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21/03/2012

Le bottin de Sébastien

Pour nombre d’entre-nous, le « bottin », c’est l’annuaire, pages blanches et jaunes, des abonnés au téléphone que la poste glisse chaque année dans nos boîtes à lettres.  

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Plus largement, c’est un répertoire très ciblé regroupant des listes de personnes exerçant des activités ou pratiquant des loisirs communs, à l’exemple du « bottin mondain » ou du « bottin gourmand ».  

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 Sébastien Bottin en 1790 (estampe de 1889)

 

Mais saviez-vous qu’au départ, il y avait un Monsieur Bottin ? Issu d’une famille Lorraine, Sébastien Bottin est né le 17 décembre 1764 à Grimonviller, petite commune du département de la Meurthe-et-Moselle. Devenu abbé, il renonce à la Révolution à l’état ecclésiastique pour occuper ensuite divers postes administratifs de plus en plus importants comme celui de Secrétaire en Chef de l’administration centrale du Bas-Rhin ou Secrétaire Général de la Préfecture du Nord.

Cet homme lettré, statisticien passionné, publie en 1797 un premier « Annuaire statistique du département du Bas-Rhin de l’an VII à l’an IX » remarqué.

Mais c’est à partir de 1819 qu’il va réaliser véritablement l’œuvre de sa vie avec la publication chaque année jusqu’à sa mort de l’« Almanach du commerce de Paris». Et c’est grâce à ce répertoire recensant tous les artisans et commerçants de la capitale par secteur d’activité que Sébastien Bottin laissera son nom par antonomase à un annuaire téléphonique édité sur un support papier, notre « Bottin ».

En 1853, criblé de dettes, l’homme s’éteint le 28 mars, âgé de 88 ans, dans l’indifférence générale de ses contemporains. Il est inhumé au cimetière du Père Lachaise. 

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Reconstitution de l’acte de décès de Sébastien Bottin

 

La famille Didot, véritable dynastie d’imprimeurs, éditeurs et typographes français, reprenant son entreprise, poursuit la publication de l’annuaire, couplé au leur l’« Annuaire du commerce ». La société Bidot-Bottin devient une société anonyme cotée en bourse en 1881. Elle publiera en 1903 le premier « Bottin mondain », répertoire français des personnalités du tout-Paris.  

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Quant au premier « Annuaire aux abonnés du téléphone de Paris » publié en 1890, il recensait le nom de près de 6500 personnes sans pourtant qu’aucun numéro de téléphone n’y figure ! C’est la « Demoiselle des Postes » qui était chargée à cette époque de mettre en relation les abonnés entre-eux.

 

 

Biblio. « Quand votre culotte est devenue pantalon » de D. Lacotte – Ed Pygmalion 11-2011

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.

 

28/02/2012

Des noms célèbres devenus pathologies

Le poète Alfred de Musset (1810-1857)  et la Reine Marie-Antoinette (1755-1793) ont en commun d'avoir tous deux laissé leur nom à une pathologie.

 

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Portrait d’Alfred de Musset par Ch. Landelle

 

Le syndrome Marie-Antoinette ou « canitie subite » est une pathologie de perte accélérée des cheveux colorés, au profit des seuls cheveux blancs. On sait que les cheveux de la reine ont « blanchi » entre le 22 juin et le 25 juin 1791, c’est-à-dire dans les jours qui ont suivi la fuite manquée de la famille royale à Varennes.

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Portrait de la Reine  Marie Antoinette  par E. Vigée Lebrun

 

Madame Campan (1752-1822), première femme de chambre de Marie-Antoinette, rapporte dans ses Mémoires sa surprise quand elle constata, au retour de sa maîtresse, que les cheveux de celle-ci, au demeurant sûrement déjà poivre et sel, étaient « devenus blancs comme ceux d’une femme de soixante ans », alors qu’elle n’en avait que 36 !

Le stress important vécu par la Reine aurait radicalement agi sur ses cheveux bruns, les faisant tomber. Seuls ses cheveux blancs, dont la durée de vie est supérieure, ont alors résisté, transformant de fait la chevelure de l’infortunée souveraine qui disait elle-même que « ses cheveux étaient blanchis par le malheur ».

