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08/12/2010

Prétextat, un évêque assassiné dans la cathédrale de Rouen !

C’est à Grégoire de Tours (539-594), Evêque de Tours, historien de l’Eglise et des Francs, que l’on doit de connaître la destinée tragique de cet évêque de Rouen.

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A la mort de Clotaire Ier, fils de Clovis, la division du royaume des Francs génère une compétition féroce entre les prétendants au royaume. Ses quatre fils se partagent l'héritage patrimonial par tirage au sort. Chilpéric hérite de la Neustrie tandis que son demi-frère Sigebert reçoit l'Austrasie.

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Chilpéric Ier, devenu Roi de Neustrie et Frédégonde - Recueil des Rois de france - Jean de Tillet

Chilpéric, homme intempérant et présomptueux, avide de richesses, et sa redoutable concubine Frédégonde, font donc assassiner en 575 Sigebert Ier, roi d’Austrasie, et exilent sa veuve Brunehaut (ou Brunehilde) à Rouen. L’année suivante, on apprend que l’un des fils de Chilpéric, Mérovée, à l’insu de son père, s’est précipité à Rouen et y a épousé sa tante Brunehaut, avec la bénédiction de l’évêque du lieu Prétextat, son parrain !

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Brunehaut, Reine d'Austrasie - (543-613)

Chilpéric va entreprendre aussitôt de briser l’idylle, allant jusqu’à faire tonsurer son fils contre son gré, puis à le persécuter jusqu’à ce qu’il se suicide (ou soit assassiné à l’instigation de Frédégonde). 

Mais, en mariant la tante et le neveu, Prétextat s’est non seulement mis dans un mauvais pas au regard des règles canoniques, mais il a pris encore plus de risques en déplaisant à Chilpéric et à Frédégonde. Il est convoqué à Paris et doit se défendre devant une assemblée d’évêques réunie à Paris par Chilpéric. Le roi exige sa destitution et malgré une courageuse prise de position de Grégoire de Tours, Prétextat est déchu de son siège en 577 et « envoyé en exil dans une île de la mer qui avoisine à la cité de Coutances », sûrement l’Ile de Jersey.

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Concile de Paris en 577 - Prétextat et Chilperic Ier - Chroniques Françaises - C. Cretin

Rappelé par les habitants de Rouen après la mort de Chilpéric en 584, Prétextat revient d’exil avec un certain nombre de prières qu’il a eu le loisir d’y composer (mais que Grégoire de Tours juge cependant bien médiocres !) Toujours imprudent, il s’oppose vivement à Frédégonde, qui, de passage à Rouen, lui fait les plus vifs reproches sur sa conduite.

La haine de la reine à son égard s’en trouve ravivée et avec elle son désir de vengeance. Et le jour de Pâques 586, alors que Prétextat se rend de bonne heure à sa cathédrale (lointaine aïeule de celle que nous connaissons aujourd'hui) pour y réciter les offices du jour, au pied de l’autel, un homme de main de la reine le frappe violemment d’un couteau. On transporte l’évêque moribond à son domicile où Frédégonde croit devoir se précipiter pour s’apitoyer sur cette tragédie. « Tu seras maudite dans le siècle et Dieu vengera mon sang sur ta tête ! » s’exclame alors Prétextat juste avant de mourir

C’est l’évêque de Coutances, Romachaire qui préside aux funérailles de Prétextat. Puis, l’évêque de Bayeux, Leudovald, jette l’interdit sur Rouen jusqu’à ce que les auteurs du meurtre soient identifiés. Tous les soupçons convergent vers Frédégonde qui croit se justifier en accusant un esclave. Mais sous la torture, ce dernier l’accuse, affirmant qu’il a reçu d’elle cent sous d’or pour son forfait ! Il est immédiatement « coupé en morceaux » sans pouvoir réitérer ses accusations ! Et comme la reine nie farouchement toute responsabilité, la vive émotion causée par la mort de Prétextat s’apaise peu à peu.

Malgré cette fin tragique, qui vaudra six siècles plus tard une canonisation immédiate à Thomas Becket assassiné près de l'autel de la cathédrale de Cantorbéry le 29 décembre 1170,  l’Evêque de Rouen Prétextat n'est honoré que comme simple martyr le 24 février.

12/11/2010

La plus petite Mairie de France est Normande !

Saviez-vous que la plus petite Mairie de France est Normande et Euroise ? C’est celle de Saint-Germain de Pasquier, charmant petit village de 139 habitants situé au cœur de la vallée de l’Oison.

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Elle a été aménagée en octobre 1910 sur décision du maire de l’époque, un sieur Marsollet, qui,  en ayant assez de recevoir ses conseillers dans sa salle à manger,  décida d’utiliser comme mairie l’ancienne chapelle Sainte-Clotilde, alors désaffectée de tout exercice de culte et qui avait été érigée au-dessus de la fontaine du même nom, à l’emplacement de l’ancien Prieuré Saint-germain Gaillard.

