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24/02/2016

Un pull marin bien normand !

N'en déplaise à nos amis de Bretagne, le véritable chandail des marins pêcheurs est né en Normandie ! Dans une petite cité du département de la Manche, à la frontière entre nos deux régions, la commune de Saint James, où Guillaume le Conquérant fit bâtir en 1067 une forteresse pour se protéger des attaques bretonnes ! Cité défensive jusqu’à la fin du XVe siècle, cité drapière du Xe au XVIIIe siècles, halte pour les pèlerins qui se dirigent vers le Mont Saint-Michel situé à une vingtaine de kilomètres seulement, Saint-James c'est aujourd'hui avant tout la capitale du pull marin normand !

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Si elle aujourd'hui considérée comme l'une des plus anciennes, l'histoire de cette marque de mode française, que l'on doit prononcer “Saint Jam” et non “Saint James” avec un “s” , commence véritablement au début du XIXème siècle.

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Depuis très longtemps déjà, dans cette région, on élève des moutons. Après avoir été filée et teintée, leur laine est revendue sous forme d’écheveaux et de pelotes aux merceries normandes. C'est en 1889 que le directeur de la filature et aussi maire de la commune, Léon Legallais, fonde la marque "Saint-James". Il se spécialise dans la fabrication de sous-vêtements et transforme l'activité familiale en véritable industrie.

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Ses chemises de marins sont tricotées à partir d’une laine brute qui isole et tient particulièrement chaud. Le vêtement est long et couvre le buste et une partie des jambes comme une chemise de nuit. Il est rapidement adopté par les pêcheurs qui traquent la morue du côté de Terre-Neuve. Lorsque la pêche est moins bonne, certains d’entre eux prennent l'habitude de commercer avec l’Angleterre pour y vendre des produits primeurs comme de l’ail et de l’oignon. D’après la légende, c’est à cette époque qu’en voyant ces marins devenus “marchands d’ail” nait l’expression “chandail” en référence à la tenue si caractéristique qu’ils arborent.

Et ce chandail marin va évoluer au fil des ans : une maille plus serrée qui le rend imperméable, une coupe plus courte et près du corps pour servir de seconde peau et un boutonnage sur le côté permettant de l'enfiler plus facilement.

 

Biblio. "Les villes normandes et leurs spécialités" de F. et J. Tanguy - Ed. Le Pucheux - 2012.

Merci aux sites Wikipédia sur le sujet et commeuncamion.com.

03/02/2016

La fille adoptive de Napoléon

Dans le cimetière de l'église Saint-Malo de Carneville, une petite cité d'environ 200 âmes du département de la Manche, située à proximité de Saint-Pierre Église, une pierre blanche, usée par le temps, attire le regard. On peut y lire cette étonnante épitaphe : « Ici repose Geneviève Napoléon Lamache, orpheline d'Austerlitz, fille adoptive de l'Empereur Napoléon ».

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C'est au lendemain de la grande bataille d'Austerlitz, surnommée la « bataille des Trois Empereurs » que Napoléon va prendre la décision d'adopter « tous les enfants de ses grognards morts au combat ». Selon le décret impérial du 16 frimaire de l’an XIV (07 décembre 1805), ils seront entretenus et élevés aux frais de l'Empire. Ces orphelins furent placés à Rambouillet ou à Saint Germain selon qu’ils étaient garçon ou fille.

 

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 Bataille d'Austerlitz (François GERARD 1770-1837)

Décédée le 23 janvier 1842 à l’âge de 40 ans et 21 jours, celle qui fut l'épouse de Pierre Barnabé Lebrequier, maire de Carneville de 1837 à 1850, fut donc l'un de ces nombreux enfants.

Son père, Martin Lamache, était né le 14 mars 1784 à Clitourps (Manche). Incorporé au 40ème Régiment d'Infanterie de Ligne, une unité d'élite des Armées de la Révolution et de l'Empire, il sera promu Caporal en 1804. Comme près de 200 000 autres hommes, il va rejoindre le camp de Boulogne-sur-Mer et suivra la « Grande Armée » ainsi constituée jusqu'en Autriche. Trente à quarante kilomètres de marche quotidienne durant 14 semaines, soit plus de 2000 kilomètres !

