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18/03/2009

La paroisse Saint-Godard de Rouen

Cette paroisse, située au nord de la ville, est certainement antérieure au XIIe siècle.

Saint-Godard (ou Gildard) aurait été le premier des Francs à occuper le siège épiscopal de Rouen. Né à Salency, près de Noyon, en 448, il aurait accédé au trône épiscopal en 489.

Il passe pour avoir participé à la conversion du roi Clovis et aurait assisté à son baptême en 496. Mort en 525, il aurait été inhumé dans l’église qui porte son nom.

L’église que l’on peut admirer aujourd’hui date essentiellement des XVe et XVIe siècles, bien que la tour carrée ne fut terminée qu’en 1613. Le clocher est resté inachevé, sa flèche n’a jamais été construite.

EGLISE St-GODARD.jpg

Comme toutes les églises de Rouen, elle fut mise à sac par les Huguenots en 1562.

Une des plus grandes richesses de cette église réside dans les quelques vitraux encore en place. Ils sont de couleurs vives et éclatantes. Ces couleurs, en particulier le rouge, sont à l’origine d’un dicton populaire à Rouen : en parlant d’un vin rouge coloré, riche et velouté, les vieux Rouennais disaient autrefois : « Il est de la couleur des vitres de St-Godard ».

VITRAIL St-GODARD.jpg

 

 

 

Fermée à la Révolution, entièrement dévastée,  elle ne fut rouverte au culte qu’en 1806.

Le 13 novembre 1701, mes aïeux, Jacques LEGENDRE* (sosa 580) et Marie Louise CASIER (sosa 581) s’y marièrent. Ils étaient originaires tous deux de cette paroisse et vinrent plus tard s’installer à Notre-Dame de Franqueville où ils finirent leur vie. Ce village devint en partie grâce à eux le berceau de la famille.

x ST-GODARD 13.11.1701.JPG

*Arbre simplifié  de descendance : Jacques LEGENDRE(1675-1752) → Pierre LEGENDRE (Toilier – 1702-1760 )→ Elisabet LEGENDRE (1727-1777) x Nicolas PELLERIN (Compagnon Toilier – 1727-1780) → Nicolas PELLERIN (Toilier – 1760-1849) → Jacques PELLERIN (Toilier- 1783-1844) → Jacques PELLERIN (Plâtrier – 1809-1891)→ Lucie PELLERIN (Ménagère – 1844-1926) x Constant BOULANGÉ(Plâtrier – 1842-1918)→ Paul BOULANGÉ ( Plâtrier – 1877-1950)→ Albert-Camille BOULANGÉ (1922-2007- mon père).

Biblio : « Rouen aux 100 clochers » de F. Lemoine et J. Tanguy – Editions PTC-2004.

06/03/2009

La révolte des nu-pieds

"Cessez de juger sur l'apparence,

Jugez avec équité"

Evangile selon St-Jean

 

Le 7 juillet 1639 éclate en Normandie la plus grave des révoltes de cette province, par nature peu frondeuse contre le pouvoir royal.

L’accroissement brutal de la charge fiscale tout au long de la décennie en est la cause.

Depuis longtemps, le budget royal est en déficit mais cette année là, il manque 114 millions de livres pour couvrir des dépenses qui atteignent 172 millions. Le roi Louis XIII a recours, pour se financer, à des expédients fiscaux. La Normandie, une des plus riches provinces du royaume, est mise à contribution.

Certes, il y a déjà eu des « émotions* » (= troubles) populaires, mais cette fois, l’agitation urbaine, plus traditionnelle en quelque sorte (à Rouen notamment), est rejointe par celles des campagnes. Un impôt est plus spécialement vécu comme particulièrement injuste, celui de la gabelle (1).

C’est cette révolte des campagnards, des « nu-pieds », qui va frapper particulièrement l’opinion.

En ce mois de juillet 1639, des troupes de « faux sauniers » se constituent à la lisière de la Bretagne, pays exempté de gabelle et à partir duquel par conséquent se développe une intense contrebande de sel. On apprend qu’il y a même des nobles qui se sont mis à la tête de ces bandes. Tout le Cotentin est touché et la presse parisienne, « La Gazette », « Mercure de France » qui relate les événements et surtout la répression qui va suivre, ne manque pas d’évoquer des chefs à la fois fascinants et effrayants tel un certain Jean Quetil, Général des insurgés, qui prend le nom de « Jean Va-Nuds-Pieds ».

La révolte gagne les villes : Caen, le 13 août, Rouen, du 20 au 23 août, Bayeux, le 25 ; Coutances, le 6 septembre.

Mais c’est à Rouen que se déroulent les faits les plus graves : un contrôleur des teintures est assassiné. Les responsables locaux ne s’emploient que mollement à calmer une émeute antifiscale qu’ils approuvent secrètement.

 

REVOLTE NU-PIEDS.JPG

Cependant, comme le pouvoir royal ne peut laisser l’anarchie s’installer, sur ordre de Richelieu qui veut faire un exemple, 6000 soldats à pied et 1200 chevau-légers(plus légèrement équipés et armés que les autres corps de cavalerie) sont envoyés à Rouen en octobre.

