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23/09/2009

La Dame aux Camélias ou de la difficulté d’aimer et d’être femme

Le jeudi 16 janvier 1824, naît en Normandie, à Nonan-le-Pin (Orne), charmant village d'environ 500 âmes, une petite fille que ses parents choisissent de prénommer Alphonsine.

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Après le décès de sa  mère, elle est élevée par son père, Marin Plessis, originaire de Longé-sur-Maine, colporteur ivrogne et brutal de 35 ans.

L’enfance et la première jeunesse de la jeune Alphonsine sont marquées par une extrême pauvreté. Très tôt, elle est placée comme servante dans un hôtel à Exmes, puis ensuite à Gacé chez un marchand de parapluies.

A 14 ans, Alphonsine monte à Paris. Elle y travaille d’abord comme blanchisseuse et chapelière mais alors qu’elle crie famine, devant sa beauté juvénile,  les « protecteurs » accourent. C’est un dandy, Agénor de Guiche, qui, le premier, fait d’elle sa maîtresse et l’installe dans ses meubles.

A 16 ans, elle est une jeune femme extrêmement attirante. Sa beauté, son élégance et son style font sa célébrité. Elle se cultive, apprend à lire et à écrire, joue du piano. Très vite, elle a le « tout-Paris » à ses pieds et devient la courtisane la plus convoitée mais aussi la plus onéreuse. Femme fragile et ensorceleuse, elle souffre déjà de phtisie, ce qui lui donne un air à la mode. A l’époque, la féminité se porte chétive, la maladie est magnifiée car elle singularise et les femmes boivent du vinaigre pour se brouiller le teint.

En septembre 1844, l’année de ses 20 ans, elle rencontre Alexandre Dumas fils avec lequel elle va vivre durant onze mois une très belle et grande histoire d’amour. D’elle, il fera ce portrait : « Elle était grande, très mince, noire de cheveux, rose et blanche de visage, elle avait la tête petite, de longs yeux d’émail comme une Japonaise, mais vifs et fins, les lèvres du rouge des cerises, les plus belles dents du monde ; on eut dit une figurine de Saxe ».

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Ensuite, elle deviendra la maîtresse du musicien Franz Liszt qui lui offrira de vivre avec lui.

Discrète, intelligente, amoureuse pleine d’esprit, elle tient un salon fréquenté par les écrivains et les politiciens en vue. Elle parade dans les endroits à la mode, comme au bois de Boulogne et à l’Opéra. Elle devient « Marie Du Plessis », ajoutant un « du » qui sonne plus noble à son patronyme et sacrifiant son prénom d’Alphonsine au bénéfice de celui de « Marie ». Nul de ceux l’approchant pour la première fois ne peut penser être face à une courtisane.

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En janvier 1846, à 22 ans, traînant une vilaine toux qui ne la quitte guère, elle épouse à Londres Edouard de Perrégaux, jeune comte de 29 ans, à  la passion sincère mais au père intraitable qui exige aussitôt la rupture. Après l’échec de ce mariage, Marie revient en France où elle s’abîme dans une vie de plus en plus agitée et dissipée en dépit de la phtisie qui la consume.

Après une ultime apparition en janvier 1847 au théâtre du Palais-Royal, Marie s’éteint de la tuberculose le 3 février 1847 dans son logement parisien du 11, boulevard de la Madeleine, ruinée, criblée de dettes et abandonnée de tous, avec seulement à ses côtés le Comte de Perrégaux. Elle n’a que 23 ans.

L’année suivante, Alexandre Dumas fils publie « La Dame aux camélias », roman inspiré par son amour pour Marie. « N’ayant pas encore l’âge où l’on invente, dira-t’il, je me contente de raconter ». C’est ainsi que Marie devient Marguerite Gautier, celle qui trépasse dans les bras de son amant en lui murmurant « J’ai vécu pour l’amour, je meurs pour lui ». L’immense succès du roman conduit son auteur à en tirer une pièce de théâtre qui sera jouée en 1851.

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Emu, Verdi, après avoir vu la pièce à Paris, s’en inspire et compose pour sa part, en 1852, « La Traviata ». Marie y devient Violetta, une « traviata », c’est-à-dire une femme perdue. L’opéra est créé à la Fenice de Venise en 1853.

