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03/03/2013

La cité normande du cuivre

Villedieu-les-Poêles, cité du bocage normand de la riante vallée de la Sienne, située dans le département de la Manche, face au Mont-Saint-Michel, doit sa renommée à l’artisanat du cuivre.

C’est d’ailleurs en l’honneur de cette activité emblématique qu’on a rajouté en 1962 «Les Poêles » à son nom d’origine. 

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Il est facile de deviner pourquoi on nomme ses habitants « les Sourdins » quand on sait qu’ils entendent marteler le précieux métal depuis plus de huit cents ans !

Car c’est à partir du Moyen Age que de nombreux artisans vont venir s’installer à Villedieu, attirés par les privilèges qui y étaient accordés, notamment l’absence de taxes,  par les Chevaliers de l’Ordre de Malte, administrateurs de la ville.  

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Le cuivre, découvert il y a environ 7 000 ans, est, comme chacun sait, l’un des meilleurs conducteurs de chaleur après l’or et l’argent. Apprécié pour cel, notamment en cuisine, les premiers « poesliers » s’installeront à Villedieu dès le XIIe siècle. Du métal qu’ils fondent eux-mêmes, ils font des « cannes », récipients en cuivre, étamés à l’intérieur, qui servaient au transport du lait, des « buires », sorte de cruche à col allongé et des poêles bien sûr, mais aussi des ornements d’église. La production va ensuite se diversifier : batteries de cuisines, chaudrons, mais aussi coqs de clocher et fontaines vont s’ajouter aux fabriques traditionnelles.  Plus tard, avec l’arrivée de l’électricité, la dinanderie prendra le relais en installant véritablement l’industrie du cuivre dans la cité normande.

 

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Savez vous que 8 des 9 cloches neuves qui ont été inaugurées à l’occasion du jubilé des 850 ans de la cathédrale Notre-Dame de Paris sont nées dans la fonderie Cornille-Havard de Villedieu, digne héritière de l’art campanaire des premiers fondeurs venus de Lorraine en Normandie au XVIe siècle ? Gabriel, Anne-Geneviève, Denis, Marcel, Etienne, Benoît-Joseph, Maurice et Jean-Marie sonneront pour la première fois le dimanche des Rameaux, 23 mars 2013 !

 

Biblio. « Normandie – 500 coups de cœur – M. Le Goaziou et M ;-C ; Colignon  Ed ; Ouest-France 2011 -

http://www.cornille-havard.com/

30/01/2013

Le Rouennais, un fameux couteau

Parmi les couteaux régionaux français, le « Rouennais » fait office de référence. Une lame solide, au tranchant longiligne, comportant le plus souvent un onglet, une gouttière ou une rainure, au bout d’un manche en bois, notamment en noyer, ou en corne, en nacre voire en ivoire, avec parfois un tire-bouchon, une ou deux flammes, excroissance triangulaire utilisée par les vétérinaires pour la saignée des chevaux, et un crochet pour extraire les cailloux des sabots, ce couteau était à l’origine destiné aux paysans normands. 

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Fabriqué à partir de 1890 et jusqu’en 1960, le couteau rouennais était prisé des éleveurs et maquignons qui l’utilisaient notamment pour nettoyer les queues de vaches… d’où le surnom qui lui a été donné de « queue de vache ». Ils l’achetaient lors de la grande foire St Romain, ou foire du Pardon. 

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La coutellerie rouennaise est née au XIVe siècle. On doit au roi Charles VI (1368-1422) en 1402 une première réforme des statuts de cette corporation auparavant très peu règlementée, lesquels ont été ensuite totalement revus sous le roi Louis XV (1710-1774) en 1734. Cette confrérie, celle des couteliers-graveurs sur fer et acier,  érigée en l’église Saint-Patrice de Rouen située au nord de la ville, était placée sous le vocable de la nativité de la Sainte-Vierge.   

