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15/11/2009

A la rencontre de St-Onuphre, patron des tisserands

Je vous ai déjà parlé de ces saints honorés autrefois et aujourd’hui disparus de nos calendriers et de nos mémoires.

La Normandie en est particulièrement pourvue. Considérés comme des guérisseurs, ils étaient priés par nos ancêtres souvent très dépourvus face aux maux dont ils souffraient.

La situation géographique de notre province justifie cette multitude de cultes dont elle a le privilège. Située au carrefour des convoitises de nombreux conquérants et aventuriers, Celtes, Latins, Germains ou Nordiques, arrivés par terre ou par mer, s’y sont posés, opposés, imposés aussi parfois, semant sur notre terroir cette densité de croyances, de coutumes et de superstitions qui font sa richesse. Nos églises regorgent d’une iconographie religieuse des plus fascinantes. Je vous propose d’entrouvrir la porte de certaines d’entre-elles et d’aller à la rencontre de notre héritage normand.

Et pour commencer, j’ai choisi de vous parler de Saint Onuphre, patron des tisserands.

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« Onuphre » vient de l’égyptien ancien et signifie « éternellement beau ou bon ».

Ce saint vécut au IVe siècle et était originaire d’Asie Mineure. Il aurait mené en Egypte, durant plus d’une soixantaine d’années et jusqu’à sa mort vers l’an 400, une vie d’ermite dans le désert et dans une absolue pauvreté. Près d’une source, à l’ombre d’un palmier, il ne nourrissait seulement de ses dattes. Pour remplacer ses vêtements tombés en poussière, de longs poils lui poussèrent sur le corps.

Une telle vie était bien sûr propice au développement des maux d’articulations, ce qui explique sans doute qu’on lui ait attribué des pouvoirs de guérison sur les rhumatismes.

Son culte a été introduit en Haute-Normandie par les croisés. Il semble d’ailleurs prié uniquement dans notre région.

Il est représenté avec une longue barbe blanche et des branchages autour du corps en guise de vêtement. La statue de l’église de Biville-la-Baignarde (canton de Tôtes), appelée autrefois Biville-Saint-Onuphre, en serait, dit-on, la représentation la plus fidèle.

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St-Onuphre, Eglise de Biville-la-Baignarde

L’église de Bordeaux-St-Clair (canton de Criquetot-l’Esneval) abrite une statue en bois polychrome du XVIIIe siècle et reçoit encore régulièrement des pèlerins venant chercher un soulagement à leurs douleurs.

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St-Onuphre (au centre, entre St-Joseph et St-Eutrope), Eglise de Bordeaux-Saint-Clair

Enfin, au Mesnil-Durdent (canton de Saint-Valéry-en-Caux), les rhumatisants se baignaient autrefois dans une mare Saint-Onuphre. De nos jours, on se contente de lire une prière dans l’église au pied d’une statue du XVIe siècle.

 

Saint Onuphre était fêté le 12 juin où Saint Guy l’a remplacé !

 

* Biblio. « Les Saints qui guérissent en Normandie » - Hippolyte Gancel –  Ed. Ouest-France

15/10/2009

Austreberthe, une ch'ti en Normandie

En Normandie, « Austreberthe » fait certainement plus penser à la rivière du même nom qu’à la sainte ! Il faut dire que  Sainte-Austreberthe, originaire du Pas-de-Calais, n’est guère connue en dehors de notre belle province.

 

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Née à Thérouanne, vers 630, sous le règne de Dagobert Ier, elle prit le voile très jeune, entre au monastère du Port dans le Ponthieu, avant de fonder, dans la maison de ses parents, un autre monastère situé à Marconne dans l’Artois. Ce n’est qu’ensuite qu’elle devint la première abbesse de l’Abbaye de Pavilly fondée en 662  par Saint-Philibert, abbé de Jumièges. Elle y fit construire trois églises dédiées à la Vierge, à Saint-Martin et à Saint-Pierre. Ce monastère de femmes fut détruit par les Normands au IXe siècle puis reconstruit en 1090 pour des religieux bénédictins. Abandonnée en 1717, sa chapelle fut rachetée et rendue au culte en 1860. Elle a fait l’objet en 1934 d’une inscription au titre des monuments historiques.

