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07/09/2011

Un portrait à la silhouette

 « Une silhouette est un mouvement, non une forme. »

R. DUFY (1877-1953)

Contrôleur général des finances de Louis XV (1710-1774), c’est-à-dire responsable ministériel des finances royales en France, l’homme laissera son nom dans l’histoire mais dans un domaine bien différent… 

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 Eglise Saint-Pierrre du Queyroix de Limoges

Etienne de Silhouette est né à Limoges (Haute-Vienne), Paroisse Saint-Pierre du Queyroix,  le 5 juillet 1709. De son père, originaire de Biarritz (Pyrénées-Atlantiques), receveur des tailles, il tient sûrement son goût pour les finances.

Quand le Roi, sur les conseils de Madame de Pompadour (1721-1764), décide le 4 mars 1759 de le nommer Contrôleur général des finances, notre pays est en guerre contre le Royaume Uni et les caisses de l’Etat sont désespérément vides.  

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 Le roi Louis XV (1710-1774)

En homme honnête, courageux et travailleur acharné, Silhouette s’attaque immédiatement à sa tâche.  « C’est, dit-il, dans la suppression des dépenses inutiles, dans l’économie des dépenses nécessaires et dans l’amélioration des diverses branches du revenu public que l’on doit chercher les premières ressources pour subvenir aux besoins de l’Etat ».

Ses premières mesures sont des plus populaires. Il met fin à des exemptions d’impôts dont bénéficient certains bourgeois, annule gratifications, pensions et autres dons injustifiés, s’attaque aussi aux fermiers généraux en leur demandant de reverser la moitié des bénéfices encaissés. Ni le roi, sa maison, ses ministres et la Cour n’est épargnée ! L’argent rentre … mais insuffisamment cependant pour pouvoir face aux dépenses de guerre, toujours plus lourdes.

Silhouette décide donc d’augmenter la fiscalité par la mise en place de taxes nouvelles. Cela déclenche une très virulente hostilité à son égard. Partout, des esquisses le représentant se multiplient sur les vitres, sur les murs… « L’homme réduit à un fil porte moins au respect que l’homme en portrait. » 

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Pourtant "l’homme" poursuit son objectif. En octobre 1759, il n’hésite pas à demander aux français de porter leur vaisselle d’or et d’argent à la monnaie pour les fondre en espèces. C’est « la » mesure de trop, celle qui fait déborder le vase. Des accusations, notamment de « friponnerie » s’accumulent sur lui. Voltaire (1694-1778) le critique ouvertement « La Silhouette qui rogne les pensions, en a pris pour une lui assez forte. Bravo. » Son impopularité est à son paroxysme.

Le 21 novembre 1759, le Duc de Choiseul (1719-1785) lui demande de démissionner. Dans sa disgrâce, il n’emporte avec lui que son titre de ministre d’Etat. Il se retire avec son épouse dans le Château de Bry-sur-Marne (Val-de-Marne), qu’il acquiert l’année suivante et où l’attend une bibliothèque de plus de 6000 ouvrages. Il se consacre à la littérature et à la philosophie, ses autres passions, mais aussi à la vie de son village et de ses villageois qu’il s’attache à aider et à protéger. Décédé le 20 janvier 1767, il est inhumé dans l’église de Bry.

Après sa chute, on va s’acharner à le ridiculiser. Son nom est donné par ses détracteurs non seulement aux culottes sans gousset pour y déposer son argent mais aussi aux portraits tracés puis découpés d’après l’ombre du visage. Ainsi naît l’art de l’ombre au début du XVIIIe siècle !

Biblio. Merci aux sites http://www.comite-histoire.minefi.gouv.fr,http://www.officetourisme-bry94.fr et aux pages Wikipedia sur le sujet.

 

10/08/2011

Chateaubriand : entre littérature et gastronomie

En citant le nom de Chateaubriand, on pense aussitôt au talentueux écrivain et homme politique François René, Vicomte de Chateaubriand,  né à Saint-Malo le 4 septembre 1768, l’auteur des « Mémoires d’Outre-Tombe » dont la rédaction dura une trentaine d’années.  

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Acte de baptême de François René, Vicomte de Chateaubriand

 

Mais on pense aussi à la pièce de boeuf du même nom ! C'était à ce qu'il paraît le plat préféré de ce grand voyageur. Alors qu’il était Ambassadeur à Londres, en 1822, son cuisinier personnel, un nommé Montmireil, lui avait fait découvrir ce qu’il baptisa plus tard une « Grillade de boeuf à la Chateaubriand ». Depuis, il affectionnait particulièrement, dit-on, ce morceau de filet de bœuf rôti, saignant, servi avec une sauce réduite à base de vin blanc, d’échalotes confites, d’estragon et de jus de citron. 

