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04/03/2018

"Remède pour le foix gaté"...

"Pomme du matin éloigne le médecin" assuraient nos grands-mères normandes ! L'expression date d'un temps, bien avant la création de notre Sécurité Sociale (1945), où on avait recours au médecin uniquement dans les cas graves, voire totalement désespérés... Pour les petits maux de tous les jours, on se soignait notamment en consommant des aliments qui avaient la réputation de garder en bonne santé. Et en Normandie bien sûr, on mangeait des pommes, ce fruit dont les vertus nombreuses sont bel et bien reconnues de nos jours par tout le corps médical !

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Parmi ses qualités diététiques, il est prouvé que la pomme fait baisser le taux de mauvais cholestérol. Or, les calculs biliaires se forment dans le foie lorsque notre corps est trop chargé en cholestérol, car ce dernier empêche que la bile joue correctement son rôle...

Voici un "Remède pour le foix gaté", une recette médicinale d'un apothicaire normand du XVIIe siècle*, toujours d'actualité semble-t’il !

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"Il faut prendre unne pomme nommé melo appio ou autre,

i faire unne fosse avec un couteau ôtant unne partie

dedans de manière que le trou ne passe pas d'outgre en outre ;

mettez dans cette fosse 3 ou 4 grains d'encens mâle, ensuite

recouvrez la dite fosse du morceau qui en sera sortie et la

cuire ainsy sous les cendres chaudes de manière qu'elle ne bouent

et qu'elles deviennent tendrettes ; ensuite la couper en quatre avec

ce qui est dedans et la menger (n'importe si c'est à jeun)."

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* Publiée par l'Académie paléographique de l'Eure" d’Évreux en 1986.

21/01/2018

Une recette médicinale contre la peste

Dernièrement, certaines vaccinations ont été rendues obligatoires. L'occasion de se souvenir que nous sommes tous des "survivants" compte tenu des dangers qui ont, au cours des siècles, menacé et décimé nos ancêtres. Il est peu de familles, en effet, qui n'aient eu à payer quelque tribut aux grandes "contagions" des siècles passés. Choléra, diphtérie, grippe espagnole,... sans oublier bien sûr la peste. Disparue de l'Europe depuis le VIe siècle, elle réapparaît brutalement en 1340. Cette épidémie, appelée "peste noire", va envahir rapidement toute l'Europe continentale, empruntant les voies maritimes et fluviales.

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Elle arrive en Normandie, dans le port de de Rouen, le 25 juillet 1348. En deux ans, elle va emporter avec elle la moitié de la population de la ville qui compte alors entre 30 000 et 40 000 âmes. Témoin de cette époque, l'aître Saint-Maclou, ce cimetière charnier constituant un des rares exemples d'ossuaire de ce type subsistant en Europe. La peste va continuer ensuite à frapper périodiquement notre province. En quatre siècles, la Ville de Rouen connaîtra 35 années de pics épidémiques d'une terrible violence.

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Aître Saint-Maclou de Rouen

La médecine de l'époque se révèle bien impuissante. Pour examiner les malades, les "médecins", affublés du costume de "corbeau", utilisent une baguette dite "canne de Saint Roch" ou des pinces à long manche avec lesquelles ils ouvrent et cautérisent à distance les ganglions infectés. Ils pratiquent aussi des saignées et ont également recours à des pratiques frôlant soit la sorcellerie, comme placer des grenouilles sur les bubons afin de « rééquilibrer les humeurs », soit la magie, comme la confection des breuvages "miraculeux" .

Ainsi, cette recette médicinale de "prévention de peste" datant du XVIIe siècle et publiée par l'Académie Paléographie de l'Eure.*.

 

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"Remède contre la peste esprouvé par tout / ceux qui gouvernent les mallades de Sainct / Louis à Paris envoyé par un médecin de la / santé, par la vertu duquel ceux qui en ont / usé ont esté préservéz quoy qu'ilz ayent beu et / mengé avec les pestiféréz.