Malgré ses trois mètres de long et ses deux mètres soixante-dix de large, grâce à un agencement judicieux,  la plus petite Mairie de France accueille sans rechigner ses onze conseillers municipaux, sa secrétaire de mairie, ses dossiers et son ordinateur, et les administrés du village pour leurs démarches administratives. Mais cependant, lors de la célébration d’un mariage, la famille des mariés est bien entendu priée d’attendre sur le trottoir.

Malgré tout, pour rien au monde, ni les élus, ni les habitants de ce village n’échangeraient leur mairie lilliputienne contre une plus spacieuse.

Derrière la mairie, coule toujours une source réputée miraculeuse. La fontaine Sainte-Clotilde a été pendant longtemps un lieu de pèlerinage très fréquenté. On venait y invoquer la sainte pour guérir toutes sortes de maux et notamment pour donner des forces aux enfants qui tardaient à marcher, lesquels étaient alors plongés dans l’eau très froide de la source.

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D’ailleurs, le 3 juin 1856, un paralytique d’Elbeuf, après s’y être baigné, aurait recouvré aussitôt l’usage de ses jambes. Ce qu’on ne put pas vérifier car le lendemain, le miraculé succombait dans son lit… d’une fluxion de poitrine ! Ça ne s’invente pas !...

 

28/10/2010

L'Eau des Jacobins des Frères Gascard

Nous avons déjà évoqué ensemble la célèbre Jouvence de l’Abbé Soury (v. ma note du 24 septembre 2008), mais saviez-vous que la Normandie avait donné naissance au XVIIIe siècle à un autre élixir aux propriétés multiples, toujours en vente dans nos pharmacies actuelles ? Lequel ? Et bien, « l’Eau des Jacobins des Frères Gascard », l’eau « qui guérit tant de maux ».

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Les Jacobins, ordre religieux très ancien, appelés aussi « Frères Prêcheurs », établis à Rouen dès 1224, y  possédaient un monastère situé le long de l’actuelle rue de Fontenelle, à Proximité de la rue de la Pie (la rue où est né Pierre Corneille !) Vers 1787, un cruel besoin d’argent amène un des leurs, à la fois infirmier et fort habile, à mettre au point une « Eau antiapoplectique » mise en bouteille au couvent et vendue par la communauté pour amortir les dettes et subvenir à l’entretien des bâtiments religieux. Des plantes entrant dans sa composition, on trouve la badiane, l’anis vert d’Alicante, le girofle, le genièvre, l’angélique, le santal citra, la cannelle, l’impératoire, le macis, la réglisse et la muscade, provenant pour la plupart du sud asiatique, et le Galanga,mis à la mode en Italie dès le XVIe siècle, lequel autorise à situer l’origine de cet élixir dans ce pays dont il aurait été exporté au siècle suivant.

Chassés de leur couvent par le Révolution, les religieux se dispersèrent, emportant avec eux ce secret… lequel cependant atterrit quelques décennies plus tard dans les mains de la famille Gascard.

Louis Noël Nicolas Gascard, épicier au Neubourg (Eure), avait deux fils, tous deux pharmaciens, Henri à Evreux et Jules-Albert à Rouen, rue du Bac. C’est ce dernier qui, en 1864, décide de reprendre la fabrication de l’Eau des Jacobins dont le secret de fabrication lui a été remis par son ancien professeur de latin, le Vicaire David.

Ayant la bosse des affaires, avec son frère Henri, il s’empresse d’effectuer le dépôt de la marque « Eau des Jacobins » et lance la production accompagnée d’une publicité massive et régulière dans le « Journal de Rouen ». Très vite le succès est au rendez-vous et l'Eau est vendue et expédiée dans de nombreux pays étrangers.  En commerçant avisé, il choisit de diversifier sa production en fabriquant également une liqueur dont le goût rappelle celui de la Bénédictine, qu’il baptise bien entendu « La Jacobine »,  une pâte dentifrice, une pilule de longue vie ainsi que du thé aromatique. Pour abriter son laboratoire, il fait construire un bâtiment sur des terres acquises à Bihorel-lès-Rouen. 

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En 1881, il rachète la Salle des Fêtes de ladite commune, en décore l’entrée d’un sceau de Saint-Louis, bienfaiteur des Jacobins et y transfère son entreprise en pleine expansion. Et, soucieux d'éviter les contrefaçons, un Jacobin et l’inscription des Frères Gascard sont gravés dans le verre des longs flacons à base carrée et le bouchon recouvert d’une capsule dorée où se dessine en relief le fac-similé du sceau de Saint-Louis de 1243.

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Après la mort de Jules-Albert en 1917, l’entreprise restera dans la famille, passant de père en fils. En 1983, elle échoie ainsi à l’une de ses petites-filles qui transfert la fabrication de l’Eau des Jacobins  près d’Yvetôt.

Quant au laboratoire de Bihorel, racheté par la commune, il est devenu, après avoir été agrandi, un Centre Culturel aux multiples disciplines.

Biblio. : "Rouen aux 100 clochers" de F. Lemoine et J. Tanguy - Editions PTC 2004.