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20/04/2016

Un centre peut en cacher un autre...

Qu'ont donc en commun les villages normands de Lorey dans le département de la Manche, celui de Sées dans l'Orne, d'Ancretiéville-Saint-Victor dans la Seine-Maritime et de La Houblonnière dans le Calvados ? Je vous aide : à l'image de Sées et Ancretiéville-Saint-Victor dans leur département respectif, le petit village normand de Le Lorey, d'environ 600 âmes, situé entre le Saint-Lois et le Coutançais, détient le privilège d'être tout comme eux le centre du sien.

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Table indicative devant la mairie de Le Lorey (Manche)

Après la réunification de la Normandie et d'après les calculs savants des experts de l’Institut géographique national (IGN), le centre géographique de notre région affichant désormais une surface de 30 113 km2 se situe au beau milieu d'un champ entouré de haies. Ce terrain, qui fait partie du haras des Monceaux, un domaine de 280 hectares, appartient au petit village de La Houblonnière situé dans le département du Calvados, au cœur du Pays d'Auge, dans le canton de Mézidon-Canon, à une trentaine de kilomètres à l'est de Caen, entre Lisieux et Crèvecœur-en-Auge.

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Château de de La Houblonnière (Calvados)

Quant au centre de la France, en fonction des calculs réalisés et des hypothèses prises en compte (avec ou sans la Corse, avec ou sans les petites îles côtières, etc), plusieurs communes des département du Cher et de l'Allier revendiquent ce titre honorifique et notamment Vesdun, dans le Cher, et Nassigny, dans l'Allier. Si l'on prend en considération la seule France continentale, la première, Vesdun, a été reconnue officiellement comme "Centre de la France" en 1984. Mais par contre, si les calculs sont faits en prenant en compte l'Île de beauté, alors le centre se déplace un peu plus vers l'Est, et c'est finalement la commune de Nassigny, dans l'Allier qui bénéficie de cet honneur, un calcul confirmé par l'IGN en 1993.

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Centre de la France à Nassigny (Allier)

Le Centre de la France peut aussi être défini comme le centre du plus petit cercle incluant tout le territoire de la France continentale. Dans ce cas, c'est la commune de Tranzault (Indre) qui est désignée. Ce cercle circonscrit présente un rayon d'environ 543,7 km. Il passe par 3 extrémités : au N-O. près de Trémazan (commune de Landunvez (Finistère), au N-E. la forêt domaniale de Lauterbourg (Bas-Rhin) et au S-E. près de Menton (Alpes-Maritimes).

Le centre du plus grand cercle entièrement inclus dans le territoire de France continentale, dont le rayon est d'environ 291,3 km, désigne quant à lui la commune de Saint-Palais (Cher). Il passe par 3 points rentrants : au N-O. près de Benerville-sur-Mer (Calvados), au S-O. l'embouchure de la Sèvre niortaise près de Charron (Charente-Maritime) et à l'E. à Chapelle-des-Bois (Doubs).

 

Biblio. "Manche, 100 lieux pour les curieux" de B. Rudloff et R. Boudet - Ed. C. Bonneton, 2016.

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.

20/03/2016

Ezy-sur-Eure : un passé qui décoiffe !

Ce n'est pas pour rien que cette petite cité normande de 3500 âmes est surnommée "la cité des peigneux" ! Située au au sud du département de l’Eure, entre Évreux et Dreux, à la frontière entre la Normandie et l’Ile de France, Ezy, devenue en 1932, Ezy-sur-Eure, est en effet LA capitale normande du peigne !

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Si la première mention de fabrication de cet ustensile de toilette à Ezy remonte au début du XVe siècle, les témoignages d’un réel artisanat n'apparaissent réellement que deux siècles plus tard, c'est-à-dire au début du XVIIe siècle. Alors qu'ils cultivent durant la belle saison leurs champs et leurs vignes (le vignoble d'Ezy était très important dans le passé), les paysans locaux vont combler leur baisse d'activité en hiver et s'accorder un complément de ressources en fabriquant des peignes. Ils les sculptent tout d'abord dans les matériaux dont ils disposent : le buis, le bois d'alisier, la corne de bœuf ou le sabot du cheval. Mais la qualité et le raffinement de leur production vont vite être reconnu. Et, grâce à un savoir-faire d'exception, leur notoriété va dépasser rapidement les frontières régionales.

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Il faut dire que la vallée permet une grande facilité de communications notamment vers Paris qui se trouve à seulement 80 km. Les ouvriers prennent l'habitude d'aller y livrer leur production, «du soleil au soleil», soit en une journée et une nuit. Vers 1820, conséquence de la mécanisation agricole qui libère des bras et de la crise du phylloxéra qui ruine les vignobles, la main d’œuvre afflue en masse. La production s'élargit parallèlement avec la fabrication notamment de peignes de chignons à grandes et larges dents de type espagnol pour tenir les mantilles, de diadèmes et même d'éventails. Pour satisfaire les grandes coiffeurs parisiens et les maisons de couture, les matériaux utilisés vont s'ennoblir. Bénéficie de l'arrivée du chemin de fer qui favorise l'exportation comme l'importation des matières premières, on travaille maintenant la corne de buffles argentins, l'écaille des tortues, la nacre et même l' ivoire.

