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03/01/2016

Des Vaux-de-Vire au Vaudeville...

 « Les Vaux de Vire - Qui, sentant le bon temps, nous font encore rire. »

Jean Vauquelin de La Fresnaye (1536-1607), poète normand

Si je vous dis vaudeville, vous pensez tout de suite à une pièce de théâtre où trois personnages, le mari, la femme et l'amant, se croisent sans se voir, où les rebondissements se multiplient et où les portes claquent sur la fameuse réplique «Ciel, mon mari » ! Mais saviez-vous que le vaudeville tire son origine des chansons normandes qui avaient cours au XVIe siècle dans le Val-de-Vire ? Cette région de Normandie, autrefois orthographiée Vaudevire ou Vaux-de-Vire, se situe sur le bassin versant de la Vire, le fleuve côtier auquel il doit son nom.

 

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 Paysage du Val-de-Vire ou Vaux-de-Vire

Le Livre des chants nouveaux de Vaudevire ou plus simplement Vaudevire est un recueil de poésies et de chants paillards, légers voire un peu fripons, du Val-de-Vire. Publié en 1610 par le normand, Jean Le Houx (1551-1616), ils avaient été écrits en moyen français par un autre Normand, Olivier Basselin (1403-1470). Tous deux étaient originaires de la ville de Vire et tous les deux étaient poètes.

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On ne sait que peu de chose de la vie d’Olivier Basselin, appelé familièrement le Bonhomme, si ce n'est qu'il possédait un moulin à foulon, savait le latin, avait voyagé et avait été soldat . Adonné aux plaisirs de la table, au vin et au cidre bien sûr, il employait ses loisirs à rimer des chansons naïves qui, à cause du pays, reçurent le nom de vau-de-Vire . Il y avait chez lui « de l’humour, de la verve, de la gaieté, et, par-dessus tout, le sentiment poétique ». C'est d'ailleurs à lui que l'on doit l’usage de chanter des chansons après le repas. Les siennes étaient improvisées. Il avait pour cela une remarquable facilité naturelle. Si ses vers furent imprimés une première fois en 1576, cette édition disparut par les soins du clergé. Toutefois, ses chansons se transmirent de bouche en bouche jusqu’au jour où Jean Le Houx les recueillit et les livra à l’impression.

 

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Le Vaudevire est alors une façon de « chansonner les gens et les choses » A partir du XVIIIe siècle, il va s'unir au théâtre. Ce ne fut d’abord qu’une petite composition scénique, toute en couplets, où le dialogue même était chanté. Entremêlant la musique et les ballets, il donnera naissance à l’opéra-comique. À partir du XIXe siècle, le mot change encore de sens pour désigner une comédie populaire légère, où quiproquos burlesques et situations grivoises provoquées par de multiples et complexes relations amoureuses ou pécuniaires s'emmêlent et s’entrecroisent...

02/12/2015

La folie de Monsieur Levavasseur

Cette folie, vous la trouvez au fond de la vallée de l'Andelle, entre Pont-Saint-Pierre et Radepont, à seulement quelques centaines de mètres de la splendide abbaye cistercienne du XIIe siècle de Fontaine-Guérard. En effet, sur la commune de Douville-sur-Andelle, se dresse l'un des vestiges industriels les plus étonnants de notre région. 

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Leur deux histoires sont liées. L'abbaye de Fontaine-Guérard, vendue comme bien national à la Révolution, fut rachetée en 1792 par François Guéroult, un architecte rouennais plus intéressé malheureusement par le gain que par l'art et qui s'en servit comme carrière de pierre pour y construire sa filature de coton. Car, au XIXe siècle, la vallée de l'Andelle est un des centres cotonniers les plus denses de la région rouennaise. 

En 1821, la totalité du domaine passe aux mains d'un autre rouennais, le riche Baron Jacques Levavasseur, manufacturier et armateur au Havre. A sa mort en 1842, il lègue ses biens à son fils Charles. Après qu'un incendie ait ravagé les lieux, ce dernier décide en 1851 de reconstruire une nouvelle filature en ayant soin de protéger les bâtiments médiévaux de l'abbaye.