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Vitrail du Miracle des Loups - Chapelle du village d'Austreberthe

Sainte Austreberthe est réputée avoir accompli de son vivant de nombreux miracles dont  « le miracle des loups » : la Sainte et ses religieuses avaient l’habitude de blanchir les linges de la sacristie de l’Abbaye de Jumièges distante de quelques lieues de celle de Pavilly. Un âne avait été dressé pour transporter seul le linge d’un monastère à l’autre. Or, un jour, l’âne se retrouva face à face avec un loup qui se jeta sur lui et le dévora. Sainte Austreberthe apparut, réprimanda le loup et le condamna à remplir les fonctions dont sa victime s’acquittait auparavant. C’est ainsi que le loup accomplit jusqu’à la fin de sa vie sa tâche avec humilité et soumission. Sur le lieu de mort de l’âne, fut érigée, au VIIe siècle, une chapelle qui fut remplacée ensuite par une simple croix de pierre puis par un chêne nommé « chêne à l’âne »  dans lequel furent placées plusieurs statues de la Vierge.

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Source et Chapelle d'Austreberthe

Un autre de ses miracles est à l’origine de son culte en Normandie : la source de la rivière qui porte son nom, située au sein d’une chapelle au cœur du petit village d’Austreberthe près de Pavilly, dont les eaux auraient des vertus curatives sur les impotents et les perclus. Sainte Austreberthe est également invoquée à Penly (Canton d’Envermeu) pour protéger contre les bêtes méchantes ou dangereuses et à Saint-Germain des-Essourts (Canton de Buchy) pour l’apaisement des fièvres.

Elle mourut à Pavilly, au début du VIIe siècle, âgée de 74 ans.

Sainte Austreberthe est fêtée le 10 février, aujourd’hui jour de la Saint-Arnaud

 

Biblio : « Les Saints qui guérissent en Normandie » d’H. Gancel – Editions Ouest-France -2006-2009.

10/09/2009

Les prénoms régionaux normands

Choisir le prénom de ses enfants, voilà un droit qui n’a pas toujours été aussi permissif qu’aujourd’hui. Pour s’en convaincre, un peu d’histoire…

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 Le retour de baptême - L. Le Nain - (1600-1648)

Par décret en date  du 24  brumaire an II (14 novembre 1793), « chaque citoyen a la faculté de se nommer comme il lui plaît, en se conformant aux formalités prescrites par la loi ». Ces formalités sont celles du décret du 20 septembre 1792, à l’origine de la laïcisation de l’état civil, instaurant entre autres le terme de prénom pour remplacer celui de nom de baptême.

Ce sont alors les prénoms de l’Antiquité, en vogue chez les révolutionnaires épris des républiques antiques, ou les prénoms symboliques, qui surgissent : le révolutionnaire François Noël Babeuf devient Gracchus Babeuf et Louis Philippe Joseph d’Orléans devient Philippe Egalité… Et, la cerise sur le gâteau, c’est que la loi permet de changer de prénom à volonté au cours de sa vie.

Cette liberté anarchique dure peu : moins d’un an plus tard, le 6 fructidor an II (23 août 1794), il est à nouveau interdit de prendre d’autres prénoms et nom que ceux de son acte de naissance (ouf ! Heureusement pour les généalogistes que nous sommes !)

Le bouleversement fondamental va intervenir 9 ans plus tard, quelques mois avant l’Empire ! Pour la première fois dans l’histoire de notre pays, un gouvernement va restreindre les libertés de choix des parents en matière de prénoms pour leurs enfants. En  effet, en 1803, une loi rend obligatoire les prénoms « en usage dans les différents calendriers ou portés par des personnages connus de l’histoire ancienne ». 

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Les Rois Mages Gaspard, Melchior et Baltasar - Goltzius - XVIIe siècle

 

Elle signe ainsi l’arrêt de mort des prénoms régionaux pour deux raisons. Elle s’appuie d’une part sur des calendriers, donc sur une liste de prénoms limitée et d’autre part, sur des documents écrits, établis en français par des élites parisiennes.

Le Concile de trente demandait déjà aux parents, dans les années 1560, de choisir pour leurs enfants un nom de saint, une façon de le placer sous une protection céleste. Mais, le calendrier, l’ancêtre de notre fameux calendrier des Postes, ne comporte que 365 jours et donc à peine plus de saints, tandis que le répertoire exhaustif de l’Eglise catholique en comptait plus de 40 000 !

Quantité de « petits » saints, qu’on ne retrouve plus guère aujourd’hui que dans les noms de nos églises ou villages, comme en Normandie Saint-Nicaise, Saint-Maclou ou Saint-Ouen, sont alors absents du calendrier usuel mais localement priés, connus et choisis par les populations pour leurs enfants. Même si le souvenir de leurs hauts faits célestes se perdait dans la brume des siècles, leurs noms s’ancraient dans les pierres du village, dans les sources ou les fontaines et se transmettaient par extension aux petits nés à proximité, constituant ainsi de véritables prénoms régionaux. Nous aurons l'occasion d'en reparler.

