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10/10/2012

La naissance de la langue française

Petit-fils de Charlemagne, fils naturel de sa fille Berthe et du poète Angilbert surnommé l’ « Homère de la cour », Nithard (né vers l’an 800 et décédé vers l’an 844), est un historien franc. Nommé abbé commendataire, c'est-à-dire abbé laïc, il est l’un des principaux conseillers du jeune roi Charles le Chauve (823-877) qui lui confie des missions diplomatiques. Il est aussi un homme de guerre qui prend part notamment à la Bataille de Fontenoy en l’an 841.  

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Le roi Charles le Chauve (823-877)

 

Mais il est encore un grand historien. C’est à la demande de son roi qu’il entreprend d’écrire en 841, une « Histoire des fils de Louis Ier dit le Pieux », en latin, et en quatre livres. Il y narre le récit d’évènements dont il est le témoin et notamment la guerre civile et fratricide que se livrent les trois fils du roi pour le partage de son empire.

C’est dans le troisième volume qu’il raconte « les serments de Strasbourg »,  échangés le 14 février 842 entre deux derniers fils de Louis le Pieux (778-840), Louis le Germanique (806-876)  et Charles le Chauve, qui signent ce jour là leur alliance militaire contre les ambitions de leur frère aîné Lothaire Ier (795-855).  

Pour la première fois, pour se faire comprendre des soldats de l’autre camp, les deux rois vont intervenir dans la langue de l’autre, Charles, en langue tudesque, l’allemand ancien,  et Louis, en  langue romane, prémices de la langue d’oïl.

Nithard rédige alors le plus ancien exemple connu d’écrit en langue romane, encore à peine séparée du latin vulgaire. Du point de vue de l’histoire linguistique, il s’agit là de la première attestation écrite de l’existence de la langue romane, ancêtre de la langue d’oïl, en Francie occidentale. 

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« Le 14 février 842, Louis et Charles se réunirent dans la cité autrefois nommée Argentaria, et qu’on appelle aujourd’hui Strasbourg dans le parler local ; ils prêtèrent les serments qui suivent, Louis en Roman, Charles en tudesque (…) « Pour l’amour de Dieu, pour le peuple chrétien et pour notre salut commun, je jure que dorénavant, autant que Dieu m’en donnera savoir et pouvoir, je secourrai mon frère Charles que voici, lui apportant aide et toute chose, comme on doit secourir son frère selon le droit, à condition qu’il fasse de même à mon égard. Avec Lothaire, je ne tiendrai aucun plaid (Assemblée politique) qui de ma volonté puisse porter tort à mon frère Charles que voici. »

Quand Louis eut terminé, ce fut au tour de Charles de prêter le même serment en langue tudesque. »

 

Les trois frères vont finir par se réconcilier et se partager l’Empire de leur père à Verdun en 843, dessinant ainsi la carte de l’Europe pour les siècles suivants. 

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Quant à Nithard, il sera tué au combat contre les Vikings, vers l’an 858, d’un coup mortel porté sur le crâne, soit en Neustrie, soit en Amiènois. De son texte, il ne reste plus  aujourd’hui que deux manuscrits, dont le plus ancien a été copié vers l’an 1000.

 

Biblio. « Les plus belles pages manuscrites de l’histoire de France » - Bibliothèque Nationale – Ed. R. Laffont – Paris 1993 –

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.

30/05/2012

Le père de l'histoire de France

Grégoire de Tours, surnommé le « père de l’histoire de France » est né à Urbs Arverna (Clermont-Ferrand) vers l’an 538 d’une famille aristocratique. Fragile, de petite taille, il perd son père lorsqu’il n’a que 10 ans. Elevé tour à tour par son oncle maternel, l’évêque Nizier de Lyon, puis par son oncle paternel l’évêque Gallus de Clermont, il reçoit une formation essentiellement cléricale. Promu Diacre à 25 ans, il vient séjourner à Tours auprès de son cousin évêque, futur Saint-Martin, et dix ans plus tard, il lui succède en toute logique et devient le 19ème évêque de Tours.  

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C’est à cette époque que ce curieux de l’histoire de l’Eglise, des Francs et de l’Auvergne commence la rédaction de son œuvre majeure, une « Histoire des Francs », « Decem libros historiarum », en 10 volumes, laquelle lui vaudra son surnom. C’est notamment grâce à elle que nous est parvenue l’histoire du vase de Soissons.