 

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Le "signe de Musset" désigne un des signes périphériques de l’insuffisance aortique, à savoir l’hyperpulsatilité artérielle. 

 

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Alfred de Musset a lui-même noté ce signe dans son poème « La nuit de mai », dialogue entre la muse et le poète tourmenté par la souffrance :

« Pourquoi mon cœur bat-il si vite ? -  Qu’ai-je donc en moi qui s’agite -  Dont je me sens épouvanté ? - Ne frappe-t-on pas à ma porte ? » De santé fragile, mais surtout en proie à l’alcoolisme, à l’oisiveté et à la débauche, Musset s'est éteint le 2 mai 1857 seulement âgé de 46 ans et quelque peu oublié.

  

Biblio. Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.

 

28/01/2012

Qui se souvient de la Paulette ?

On le sait, les « politiques » rivalisent d’idées, et ce depuis la nuit des temps, pour instaurer de nouveaux impôts et autres taxes et faire face aux dépenses de l’Etat structurellement toujours en excédent !

Au début du XVIIe siècle, Maximilien de Béthune, duc de Sully (1560-1641) est sommé de faire entrer de l’argent frais dans les caisses du royaume du bon roi Henri IV (1553-1610) qui se désespère de les voir aussi vides ! Il faut dire que Sully estime le montant de la dette de la France de cette époque à plus de 289 000 000 de livres dont environ ¼ est due aux emprunts étrangers. 

 

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Maximilien de Béthune, Marquis de Rosny, duc de Sully

 

Parmi les « pistes » de Sully, il y a cette idée de l’instauration de la vénalité des offices.

Gérés par la Recette générale des parties casuelles instituée en 1525, la plupart des offices de cette époque se transmettaient par résignation (abandon) ou par survivance (succession).

Quant un officier (fonctionnaire et magistrat) achetait une charge publique (ou office) de finance ou de justice, il était redevable à l’Etat du quart de la valeur du change à la seule condition que ce paiement ait été effectué au moins 40 jours avant le décès du précédent titulaire. Dans le cas contraire, la charge revenait à l’Etat qui la remettait en vente pour son propre compte. Comme certaines charges étaient très onéreuses, leurs propriétaires hésitaient à les transmettre trop tôt au risque de s’y prendre trop tard !

L’idée de Sully est de substituer à la taxe du « tiers denier » (le tiers de la valeur de l’office) payée une fois pour toutes depuis 1568 à l’acquisition de l’office, le paiement d’un droit annuel. 

 Frans Pourbus le Jeune, Henri IV (1553-1610) , roi de France, en costume noir.jpg

 

Le Roi Henri IV – Tableau de Frans Pourbus le Jeune

 

Par déclaration royale en date du 12 décembre 1604, le roi dispense donc ses officiers de la clause des 40 jours en échange du versement d’un droit annuel égal au soixantième de la valeur de l’office et d’un droit de résignation d’un huitième. Ainsi, si l’officier meurt sans résigner, c’est-à-dire sans transmettre sa charge de son vivant, celle-ci revient directement à ses héritiers. « L’édit des femmes », comme il est appelé puisqu’il profite essentiellement aux veuves des officiers, facilite et officialise l’hérédité des charges, le caractère patrimonial de l’office royal. 

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 Almanach royal – 1702 – Bibliothèque des Hauts-de-Seine

 

La perception de ce droit fut affermée et le premier fermier à acquérir la ferme du droit annuel pour neuf ans était un secrétaire de la chambre du roi qui s’appelait Charles Paulet. On appela donc cette nouvelle taxe « la Paulette ». Si elle consacre la dissociation de la fonction publique et de l’autorité de l’Etat, l’indépendance des officiers aura des conséquences considérables pour l’équilibre politique et la stabilité sociale de la France de l’Ancien Régime.

La paulette fut abolie en 1710 par le roi Louis XIV et rétablie en 1722 par son successeur le roi Louis XV.

Quant à Charles Paulet, à la fin de sa vie, après avoir fait fortune, il eut parait-il tant de remords d’avoir encaissé cet impôt que, par humilité, il demanda a être enterré sous l’égout de Montmartre !

 

Biblio. « Le calendrier de l’histoire » d’A. Castelot – Lib. Académique Perrin 1970.

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.