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02/03/2010

Il était un Roi en Pays de Caux...

« Au noble pays de Caux

Il y a quatre abbayes royaux

Six prieurez conventaux

Et six barons de grand arroy

Quatre comtes, trois ducs, un roy »

 

« Le touriste que la vapeur emporte à travers les riches plaines du pays de Caux, ne peut se défendre de sourire, en entendant annoncer la station d’Yvetot.

YVETOT !... comment, en effet, ne pas se rappeler alors, qu’il était un roi d’Yvetot, que par conséquent, la modeste ville que l’on aperçoit à peine, cachée qu’elle est derrière un immense bouquet d’arbres vigoureux, fut autrefois non seulement la capitale d’un royaume, mais encore et pendant longtemps à elle seule le royaume presque tout entier ?* »

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L’origine de ce petit royaume remonterait au Mérovingien Clotaire Ier, dernier fils de Clovis et de son épouse Clotilde, lequel, en 536, aurait assassiné dans l’église de Soissons, un vendredi-Saint, Gaultier, seigneur d’Yvetot. Craignant alors les représailles du Pape Agapet, il aurait pris la décision d’affranchir Yvetot et ses habitants de tout devoir envers le Roi de France.

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Le Pape Agapet 1er (536)

Ce serait ainsi qu’Yvetot serait devenu un territoire enclavé dans le Royaume de France, bénéficiant d’exemptions d’impôts et autres privilèges. Attirés par ces avantages, nombre de commerçants et artisans vinrent s’y établir transformant la cité en un lieu de foires et de marchés de grande renommée.

Si la terre d’Yvetot ne figure dans la nomenclature des fiefs normands qu’à partir de la fin du XIe siècle, le premier seigneur qui prit le titre de roi, titre que lui reconnaît l’arrêt de la cour de l’Echiquier de l’année 1392, fut Jean IV.

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Le Roi Charles VI représenté par le Maître de Boucicaut en 1412

L’un de ses successeurs, Martin Ier, vendit son royaume en 1401 à Pierre de Vilaines, dit le Bègue, chambellan de Charles VI. En 1459, Guillaume Chenu, héritier collatéral de la maison de Vilaines, monta sur le trône et fut proclamé roi sous le nom de Guillaume 1er.  La famille Chenu restera sur ce trône pendant près d’un siècle, la dernière des descendantes, Isabeau  Chenu, en 1532, l’apporta en dot à son mari Martin Dubellay, ambassadeur de François Ier, gouverneur de Normandie et oncle du poète Joachim du Bellay.

Le Parlement de Normandie, voyant depuis longtemps d’un œil jaloux les rois d’Yvetot jouir de nombreux privilèges, finirent par obtenir en 1553 du roi Henri II l’abrogation des droits spécifiques accordés à ce royaume qui devint dès lors une simple principauté.

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Le dernier prince d’Yvetot fut Camille III d’Albon qui passa sa vie à voyager et à écrire. Il dota sa principauté d’une église et d’une halle. Sur le fronton de l’église, il fit graver « Deo viventi Camillius III » et sur la façade principale de la halle « Gentium comodo Camillis III »,  inscriptions toujours et parfaitement visibles de nos jours.

Le 4 août 1789, le Corps Municipal de la ville, donna sa pleine adhésion à l’abolition des privilèges, entraînant par la même occasion la disparation de la Principauté.

 

 

* Biblio : Histoire des rois d’Yvetôt par A. Labutte (1871)

06/01/2010

ROUEN, capitale de la carte à jouer !

Saviez-vous que la fabrication des cartes à jouer fut une des branches florissantes de l’industrie rouennaise  du XVIe siècle ?

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Si elles ne sont attestées en Europe qu’à la fin du XIVe siècle (on les aurait d’ailleurs fait connaître au roi Charles VI devenu fou), la question de leur origine reste posée : Perse ? Chine ?  Ce dont on est certain, c'est qu'en Europe, c’est à partir de l’apparition de la gravure sur bois à la fin du XIVe siècle que l’imprimerie de la carte à jouer va se développer. Auparavant elles étaient peintes à la main par des peintres « à tout faire ».

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Après l’Allemagne, patrie de Gutenberg, la situation géographique centrale de la France, la qualité et l’abondance de son papier, sa démographie en pleine croissance, expliquent l’essor spectaculaire pris par la fabrication de la carte à jouer dans notre pays et principalement dans notre bonne ville de Rouen où elle devient une industrie des plus florissantes.

Le peuple manifesta tout de suite un engouement pour ce nouveau jeu qu’il se mit à pratiquer avec frénésie, à tel point que l’Eglise jugea bon de le condamner ! On brûla solennellement les cartes et… on s’en procura d’autres ! L’exemple venait d’ailleurs d’en haut puisque François Ier, qui interdisait les cartes pour les autres, en usait volontiers avec son entourage ! Privilège de Roi !

Aux XVIe et XVIIe siècles, les deux principales cités marchandes du royaume, Lyon et Rouen, font de notre pays le « grenier à cartes de l’Europe » ! Grâce à ses débouchés maritimes, Rouen inonde la façade atlantique, de la Scandinavie au Portugal, en passant par les Pays-Bas, devenant en outre le fournisseur exclusif des Iles Britanniques. Un arrêt du Parlement de Rouen du 13 décembre 1699 évoque un procès intenté pour malfaçon au Sieur Delamare, propriétaire d’une fabrique de cartes à jouer qui employait 600 ouvriers ! On juge par ce chiffre de l’importance d’une seule des fabriques de Rouen. Et il en existait beaucoup de semblables.