Imposer un calendrier était du même coup aussi imposer une langue, le français ! La législation de 1803 précisait bien que les seuls calendriers admis étaient « ceux de la langue française », les prénoms construits dans les langues régionales se trouvant d’office bannis de l’état civil.

En 1987, le texte de loi de 1803 est modifié : autorisation est donnée aux parents de prendre désormais pour leur nouveau-né «  des prénoms consacrés par l’usage et relevant  d’une tradition étrangère ou française, nationale ou locale ». En clair, on peut désormais aussi bien choisir un prénom régional, refusé si férocement auparavant, qu’un prénom étranger, à condition toutefois de pouvoir justifier de son orthographe exacte.

Cette ultime exigence est supprimée par la loi du 8 janvier 1993 qui dispose que « l’officier d’état civil porte immédiatement sur l’acte de naissance les prénoms choisis » par les parents. Deux réserves cependant : on ne peut choisir ni le patronyme d’une personne connue (ex : Picasso), ni un nom « contraire a l’intérêt de l’enfant… ayant une apparence ou une consonance ridicule, péjorative ou grossière, ou difficile à porter en raison de (sa) complexité ou de la référence à un personne déconsidéré dans l’histoire ».

Cette libéralisation permet de voir renaître nos prénoms régionaux qu’on pensait disparus. L’engouement actuel pour la généalogie n’y est pas étranger : donner à son enfant un prénom de sa région d’origine, c’est lui donner des racines, inscrire en lui un souvenir et une histoire, au-delà des modes et du caractère administratif de cette inscription à l’état civil.

 

Quelques anciens (et rares) prénoms de Normandie :

Au masculin : Almar, Alrik, Alvin, Amalrik, Ansfrid, Answald, Arild, Arnbjörn, Arnketil, Arnold, Arnulf, Arwed, Asbjörn, Asgeir, Asketill, Aslak, Asulf, Aldrik, Baldwin, Bernulf, Bertil, Biarni, Bjarni, Bjarnulf, Björnulf, Björn, Brand, Brynjolf, Dankrad, Delf, Detlef, Didrik, Dirk, Diter, Ditfrid, Ditmar, Ditwin, Egmont, Einar, Eivind, Enguerrand, Erling, Erwin, Eskil, Eudelin, Ewald, Falko, Frithjof, Frode, Froward, Frowin, Gerulf, Gervald, Gervin, Gildwin, Godfred, Grim, Hagen, Halfdan, Harding,  Herman, Hilbert, Hilding, Hilmar, Hindrik, Hjalmar, Holger, Hrolf, Ingmar, Ingolf, Ingvald, Ingvar, Ivar, Ketil, Kjeld, Knut, Lambert, Leif, Lennart,  Lothar, Luderik, Maclou,  Njall, Odalrik, Odmar, Olaf, Osfrid, Osgeir, Osmond, Osvald, Otger, Otmar, Otvard, Radulf, Ragnar, Ranulf, Ralf, Rambert, Renold, Richard, Roald, Roderik, Rodger, Rolf, Runi, Rurik, Sigmar, Sigmund, Sigurd, Sigvald, Skeggi, Sven, Tancrède, Terkel, Thorbjoörn, Thorkel, Thorolf, Thorsten, Thorvald, Till, Turold, Ulf, Ulrik, Veland, Vimund, Waldemar, Wandrille, Wido, Wiland.

 

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La Reine Wilhelmine des Pays-Bas (1890-1948)

Au féminin : Alwine, Astrid, Bartke, Bathilde, Bentje, Bernahardine, Bertha, Berthilde, Berti, Bertrade, Blithilde, Brunhilde, Dagmar, Deetje, Didda, Dille, Dita, Dithilde, Ditlinde, Edda, Eduarda, Edwina, Eldrid, Elfi, Elfride, Elke, Elma, Enguerrande, Erma, Ermelinde, Ermina, Eudeline, Frida, Frigge, Gerda, Gerlinde, Gisela, Gislinde, Gudrun, Gunhil, Hedda, Hedi, Hedwige, Heidi, Helga, Hemma, Hermine, Hilda, Ida, Inga, Inge, Ingeborj, Ingrid, Irma, Irmine, Mariette, Markvart, Millicent, Oda, Osanna, Osanne, Ottilia, Ottilie, Ragnhild, Rikke, Savine, Signi, Signild, Sigrid, Sigrune, Sike, Solveig, Solvej, Solvejg, Sunilda, Svantje, Svenborg, Thilda, Thilde, Ulrika, Vilma, Vilhelmine 

 

 

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Baptême en Normandie - A. BROSSARD

 

Biblio : « Histoire, formation et usage : les prénoms régionaux » - Article de M-O. Mergnac publié dans la revue « Gé-Magazine » n°255 – Janvier 2006.