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Son régiment appartient à la Division du Général Suchet (1770-1826) et au Corps d'Armée du Maréchal Lannes (1769-1809). Il est impliqué dans les opérations les plus difficiles, subissant les feux directs de l'artillerie et enlevant le plus souvent au corps à corps les positions ennemies. À Austerlitz, le 2 décembre 1805, la mission du 40ème de Ligne est de tenir malgré la brutalité des attaques adverses. C'est au cours de ces combats d'une extrême violence que Martin Lamache fut grièvement blessé. Évacué à l'issue de la bataille, il succombe des suites de ses blessures à l''hôpital de Brünn le 26 frimaire de l’an XIV (17 décembre 1805).

Au pays, il laisse une veuve, Jeanne Langlois, et une petite-fille qui allait avoir 4 ans. Comme orpheline de guerre, selon la tradition, Geneviève Lamache aura le suprême honneur de juxtaposer à son nom de famille, celui de l'empereur.

 Biblio. « Normandie Insolite et Secrète » de J-C Collet et A. Joubert – Ed. JonGlez 2013

 Merci au site www.cc-saint-pierre-eglise.fr

24/01/2016

« La reine, notre Duc »

Saviez-vous que, dans les îles de la Manche, on s'adresse encore aujourd'hui à la Reine d'Angleterre Elisabeth II en ces termes : « La Reine, notre Duc » ? Mais, me direz-vous, voilà bien longtemps que le Duché de Normandie n'existe plus ? L'anneau ducal n'a t'il pas été brisé à Rouen par le Roi Louis XI (1423-1483), le 9 novembre 1469 ? C'est tout à fait exact, comme il est tout à fait exact qu'au regard du droit international, le duché de Normandie subsiste bien, sans toutefois disposer de la personnalité juridique.

 

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Explication : l'archipel anglo-normand, plus proche des côtes normandes que des rivages anglais, comprend cinq îles principales : Jersey, Guernesey, Aurigny, Herm et Sercq. Devenues normandes au détriment des Vikings de Bretagne en 933, après que que Guillaume Ier de Normandie (av. 910-942), dit Guillaume « Longue-Épée » eut reçu du roi de France le comté de Coutances, ces "îles de la Manche" entrent dans le giron britannique en 1066, l'année où Guillaume le Conquérant (1027-1087) devient roi d'Angleterre.

Et elles sont toujours sous la souveraineté de la Couronne britannique sans pour autant faire pas partie du Royaume-Uni ni de l’Union européenne !

 

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Carte marine du XVIIIe siècle montrant les îles Anglo-Normandes

 

Pour comprendre, il faut remonter à l'an 1204, l'année du rattachement du duché de Normandie au domaine royal capétien et, par conséquent, de la fin de l'Empire anglo-normand. Depuis des siècles, le Duché de Normandie est divisé en deux parties inégales, la partie continentale et la partie insulaire. Par omission, le roi de France Philippe Auguste (1165-1223) ne va annexer "que" la Normandie continentale à son domaine royal. La Normandie insulaire va donc continuer quant-à-elle à faire partie de l'ensemble anglo-normand. Bien sûr, à de nombreuses reprises, la France tentera de reprendre ses îles, mais en vain. En 1360, elle finira par reconnaître de mauvaise grâce mais officiellement les droits de l'Angleterre sur elles.

 

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Détail de Guillaume le Conquérant, Tapisserie de Bayeux.

 

Et c'est pourquoi, dans les Channel Islands, les monarques britanniques portent toujours le titre traditionnel de duc de Normandie, y compris lorsqu'il s’agit d'une femme !

 

Biblio. "Histoire de la Normandie, des origines à nos jours" de R. Jouet et C. Quétel - Larousse, 2005 et "Iles de l'Ouest" Historia H.S. 2013.