 

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Les cartiers sont alors au faîte d’une gloire dont les Grands décident de profiter ! Dès le XIIIe siècle, la tentation de tirer des jeux une ressource fiscale, s’était esquissée. Mais la véritable fiscalisation du jeu ne s’affirme qu’au cours de la seconde moitié du XVIe siècle. C’est de Castille et des énormes besoins financiers de Charles-Quint que part le mouvement qui arrivera en France sur une ordonnance du roi Henri III du 21 janvier 1581 comportant cette disposition « portant defense tres-expresse de transporter hors du royaume aucune sortes de papier, cartes & tarots, (…) sinon en payant le droict de traicte ». C’était tout simplement instituer une taxe à l’exportation, "faire payer les étrangers".

 

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Henri III (1551-1589)

Il faut croire qu’un raisonnement économique différent fut soumis au roi peu après, car, deux ans plus tard, en mai 1583, il modifia le régime d’une simple déclaration : les cartes, les tarots et les dés vendus dans le royaume étaient imposés, les produits exportés ne l’étaient plus. Le nouvel impôt fut affermé. Les cartiers de Lyon et de Rouen protestèrent énergiquement et, devant l’impossibilité de recouvrer l’impôt, les mesures furent abandonnées à partir de 1586. Ceci n’était pourtant que partie remise, d’autant qu’après la France, l’État pontifical (en 1588), le duché de Lorraine (en 1599), puis, après 1600, l’Europe entière ou presque, avaient suivi le mouvement, instituant sous des formes variées un impôt sur les cartes à jouer. En 1605, Henri IV rétablit donc l’imposition dans les mêmes formes que son prédécesseur, mais les injonctions du roi se heurtèrent à la résistance des parlements. Finalement, en 1609, de guerre lasse, il décide de renoncer. C'est son fils, Louis XIII, qui va rétablir l’impôt en mars 1622. En dépit des vicissitudes de la fin du règne et de la régence, la taxe sur les cartes et les tarots va alors perdurer, il est vrai par intermittence, tout au long du XVIIe siècle avant d’être abolie une première fois par la Révolution en 1791. Mais la manne apportée par cette taxe ne pouvait laisser insensible une République à court d’argent : l’impôt fut donc rétabli en 1798 et perçu sans interruption jusqu’en 1945 !

Les marques fiscales (timbres, légendes, paraphes, bandes de contrôle, etc…) sont aujourd’hui des repères utiles pour dater un jeu de cartes. Les collectionneurs et historiens sont friands de ces signes parlants et riches d’informations.

A noter qu’il existe en France un musée unique de la carte à jouer. Il se situe à Issy-lès-Moulineaux.

 

 

15/11/2009

A la rencontre de St-Onuphre, patron des tisserands

Je vous ai déjà parlé de ces saints honorés autrefois et aujourd’hui disparus de nos calendriers et de nos mémoires.

La Normandie en est particulièrement pourvue. Considérés comme des guérisseurs, ils étaient priés par nos ancêtres souvent très dépourvus face aux maux dont ils souffraient.

La situation géographique de notre province justifie cette multitude de cultes dont elle a le privilège. Située au carrefour des convoitises de nombreux conquérants et aventuriers, Celtes, Latins, Germains ou Nordiques, arrivés par terre ou par mer, s’y sont posés, opposés, imposés aussi parfois, semant sur notre terroir cette densité de croyances, de coutumes et de superstitions qui font sa richesse. Nos églises regorgent d’une iconographie religieuse des plus fascinantes. Je vous propose d’entrouvrir la porte de certaines d’entre-elles et d’aller à la rencontre de notre héritage normand.

Et pour commencer, j’ai choisi de vous parler de Saint Onuphre, patron des tisserands.

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« Onuphre » vient de l’égyptien ancien et signifie « éternellement beau ou bon ».

Ce saint vécut au IVe siècle et était originaire d’Asie Mineure. Il aurait mené en Egypte, durant plus d’une soixantaine d’années et jusqu’à sa mort vers l’an 400, une vie d’ermite dans le désert et dans une absolue pauvreté. Près d’une source, à l’ombre d’un palmier, il ne nourrissait seulement de ses dattes. Pour remplacer ses vêtements tombés en poussière, de longs poils lui poussèrent sur le corps.

Une telle vie était bien sûr propice au développement des maux d’articulations, ce qui explique sans doute qu’on lui ait attribué des pouvoirs de guérison sur les rhumatismes.

Son culte a été introduit en Haute-Normandie par les croisés. Il semble d’ailleurs prié uniquement dans notre région.

Il est représenté avec une longue barbe blanche et des branchages autour du corps en guise de vêtement. La statue de l’église de Biville-la-Baignarde (canton de Tôtes), appelée autrefois Biville-Saint-Onuphre, en serait, dit-on, la représentation la plus fidèle.

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St-Onuphre, Eglise de Biville-la-Baignarde

L’église de Bordeaux-St-Clair (canton de Criquetot-l’Esneval) abrite une statue en bois polychrome du XVIIIe siècle et reçoit encore régulièrement des pèlerins venant chercher un soulagement à leurs douleurs.

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St-Onuphre (au centre, entre St-Joseph et St-Eutrope), Eglise de Bordeaux-Saint-Clair

Enfin, au Mesnil-Durdent (canton de Saint-Valéry-en-Caux), les rhumatisants se baignaient autrefois dans une mare Saint-Onuphre. De nos jours, on se contente de lire une prière dans l’église au pied d’une statue du XVIe siècle.

 

Saint Onuphre était fêté le 12 juin où Saint Guy l’a remplacé !

 

* Biblio. « Les Saints qui guérissent en Normandie » - Hippolyte Gancel –  Ed. Ouest-France