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 Chateaubriand (1768-1748)

 

Pourtant, ce n’est qu’une trentaine d’années après la mort du Vicomte que l’on baptisa du terme de « Chateaubriand » (avec un « d » final), cette pièce de viande de boeuf « épaisse taillée dans le filet, cuit entre deux autres qu’on ne sert pas », servie avec des pommes soufflées.  

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Alors, me direz-vous, c’est donc le célèbre malouin qui a donné son nom à cette spécialité gastronomique française !

 

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Pas si sûr ! En réalité, l’histoire varie suivant qu’on orthographie le plat avec un « t » final ou un « d » final.

En effet, les habitants de la ville de Châteaubriant (avec un « t » final) située en Loire-Atlantique, revendiquent entièrement la paternité de ce plat. Pour eux, c’est uniquement la réputation de la qualité de leur cheptel et de leur foirail bovin qui est à l’origine de l’appellation « Châteaubriant » et le vicomte n’y est pour rien !

 

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Mais voilà, la graphie la plus employée est tout de même « Chateaubriand » avec un « d » final, ce qui donnerait raison à Monsieur le Vicomte. André Castelot cite d’ailleurs dans son « Histoire à table », l’amusante pensée de Rochefort  « Le filet de bœuf a un goût si exquis qu’on l’a donné à un littérateur. »

 

Biblio. Revue Historia – Février 1986.

09/07/2011

La bande Velpeau

Elle est bien l’un des composants indispensables à toute bonne trousse de secours.

 

 

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Mais saviez-vous qu’elle porte le nom du Docteur Velpeau ? Alors que celui-ci ne l’a pas inventée !

 

 

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Alfred Louis Armand Marie Velpeau est né à 20 km de Tours, à Brèches (Indre-et-Loire), le 30 floréal an III (19 mai 1795). De son père, maréchal-ferrant mais aussi à l’occasion  guérisseur du village, il hérite du goût de l’effort et d’une véritable vocation pour la médecine. Il reçoit d’un vieux maître d’école et du curé de son village les bases d’un enseignement rudimentaire qu’il complète en dévorant les livres qu’il peut se procurer.

 

En 1816, il entre comme bénévole à l’hôpital de Tours et étonne par l’application dont il fait preuve et la soif de connaissances qui est la sienne. Diplômé Officier de santé, il devient en 1819 premier élève de Pierre Fidèle Bretonneau, médecin chirurgien, qui demeurera son maître. Il admire sa pratique médicale et partage son goût pour la recherche. Il lui portera en toutes circonstances un attachement qui ne fera jamais défaut.

Désireux  de parfaire  sa formation, il « monte » à Paris en 1820. Il suit assidûment les cours d’anatomie, de physiologie et d’embryologie. Il publie ses premiers écrits dans le Journal de médecine, chirurgie et pharmacie de Paris. Il soutient sa thèse de doctorat en médecine sous la présidence de Laennec le 27 mai 1823. Dédiée à Bretonneau, elle porte sur « Remarques sur les fièvres intermittentes, la teigne, les altérations du sang et la compression ». Et le 28 novembre 1823, il devient agrégé de médecine, 8 ans seulement après avoir quitté, peu lettré, la forge paternelle.

Dès lors, les étapes de sa carrière vont s’accélérer. En 1828, il est reçu au « Chirugicat » des hôpitaux. Il exerce en cette qualité à l’Hôpital Saint-Antoine puis à l’Hôpital de la Pitié. Il continue à défendre les conceptions de son maître auquel il reproche sans arrêt de ne pas publier ses découvertes. C’est donc lui, dans ses propres articles, qui préconise en son nom « la meilleure manière de conserver le vaccin » et « la compression dans les inflammations ». C’est ainsi que son nom sera lié à la bande qui, en réalité, devrait s’appeler la bande Bretonneau, même si ce dernier fait état dans sa thèse des travaux d’un prédécesseur allemand.

 

 

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Velpeau reste donc connu pour une invention qu’il n’a pas créée mais qu’il a vulgarisée et perfectionnée.

En 1834, il prend possession du service de chirurgie de l’Hôpital de la Charité qu’il gardera jusqu’à sa mort. C’est dès lors un « grand patron » à la clientèle importante et aux revenus confortables.

 

 

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Commandeur de Légion d’Honneur, Président de l’Académie de Médecine, Velpeau s’éteint à Paris, le 24 août 1867. Dans un dernier souffle, il aurait murmuré : « Il ne faut être paresseux, mais travailler, travailler toujours… ». Il est enterré au cimetière de Montparnasse.

 

 

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Biblio.  « Velpeau » - Article de C. Quétel – Historiaz – Fev. 2008

Photo. Merci aux sites "Maîtrise Orthopédique" et "Cimetières de France et d’ailleurs".