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14/05/2014

Les potiers de Noron

Savez-vous ce qu'est une tine, un mahon ou un badingue ? Non ? Alors, suivez-moi :  je vous emmène au cœur d'un joli village normand du Calvados de 325 âmes, celui de Noron-la-Poterie. Situé à 7 km à l'ouest de Bayeux, ce n'est qu'en 1903 qu'il a choisi d'ajouter à son nom l'extension « la-Poterie » car, ici, cette activité remonte à 1745 !

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La « terre de Noron », c'est une bande d'argile à grès qui fournit aux potiers de la cité la matière première dont ils ont besoin. C'est elle qui donne à la cuisson cette belle céramique de couleur rouge brun Van Dick caractéristique. A la grande époque, c'est-à-dire au XIXe siècle, le nombre de fabriques de poterie y est ici impressionnant. Pensez, en 1824, rien qu'à Noron, 9 fabriques font fonctionner 14 tours. Et, comme pour alimenter un seul grand four de 50 m3 il ne faut rien de moins que 30 à 50 stères de bois et de 3000 à 4000 fagots et bourrées, c'est dans les massifs forestiers voisins, qu'il s'agisse du bois du Vernay, de celui du Tronquay ou de la forêt de Cerisy, qu'on s'approvisionne.

 

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 Ancien four de potier de Noron

Il faut souligner qu'en ce temps là, la poterie est omniprésente dans la vie quotidienne des paysans normands. Les potiers de Noron vont largement bénéficier de l'essor de la production laitière et beurrière régionale. C'est ainsi que, pour la commercialisation du beurre, il fabriquent la tine, un pot saloir bombé, avec ou sans oreilles de préhension, et le mahon, utilisé principalement pour l'exportation du beurre salé par voie maritime à partir des ports d''Isigny et de Carentan.

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 Il y a ussi ce gros pot à fleur à couvercle de bois, en fait un pot à margarine qu'on surnomme « badingue », clin-d'oeil au sobriquet de Napoléon III, « Badinguet », lequel régnait sur notre pays lors de l'invention de la margarine en 1869. Emballées dans des vanneries de châtaignier faîtes notamment dans les bois de Saint Paul du Vernay, c'est par centaines de milliers que les badingues étaient exportés vers l'Angleterre et aussi l'Amérique.

Et puis, il y avait aussi la quiniette, un pot à viande muni d'un couvercle, le cohan destiné à la soupe, la canne pour l'eau ou le café, le bobin, pour le cidre, la cruche à boulanger, le miellon ou pot à miel,...

Mais l'industrie laitière va bientôt préférer aux lourdes céramiques les instruments en métal léger. C'est ainsi qu'après 1870, l'activité potière diminue sans toutefois disparaître. Les artisans vont s'adapter et s'employer à satisfaire les demandes d'une nouvelle clientèle, comme celle des touristes. Leur production va passer « de l'usuel à l'inutile ». Cruches et bouteilles vont laisser place à des poteries ornées, pour les produits du cru, en particulier le calvados et le cidre, des pichets dits « d'amitié » à usage festif et de nombreux bibelots. Le décor consiste simplement à apposer de la terre de couleur différente en collant sur le pot des motifs sculptés ou moulés.

Il ne faudrait toutefois pas oublier que, durant la Seconde Guerre mondiale, ce sont dans des pots en terre de Noron que les soldats vont mettre leur poudre.

Aujourd'hui, c'est au cœur du village, sur la route qui mène de Bayeux à Saint-Lô, que les potiers du IIIe millénaire exposent leur bel ouvrage, perpétuant ainsi la tradition potière de la Basse-Normandie.

Biblio. « Les villes normandes et leurs spécialités » de F. et J. Tanguy – Ed. Le Pucheux 2012

Merci aux sites poterie-turgis.com et ledouget.fr

23/04/2014

La légende du château d’Alençon

Modifié et agrandi à maintes reprise, puis presque totalement détruit en 1592 par la volonté du roi Henri IV (1553-1610), il ne reste plus grand-chose du premier château fort d’Alençon élevé dans le courant du XIe siècle par Yver de Criel, premier seigneur de Bellême : trois tours, dont l’une porte le nom de Tour couronnée à cause de sa forme. Cette tour couronnée défendait un pont-levis donnant sur le parc.