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Eglise Saint-Patrice de Rouen

 

La mise en forme de la lame s’effectue grâce à des meules à eaux. Des moulins à couteaux vont donc être construits sur les cours d’eau de la ville, sur le Robec notamment et aussi sur la Seine. Quant à l’ajustage des différentes pièces et à l’aiguisage, ils sont réalisés dans des ateliers installés un peu partout à commencer par le centre ville, dans la rue du Gros Horloge. L’activité périclita dès le XVIIe siècle. Elle se déplace d’abord vers les zones rurales, notamment à Bernay (Eure) ou dans la région de Tinchebray (Orne), mais, sous la concurrence des couteaux de Thiers, les derniers ateliers normands, ceux de Saint-Cornier des Landes (Orne) vont fermer au XIXe siècle.

 

 

Biblio. « Les villes normandes et leurs spécialités » de F. et J. Tanguy – Ed. Le Pucheux – 2012 et « Nos ancêtres – Vie et Métiers » n° 1 – Mai-Juin 2003. 

Images : merci au site http://www.iblogyou.fr/coutogaulois/

09/01/2013

Promenade normande de la Marquise

Le 13 avril 1689, la Marquise, en réalité Baronne de Sévigné, née Marie de Rabutin Chantal, quitte Chaulnes en Picardie où elle vient de passer quelques jours de repos dans le château aujourd’hui disparu de son ami le Duc de Chaulnes, pour se rendre en Bretagne.  

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 La Marquise de Sévigné (1626-1696)

 

Elle se réjouit à l’idée de découvrir cette Normandie qu’elle connaît peu. Elle y est pourtant déjà venue, mais il y a de cela très longtemps, dans les années 1640, et elle en a gardé que peu de souvenirs. Elle est à Rouen le 31 avril et y passe la nuit.

Tout au long de son voyage, comme à son habitude, elle narre ses faits et gestes à sa fille, Françoise-Marguerite, comtesse de Grignan (1646-1705). 

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Ainsi, le lundi 2 mai, alors qu’elle vient d’arriver à Pont-Audemer, jolie petite cité de l’Eure d’un peu moins de 5 000 âmes,  traversée par la Risle, elle écrit : « J’ai vu le plus beau pays du monde. Il y a onze lieues d’ici à Rouen. J’ai vu toutes les beautés et les tours de cette belle Seine et les plus belles praieries du monde. Ses rives, pendant quatre ou cinq lieues ou j’étois sur le bord, n’en doivent rien à ceux de la Loire : ils sont gracieux ; ils sont ornés de maisons, d’arbres et de petits saules, de petis canaux qu’on fait sortir de cette grande rivière : en vérité, cela est beau. Je ne connaissois point la Normandie, je l’avoie vue trop jeune. »

Le jeudi 5 mai,  installée à Caen, elle raconte par ces mots son voyage : «  Nous sommes venus en trois jours de Rouen ici, sans aventures, avec un temps et un printemps charmants, ne mangeant que les meilleurs choses du monde, nous couchant de bonne heure, et n’ayant aucune sorte d’incommodités. »

Elle est sous le charme de la ville de Caen, la cité de Guillaume le Conquérant, qu’elle décrit comme « la plus jolie ville, la plus avenante, la plus gaie, la mieux située, les plus belles rues, les plus beaux bâtiments, les plus belles églises : des praieries, des promenades, et enfin la source de tous nos plus beaux esprits. » 

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Son périple l’emmène ensuite à Avranches, sur le littoral de la Manche : « Je voyais de ma chambre la mer et le mont Saint-Michel, ce mont si orgueilleux… Nous avons été sur le rivage longtemps, à toujours voir ce mont, et moi à songer toujours à ma chère fille. » 

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Arrivée à Rennes, capitale du Duché de Bretagne, le mardi 10 mai 1689, elle y est accueillie par Madame de Chaulnes, épouse du Gouverneur de Bretagne. La Marquise dit avoir fait  « cent bonnes lieues… en huit jours et demie de marche », sans se plaindre aucunement des fatigues du voyage, seulement de la poussière qui fait mal aux yeux ! 

 

 

Biblio : « Le voyage de Madame de Sévigné en Normandie » de J. Frémont – revue Généalogique Normande – 3ème trimestre 2004.