La révolte est finalement écrasée fin novembre 1639. Les meneurs de la sédition sont condamnés à mort. 200 mutins sont bannis. L’impôt est non seulement rétabli mais aggravé. Le châtiment s’abat sur Rouen où le chancelier Séguier, commandant de cette répression, s’établit à l’abbaye royale de Saint-Ouen en 1640. Il loge ses soldats chez l’habitant, remplace la municipalité par une commission et interdit le parlement pour avoir laissé faire.

Le centralisme monarchique et absolu est en marche !

  

(1) :  le sel fait l'objet d'un monopole royal. Il est entreposé dans des greniers à sel, où la population l'achète déjà taxé. La gabelle représente à cette époque environ 6% des revenus royaux. Mais  la perception de la gabelle n'est pas uniforme, elle dépend des pays :

- les pays francs, exempts d'impôts, soit parce qu'ils en sont dispensés lors de leur réunion au royaume de France, soit parce que ce sont des régions maritimes : Artois, Flandre, Bretagne, Vendée, Aunis, Basse-Navarre, Béarn ;

- les pays rédimés (ou pays rédimés des gabelles) qui ont, par un versement forfaitaire, acheté une exemption à perpétuité : Poitou, Limousin, Auvergne, Saintonge, Angoumois, Périgord, Quercy, Bordelais, Guyenne ;

- les pays de salines : Lorraine, Alsace, Franche-Comté, Lyonnais, Dombes Provence, Roussillon ;

- le pays de quart-bouillon. Le sel y est récolté en faisant bouillir le sable imprégné de sel de mer. Les sauneries versent le 1/4 de leur fabrication aux greniers du roi qui le revendaient avec taxes, les ¾ restants étaient commercialisés par les producteurs, sans taxe : Cotentin ;

- les pays de petite gabelle, où la vente du sel est assurée par des greniers à sel, mais où la consommation est généralement libre : Dauphiné, Vivarais, Gévaudan, Rouergue, Languedoc ;

- les pays de grande gabelle où on doit acheter obligatoirement une quantité fixe annuelle de sel, ce qui transforme la gabelle en un véritable impôt direct : Normandie, Champagne, Picardie, Île-de-France, Maine, Anjou, Touraine, Orléanais, Berry, Bourgogne, Bourbonnais.

 

 

22/02/2009

Le voyage du roi en Normandie

"Le voyageur est encore ce qui importe le plus dans un voyage."
A. Suarès
Louis XVI a régné 19 ans et durant son règne, le seul voyage qu’il fit en province le conduisit en Normandie et dans notre bonne ville de Rouen.  
VOYAGE LOUIS XVI.JPG

 

 

Ce 21 juin 1786, escorté de 27 personnes et transporté par un équipage de 56 chevaux, le roi entame son premier et unique grand voyage.

Il quitte Versailles et après avoir traversé Verneuil, l’Aigle, Argentan, il s’arrête à Falaise pour se reposer au château du duc d’Harcourt où l’attend un accueil grandiose et où nul n’a ménagé sa peine pour le recevoir.

Le lendemain, il est à Caen où il reçoit de tels témoignages d’amour qu’il s’en étonne ! La 17ème ville du royaume est même allée jusqu’à « répandre sur le chemin le contenu de 100 banneaux d’un sable extrait des carrières de Mondeville, d’Ifs et de Carpiquet pour éviter que les chevaux ne glissent ».

Le soir même, l’équipée royale est à Cherbourg. Après une très courte nuit et la messe entendue, le roi  inaugure les nouvelles installations portuaires. Assis le plus naturellement du monde à bord du canot « le Patriote », il juge de tout en commentant la manœuvre du bateau.

Après une halte de 2 jours à Caen, il rejoint le Havre et préside au lancement d’un navire.

Enfin, le dimanche  28, il arrive à Rouen. Il fait son entrée dans la ville par l'avenue du Mont-Riboudet où s'élève un arc de triomphe. 50 jeunes gens à cheval , en brillant uniforme, l'attendent pour lui faire une escorte d'honneur. Le canon du Vieux Palais tonne, une foule nombreuse, avide de contempler le monarque, remplit les rues tendues de tapisseries et salue des cris mille fois répétés de "Vive le roi" celui dont la France entière apprécie la bonté. Le royal cortége remonte les boulevards Cauchoise et Beauvoisine, puis se rend à la cathédrale. Après avoir reçu les cours souveraines présentées par le duc d'Harcourt, gouverneur de la province, Louis XVI rejoint la chambre du commerce. Il y supprime l'ancien droit sur les sucres et la cire, donne 20 000 livres aux hôpitaux, puis, descend à pied jusqu'au pont, où il se repose sous une tente dressée à cet effet.

Le roi et sa suite soupent le soir même avec le prélat de la ville. Le jour suivant, 29 juin 1786, il quitte, enchanté, notre belle province, sur cette réflexion : « Je m’aperçois que j’approche de Versailles… mais j’en sortirai plus souvent, et j’irai plus loin que Fontainebleau ! »

Hélas, son prochain voyage ne le conduira qu’à Varennes.

 

Biblio. "Histoire de Rouen" d'A. Lefort - Ed. Le livre d'histoire-Lorisse - Paris 2002