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21/04/2010

Honorine, une vierge gauloise

Sainte Honorine, vierge et martyre du IVe siècle, vécut en Normandie, dans le Pays de Caux, Elle est la patronne des Bateliers et aussi celle des Prisonniers.

 

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Sainte Honorine, Prieuré de Graville

Originaire de la tribu des Calètes, peuple gaulois qui demeurait sur l’actuel Pays de Caux auquel ils donnèrent leur nom, et ayant refusé d’adjurer sa foi, elle aurait été martyrisée en l’an 303 lors de la première persécution romaine. Précipitée dans la Seine par ses bourreaux, entre Lillebonne et Harfleur, son corps serait venu s’échouer à Graville, aujourd’hui l’un des quartiers du Havre, où des Chrétiens le recueillirent, l’ensevelirent et construisirent sur son tombeau une chapelle. En 1867, on a redécouvert son sarcophage dans l’église du prieuré de Graville.

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 Eglise de l'abbaye de Graville - Gravure du XIXe siècle

En 876, ses reliques, menacées par la convoitise des Vikings qui désolaient alors l’estuaire de la Seine et volaient notamment les reliquaires faits d’or et d’argent, sont transférées à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). En 1080, le seigneur de Conflans fait venir des moines bénédictins de l’abbaye normande du Bec-Hellouin (Eure). Ils y fondent un prieuré consacré le 21 juin 1086 par l’abbé du Bec-Hellouin, saint Anselme, qui sera plus tard archevêque de Cantorbéry et déclaré docteur de l’Eglise. C’est là que furent déposées les reliques de la sainte.

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Prieuré de Graville au Havre

La sainte est invoquée en Normandie pour guérir les fièvres rebelles. Après avoir récité quelques Pater et quelques Ave, on prononçait alors la formule :

« Au nom de saint Exupère et de sainte Honorine,

Arrière fièvre d’avant, fièvre d’arrière,

Fièvre printanière, fièvre quarantaine,

Fièvre quintaine, ago, superago,

Consumatum est !

Et si la fièvre persistait, on inscrivait cette formule sur un parchemin qu’on attachait au poignet du malade et qu’on retirait au bout de neuf jours. Et de fait, après tout ce temps, si le malade n’était pas mort, il était guéri !

La Sainte est aussi sensée protéger les enfants fragiles et infirmes, les femmes enceintes, et guérir les maladies de peau.

Honorine est fêtée le 27 février, et sur notre calendrier, elle a laissé sa place à Nestor.

« Gelée de Sainte-Honorine rend toute la vallée chagrine ».

 

27/03/2010

La Blonde de Caen : vous connaissez ?

Voyons, qui est-ce ? Malika Ménard, notre Miss Normandie devenue notre Miss France 2010 ?

Non ! Vous n’y êtes pas du tout ! D’ailleurs, elle n’est pas blonde !

Celle dont je vous parle est pourtant aussi précieuse, fragile et lumineuse que notre miss !

Vous ne voyez toujours pas ?

Vous donnez votre langue au chat ?

Il s’agit d’une dentelle ! D’une dentelle aux fuseaux,  réalisée avec des fils de soie aux titrages différents. Une spécialité de la Ville de Caen. C’est d'abord à sa teinte particulière, si brillante, qu’elle doit son nom de Blonde. 

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Julie Papineau, parée d'un châle en Blonde de Caen et sa fille Ezilda - A. Plamondon - 1836 -

 

Apparue à la fin du XVIIe siècle, d’origine espagnole incertaine, la Blonde de Caen portera d’abord le nom de Nankin, région de Chine qui produit la soie.

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Pour donner la brillance souhaitée, les feuilles et les fleurs sont travaillées avec une soie floche et un fil de soie très fin. Cette façon d’œuvrer donne une surface presque lisse à la soie floche sur laquelle se reflète, tel un miroir, l’éclat de la lumière, tout en mettant en valeur le décor fleuri ou architectural.

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Cette dentelle est des plus appréciées dans la confection de hauts volants, des grands cols, des étoles, des châles ou des robes de mariées, comme celle ci-dessus réalisée en 1830, trèsor du musée de Caen.

