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26/05/2012

La toile de Monsieur Creton

J’entends encore ma grand-mère recommander l’emploi d’une bonne toile de cretonne pour un linge de maison de qualité  ! Mais savait-elle, ma grand-mère, que c’est à un normand que l’on attribue l'invention de ce tissu, sans toutefois, il est vrai, en avoir de preuve formelle ? 

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 La cretonne d'aujourd'hui

En 1640, Paul Creton était un tisserand de la petite ville de Vimoutiers située dans le département de l’Orne, en pays d’Auge, célèbre aujourd’hui pour sa statue de Marie Harel et son musée du camembert. 

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 La rue Paul Creton de Vimoutiers (Orne)

Depuis le siècle précédent, les paysans de la région, comme beaucoup ailleurs, complétaient leurs activités des champs insuffisantes à les faire vivre et à  nourrir leurs familles, par des travaux de tissage à domicile.

La toile mise au point par notre normand Creton était à l’origine faite de chanvre et de lin. La combinaison était telle que la chaîne étant plus grosse que la trame, la toile obtenue présentait un grain perlé et surtout une grande solidité. Un règlement de 1738 imposa ensuite que la "cretonne" appelée aussi  "toile de Vimoutiers" soit réalisée uniquement en lin. 

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 Le marchand de Cretonne - Musée d'Orbec

Depuis, en fils de chanvre, de lin ou de coton, unie ou imprimée, elle est principalement employée pour l’ameublement et le linge de maison.

D’autres hypothèses ont été émises concernant l’origine du mot « cretonne » apparu vers 1730. Elles sont toutefois toutes normandes ! Certains l’attribuent au village de Creton, l’un des 24 hameaux de la commune de Buis-sur-Damville située dans le département de l’Eure, d’autres à celui de Courtonne, autre village normand du Calvados. 

Quoi qu'il en soit, matière solide, robuste, tissée serrée, la cretonne a été choisie, entre la turquoise et la porcelaine, comme symbole de 19 ans de mariage "les noces de cretonne" !

Biblio et photos : Merci aux sites www.vimoutiers.net et www.larretdeco.fr

05/05/2012

L'invention de Monsieur Godillot

Godillot : pour nous tous, ce nom évoque une grosse chaussure, inélégante mais solide. 

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 Les Godillots par Vincent Van Gogh – Paris, 1886

 

Mais saviez-vous qu’avant d’être un nom commun, ce nom était le nom propre de son  inventeur : Alexis Godillot*.

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Alexis Godillot (1816-1893)

 

Né à Besançon (Doubs), le 16 mars 1816 d’un père soldat de l’Empire qui, à la Restauration, choisit Paris pour se reconvertir en sellier, le jeune Alexis se retrouve en 1843 à la tête de l’entreprise familiale qui compte déjà une dizaine d’ouvriers.

C’est à la fois un travailleur acharné et un homme ingénieux. On lui doit, et ce n’est pas rien, la différenciation en matière de chaussure entre le pied droit et le pied gauche !

Mais sa véritable idée de génie, c’est le lancement de la fabrication d’un soulier montant, solide, quasiment inusable, clouté, pouvant résister à de longues marches. En proposant ensuite ce modèle à l’Armée française qui l’adopte, la Guerre de Crimée (1853-1856) se charge de faire de lui un homme riche. Car, comprenant qu’il faut qu’il diversifie sa production et ne pas se contenter d’équiper les soldats de ses seuls brodequins, il fournit aussi aux troupes françaises les tentes, selles et autres accessoires dont elles ont besoin.

Si, en 1859, sa production de chaussures atteint 100 000 paires, elle culminera dans les années 1870-1871 à plus de 1 200 000 paires, occupant de fait plus de 3 000 ouvriers.

Et cette chaussure, qu’il cherchera toujours à améliorer notamment par le dépôt en 1862 d’un brevet « sur l’imperméabilité du dessous de la chaussure par une application de la gutta-percha », gomme issue du latex naturel, finira naturellement par prendre son nom et équipera les soldats de l’armée française jusqu’à la Première Guerre mondiale.

