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11/11/2015

13 novembre 1872, 7h35*...

... Hôtel de l'Amirauté, sur le grand quai du Havre. Le jour se lève à peine. Alors que dans la chambre d'à côté, sa femme et son fils dorment encore, de sa main sûre, l'artiste achève une petite huile sur toile, de 48 cm sur 63, en la signant à gauche d'un simple "Claude Monet 72". À cet instant, lui qui a grandit ici, ignore que sa vue de l'avant port normand  enveloppé d'une brume matinale d'automne, croquée en une seule séance, va devenir l'un des tableaux les plus célèbres de l'histoire de l'art.

 

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 Hôtel de l'Amirauté du Havre

A l'époque, Monet (1840-1926) fait partie d'un groupe de jeunes artistes qui se distinguent en peignant en plein air « ce qu'ils voient ». Comme les portes du salon de peinture et de sculpture des membres de l'Académie restent hermétiquement fermées à la modernité de leurs toiles, avec notamment Pissaro, Renoir, Cézanne, Degas, Guillaumin et Morisot, formant la Société Anonyme des Artistes peintres, sculpteurs et graveurs, ils prennent la décision d'organiser leur propre exposition. Elle va se tenir à Paris, boulevard des Capucines, du 15 avril au 15 mai 1874 dans l' ancien studio du photographe Nadar (1820-1910). Et c'est à cette occasion que Claude Monet va présenter sa marine qu'il a baptisée d'un simple "Vue du Havre".

 

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Sur l'insistance du journaliste en charge de la rédaction du catalogue, Edmond Renoir (1849-1944), il accepte cependant de la renommer  "Impression". Mais comme ce nom ne satisfait toujours pas le frère du peintre Pierre Auguste Renoir (1841-1919), il va le compléter d'un « soleil levant ».

Le 25 avril 1874, Louis Leroy (1812-1885), critique d'art au « Charivari », journal satirique français,  se sert de ce titre « Impression, soleil levant » pour fustiger ce qu'il appelle avec dégoût « l'exposition des impressionnistes ». Il faut dire qu'elle est un vrai désastre, assassinée tant par les critiques que boudée du public : le tableau de Monet ? On n'y voit rien ! Peindre la brume ? Une aberration !

 

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 Claude Monet ((1840-1926)

À l issue de l exposition la toile est achetée 800 francs par le collectionneur et ami de Monet, Ernest Hoschedé (1837-1891). Revendue en 1878 sous le titre "Impression, Soleil couchant", elle est depuis 1938 le fleuron du musée Marmottant. Elle ne reprendra son titre d "Impression, soleil levant" qu en 1965.

Monet et ses amis attendront trois ans avant de reprendre à leur compte en 1877 le qualificatif d' « impressionniste » qui leur avait fait tant de mal.

 

* La datation exacte de l’œuvre est le résultat d'une enquête publiée en 2014 par le Musée Marmottan-Monet.

Biblio. « d'Art d'Art ! » de F. et M-I. Taddeï – Ed. Du Chêne, 2008 et « L'histoire vraie du chef-d’œuvre de Claude Monet » - Revue Historia – Décembre 2014.

18/10/2015

Par Thor et par Odin !...

Par Thor et par Odin ! Cette expression, les amateurs d'Astérix l'ont peut être découverte ou redécouverte dans le neuvième album de la série, paru en 1966, « Astérix et les Normands », la bande dessinée de Goscinny et Uderzo.

 

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En réalité, Thor et Odin ne sont pas que des héros de littérature, de bande-dessinée ou de cinéma ! Ils sont avant tout deux dieux Vikings, ces hommes du nord « d'une race fière et redoutable, merveilleux marins et hardis guerriers, ignorant la peur!.. » qui ont conquis la Normandie.