Grâce à la force motrice de l'eau qui actionne les machines et les moulins fariniers reconvertis, l'artisanat devient au XIXe siècle une industrie à part entière employant une main d’œuvre nombreuse et peu coûteuse. Comme l'implantation de nouveaux lieux de production ne demandent qu'un faible investissement, ils se multiplient le long du fleuve, sous forme de petits ateliers jouxtant la maison du patron. On y fend la corne, la chauffe, l'aplatit avant de la polir dans une machine avec des billes de buis. On termine le travail en crantant les peignes. En 1830, le maire d'Ezy, Monsieur Jourdain met au point un procédé d'ouverture hélicoïdale de la corne qui permet d'obtenir un matériau plat de meilleure qualité. Une vingtaine d'années plus tard, un groupe d'artisans inventent une machine révolutionnaire, une scie circulaire, montée sur un chariot mobile qui coupe directement les dents dans la corne, travail jusqu’alors effectué à la main. Le marché s'étend maintenant à l'international, de l'Europe de l'Est au Maghreb.

Au début du XXe siècle, avec l'arrivée du plastique, la fabrication des peignes en corne, beaucoup plus coûteux, s’essouffle. Le véritable déclin intervient progressivement après la Seconde Guerre Mondiale, les manufactures se révélant incapables d'investir suffisamment et de choisir entre la voie de la consommation de masse à travers l'injection plastique et celle du luxe. La dernière des huit fabriques fermera ses portes au début des années soixante.

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Pour honorer cette industrie locale, en 1984, y fut inaugurée la manufacture-musée du peigne et des parures.

 

Biblio : "Normandie, 500 coups de cœur" de M. Le Goaziou et M-C. Colignon - Ouest-France, 2011.
Merci notamment au site http://hist-geo.ac-rouen.fr

09/03/2016

La ville d'Évreux et le royaume de Navarre : toute une histoire

Pour quelle raison un quartier de la ville d’Évreux en Normandie porte t'il le nom de Navarre ? Pour nous rappeler que, par le mariage d'un membre de la famille d’Évreux, le comte Philippe III (1306-1343) avec Jeanne II de Navarre (1311-1349), fille du roi de France et de Navarre Louis X le Hutin (1289-1316), cette prestigieuse famille va régner durant plus d'un siècle à la fois sur le comté normand et sur ce petit mais non moins prestigieux royaume s'étendant des Pyrénées à l'Ebre supérieur. En effet, en février 1328, à la mort de son cousin le roi de France Charles IV le Bel (1294-1328), qui était également l'oncle de son épouse, Philippe III d’Évreux devient roi consort de Navarre. Le 5 mars 1329, il est sacré et couronné avec sa femme en la cathédrale de Pampelune.

 

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 Royaume de France entre 1356 et 1363

 

En 1686, sur les ruines de l'ancienne forteresse datant de 1330, l'héritier des comtes d’Évreux, Godefroy Maurice de La Tour d'Auvergne, duc de Bouillon (1636-1721), Grand Chambellan de France, fera édifier un château dont il confiera les plans à Jules Hardouin-Mansart (1646-1708), premier architecte du roi Louis XIV (1638-1715) et l'agencement des jardins à André Le Nôtre (1613-1700).

 

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Quand l'Empereur Napoléon (1769-1821) s’en rend adjudicataire en 1809, le domaine n'est plus qu'une ruine négligée depuis de nombreuses années. Qu'importe, il s'apprête à se remarier et il lui faut éloigner au plus vite et au plus loin l'Impératrice-Reine Joséphine (1763-1814). Il offre donc à celle dont il vient de se séparer ce château de Navarre, situé à « demi lieüe d’Évreux, basti par Monsr le duc de Bouillon sur les ruines d'un chasteau que les roys de Navarre avoyent fait faire pour la chasse. »

 

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 Château de Navarre du temps de l’impératrice Joséphine

Un an plus tard, la nouvelle duchesse de Navarre et de l'Empire découvre son nouveau domaine, « La Marmite », comme le surnomme les gens du pays, où désormais elle devra résider. Malgré les nombreux travaux qui vont y être réalisés, malgré l'excellent accueil que la ville réservera à l'exilée, malgré les hôtes prestigieux qu'elle y recevra, Joséphine s'y ennuiera... Finalement, moins de deux ans plus tard, elle sera autorisée par son ex-mari à regagner cette Malmaison qu'elle affectionne tant.

En 1834, le dernier héritier de l'Impératrice des Français vendra le château de Navarre au marquis de Dauvet, le bien nommé « Marquis de la Ruine », connu pour sa frénésie de destruction. Le château est alors entièrement démoli et tous les matériaux et meubles vendus. C'est sur son emplacement, au cœur du quartier de Navarre, que se dresse aujourd'hui l'hippodrome d’Évreux.

 

Biblio. « Châteaux des pays de l'Eure » de Ph. Seydoux – Ed de la Morande 1684.

« Joséphine, impératrice répudiée, trouve refuge en Normandie » : article de G. Nédellec – Almanach du Normand 2010.