Ecrite entre 576 et 580, dans un « latin peu orthodoxe », mi-littéraire, mi-parlé, elle raconte l’histoire du monde, de la genèse à l’accession des Francs au pouvoir, soit depuis Adam et Eve jusqu’à l’an 591.

Pour les deux premiers livres qui vont jusqu’à la mort de Clovis Ier (511), il utilise abondamment les souvenirs de ses contemporains et ceux que la reine Clotilde (465-545), l’épouse de Clovis,  a confiés à Saint-Martin de Tours (316-397).

L’extrait ci-dessous relate le baptême de Clovis, point focal de l’histoire de notre pays, célébré à Reims la nuit de Noël 496.  

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« Ce fut le roi qui le premier demanda à être baptisé par le pontife. Nouveau Constantin, il s’avance vers la cuve baptismale pour effacer le mal d’une vieille lèpre et se purifier dans l’eau nouvelle des souillures sordides contractées d’ancienneté. Quand il y fut entré pour le baptême, le saint de Dieu l’interpella en ces termes éloquents : « Courbe humblement la tête, Sicambre ; adore ce que tu as brûlé et brûle ce que tu as adoré. »

 

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L’historien des Mérovingiens, dont l’œuvre reste la source majeure dont nous disposons sur leurs règnes, Grégoire de Tours est mort vraisemblablement en l’an 594.

Biblio. et photos : « Les plus belles pages manuscrites de l’histoire de France » - Bibliothèque Nationale – Ed. Robert Laffont – Paris 1993. Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.

02/05/2012

Les cages de fer de Louis XI

En août 1472, Philippe de Commynes (1447-1511), d’origine flamande, trahira son maître Charles Le Téméraire, Duc de Bourgogne (1433-1477) pour rejoindre les rangs du Roi de France Louis XI (1423-1483) qu’il sauvera des griffes de son ennemi.  

 

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Philippe de Commynes – Dessin provenant du Recueil d’Arras

 

Nommé Chambellan puis Conseiller du roi, il restera au service de celui-ci jusqu’à sa mort en 1483. Opposé à son successeur le jeune Charles VIII (1470-1498), il rejoint le Duc d’Orléans, futur Louis XII (1462-1515). Fait prisonnier, ses biens confisqués, il est emprisonné à Loches, en Touraine, de la fin janvier au début du mois de juillet 1487. Amnistié, il ralliera le service du roi Charles VIII qui l’enverra en Italie effectuer diverses missions.

 

Ses mémoires offre un témoignage unique sur la vie politique de la France et de l’Europe de la fin du XVe siècle. Il les rédige à partir de 1489 à la demande de l’Archevêque de Vienne. Dans son prologue, il déclare « qu'il s'est donné pour tâche de « mettre par mémoire » ce qu'il a connu des « faits » du roi Louis XI. »

L’extrait ci-dessous provient du livre VI dicté en  l’an 1493. Il y décrit l’horreur des conditions de détention voulues par un roi cruel.  

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Cage de fer ou cage ferrée – Encre de chine sur calque, 1784 (Estampes de la B.N.)

 

Des cages de fer ou de bois ne dépassant guère la taille d’un homme moyen imaginées par l’Evêque de Verdun et « les fillettes du roi », une invention allemande : des anneaux fixés au pied comme un carcan, une chaîne « grosse et pesante » avec, à son extrémité, une grosse boule de fer, d’un poids excessif. 

 

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« Il est vrai qu’il avait fait de rigoureuses prisons, comme cages de fer, et d’autres de bois, couvertes de plaques de fer par le dehors et par le dedans, avec terribles ferrures de quelque huit pieds de large, et de la hauteur d’un homme, et un pied plus. Le premier qui les devisa (décrivit) fut l’évêque de Verdun, qui en la première qui fut faite fut mis incontinent et y a couché quatorze ans. Plusieurs depuis l’ont maudit, et moi aussi, qui en ai tâté, sous le roi de présent, huit mois. »

 

Biblio et photos : « Les plus belles pages manuscrites de l’histoire de France » - Bibliothèque Nationale – Ed. R. Laffont Paris 1993

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.