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D’après la légende, elle a été la résidence d’une jeune châtelaine appelée Marie Anson. Celle-ci, d’une très grande beauté, avait un mari aussi jaloux que brutal, le chevalier Renaud, qui aimait partir à la guerre.

C’est au retour d’une de ces absences que le mari trompé aurait découvert son infortune :  Marie avait mis au monde un fils.  S’estimant trahi et bafoué, il fit attacher sa femme  à la queue d’un cheval sauvage qui traîna l’infortunée dans tous les détours du parc du château jusqu’à ce que «  N’y avait arbre ni buisson qui n’êut sang de Marie Anson ».

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Il ne donna l’ordre de suspendre le supplice qu’au moment où la victime, brisée, déchirée, sanglante, était près de rendre le dernier soupir. Car, non content d’avoir assouvi sa haine et tué l’enfant, le cruel mari voulait justifier sa vengeance en arrachant à la coupable l’aveu de sa faute. Il se présenta devant sa femme mourante, et, l’abusant par un déguisement sacrilège, il réclama sa dernière confession à titre de ministre du Seigneur. Mais cette ruse n’eut pas le résultat escompté : jusqu’à son dernier soupir, la belle ne cessa de clamer son innocence. Elle jura n'avoir jamais trahi son époux et ajouta qu’elle lui pardonnait sa propre mort mais pas celle de son fils tué avant même d’avoir été baptisé.

 

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"Dame blanche au sommet d’une tour". Gravure de L. Benett –

« Le Château des Carpathes » de J. Verne (1892)

 

Ravagé par la tristesse et les remords, le Chevalier se pendit. Quant à Marie Anson,  

« De la Dame du Parc, c'est ainsi qu'on l'appelle,
L'ombre ne reste point à la tombe fidèle ;
De la terre qui s'ouvre elle part comme un trait ;
El la nuit de Noël, on la voit chaque année,
Revenir au sommet de la Tour Couronnée ;
Elle y jette un grand cri, s'élance et disparaît. »

 

Biblio : "Récits et contes populaires de Normandie -1-" J. Cuisenier – Gallimard 1979.

09/04/2014

Dans un café... au Musée des Beaux-Arts de Rouen

Parmi les nombreux chefs d’œuvres conservés au Musée des Beaux-Arts de Rouen, il y a cette toile du peintre Gustave Caillebotte (1848-1894) intitulée « Dans un café ».

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Le tableau a été réalisé en 1880, en pleine IIIe République alors menée par le Jurassien Jules Grévy (1807-1891), notre 4ème Président. Il représente un bourgeois à l'air un peu ahuri, légèrement ivre, à la tenue presque négligée. A ses côtés, sur la table, un verre et quatre soucoupes… restes de sa consommation. Car « C’est un type saisi sur le vif qui appartient bien réellement à notre époque » a affirmé un critique. En cette fin de siècle, dans un Paris métamorphosé par le Baron Haussmann, la révolution urbaine est notamment marquée par la multiplication des cafés dans lesquels on sert volontiers de l’absinthe. Elle représente alors à elle seule 90% des apéritifs consommés… La clientèle apprécie, sans les redouter puisqu’elle les ignore, ses charmes et sa belle couleur verte… Elle ne sera définitivement interdite qu’en 1915.

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« Dans un café » … Mais de quel café s’agit-il ? Il semble que ce soit « La Nouvelle Athènes », un établissement aujourd’hui disparu, où l’artiste avait ses habitudes. Avec ses amis impressionnistes ils l’investissaient volontiers pour y parler peinture. Situé 9, place Pigalle, en face du « Rat mort », son principal rival, l’endroit a également servi de cadre à la fameuse « Absinthe » de Degas (1875).

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Gustave Caillebotte

Peintre de la lumière, Caillebotte maîtrisait le contraste comme peu d’artistes ont su le dompter. Organisateur d’expositions, collectionneur et mécène, il sera l’un des impressionnistes les plus admirés. Reconnu très rapidement aux États-Unis, il  participera plus tard à la naissance du courant réaliste.

 

Biblio. 365 histoires pour épater la galerie de M. Marozeau et M. de Sainte-Croix – Ed. de La Martinière  2012.

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.