 

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« Les souliers de la gloire » - A. Cointat - 2006

 

Après avoir été nommé « Entrepreneur officiel des fêtes de l’Empereur » par Napoléon III (1808-1873) Alexis Godillot, passionné d’urbanisme, va se consacrer à l’aménagement de quartiers de villes, celle de Saint-Ouen, où il a installé ses tanneries, et celle de Hyères (Var), où il se retire à la retraite et où il décède en 1893.

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* Pour la petite histoire, le nom de famille « Godillot » est un dérivé de « Godille », mot normanno-picard, surnom de batelier. (Dictionnaire Larousse des noms et prénoms de France.)

 

Merci notamment au site http://www.racinescomtoises.net et aux pages Wikipédia sur le sujet. 

07/04/2012

Le Caudebec vous salue bien !

Le saviez-vous, la bonne ville de Caudebec-en-Caux, au cœur du département normand de la Seine-Maritime, a donné son nom à un chapeau, le « Caudebec », fait « de laine d’agnelin, de ploc, de poil ou de duvet d’autruche, ou de poil de chameau » qu’elle fabriquait au XVIIe siècle en grande quantité. 

 

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Le Caudebec

 

Il faut savoir que le nom de « Caudebec » vient du norrois « kaldr bekkr » signifiant  littéralement « froid ruisseau ». Ce n’est qu’à la fin du XVIe siècle que va véritablement se développer dans la petite cité normande  la chapellerie du feutre. Sur les bords des rivières de l’Ambion ou de Sainte-Gertrude, car la fabrication de ce couvre-chef exigeait beaucoup d’eau, on va  compter à cette époque jusqu’à 80 arçons ou ateliers !  

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Caudebec-en-Caux 

Ce sont les maîtres et ouvriers protestants qui y ont introduit le travail du feutre façonné à une époque où les hommes étaient seulement couverts de bonnets de coton. Les huguenots de Normandie puis ceux de toute la France se coiffent les premiers de ce feutre sombre, orné d’une plume verte. Et quand Louis XIV (1638-1715) s’affichera à son tour d’un Caudebec noir orné d’une longue plume blanche, tout le royaume bien sûr l’imitera. Dès lors, la mode est lancée : il est de bon ton pour les nobles comme pour les bourgeois de se couvrir l’oreille droite de ce feutre venu du pays de Caux. Même les paysans, mais seulement dans les grandes circonstances, font de même ! Thomas Corneille (1625-1709), le frère de Pierre, mentionne en 1704 les chapeaux de Caudebec dans son « Dictionnaire de géographie » « fort estimez, écrivait-il,  parce qu’ils résistent à la pluie ». Qualités qui les font apprécier de nos voisins européens et notamment des anglais car les Caudebecs s’exportent !  

 

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 Le roi Louis XIV

 

A la fin du XVIIe siècle pourtant, la concurrence nationale et régionale commence à se faire sentir. Localement, les fabriques de Rouen, du Havre et de Bolbec proposent en quantité des Caudebecs de contrefaçon  « moins étoffez que ceux qui sont de véritable fabrique de cette ville. »  A ces difficultés dont doivent faire face les fabriques caudebecquaises, s’ajoute la Révocation de l’Edit de Nantes, signée en 1685, qui provoque l’exode de près de 3000 chapeliers protestants car l’industrie de la chapellerie, aussi bien en Normandie que dans d’autres régions françaises comme celle de Lyon, du Dauphiné ou de la Provence, est entre leurs mains.

 

 

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Les Caudebecs 

 

Si en 1720, la communauté des chapeliers de Caudebec était composée de 15 maîtres, en  1767, il n’en reste plus que trois. Dans un article paru dans le Journal de Rouen du 3 juillet 1922, Georges Dubocs (1854-1927) écrit que «Noël de la Morinière, dans son Essai sur la Seine-Inférieure, en 1795, ne note plus l’existence de l’industrie des chapeaux à Caudebec et il attribue sa décadence à l’infériorité de la main-d’oeuvre, aux mauvaises eaux, à l’incendie de 1649, à la mortalité de 1694, où 600 personnes périrent, tout et autant qu’à la Révocation de l’Edit de Nantes… »

 

C’est ainsi que notre Caudebec va tirer sa dernière révérence !

  

 

Biblio. Merci aux sites« Le canard de Duclair » http://jumieges.free.fr/caudebec.html,

http://www.le-petit-manchot.fr