Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

25/05/2011

Monsieur Loyal : un nom propre passé à la postérité

On n’imagine pas un spectacle de cirque sans son Monsieur Loyal ! Homme-orchestre, maître de la piste, c’est lui qui présente, en habit de cérémonie, les numéros et donne à l’occasion la réplique aux clowns de service. On a tous en tête le Monsieur Loyal de la Piste aux Etoiles : Roger Lanzac !

 

 

Roger Lanzac.jpg

 

 

Mais saviez vous qu’au commencement, il y a bien eu un Monsieur Loyal ! Anselme Pierre Loyal, enfant du cirque né à Paris entre 1746 et 1743, artiste et également excellent cavalier, qui choisit comme nom de scène celui de Blondin.

 

 

Dans les années 1780-1792, il travaille chez les Franconi à Lyon et à Paris et aussi à Bordeaux où il apparaît à l’affiche d’un spectacle de la Troupe Benoist Guerre en qualité d’ « Equilibriste sur échelle »

Il épouse en 1780 la fille d’un autre artiste de cirque, le sauteur Jean-Baptiste Gaillard. Jeanne Marie (1763-1838) lui donne 4 fils, tous promis à la vie du cirque. La famille fonde en 1812 le cirque Blondin-Loyal, petit cirque ambulant fait d’une « tour de toile » autour d’un mât central. On ne s’y produit qu’à la belle saison. L’hiver, on se loue dans des théâtres de la Capitale, comme celui des Funambules sur le boulevard du Temple. A cette époque, les numéros sont essentiellement équestres mais accompagnés de « grotesques » ou de « clones », francisation éphémère du mot « clown » qui vient d’apparaître outre-Manche.

 

 

Cirque-Loyal.jpg

 

 

En 1826, une affiche du « Cirque Olympique de Monsieur Loyal Blondin » promet pour « le dimanche 2 avril et jours suivants » de nombreux numéros portés par toute la famille Loyal au grand complet dont « une grande danse, des voltiges à cheval et le clone comique de la Troupe qui exécutera plusieurs scènes des plus risibles » !

 

 

DECES M LOYAL.jpg

 

 

 

Le 4 juillet 1826, Anselme Pierre décède à Nogent-le-Rotrou dans l’Auberge du Sieur Jousse, rue de la Chaussée. Il est âgé "d'environ 80 ans". 

C’est son second fils Pierre Claude Loyal dit Blondin Cadet ou Glod, né en 1795, qui assurera la pérennité du cirque familial. Avec lui, comme plus tard avec ses descendants, aucun des enfants de la famille ne sera « exempt de piste » et cela dès l’âge de 5 ans ! Pierre Claude mourut en 1867 et est inhumé en Normandie, au cimetière Saint-Jean de Caen.

A la fin du Second Empire, la famille Loyal essaime en plusieurs cirques. On doit cependant à Léopold Loyal (1835-1889) la « physionomie » du futur « Monsieur Loyal » : il s’occupe de la piste, revêtu d’un costume habillé. Comme il n’y a pas encore de micro, il faut de la voix, de la présence, de la prestance.

 

 

MONSIEUR LOYAL.JPG

 

 

Si beaucoup de familles du cirque ont fait de leur nom une référence dans ce domaine, comme les Medrano, les Gruss ou encore les Bouglione, seuls les Loyal ont fait de leur nom un personnage !

 

Biblio « Monsieur Loyal » - Claude Quétel – Historia Juillet 2009.

Photo. : Merci au blog « Musics-Ligts-Animations ».

 

 

16/01/2010

Le nom des enfants trouvés

Le 17 novembre 1699, « au pied d’un arbre » dans la paroisse de Saint-Pierre de Franqueville (Seine-Maritime) a été trouvée par Guillaume Chemin et Elisabeth Gaillard, une petite fille que l’on s’est empressé de baptiser et à qui l’on a donné, comme le voulait alors la tradition, le prénom de la marraine, Catherine, et le patronyme de… « Trouvée ».

A cette époque, à Paris, on estime le nombre d’enfants trouvés à environ 10% du total général des naissances et ce nombre ne va cesser de croître pour atteindre le chiffre monstrueux de 35 % en 1770 ! Au cours du XVIIIe siècle, plusieurs milliers d’enfants sont abandonnés à Rouen : de 36 en 1702, le chiffre atteint environ 600 par an, en moyenne, à la fin de l’Ancien Régime. A tel point que dans toutes les grandes villes de France, à partir de 1750, des registres spécifiques d’enfants trouvés seront ouverts et vont perdurer jusqu’en 1862 ! Et ces abandonnés là, confiés en ville aux hospices, sont le plus souvent des condamnés à mort. A Rouen, leur taux de mortalité avant l'âge d'un an s’élève à  90,8% ! 

ENFANT TROUVE.JPG

 

Extrait du registre des enfants trouvés de la Ville de Rouen pour l'année 1806 

Si ces enfants recevaient automatiquement et sans exception au moment de leur baptême un prénom, celui du parrain ou de la marraine, pour ce qui était du nom, les habitudes ont beaucoup varié selon les époques, les diocèses, les curés et les situations.

« Un nom, c’est un moi ! » s’exclamait Jean Valjean dans les « Misérables ».

Au Moyen-âge et sous la Renaissance, on leur attribuait volontiers un nom rappelant leur histoire comme « Trouvé » ou « Sauvé ».

Plus tard, aux XVIIe et XVIIIe siècles, ils ne reçurent le plus souvent qu’un unique prénom, celui du parrain ou de la marraine, ou celui du saint du jour ou du saint patron de la paroisse.

