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13/04/2011

Un député de l’Eure abattu par le Général à la casquette

« As-tu vu la casquette, la casquette… , As-tu vu la casquette du père Bugeaud ? »

Ce général là s’appelait Thomas Robert Bugeaud, Marquis de la Piconnerie, Duc d’Isly. Maréchal de France, il avait servi sous Napoléon Ier, avant d’être écarté sous la Restauration puis réembauché par Louis-Philippe pour assurer la garde rigoureuse de la duchesse de Berry avant d’être chargé de réprimer l'insurrection républicaine à Paris. En 1836, il est envoyé en Algérie dont il devient gouverneur de 1841 à 1847. Remarquable entraîneur d’hommes, il mène les opérations d’une manière impitoyable, pratiquant des razzias et des dévastations systématiques dans les régions insoumises. Une nuit de 1844, alors qu’une centaine d’ennemis attaquent son camp, réveillé brutalement, Bugeaud sort en hâte de sa tente et, un fusil à la main, se met à combattre les assaillants. Une fois les arabes repoussés, toute sa troupe ne peut réprimer un grand éclat de rire : dans sa précipitation le Général avait oublié d’enlever sons bonnet de nuit et c’est ainsi qu’il s’était battu. Ce ne fut qu’un cri : As-tu vu la casquette… ?

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Très consciencieux, il était cependant d’un caractère nerveux et susceptible. Ainsi, quelques années plus tôt, le 25 janvier 1834, alors qu’en qualité de Député il fréquentait assidûment la chambre, le ton monta dans l’hémicycle.

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Thomas Roger Bugeaud, Maréchal de France - Huile sur toile de Charles Philippe Larivière

D’après les journaux de l’époque, on discutait de la loi sur l'avancement des officiers quand, en réponse aux propos du Général Bugeaud insistant sur la nécessité de l'obéissance dans l'armée, un député de l’Eure âgé de 42 ans, François Dulong lança « Faut-il obéir jusqu'à se faire geôlier, jusqu'à l'ignominie ? », allusion transparente à la mission que Bugeaud venait de remplir au fort de Blaye, auprès de la duchesse de Berry. L'offense était personnelle, le duel inévitable. Il eut lieu au Bois de Boulogne le 29 janvier suivant. Bugeaud toucha son adversaire qui, blessé d’une balle au dessus de l’œil gauche, mourut le lendemain matin sans avoir repris connaissance. 

François Dulong était né à Pacy-sur-Eure, le 14 juin 1792. Avocat, il avait été élu en 1831 député de l'arrondissement de Verneuil-sur-Avre. Ses funérailles eurent lieu à Paris. Armand Carrel prononça sur sa tombe un éloquent discours.

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                                         Acte de baptème de François Dulong

 

Aucune poursuite ne fut engagée contre Bugeaud qui expliqua comme pour s’excuser : « Je l’ai couché deux fois en joue pour le faire tirer, mais… sans succès ! Arrivé à la limite, j’ai cru prudent de me donner le premier feu… j’ai abaissé mon pistolet dans la ligne de son nez jusqu’à sa cravate et, allez savoir pourquoi, mon coup est parti tout seul ! Ah oui alors, c’est bien contre ma volonté que je lui ai cassé la tête ! »

 

Bugeaud mourut à Paris du choléra le 10 juin 1849 à l’âge de 65 ans.

 

Biblio. : « L’Eure du temps » de Michel De Decker – Editions Bertout - 1997

 

23/03/2011

Le premier journal régional normand

Le premier journal régional normand est né le 4 juin 1762 à Rouen. L'hebdomadaire intitulé « Annonces, affiches et avis divers de la Haute et Basse Normandie », dirigé et rédigé par Etienne Vincent Machuel,  se composait d’une seule feuille laquelle, pliée en deux, donnait à chaque numéro 4 pages d’un format 18 x 24 cm. Paraissant tous les vendredis matin, jour principal du marché agricole et du marché aux toiles, ce journal d’annonces payantes avant tout, était vendu uniquement par abonnement (environ un millier d’abonnés) au prix de « 7 livres 10 sols franches de port dans toutes les villes de la province et du royaume », sauf à Rouen où il était porté à domicile depuis l’imprimerie Machuel, située « rue Saint-Lô, vis-à-vis la porte du Palais » dans une bâtisse du Moyen-âge qui sera détruite en 1900 (ce qui ramenait l’abonnement à 6 livres 10 sols !)...

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C’est en 1752 qu’Etienne Vincent Machuel, né à Rouen le 23 janvier 1719 d’une famille d’imprimeurs rouennais, ouvre son atelier. Alors qu’il est à la tête de 4 presses et de 14 compagnons, il a l’idée originale de mettre à la disposition du public de toute la province un journal d’avis commun où chacun pourra, dans l’un des 16 bureaux de correspondance installés dans les principales villes, et pour la somme de 12 sols,  annoncer biens, terres, maisons, charges, immeubles ou effets à vendre, volés ou perdus…  Il vise « les Gentilshommes retirés dans leurs Châteaux, les curés des campagnes, les personnes de cabinet, les négociants et autres, dont les affaires consomment tout le temps et les empêchent de sortir, et tous ceux qui vivent éloignés des villes. »

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A côté des annonces payantes, on trouve bien d’autres rubriques de service : météorologie, cours des grains, des changes, jardinage, mouvements de bateaux des ports de Rouen et du Havre, etc… mais aussi l’actualité rouennaise. Ainsi, on y apprend qu’en 1768, la ville va remplacer l’éclairage public à la chandelle par des réverbères à huile.

