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06/01/2013

Le "Domesday Book" ou l'inventaire normand de l'Angleterre

Rédigé en 1086, le « Domesday Book » est le premier grand livre administratif réalisé en Europe et il représente à lui seul la compétence des normands en matière d’administration et de gestion ! 

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A Noël de l’an 1085, Guillaume le Conquérant (1027-1087), est en Angleterre, à Gloucester et il s’interroge. Comment allait-il gouverner cette île qu’il venait de conquérir et qu’il connaissait si peu ? A qui appartenaient les richesses terriennes de son nouveau royaume et quelles étaient-elles ? Comment garantir et répertorier les droits fiscaux de la Couronne ? Pour obtenir des réponses à ses questions, il va ordonner un gigantesque travail cadastral.  Pour savoir « qui possédait quoi et ainsi pouvoir le taxer », durant une année entière, le roi envoie ses hommes mener une vaste enquête de terrain à travers tout le royaume, l’équivalent de nos jours d’un recensement national. Malheureusement, quelques villes vont échapper au recensement et notamment celle de Londres.

 

Le rédacteur de la Chronique anglo-saxonne de l’année 1085 relate l’évènement en ces termes  « Le roi (Guillaume le Conquérant ») envoya ses homme dans toute l’Angleterre, dans chaque comté pour savoir combien il avait dans chaque compté de centaines d’hides, combien appartenaient à la couronne, la quantité du bétail et le chiffre des revenus exigibles par le roi en chaque endroit. Il voulut avoir aussi par écrit ce que les archevêques, évêques, abbés, comtes, avaient de terres ; bien plus, ce que chaque tenancier pouvait avoir en terres et en bestiaux, avec, l’estimation desdits biens. Il voulut que cela se fit si exactement qu’il n’y eut pas une seule hide, pas un seul yard de terre, … pas même une vache, un bœuf, un cochon qui ne fût point couché par écrit. Et tous ces renseignements, couchés par écrit, furent centralisés entre les mains du roi. »

 

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Ce « Descriptio » sera pour la première fois en 1198 désigné sous le nom de « Domesdays Book ». Venant d’une ancienne forme de « Doomsday », « le jour du Jugement Dernier », ce nom lui aurait été attribué de manière informelle par les Anglais au XIème siècle en raison de la « nature irréversible des informations ainsi collectées » : celles-ci avaient force de loi et aucun appel n’était possible. A noter que pour être en mesure d’évaluer rapidement la possibilité d’évolution des richesses locales, lui permettre de connaître ses ressources financières et optimiser l’administration de ses territoires, le normand était allé jusqu’à exiger que la valeur de chaque bien soit complétée de la valeur du même bien à l’époque du règne de son prédécesseur Edouard le Confesseur (1004-1066).  

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Ecrit en latin, probablement par des scribes venus de Lombardie, en deux volumes indépendants, la valeur de cet ouvrage est inestimable tant il décrit avec précision le nombre et l’état de la population anglaise à la fin du XIe siècle, la richesse et la diversité du royaume à cette époque. C’est un document prisé par les philologues, les généalogistes et les topographes, notamment pour l’identification des patronymes des anciennes localités.  

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Conservé durant près de 800 ans avec le Trésor de la Couronne au château de Winchester, la capitale des rois normands, on peut aujourd’hui l’admirer au musée des Archives nationales de Kew. Une publication complète a été numérisée et mise en ligne sur le site de ce musée en 2006.

 

Biblio. merci aux pages Wikipédia et aux nombreux sites sur le sujet.

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05/12/2012

L'historien de l'an mil

Surnommé le Glabre, c’est-à-dire le chauve, Rodulfus Glaber, né en 985 en Bourgogne et mort après 1047, est un moine clunisien chroniqueur de son temps. Ses écrits sont l’une des sources dont on dispose sur notre pays durant cette période.

 

C’est ver l’an 1020 qu’il entreprend d’écrire ses « Histoires », intitulées « Historiarum libri quinque ab anno incarnationis DCCCC usque ad annum MXLIV » (Cinq livres d’histoires depuis l’an 900 après l’Incarnation jusqu’en l’an 1044).

 

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 Beatus de Liebana, Commentaires sur l'Apocalypse, XIe siècle

 

Bien que destinées à constituer une mémoire ecclésiastique, il y relate en fait différents évènements survenus en France à cette époque, principalement dans le centre du pays. Il introduit dans ses récits des anecdotes et des visions à caractère édifiant empreintes de superstition. Ainsi, un livre entier est consacré à la description de l’année 1033, millième anniversaire de la mort et de la résurrection du Christ, qui pouvait être interprétée symboliquement comme une fin des temps.