Très vite, la ville de Caen, qui en produit une grande quantité (18 fabricants en 1750, 102 un siècle plus tard) et fabrique les plus belles, lui ajoute son nom, donnant ainsi naissance à la Blonde de Caen, cette dentelle souple et légère que l’on va fabriquer, non seulement en Normandie, mais aussi au Puy-en-Velay, en Suisse et ailleurs… 

Son déclin arrivera des diktats de la mode : sous le règne de Napoléon III et d’Eugénie, on va simplement préférer les dentelles de soie noires !

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Portrait de l'Impératrice Eugénie

02/03/2010

Il était un Roi en Pays de Caux...

« Au noble pays de Caux

Il y a quatre abbayes royaux

Six prieurez conventaux

Et six barons de grand arroy

Quatre comtes, trois ducs, un roy »

 

« Le touriste que la vapeur emporte à travers les riches plaines du pays de Caux, ne peut se défendre de sourire, en entendant annoncer la station d’Yvetot.

YVETOT !... comment, en effet, ne pas se rappeler alors, qu’il était un roi d’Yvetot, que par conséquent, la modeste ville que l’on aperçoit à peine, cachée qu’elle est derrière un immense bouquet d’arbres vigoureux, fut autrefois non seulement la capitale d’un royaume, mais encore et pendant longtemps à elle seule le royaume presque tout entier ?* »

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L’origine de ce petit royaume remonterait au Mérovingien Clotaire Ier, dernier fils de Clovis et de son épouse Clotilde, lequel, en 536, aurait assassiné dans l’église de Soissons, un vendredi-Saint, Gaultier, seigneur d’Yvetot. Craignant alors les représailles du Pape Agapet, il aurait pris la décision d’affranchir Yvetot et ses habitants de tout devoir envers le Roi de France.

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Le Pape Agapet 1er (536)

Ce serait ainsi qu’Yvetot serait devenu un territoire enclavé dans le Royaume de France, bénéficiant d’exemptions d’impôts et autres privilèges. Attirés par ces avantages, nombre de commerçants et artisans vinrent s’y établir transformant la cité en un lieu de foires et de marchés de grande renommée.

Si la terre d’Yvetot ne figure dans la nomenclature des fiefs normands qu’à partir de la fin du XIe siècle, le premier seigneur qui prit le titre de roi, titre que lui reconnaît l’arrêt de la cour de l’Echiquier de l’année 1392, fut Jean IV.

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Le Roi Charles VI représenté par le Maître de Boucicaut en 1412

L’un de ses successeurs, Martin Ier, vendit son royaume en 1401 à Pierre de Vilaines, dit le Bègue, chambellan de Charles VI. En 1459, Guillaume Chenu, héritier collatéral de la maison de Vilaines, monta sur le trône et fut proclamé roi sous le nom de Guillaume 1er.  La famille Chenu restera sur ce trône pendant près d’un siècle, la dernière des descendantes, Isabeau  Chenu, en 1532, l’apporta en dot à son mari Martin Dubellay, ambassadeur de François Ier, gouverneur de Normandie et oncle du poète Joachim du Bellay.

Le Parlement de Normandie, voyant depuis longtemps d’un œil jaloux les rois d’Yvetot jouir de nombreux privilèges, finirent par obtenir en 1553 du roi Henri II l’abrogation des droits spécifiques accordés à ce royaume qui devint dès lors une simple principauté.

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Le dernier prince d’Yvetot fut Camille III d’Albon qui passa sa vie à voyager et à écrire. Il dota sa principauté d’une église et d’une halle. Sur le fronton de l’église, il fit graver « Deo viventi Camillius III » et sur la façade principale de la halle « Gentium comodo Camillis III »,  inscriptions toujours et parfaitement visibles de nos jours.

Le 4 août 1789, le Corps Municipal de la ville, donna sa pleine adhésion à l’abolition des privilèges, entraînant par la même occasion la disparation de la Principauté.

 

 

* Biblio : Histoire des rois d’Yvetôt par A. Labutte (1871)