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20/06/2012

Grande Jacquerie et courte jaquette

Au XIVème siècle, allez savoir pourquoi, le prénom « Jacques » était frappé de ridicule ! Les nobles s’en servirent donc, avec une intention méprisante et injurieuse, pour baptiser de « Jacques Bonhomme » le paysan malhabile au maniement des armes, en proie aux risées et au mépris de ses compagnons. C’est ainsi qu’en généralisant, les « jacques » vont désigner la classe entière des paysans. 

jacques,jacquerie,jaquette

  Artillerie utilisée durant la guerre de Cent Ans

 

En l’an 1358, en Ile-de-France, en Picardie, en Champagne, en Artois et en Normandie, le soulèvement des paysans contre la Noblesse va prendre le nom de  « Grande Jacquerie ». Le Royaume de France en guerre a sombré dans le chaos. Le roi Jean II le Bon (1319-1364) est captif des anglais. Son fils, le dauphin Charles, futur Charles V (1338-1380), âgé de 19 ans, s’est proclamé régent. Le prévôt des marchands, Etienne Marcel (1302-1358) s’allie les insurgés tandis que Charles II de Navarre dit Charles le Mauvais (1332-1387), prétendant à la couronne de France, intrigue et complote. Luttant contre la féodalité qui n’est plus qu’une lourde et brutale tyrannie, refusant les nouvelles levées fiscales, les « jacques » se rebellent et lancent une insurrection rustique en multipliant les exactions contre les nobles. Le conflit naît le 21 mai à Saint-leu-d’Esserent, près de Compiègne en Picardie, où des paysans en colère incendient des châteaux et tuent neuf chevaliers. Cette jacquerie est réprimée violemment en quelques semaines : plus de 20 000 paysans sont tués. 

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Gravure extraite des Chroniques de J. Froissart

 

Quant à la tenue que portaient ces jacques guerriers, une chemisette d’étoffe courte, couvrant seulement le buste et rembourré de laine, d’étoupe, de coton ou quelquefois de soie, elle sera tout simplement nommée jaquette.  

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Biblio :  « Histoire de la Jacquerie » de Siméon Luce – Paris – 1859  et  « La vie d’un mot : Jacques » de Frédérick Gersal – Historia n°721 – Janvier 2007.

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet et au site bastionheroique.com

26/05/2012

La toile de Monsieur Creton

J’entends encore ma grand-mère recommander l’emploi d’une bonne toile de cretonne pour un linge de maison de qualité  ! Mais savait-elle, ma grand-mère, que c’est à un normand que l’on attribue l'invention de ce tissu, sans toutefois, il est vrai, en avoir de preuve formelle ? 

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 La cretonne d'aujourd'hui

En 1640, Paul Creton était un tisserand de la petite ville de Vimoutiers située dans le département de l’Orne, en pays d’Auge, célèbre aujourd’hui pour sa statue de Marie Harel et son musée du camembert. 

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 La rue Paul Creton de Vimoutiers (Orne)

Depuis le siècle précédent, les paysans de la région, comme beaucoup ailleurs, complétaient leurs activités des champs insuffisantes à les faire vivre et à  nourrir leurs familles, par des travaux de tissage à domicile.

La toile mise au point par notre normand Creton était à l’origine faite de chanvre et de lin. La combinaison était telle que la chaîne étant plus grosse que la trame, la toile obtenue présentait un grain perlé et surtout une grande solidité. Un règlement de 1738 imposa ensuite que la "cretonne" appelée aussi  "toile de Vimoutiers" soit réalisée uniquement en lin. 

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 Le marchand de Cretonne - Musée d'Orbec

Depuis, en fils de chanvre, de lin ou de coton, unie ou imprimée, elle est principalement employée pour l’ameublement et le linge de maison.

D’autres hypothèses ont été émises concernant l’origine du mot « cretonne » apparu vers 1730. Elles sont toutefois toutes normandes ! Certains l’attribuent au village de Creton, l’un des 24 hameaux de la commune de Buis-sur-Damville située dans le département de l’Eure, d’autres à celui de Courtonne, autre village normand du Calvados. 

Quoi qu'il en soit, matière solide, robuste, tissée serrée, la cretonne a été choisie, entre la turquoise et la porcelaine, comme symbole de 19 ans de mariage "les noces de cretonne" !

Biblio et photos : Merci aux sites www.vimoutiers.net et www.larretdeco.fr

05/05/2012

L'invention de Monsieur Godillot

Godillot : pour nous tous, ce nom évoque une grosse chaussure, inélégante mais solide. 

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 Les Godillots par Vincent Van Gogh – Paris, 1886

 

Mais saviez-vous qu’avant d’être un nom commun, ce nom était le nom propre de son  inventeur : Alexis Godillot*.

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Alexis Godillot (1816-1893)

 

Né à Besançon (Doubs), le 16 mars 1816 d’un père soldat de l’Empire qui, à la Restauration, choisit Paris pour se reconvertir en sellier, le jeune Alexis se retrouve en 1843 à la tête de l’entreprise familiale qui compte déjà une dizaine d’ouvriers.

C’est à la fois un travailleur acharné et un homme ingénieux. On lui doit, et ce n’est pas rien, la différenciation en matière de chaussure entre le pied droit et le pied gauche !

Mais sa véritable idée de génie, c’est le lancement de la fabrication d’un soulier montant, solide, quasiment inusable, clouté, pouvant résister à de longues marches. En proposant ensuite ce modèle à l’Armée française qui l’adopte, la Guerre de Crimée (1853-1856) se charge de faire de lui un homme riche. Car, comprenant qu’il faut qu’il diversifie sa production et ne pas se contenter d’équiper les soldats de ses seuls brodequins, il fournit aussi aux troupes françaises les tentes, selles et autres accessoires dont elles ont besoin.

Si, en 1859, sa production de chaussures atteint 100 000 paires, elle culminera dans les années 1870-1871 à plus de 1 200 000 paires, occupant de fait plus de 3 000 ouvriers.

Et cette chaussure, qu’il cherchera toujours à améliorer notamment par le dépôt en 1862 d’un brevet « sur l’imperméabilité du dessous de la chaussure par une application de la gutta-percha », gomme issue du latex naturel, finira naturellement par prendre son nom et équipera les soldats de l’armée française jusqu’à la Première Guerre mondiale.

 

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« Les souliers de la gloire » - A. Cointat - 2006

 

Après avoir été nommé « Entrepreneur officiel des fêtes de l’Empereur » par Napoléon III (1808-1873) Alexis Godillot, passionné d’urbanisme, va se consacrer à l’aménagement de quartiers de villes, celle de Saint-Ouen, où il a installé ses tanneries, et celle de Hyères (Var), où il se retire à la retraite et où il décède en 1893.

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* Pour la petite histoire, le nom de famille « Godillot » est un dérivé de « Godille », mot normanno-picard, surnom de batelier. (Dictionnaire Larousse des noms et prénoms de France.)

 

Merci notamment au site http://www.racinescomtoises.net et aux pages Wikipédia sur le sujet.