméraire, Duc de Bourgogne (1433-1477) pour rejoindre les rangs du Roi de France Louis XI (1423-1483) qu’il sauvera des griffes de son ennemi.  

 

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Philippe de Commynes – Dessin provenant du Recueil d’Arras

 

Nommé Chambellan puis Conseiller du roi, il restera au service de celui-ci jusqu’à sa mort en 1483. Opposé à son successeur le jeune Charles VIII (1470-1498), il rejoint le Duc d’Orléans, futur Louis XII (1462-1515). Fait prisonnier, ses biens confisqués, il est emprisonné à Loches, en Touraine, de la fin janvier au début du mois de juillet 1487. Amnistié, il ralliera le service du roi Charles VIII qui l’enverra en Italie effectuer diverses missions.

 

Ses mémoires offre un témoignage unique sur la vie politique de la France et de l’Europe de la fin du XVe siècle. Il les rédige à partir de 1489 à la demande de l’Archevêque de Vienne. Dans son prologue, il déclare « qu'il s'est donné pour tâche de « mettre par mémoire » ce qu'il a connu des « faits » du roi Louis XI. »

L’extrait ci-dessous provient du livre VI dicté en  l’an 1493. Il y décrit l’horreur des conditions de détention voulues par un roi cruel.  

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Cage de fer ou cage ferrée – Encre de chine sur calque, 1784 (Estampes de la B.N.)

 

Des cages de fer ou de bois ne dépassant guère la taille d’un homme moyen imaginées par l’Evêque de Verdun et « les fillettes du roi », une invention allemande : des anneaux fixés au pied comme un carcan, une chaîne « grosse et pesante » avec, à son extrémité, une grosse boule de fer, d’un poids excessif. 

 

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« Il est vrai qu’il avait fait de rigoureuses prisons, comme cages de fer, et d’autres de bois, couvertes de plaques de fer par le dehors et par le dedans, avec terribles ferrures de quelque huit pieds de large, et de la hauteur d’un homme, et un pied plus. Le premier qui les devisa (décrivit) fut l’évêque de Verdun, qui en la première qui fut faite fut mis incontinent et y a couché quatorze ans. Plusieurs depuis l’ont maudit, et moi aussi, qui en ai tâté, sous le roi de présent, huit mois. »

 

Biblio et photos : « Les plus belles pages manuscrites de l’histoire de France » - Bibliothèque Nationale – Ed. R. Laffont Paris 1993

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.

04/04/2012

Présumée coupable : le procès de Jeanne

Le procès de Jeanne d’Arc incarne, dans chacune de ses minutes, le modèle de l’iniquité judiciaire. Il s’ouvre à Rouen le 9 février 1431 dans la forteresse de la ville. Accusée d’hérésie et de sorcellerie, la jeune fille est introduite devant un tribunal réuni par Pierre Cauchon (1371-1442), ex-recteur de l’Université de Paris, nommé à l’Evêché de Beauvais sur l’intervention du Duc de Bourgogne, après la négociation du Traité de Troyes de 1420.

 

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Jeanne d’Arc malade – Paul Delaroche (1797-1856)

 

A ses côtés, pour l’assister, six universitaires parisiens. Dans ce procès à charge, l’accusée n’a droit à aucun défenseur. Les débats sont conduits par Cauchon, homme habile et sûr de lui. Pourtant, face à ses questions ambiguës, les réponses de Jeanne sont désarmantes : la clarté, la simplicité de sa foi ont raison des pièges infâmes qu’il lui tend.

Finalement, malgré de nombreux interrogatoires, Cauchon se trouve réduit à n’opposer qu’un seul véritable reproche à la jeune fille qui lui tient tête : l’habit d’homme qu’elle porte et qui est considéré comme un signe d’insoumission à l’Eglise.

 

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Le 24 mai 1431, la prisonnière est amenée au cimetière de Saint-Ouen pour y abjurer publiquement ses fautes. Pour la faire plier, une véritable mise en scène l’y attend avec tribunal et bûcher. Contre la promesse de reprendre l’habit de son sexe, elle échappera à la condamnation à mort !

Alors, à bout de force, malade, visiblement déstabilisée, Jeanne signe d’une croix le document où il est expressément écrit qu’elle renonce à sa tenue masculine.

C’est fini : Cauchon sait qu’il a gagné. En renvoyant Jeanne en prison anglaise, il est persuadé qu’elle sera amenée à renier sa parole, à reprendre ses habits d’homme, les seuls qui peuvent la protéger efficacement des agressions et privautés de ses gardiens, les seuls qui peuvent sauver sa vertu, d’autant que dans sa geôle, elle est enchaînée.

Le 28 mai, Cauchon ouvre le procès de « relapse » c’est-à-dire « de celui ou celle retombée dans ses mêmes erreurs ».

Interrogée par ses juges sur cette nouvelle désobéissance, elle s’exclame : « Dieu m’a mandé par saintes Catherine et Marguerite grande pitié de cette forte trahison à laquelle j’ai consenti (prendre habit de femme), en faisant abjuration et révocation pour sauver ma vie, et que je me damnais pour sauver ma vie. » 

 

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Extrait des minutes du procès de Jeanne d’Arc – XVe siècle – Bibl. de l’Assemblée nationale.

 

En marge, le greffier a inscrit « Responsio mortifera » : réponse mortelle. Car dans les tribunaux d’inquisition, seuls ceux qui retombent dans leur faute après avoir abjuré sont condamnés à mort. Jeanne est brûlée vive sur la place du Vieux Marché de Rouen le 30 mai 1431 et ses cendres dispersées en Seine.

 

Biblio. « Les plus belles pages manuscrites de l’histoire de France » Bibliothèque Nationale - Ed. R. Laffont -  Paris 1993.

« Jeanne d’Arc : le mythe, la légende, l’histoire » - HS Le Figaro.

« Le mystère Jeanne d’Arc  raconté par les peintres – HS Point de vue – Janvier 2012