Au cinéma, Marguerite Gautier prendra notamment les visages de Sarah Bernhardt, Isabelle Adjani, Greta Garbo ou Isabelle Huppert.

Enfin, Margot Fonteyn sera aux côtés de Rudolf Noureev l'interprète d'un des ballets adaptés du célèbre roman.

C'est ainsi que celle qui ne fut jamais une dame et n’aimait pas particulièrement les camélias, la petite normande aux origines modestes, est entrée pour toujours dans la légende.

 

20/08/2009

J'irai revoir ma Normandie !

« J’irai revoir ma Normandie !

C’est le pays qui m’a donné le jour ! 

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 Ce refrain, c’est le chant populaire normand par excellence, notre « cocorico », celui que l’on « entonne » dans toutes les circonstances pour rappeler notre province. Et si l’on ne pas connaît pas entièrement les paroles des trois couplets de la chanson, l’air en est très populaire !

 "Quand tout renaît à l’espérance,

Et que l’hiver fuit loin de nous ;

Sous le beau ciel de notre France,

Quand le soleil revient plus doux ;

Quand la nature est reverdie,

Quand l’hirondelle est de retour,

J’aime à revoir ma Normandie"

 

On la doit à un normand, Frédéric Berat, poète et musicien, né au domicile de ses parents, à Rouen, 23/24, rue Saint-Etienne des Tonneliers,  le 11 mars 1801 ou plutôt le 20 ventôse an IX de la République.

 

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Acte de naissance de Frédéric Berat, à Rouen, le 20 ventôse an IX (11 mars 1801)

Sixième d’une fratrie de sept enfants, son père Charles, négociant, le place, comme nombre d’enfants de cette époque, en nourrice à La Rue Saint-Pierre, une petite commune située à 18 kilomètres de là.

En âge de travailler, il entre à la Compagnie du Gaz à Paris avant de se livrer  totalement à ses talents de poète* et de compositeur. Il embrasse tout d’abord la carrière de chansonnier et se lie d’amitié avec le plus célèbre de l’époque, Pierre-jean de Béranger (1780-1857) qui le prend sous sa protection.

"J’ai vu les champs de l’Helvétie,

Et ses chalets, et ses glaciers ;

J’ai vu le ciel de l’Italie,

Et Venise, et ses gondoliers !

En saluant chaque patrie

Je me disais : aucun séjour

N’est plus beau que ma Normandie !

C’est le pays qui m’a donné le jour !"

 

D’un caractère heureux, Frédéric Berat écrit et chante sa joie de vivre. Ses vers sont sans prétention, d’une facture souvent facile et sa mélodie musicale s’y accorde. C’est ainsi qu’il compose nombre de ritournelles à succès dont Mimi Pinson, La Montagnarde, Le retour du petit savoyard et bien d’autres encore, mettant des larmes dans les yeux de nos grands-mères, d’autres romances simples ou empreintes d’une certaine philosophie, autant de tableautins que nos aïeux appréciaient.

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Frédéric Berat

Mais c’est surtout pour « Ma Normandie », la chanson aujourd’hui utilisée comme hymne national du bailliage de Jersey,  qu’il composa en 1836, sur le bateau qui le menait de sa ville natale à Sainte-Adresse, pour la chanteuse Loïsa Pujet (1810-1889), qu’il est passé à la postérité et qu’il fit fortune.

Pierre Larousse, dans son Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, dit, en parlant de cette chanson « Elle n’offre rien de bien relevé comme mélodie ; les paroles n’ont point grande envergure poétique ; mais le tout est net, franc et senti. Que fallait-il de plus pour en assurer le succès ? »

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"Par ses douces chansons que partout ont fredonne, si Berat a toujours le succès le plus grand, c'est qu'en qualité de normand, c'était à lui de droit que revenait la pomme !"

 

Décédé le 2 décembre 1855 à Paris, Frédéric Berat est enterré au cimetière du Père-Lachaise.