Et si, à cette époque, on ne connaît pas les mots croisés, la part du récréatif et de l’insolite n’en est pas oubliée pour autant. Aux côtés d’énigmes et des charades poétiques, il est proposé des « logogriphes », sortes de devinettes dont le but est de faire découvrir un mot qui se décomposera en plusieurs autres. Comme dans cet exemple : « Des humains j’enferme le corps, si vous m’ôtez un pied, je suis unique en France. Rétablissez mon tout, tranchez ma tête, alors vous m’y voyez en abondance ? *»

On y trouve aussi de la publicité pour des remèdes soi-disant inégalés, guérissant tous les maux, des noms de commerçants ou praticiens itinérants vantant des produits miracles…

Le 17 août 1781, le journal annonce le décès d’Etienne-Vincent Machuel « doyen des Imprimeurs-Libraires de cette ville et éditeur de cette feuille » avec cette nécrologie : « Né avec un cœur droit et bon on ne le vit jamais faire le moindre mal à personne. Son plaisir était d’obliger. Il ne devait avoir que des amis mais trop de confiance accompagne ordinairement la droiture et il se trompa quelquefois et prit pour tels de ces hommes qui ne méritent pas ce titre ».

Quant à son périodique, il laissera sa place en décembre 1784 au  «Journal de Normandie ».

* Avez-vous trouvé ? C'est la « peau » dont il s’agit, qui se décompose en « Pau » et « Eau ». 

 

05/03/2011

Vidocq, un honnête commerçant de Rouen

Fils de boulanger, Eugène François Vidocq est né à Arras (Pas-de-Calais), Paroissse de Saint-Géry, le 24 juillet 1775.

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Troisième enfant d’une fratrie qui en comportera 7, le jeune Vidocq se fait très tôt remarquer par sa forte taille (à 12 ans elle est celle d’un homme) et surtout par son caractère bagarreur, rusé et intrépide. Malgré les punitions, un engagement dès 1791 dans le régiment des Bourbons, sa participation à la bataille de Valmy puis à celle de Jemmapes il  s’engage progressivement dans une vie aventureuse de voleur et d’escroc entre Paris et le Nord de la France. vidocq.jpg

 

Le 27 décembre 1796, condamné par le tribunal de Douai à 8 ans de travaux forcés pour « faux en écritures publiques et authentiques », il est incorporé dans la chaîne de Brest, un groupe de forçats destiné au bagne de ce port. Dès lors et jusqu’en 1806, il va alterner séjours en prison, évasions rocambolesques, aventures amoureuses… Il vit d’escroqueries en tous genres, bouge beaucoup : Bruxelles, Arras, Paris, Lille, Douai, Cambrai, Brest et même Rouen ! Précisément au 140 de la rue Martainville.

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                                                  La rue Martainville à Rouen

Après s’être évadé une nouvelle fois en mars 1800 du bagne de Toulon, c’est à Arras qu’on le retrouve en 1803 où il vit avec sa mère du commerce de tissus. Voulant échapper une nouvelle fois à la police, il prend la fuite et arrive à Rouen. « Il fallait tromper une police d’autant plus vigilante et ombrageuse, que les communications des émigrés en Angleterre se faisaient par le littoral de la Normandie…. Je pris,  rue Martainville, un magasin de mercerie et de bonneterie, où nous faisions de si bonnes affaires, que ma mère, à qui j’avais fait sous main tenir de mes nouvelles, se décida à nous rejoindre. Pendant un an, je fus réellement heureux ; mon commerce prenait de la consistance, mes relations s’étendaient, le crédit se fondait … enfin, après tant d’orages, je me croyais arrivé au port, quand un incident que je n’avais pu prévoir fit commencer pour moi une nouvelle série de vicissitudes… Je repris le métier de marchand forain…* »

Plus pour très longtemps : en 1806, il propose ses services d’indicateur à la police de Paris. En 1811, il prend la tête de la Brigade de Sûreté dont il démissionnera une première fois en 1827 puis définitivement en 1832. Il fonde alors le Bureau de renseignements pour le commerce, la première agence française de détectives privés.

Vidocq s’est éteint à l’âge de 82 ans à son domicile parisien le 11 mai 1857 certainement des suites du choléra.

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Il eut un enterrement dit de 5ème classe, suivi comme c’est l’usage à l’époque par 100 pauvres payés 3 francs chacun. Son lieu de sépulture reste cependant encore inconnu aujourd’hui : on sait seulement que la cérémonie funèbre fut célébrée dans une totale indifférence car outre les 100 pauvres rétribués, on ne comptera pas plus de 10 personnes dans  l’Eglise Saint Denys du Saint Sacrement à Paris dans le 3ème arrondissement.

Biblio. : « Mémoires » d’Eugène-François Vidocq - 1828 – et merci aux sites  http://fr.wikisource.org et http://fvidocq.free.fr