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04/12/2013

L'aïeule des dulcinées du monde entier

Si le mot « dulcinée » sert aujourd’hui à désigner par ironie une femme aimée, toutes les « dulcinées » du monde qui inspirent une passion vive et romanesque à leur amoureux, n'ont qu'une même et unique aïeule, la Dulcinée de don Quichotte ! Mais qui était celle-ci ?  

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 Miguel De Cervantes Y Saavedra par Juan De Jauregui Y Aguilar  (1600)

 

Le roman « L’Ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche »,  publié en 1605 par Miguel de Cervantes (1547-1616),  narre les aventures d'un pauvre gentilhomme  dénommé Alonso Quijano obsédé par les livres de chevalerie. Ceux-ci troublent son jugement au point qu’il se prend un beau jour pour le chevalier errant Don Quichotte, dont la mission est de parcourir l'Espagne pour combattre le mal et protéger les opprimés. Il prend la route, monté sur son vieux cheval, Rossinante, et accompagné d'un paysan naïf, Sancho Panza, trompé par ses promesses de récompense extraordinaire.

C’est au moment où il décide d'embrasser la carrière de chevalier errant, que ce héros rêveur, idéaliste et irraisonné choisit pour dame de ses pensées une jolie paysanne originaire de Tobosco dont il est tombé follement amoureux depuis longtemps sans pourtant jamais le lui avoir avoué.   

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Dulcinée (1957), sculpture de  Frederico Coullaut-Valera à Madrid.

 

Cette jeune femme, personnage fictif du roman puisqu'elle n'y apparaît  jamais, se nomme Aldonza Lorenzo. Elle deviendra pour le justicier autoproclamé «  Dulcinée du Toboso. »  Car, dans l'espagnol de l'époque, « Dulcinea » est une version très élégante du mot « douceur » : "dulce" voulant dire "doux" ou "sucré".  

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Au cours de son périple, c’est à sa Dulcinée que Don Quichotte va dédier ses actions. C'est pour elle qu'il combat, pour elle qu'il souffre, à elle qu'il adresse ceux que son bras terrasse. Et quand il parle de sa Dulcinée, il ne tarit pas d'éloges sur elle : elle est belle parmi les belles et n’a que des qualités, elle est sans pareille, sans égale. Elle est unique…

Comme nous toutes, Mesdames, non ?

Bilbio. Merci aux pages Wikipédia sur le sujet

17/11/2013

Du « bleu Thénard » à Thénardier…

Il y a plusieurs façons de laisser son nom dans l’histoire ! Ce fut le cas pour Louis Jacques Thénard (1777-1857). C’était un scientifique réputé et c’est en cette qualité qu’il va entrer une première fois dans la postérité. Ce chimiste, l’une des plus grandes figures qui ont illustré la Science, l’université et l’industrie française, dont les éminents travaux scientifiques et surtout leurs applications vont lui valoir d’occuper de très hautes fonctions tant dans le milieu académique que dans la politique, a son nom inscrit en lettres l’or de 60 cm de hauteur sur la frise de l’une des quatre façades de la tour Eiffel ! 

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 Louis Jacques Thénard (1777-1857)

 

Son patronyme est aussi synonyme de bleu, le « bleu Thénard ». Car on lui doit la découverte en 1799 de ce fameux « bleu de Cobalt », un bleu outremer à base d’alumine et d’oxyde de cobalt, résistant au grand feu et permettant en particulier la décoration de la porcelaine de Sèvres. Un bleu qui a été très vite adopté par les peintres. Un bleu que Vincent Van Gogh qualifiera  de « couleur divine », allant jusqu’à assurer qu’ «  il n’y a rien de plus beau pour installer une atmosphère. »

Enfin, le minéralogiste cubain José Luis Casaseca lui dédiera en 1826 une espèce minérale composée de sulfate de sodium qu’il baptisera la «  thénardite ».

Mais, voilà, on ne peut pas plaire à tout le monde ! Thénard avait pour ennemi le grand Victor Hugo (1802-1885)! A l’origine de leur désaccord, son refus d’adhérer à la proposition de l’écrivain de faire réduire à 10 au lieu de 16 le nombre maximum d’heures de travail journalier des enfants. Alors, bien entendu, quand le grand écrivain cherchera un nom pour son personnage de l’aubergiste qui exploite Cosette en tant que servante dans son roman « Les Misérables », il trouvera tout naturellement celui de « Thénardier » !

 

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Notre savant, qui fut élevé au rang de Baron en 1825 par le roi Charles X, élu député de l’Yonne en 1827, nommé pair de France par le roi Louis-Philippe en 1832, fait Commandeur de la Légion d’Honneur en 1837, épousera Victorine Humblot, la petite-fille du normand Nicolas-Jacques Conté (1755-1805), l’inventeur du crayon (V. ma note en date du  10.11.2010). 

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Tous deux s’installeront en 1849 en Normandie, dans le très beau château de la Madeleine, un édifice de style baroque édifié en 1129 et situé dans le département de l’Eure, en bordure de la Seine, à environ 6 km en aval de Vernon, entre les communes de Pressagny-l’Orgueilleux et Vernondans. 

 

23/10/2013

La vérité de La Palice

 

« Un quart d’heure avant sa mort, il était encore en vie. »

 

Le saviez vous, personne n’a jamais prononcé cette phrase ! Lorsqu’il meurt pendant le siège de Pavie en Italie, le 24 février 1525, Jacques II de Chabannes, seigneur de La Palice est un aristocrate riche et puissant. C’est aussi un militaire des plus courageux.

Maréchal de France, il a servi trois rois Charles VIII, Louis XII et François Ier et a participé aux guerres d’Italie.

A Pavie, sous les murs de la ville, il fait partie des proches conseillers du roi. Lancé à cheval, il est mis à terre par des arquebusiers et combat alors courageusement à terre dans une lourde armure face à de légers lansquenets. Fait prisonnier, il est tué par un officier espagnol qui appuie son arquebuse sur le front du maréchal et lui fait éclater la tête.

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Jacques II de Chabannes dit Jacques de La Palice (1470 -1525)

 

Pour illustrer son courage, ses soldats vont écrire une chanson à sa mémoire dans laquelle se trouve cette strophe :

Hélas, La Palice est mort,

Est mort devant Pavie ;

Hélàs, s’il n’était pas mort,

Il ferait encore envie.

 

Il existe deux graphies de la lettre minuscule « s » : le « s » rond (s) et le « s » long (ſ). Ce dernier peut être confondu avec un « f ». C’est cette erreur de lecture qui a fait lire « Hélas, s’il n’était pas mort, il serait (au lieu de ferait) encore en vie (envie)». 

 

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Château de La Palice (Allier)

 

C’est ainsi que les vers ont été transformés et que le nom de ce valeureux guerrier est resté synonyme d’une affirmation ridicule tellement évidente qu’elle prêtre à rire, une « lapalissade ».

Sur son magnifique tombeau, sa veuve, Marie de Melun, s’inspirant de cette chanson, fit graver cette épitaphe :

Ci-gît le Seigneur de La Palice
S’il n’était mort il ferait encore envie.

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Détail de la Tapisserie de Pavie, de Bernard van Orley (vers 1531).

  

Biblio. « Brèves de l’Histoire de France et autres raccourcis » de M. et H. Deveaux – Ed. Tallandier 2012

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.