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17/11/2013

Du « bleu Thénard » à Thénardier…

Il y a plusieurs façons de laisser son nom dans l’histoire ! Ce fut le cas pour Louis Jacques Thénard (1777-1857). C’était un scientifique réputé et c’est en cette qualité qu’il va entrer une première fois dans la postérité. Ce chimiste, l’une des plus grandes figures qui ont illustré la Science, l’université et l’industrie française, dont les éminents travaux scientifiques et surtout leurs applications vont lui valoir d’occuper de très hautes fonctions tant dans le milieu académique que dans la politique, a son nom inscrit en lettres l’or de 60 cm de hauteur sur la frise de l’une des quatre façades de la tour Eiffel ! 

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 Louis Jacques Thénard (1777-1857)

 

Son patronyme est aussi synonyme de bleu, le « bleu Thénard ». Car on lui doit la découverte en 1799 de ce fameux « bleu de Cobalt », un bleu outremer à base d’alumine et d’oxyde de cobalt, résistant au grand feu et permettant en particulier la décoration de la porcelaine de Sèvres. Un bleu qui a été très vite adopté par les peintres. Un bleu que Vincent Van Gogh qualifiera  de « couleur divine », allant jusqu’à assurer qu’ «  il n’y a rien de plus beau pour installer une atmosphère. »

Enfin, le minéralogiste cubain José Luis Casaseca lui dédiera en 1826 une espèce minérale composée de sulfate de sodium qu’il baptisera la «  thénardite ».

Mais, voilà, on ne peut pas plaire à tout le monde ! Thénard avait pour ennemi le grand Victor Hugo (1802-1885)! A l’origine de leur désaccord, son refus d’adhérer à la proposition de l’écrivain de faire réduire à 10 au lieu de 16 le nombre maximum d’heures de travail journalier des enfants. Alors, bien entendu, quand le grand écrivain cherchera un nom pour son personnage de l’aubergiste qui exploite Cosette en tant que servante dans son roman « Les Misérables », il trouvera tout naturellement celui de « Thénardier » !

 

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Notre savant, qui fut élevé au rang de Baron en 1825 par le roi Charles X, élu député de l’Yonne en 1827, nommé pair de France par le roi Louis-Philippe en 1832, fait Commandeur de la Légion d’Honneur en 1837, épousera Victorine Humblot, la petite-fille du normand Nicolas-Jacques Conté (1755-1805), l’inventeur du crayon (V. ma note en date du  10.11.2010). 

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Tous deux s’installeront en 1849 en Normandie, dans le très beau château de la Madeleine, un édifice de style baroque édifié en 1129 et situé dans le département de l’Eure, en bordure de la Seine, à environ 6 km en aval de Vernon, entre les communes de Pressagny-l’Orgueilleux et Vernondans. 

 

23/10/2013

La vérité de La Palice

 

« Un quart d’heure avant sa mort, il était encore en vie. »

 

Le saviez vous, personne n’a jamais prononcé cette phrase ! Lorsqu’il meurt pendant le siège de Pavie en Italie, le 24 février 1525, Jacques II de Chabannes, seigneur de La Palice est un aristocrate riche et puissant. C’est aussi un militaire des plus courageux.

Maréchal de France, il a servi trois rois Charles VIII, Louis XII et François Ier et a participé aux guerres d’Italie.

A Pavie, sous les murs de la ville, il fait partie des proches conseillers du roi. Lancé à cheval, il est mis à terre par des arquebusiers et combat alors courageusement à terre dans une lourde armure face à de légers lansquenets. Fait prisonnier, il est tué par un officier espagnol qui appuie son arquebuse sur le front du maréchal et lui fait éclater la tête.

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Jacques II de Chabannes dit Jacques de La Palice (1470 -1525)

 

Pour illustrer son courage, ses soldats vont écrire une chanson à sa mémoire dans laquelle se trouve cette strophe :

Hélas, La Palice est mort,

Est mort devant Pavie ;

Hélàs, s’il n’était pas mort,

Il ferait encore envie.

 

Il existe deux graphies de la lettre minuscule « s » : le « s » rond (s) et le « s » long (ſ). Ce dernier peut être confondu avec un « f ». C’est cette erreur de lecture qui a fait lire « Hélas, s’il n’était pas mort, il serait (au lieu de ferait) encore en vie (envie)». 

 

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Château de La Palice (Allier)

 

C’est ainsi que les vers ont été transformés et que le nom de ce valeureux guerrier est resté synonyme d’une affirmation ridicule tellement évidente qu’elle prêtre à rire, une « lapalissade ».

Sur son magnifique tombeau, sa veuve, Marie de Melun, s’inspirant de cette chanson, fit graver cette épitaphe :

Ci-gît le Seigneur de La Palice
S’il n’était mort il ferait encore envie.

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Détail de la Tapisserie de Pavie, de Bernard van Orley (vers 1531).

  

Biblio. « Brèves de l’Histoire de France et autres raccourcis » de M. et H. Deveaux – Ed. Tallandier 2012

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.

 

25/09/2013

L’Alexandrin d’Alexandre

Ce normand là a laissé dans l’Histoire, directement ou indirectement, non pas son nom mais son prénom.

Il est né vers l’an 1150 à Bernay, cette jolie cité du département de l’Eure à la limite du pays d’Ouche et du Lieuvin, où coule la Charentonne.

A l’époque où « on faisait bien dix grandes lieues, voire quinze, sans rencontrer bourg, château ou ville où trouver un gîte !* », Alexandre de Bernay, notre poète qui sera également appelé Alexandre de Paris car il y demeurera  un temps, s’est fait connaître pour avoir repris de pair avec Thomas de Kent,  l’œuvre commencée par Lambert-Li-Cors, « Li Romans d’Alixandre ». 

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Ce « Roman d’Alexandre » est l’un des livres les plus répandus au Moyen-âge. Il s’agit d’un recueil de légendes, compilation de poèmes, narrant les exploits d’Alexandre le Grand (356 av. J-C. – 323 av. J-C.), roi de Macédoine et l’un des personnages les plus célèbres de l’Antiquité.   

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Alexandre Le Grand

 

C’est dans ce poème épique, comprenant pas moins de 17952 vers, que notre trouvère normand va introduire pour la première fois, dans ce qui est déjà la langue française, le grand vers de douze syllabes: le dodécasyllabe qu’on appellera plus tard l’alexandrin. Ce vers composé est formé le plus souvent de deux hémistiches ou sous-vers de six pieds chacun qui s’articulent à la césure.   

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Que le nom d’Alexandrin soit une référence au héros du livre ou à son auteur,  peu importe ! Tout en donnant au Roman d’Alexandre sa forme définitive, notre trouvère normand a fait cadeau à notre littérature d’un magnifique outil d’écriture qui va servir avantageusement la tragédie et que notre grand Corneille saura merveilleusement utiliser !

 

Cette obscure clarté // qui tombe des étoiles (le Cid – IV, 3)

 

 

* Moniage Guillaume, d’après une geste de la fin du XIIe siècle.

 Biblio. Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.