Il fauct prendre quatre pincés d'herbes, / auttant de l'un que de l'aultre cy-après déclaréz. / Scavoir une peincée de foeuille de roses, / auttant de foeuilles de sauge franche, / auttant de foeuilles de rue, / auttant de foeuilles de sureau et les / broiés toutes ensemble, puis les destremper / avec du vin blanc et après les fecte très / bien bouillir ensemble puis les couller à travers / un linge blanc dans un pot net et aprais / mettre de la poudre de gingemvre dedans / le breuvage. Sela faict, beuvez-en au mattin / devant desjeuner par l'espace de neuf jours, / environ un pouce ou deux doigtz dedans un / verre et cela prins, il ne fault boire / ny manger de deux heures après et au / bout des neuf jours serez affranchy, préservé / pour toutte l'année dans que rien vous puisse / faire mal."

 

* "L'Eure et son passé - 2- " Recettes médicinales du XVIe au XIXe siècle - Evreux, 1986.

20/07/2016

Le premier guide routier de France

Sous le titre original de "La Grand Guide des Chemins pour aller et venir par tout le Royaume de France. Avec les noms des Fleuves & Rivieres qui courent parmy lesdicts pays. Augmenté du voyage de S. Lacques, de Rome, & Venise", ce premier guide routier français a été imprimé en l'an de grâce 1552 ! Et ce fut un grand succès de librairie puisque, en un peu plus de 15 années, jusqu'en 1568, 28 éditions vont être publiées !

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L'auteur de ce guide se nomme Charles Estienne (c.1504/1505-1564). Il est issu d'une célèbre famille d’imprimeurs-éditeurs et humanistes français qui travaillèrent du XVe au XVIIe siècle à Paris, Lyon et à Genève. Bien qu'élevé dans la connaissance des belles-lettres et des langues anciennes, il choisira tout d'abord la médecine qu'il exercera jusqu'en 1550, date à laquelle il va reprendre la direction de l’imprimerie familiale. Onze ans plus tard, à la suite de mauvaises affaires, il est incarcéré pour dettes au Grand-Châtelet, l'édifice le plus sinistre de la capitale, et il y demeurera jusqu'à sa mort.

Auteur de plusieurs dictionnaires et de nombreux autres ouvrages, Charles Estienne est décrit comme "un homme avare et emporté, jaloux de ses confrères et même de ses neveux, qu'il cherchait à desservir dans toutes les occasions". Il n'en reste pas moins que, selon le bibliographe anglais Michael Maittaire (1668-1747), la beauté des ses éditions n'a jamais été surpassée.

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A cette époque, après les ravages de la Guerre de Cent-Ans, le réseau routier du royaume se met en place, ce qui permet au roi François Ier (1494-1547) et de sa cour, de se déplacer aisément de Fontainebleau à Lyon et Toulouse. L'ouvrage est destiné à aider le simple voyageur ou pèlerin en route vers Saint Jacques de Compostelle ou Rome à retrouver son chemin, à choisir ses gîtes d’étapes et à se prémunir des dangers du voyage. 283 itinéraires sont proposés, tous accompagnés d'informations sur les curiosités, les monuments, l’hébergement et les particularités des régions parcourues. On y trouve aussi de nombreux détails pratiques, comme par exemple des mises en garde contre les passages dangereux, mais aussi des commentaires insolites comme : « Belle Ville, mal nommée » ou « La Ferté, première des quatre filles de Citeaux". Tout y est... à l'exception d'un simple détail : il n'est doté d'aucune carte !

Aujourd'hui, ce guide est consultable en ligne sur le site de Gallica. S'agissant du duché de Normandie, on peut notamment y lire que "les chemins de ceste Duché sont notables, à raison des marchandises qui abordent aux ports de mer" ou bien encore que "Le Royaume d'Yvetot est fort petit, et ne contient villes, bourg, ni lieux notables".

 

 

Biblio. "Le grand Bêtisier de l'Histoire de France" de A. Dag'Naud - Ed. Larousse 2012.

Merci au site http://www.histoire-genealogie.com, aux nombreuses pages sur le sujet dont celle de Wikipédia.