C’est ce mélange de réel et de virtuel qui fait véritablement la richesse de ces écrits, l’image que se faisait à la fois du monde et du destin de l’humanité, un écrivain cultivé et  intelligent. Pour l’historien Georges Duby (1919-1996), « Ce qu’il écrit nous fait pénétrer dans une pensée qui ne se soucie pas de classer logiquement les faits, mais les enchaîne en fonction de ce qu’elle croit deviner des ordonnances surnaturelles. Ainsi ces turbulences, épidémies, famines, découvertes de trésors cachés, où nous voyons les effets de la croissance économique et démographique qui emportaient alors la civilisation occidentale, sont perçues soit comme des fléaux lancés par le ciel, soit, la colère divine apaisée, comme les bourgeonnements d’un nouveau printemps du monde. D’un monde où les vivants demeurent en communication permanente avec les défunts, ainsi qu’avec des êtres plus inquiétants dont on ne discerne pas toujours s’ils sont anges ou démons, sinon lorsque le diable affirme lui –même son identité ».

 

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« Pendant le règne du roi Robert apparut dans le ciel, du côté de l’occident, une de ces étoiles qu’on appelle comètes ; le phénomène commença au mois de septembre, un soir à la nuit tombante, et dura près de trois mois. Brillant d’un très vif éclat, elle remplissait de sa lumière une vaste portion du ciel et se couchait vers le chant du coq. Quant à savoir si c’était une étoile nouvelle que Dieu envoyait, où une étoile dont Il avait simplement multiplié l’éclat en signe miraculeux, cela n’appartient qu’à Celui qui dans Sa sagesse règle toutes choses mieux qu’on ne saurait le dire. Ce qui toutefois est sûr, c’est que, chaque fois que les hommes voient se produire dans le monde un prodige de cette sorte, peu après s’abat visiblement sur eux quelque chose d’étonnant et de terrible. »

 

Biblio : « Les plus belles pages manuscrites de l’histoire de France » - Ed. Robert Laffont – Paris 1993.

10/10/2012

La naissance de la langue française

Petit-fils de Charlemagne, fils naturel de sa fille Berthe et du poète Angilbert surnommé l’ « Homère de la cour », Nithard (né vers l’an 800 et décédé vers l’an 844), est un historien franc. Nommé abbé commendataire, c'est-à-dire abbé laïc, il est l’un des principaux conseillers du jeune roi Charles le Chauve (823-877) qui lui confie des missions diplomatiques. Il est aussi un homme de guerre qui prend part notamment à la Bataille de Fontenoy en l’an 841.  

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Le roi Charles le Chauve (823-877)

 

Mais il est encore un grand historien. C’est à la demande de son roi qu’il entreprend d’écrire en 841, une « Histoire des fils de Louis Ier dit le Pieux », en latin, et en quatre livres. Il y narre le récit d’évènements dont il est le témoin et notamment la guerre civile et fratricide que se livrent les trois fils du roi pour le partage de son empire.

C’est dans le troisième volume qu’il raconte « les serments de Strasbourg »,  échangés le 14 février 842 entre deux derniers fils de Louis le Pieux (778-840), Louis le Germanique (806-876)  et Charles le Chauve, qui signent ce jour là leur alliance militaire contre les ambitions de leur frère aîné Lothaire Ier (795-855).  

Pour la première fois, pour se faire comprendre des soldats de l’autre camp, les deux rois vont intervenir dans la langue de l’autre, Charles, en langue tudesque, l’allemand ancien,  et Louis, en  langue romane, prémices de la langue d’oïl.

Nithard rédige alors le plus ancien exemple connu d’écrit en langue romane, encore à peine séparée du latin vulgaire. Du point de vue de l’histoire linguistique, il s’agit là de la première attestation écrite de l’existence de la langue romane, ancêtre de la langue d’oïl, en Francie occidentale. 

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« Le 14 février 842, Louis et Charles se réunirent dans la cité autrefois nommée Argentaria, et qu’on appelle aujourd’hui Strasbourg dans le parler local ; ils prêtèrent les serments qui suivent, Louis en Roman, Charles en tudesque (…) « Pour l’amour de Dieu, pour le peuple chrétien et pour notre salut commun, je jure que dorénavant, autant que Dieu m’en donnera savoir et pouvoir, je secourrai mon frère Charles que voici, lui apportant aide et toute chose, comme on doit secourir son frère selon le droit, à condition qu’il fasse de même à mon égard. Avec Lothaire, je ne tiendrai aucun plaid (Assemblée politique) qui de ma volonté puisse porter tort à mon frère Charles que voici. »

Quand Louis eut terminé, ce fut au tour de Charles de prêter le même serment en langue tudesque. »

 

Les trois frères vont finir par se réconcilier et se partager l’Empire de leur père à Verdun en 843, dessinant ainsi la carte de l’Europe pour les siècles suivants. 

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Quant à Nithard, il sera tué au combat contre les Vikings, vers l’an 858, d’un coup mortel porté sur le crâne, soit en Neustrie, soit en Amiènois. De son texte, il ne reste plus  aujourd’hui que deux manuscrits, dont le plus ancien a été copié vers l’an 1000.

 

Biblio. « Les plus belles pages manuscrites de l’histoire de France » - Bibliothèque Nationale – Ed. R. Laffont – Paris 1993 –

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.