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Le colérique et roux Thor, qui donna aux Anglo-Saxons, à l'adoption du calendrier romain, leur cinquième jour de la semaine « Thursday », est l'équivalent du dieu romain Jupiter, du dieu grec Zeus, du dieu gaulois Taranis et du dieu indien Indra. C'est le plus populaire des dieux nordiques. Son nom signifie tonnerre. Il est exceptionnellement fort, très grand, plein d'énergie, et a, à l'image d'Obélix, un appétit vorace qui lui permet d'engloutir un bœuf entier en un seul repas ! Guerrier infatigable et tueur de géants, ses armes magiques sont un marteau chauffé au rouge et une ceinture qui double sa force. A mesure que le christianisme va progresser, le signe de la croix fusionnera souvent avec celui du marteau. En Normandie, certains noms de lieux sont basés sur des anthroponymes qui contiennent le nom de ce dieu comme les nombreux « Tourville », à l'exemple de Tourville-la-Rivière ou de Tourville sur Arques. De même que de son nom sont issus certains patronymes normands comme notamment celui de « Toutain ».

 

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Odin était son père. Aîné de tous les dieux, son nom signifie « fureur ». Représenté comme un vieillard borgne à barbe grise, le visage caché par une capuche, il est le dieu le plus important de la mythologie viking, celui des chefs, des puissants, des batailles et des guerriers farouches. C'est lui qui incite les hommes à se lancer dans le combat avec une rage folle, sans ressentir ni peur, ni douleur. Car, pour un viking, mourir au combat signifie être emmené par des Walkyries, de belles jeunes filles de l'entourage d'Odin, au Walhalla, le Palais des morts d'Odin où l'attendent festins et plaisirs en tous genres, alors que mourir de vieillesse mène au royaume de Hel, domaine ténébreux et peu accueillant. Le culte d'Odin déclinera au début du XIe siècle avec la fin de l'époque des violences. Devenus des agriculteurs et des négociants paisibles, les colons vikings se tourneront plus volontiers vers Thor, dieu des humbles, qu'ils sollicitent pour protéger leurs récoltes et leurs animaux.

 

Biblio. « Toute la mythologie nordique » - Château et Histoire de France n°5 – 2015.

16/09/2015

Le Drakkar, une invention française

A lui seul, ce mot évoque le monde des Vikings, ces envahisseurs du Nord qui, du IXe au XIIe siècles, ont dominé l'Europe, en grande partie grâce à des bateaux longs et étroits, remplis de guerriers, les fameux « langskips », plus connus sous le nom de « drakkars ».

Mais, savez-vous que ce terme de "drakkar" est non seulement erroné sur le plan grammatical comme sur le plan phonétique, mais surtout qu'il n'est connu dans aucune langue scandinave ! Si les musées des pays nordiques consacrés à la civilisation viking ne l'emploient pas, c'est qu'il est une invention purement française, totalement anachronique.

 

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 Bateau viking représenté sur la tapisserie de Bayeux

 Car, jusqu'au XIXe siècle, on ne sait pas grand-chose de ces navires si ce n'est que leur figure de proue représente un animal, bien souvent un dragon ! Dans la pratique, la figure de proue sert souvent, par métonymie, à dénommer le navire tout entier. Il y a des bisons, des béliers, des serpents et, en majorité bien sûr, des dragons. A l'époque, le terme le plus usité dans les divers textes pour désigner ces embarcations, terme adopté très tôt par la langue normande, est le mot « esnèque » ou « senèque ». Il provient du vieil islandais « snekjur », pluriel de « snekkja » et s'applique à l'un des types de bateau de guerre le plus typique des vikings, le « snekkar ».

 

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Alors, quand l'historien français Auguste Jal (1795-1873) se met à la recherche d'un nom commun pour désigner ces navires dans son « Archéologie navale », l'ouvrage qu'il publie en 1840, il a l'idée d'emprunter au suédois moderne le vocable de « drakar ». Est-il issu de l'ancien scandinave « dreki », signifiant « dragon » au singulier et « drekar » pour « dragons » au pluriel, ou plus certainement du suédois « drakar », pluriel de  « drake », dont le sens premier est "serpent monstrueux, dragon" ?... Toujours est-il que le public adopte les drakkars, auxquels, au passage, on ajoute un « k » supplémentaire, pour faire plus vrai et surtout plus terrible !

 

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Augustin Jal, dont l’œuvre sera en grande partie tournée vers la marine, mourut à Vernon (Eure) le 1er avril 1873.

 

Merci aux sites www.patrimoine-histoire.fr et www.mandragore2.net,

Biblio. « Hexagone » de L. Deutsch – Ed. Lafon , 2013.