 

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 Filature Levavasseur avant l'incendie de 1874

Charles Levavasseur fait donc élever cette incroyable « cathédrale industrielle » dans le style gothique néogothique, appelé en France le « style troubadour », qui connaît alors une grande vogue outre-Manche. Destinée à être vue de très loin, cette filature, bâtie entre 1857 et 1859, n'aura pas d'égale : 96 m de long, 26 m de large et 38 m de haut, sur 5 niveaux, avec, dans son prolongement, un autre bâtiment, presque aussi grand mais moins prestigieux, destiné au stockage de la laine et des machines. Les deux bâtisses sont dotées de très grandes fenêtres voûtées d'ogive et de rosaces quadrilobées sur des imposants pignons à trois travées. Les épaisses portes de bois doublées et les 4 hautes tours d'angle octogonales crénelées du bâtiment principal semblent en vérité plus destinées à accueillir le paroissien que l'ouvrier...

 

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Mais dans ce métier, « l'étincelle est une marâtre qui guette sa proie et allume en torche la poussière de coton ». La folie de Monsieur Levavasseur est la proie des flammes en 1874 puis en 1913 et une dernière fois en 1946 qui entraînera la fermeture définitive de l'établissement. Elle est aujourd'hui la propriété du Département de l'Eure.

 

Biblio. "L'usine cathédrale de M. Levavasseur" de M.-H. Devillepoix - Pays de Normandie n°12 (1998) et "L'usine "cathédrale" de Douville-sur-Andelle" - Itinéraires de Normandie - n° 20 (2011). 

 

11/11/2015

13 novembre 1872, 7h35*...

... Hôtel de l'Amirauté, sur le grand quai du Havre. Le jour se lève à peine. Alors que dans la chambre d'à côté, sa femme et son fils dorment encore, de sa main sûre, l'artiste achève une petite huile sur toile, de 48 cm sur 63, en la signant à gauche d'un simple "Claude Monet 72". À cet instant, lui qui a grandit ici, ignore que sa vue de l'avant port normand  enveloppé d'une brume matinale d'automne, croquée en une seule séance, va devenir l'un des tableaux les plus célèbres de l'histoire de l'art.

 

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 Hôtel de l'Amirauté du Havre

A l'époque, Monet (1840-1926) fait partie d'un groupe de jeunes artistes qui se distinguent en peignant en plein air « ce qu'ils voient ». Comme les portes du salon de peinture et de sculpture des membres de l'Académie restent hermétiquement fermées à la modernité de leurs toiles, avec notamment Pissaro, Renoir, Cézanne, Degas, Guillaumin et Morisot, formant la Société Anonyme des Artistes peintres, sculpteurs et graveurs, ils prennent la décision d'organiser leur propre exposition. Elle va se tenir à Paris, boulevard des Capucines, du 15 avril au 15 mai 1874 dans l' ancien studio du photographe Nadar (1820-1910). Et c'est à cette occasion que Claude Monet va présenter sa marine qu'il a baptisée d'un simple "Vue du Havre".

 

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Sur l'insistance du journaliste en charge de la rédaction du catalogue, Edmond Renoir (1849-1944), il accepte cependant de la renommer  "Impression". Mais comme ce nom ne satisfait toujours pas le frère du peintre Pierre Auguste Renoir (1841-1919), il va le compléter d'un « soleil levant ».

Le 25 avril 1874, Louis Leroy (1812-1885), critique d'art au « Charivari », journal satirique français,  se sert de ce titre « Impression, soleil levant » pour fustiger ce qu'il appelle avec dégoût « l'exposition des impressionnistes ». Il faut dire qu'elle est un vrai désastre, assassinée tant par les critiques que boudée du public : le tableau de Monet ? On n'y voit rien ! Peindre la brume ? Une aberration !

 

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 Claude Monet ((1840-1926)

À l issue de l exposition la toile est achetée 800 francs par le collectionneur et ami de Monet, Ernest Hoschedé (1837-1891). Revendue en 1878 sous le titre "Impression, Soleil couchant", elle est depuis 1938 le fleuron du musée Marmottant. Elle ne reprendra son titre d "Impression, soleil levant" qu en 1965.

Monet et ses amis attendront trois ans avant de reprendre à leur compte en 1877 le qualificatif d' « impressionniste » qui leur avait fait tant de mal.

 

* La datation exacte de l’œuvre est le résultat d'une enquête publiée en 2014 par le Musée Marmottan-Monet.

Biblio. « d'Art d'Art ! » de F. et M-I. Taddeï – Ed. Du Chêne, 2008 et « L'histoire vraie du chef-d’œuvre de Claude Monet » - Revue Historia – Décembre 2014.