ENFANT TROUVE 1.JPG

"Le dernier baiser d'une mère" - Charles Marchal - 1858 -

Ce n’est qu’avec la création de l’état civil qu’on va s’efforcer de leur donner un véritable nom patronymique, là encore d’inspiration variée. Parfois, il s’agira du nom que la mère aura demandé pour lui, malhabilement griffonné sur un papier épinglé à ses langes. D’autre fois, on se référencera à un détail comme les initiales brodées ou la couleur du vêtement porté au moment de l’abandon, les circonstances ou le lieu de celui-ci comme ce « Jean-Baptiste Mattelas, » trouvé rue du Matelas à Rouen le 23 septembre 1763.

ENFANT TROUVE 2.JPG

 

Billets d'enfants trouvés - Ville de Rouen

Au XIXe siècle, le législateur tente de mettre un peu d’ordre dans tout cela. La loi du 1er avril 1803 (11 germinal an XI) fixe des limites au choix des noms. Plus tard, la circulaire ministérielle du 30 juin 1812 va recommander aux officiers d’état civil de « rejeter avec soin toute dénomination qui serait indécente ou ridicule ou propre à rappeler, en toute occasion, que celui à qui on la donne est un enfant trouvé » et de ne pas donner de « noms connus pour appartenir à des familles déjà existantes ». Elle les incite aussi à chercher des appellations nouvelles dans l’histoire ancienne ou dans les circonstances particulières liées à l’enfant comme "sa conformation, ses traits, son teint, le pays, le lieu, l’heure où il avait été trouvé".

Heureusement, l’habitude de leur donner plusieurs prénoms dont le dernier tenant lieu de nom finit par se prendre peu à peu et une loi de 1904 l’entérina précisant que l’employé de l’état civil devait attribuer à l’enfant trois prénoms, dont le premier lui tiendrait officiellement lieu de patronyme.

 

Bibliographie :

-        « Laissez parler les noms » de J.-L. Beaucarnot – Ed. Lattès – 2004.

-        « Les enfants du secret » - Livre de l’Exposition 2008 – Musée Flaubert de Rouen.

14/12/2009

Quel est le plus vieux nom de famille de France ?

Martin ? Durant ? Dupont ?

Non ! Aucun des trois !

Du fait que les surnoms, qui ont été à l’origine de nos patronymes, ne se sont pas dégagés avant les XIe-XIIe siècles, tous les noms de famille sont dès lors à peu près à égalité. En conséquence, pas plus de Durant que de Dupont !

Compte-tenu par ailleurs que les familles nobles, avant cette époque, étaient déjà connues sous des noms de terres, rechercher le plus ancien nom revient à identifier la plus vieille maison de la noblesse française.

On pense immédiatement aux Capétiens, mais la réponse n’est qu’en partie bonne. C’est vrai pour l’ancienneté, mais pas pour ce qui est du nom. Et cela, pour la simple raison que cette dynastie… n’a jamais eu de nom ! Lorsque les révolutionnaires nommaient Louis XVI « le citoyen Capet », cela ne rimait à rien !  Capet avait été seulement le surnom, personnel et individuel, du premier de ses ancêtres à être monté sur le trône de France.

HUGUES CAPET.jpg

Hugues Capet, sacré Roi des Frances à Noyon, le 3 juillet 987

Les descendants d'Hugues Capet, qui avait été surnommé ainsi pour des raisons qui restent aujourd'hui encore très floues (sa petite tête ou plus vraisemblablement, le fait de la « cape » ou « chape » qu’il portait en tant qu’abbé laïc de l’abbaye de Marmoutier) seront ducs de Valois, de Bourbon et d’Orléans,  noms des branches dont ils seront à l'origine. Officiellement, les rois de Frances ne portaient aucun patronyme.

Il en avait d’ailleurs été de même pour les Carolingiens et les Mérovingiens, noms de dynasties fabriqués par les historiens.

Alors, me direz-vous, quel est donc le nom de famille le plus ancien en France ?

F. H. D'HARCOURT.jpg

François-Henri d'Harcourt (1726-1802) peint par Fragonard,

Grand-Bailli de Rouen et Gouverneur de Normandie

C’est celui de la famille d’Harcourt, puissante famille normande, connue depuis l’an 966. Elle coiffe ainsi au poteau la famille de Rochechouard dont on connaît pourtant les ancêtres depuis 876, ! Mais, à l' époque, ils sont vicomtes de Limoges et ne prennent le nom de Rochechouard qu’en 980, soit 14 ans après les d'Harcourt.

CHATEAU D'HARCOURT.jpg

Château d'Harcourt (Eure)

Qu’en est-il ailleurs ? Les rois des autres pays ont-ils des noms ? Pas plus que les nôtres, et pour les mêmes raisons. Ceux d’Angleterre ne sont devenus Windsor que sous Georges V, en 1917, premier roi d’Angleterre à parler l’anglais sans accent allemand et auquel l’actualité souffla de se démettre du nom par trop germanique de Saxe-Cobourg-Gotha.

J.B. BERNADOTTE.jpg

Jean-Baptiste Jules Bernadotte, couronné Charles XIV Jean de Suède (1763-1844)

En fait, la seule maison royale européenne à avoir porté un vrai nom de famille est celle de Suède, issue du maréchal français Bernadotte, qui monta sur le trône en 1818, et qui était le fils d’un tailleur de Pau et le petit-fils d’un tisserand. Ce Bernadotte qui, lorsqu’il n’était encore que sergent, s’était fait tatouer sur la poitrine le slogan « Mort aux rois » !... 

Biblio : D’après l’ouvrage de Jean-Louis Beaucarnot   « Laissez parler les noms ! » Publié chez JC Lattès - Paris - 2004