 

"Il est un âge dans la vie

Où chaque rêve doit finir,

Un âge où l’âme recueillie

A besoin de se souvenir ;

Lorsque ma muse refroidie

Aura fini ses champs d’amour,

J’irai revoir ma Normandie !

C’est le pays qui m’a donné le jour !"

 

* Il a publié  "Contes et nouvelles du pays normand" .

18/07/2009

Aristide Boucicaut, l'inventeur du grand-magasin !

Paris, 1852 : on ne parle que de lui, de ce nouveau magasin, grand comme on n’en a jamais vu encore dans la capitale. Situé à l’angle des rues du Bac et de Sèvres, son enseigne « Au bon marché » s’étale en grosses lettres sur la façade d’un immeuble tout neuf. D’imposantes et belles vitrines proposent à la foule qui déborde des trottoirs un monde d’opulence et de luxe. Des mannequins en cire exhibent des robes élégantes, faites d’étoffes somptueuses et de riches parures. Pourtant, ces vitrines ne sont qu’un pâle reflet de la richesse déployée à l’intérieur. Un portier en uniforme chamarré ouvre la double porte vitrée donnant accès à un gigantesque hall. Le caractère majestueux de l’édifice s’impose avec ses vastes proportions, son grand escalier et sa coupole de verre, immense réservoir de lumière. Partout, des centaines de lampes à incandescence ajoutent à cette clarté des reflets dorés. Pas un seul coin du magasin n’est laissé dans l’ombre. Tout ici éveille désir et convoitise.

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Premier de nos grands magasins, il possède déjà, quelques mois après son ouverture, la plus importante clientèle de Paris. Visiteurs et employés y vont et viennent en tout sens. Un brouhaha fait de mille conversations emplit l’atmosphère. S’y côtoient et s’y bousculent, toutes classes confondues, ménagères et bourgeoises, élégantes personnes à crinolines ou tournures, commis et ouvrières.

Au centre du grand Hall, le propriétaire, contemple, satisfait, son magasin. Il a mis en place une exposition encore jamais vue, la première exposition du blanc. Plus de 10 000 pièces, savamment agencées ! Linge de lit et de maison, serviettes éponges, mouchoirs brodés… avec, sur chaque pièce, un petit carton où est indiqué en chiffres bien lisibles le prix de l’article exposé. Une foule considérable touche, palpe, choisit et surtout achète !

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Car, le propriétaire des lieux, Monsieur Boucicaut, a compris le premier que seule la vente en très grosses quantités autorise une baisse sensible des prix en même temps qu’elle assure un plus grand bénéfice.

Aristide Boucicaut : c’est l’histoire d’un normand avant-gardiste, à l’ascension fulgurante. Il est né le 14 juillet 1810 à Bellême (Orne), où son père est simple chapelier.

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 Acte de naissance d'Aristide Jacques Boucicaut

Il travaille tout d’abord aux côtés de celui-ci avant d’être confié à un marchand ambulant vendeur d’étoffes. A 19 ans, monté à Paris, il est commis de boutique, puis en 1834, vendeur dans un magasin à rayons multiples, le premier du genre quoique de taille très modeste « Le petit Saint-Thomas », rue du Bac. Chef de rayon, devenu ami et conseiller du patron, marié à Marguerite Guérin qui lui apporte un petit pécule, il finit par entrer comme associé dans ce qui sera plus tard son grand magasin mais qui n’est encore à l’époque qu’une petite boutique à l’enseigne modeste : « Au bon marché ». En 10 ans, devenu seul maître à bord, il va faire de ce « bon marché » l’archétype du grand magasin, inventant les marges réduites et la rotation rapide des stocks, les soldes, les promotions, la saison du blanc et bien d’autres révolutions si banales aujourd’hui. En 1869, Aristide Boucicaut pèse 21 millions de chiffre d’affaires, créant de nouvelles ailes, instituant le restaurant d’entreprise, la caisse de prévoyance (ancêtre de la Sécurité Sociale).

Il meurt en 1877. Sa veuve fonda l’Hôpital Boucicaut et légua par testament sa fortune à l’Assistance Publique.

Il inspira à Emile Zola, dans « Au bonheur des Dames », le personnage d’Octave Mouret.

 

Biblio. "2000 ans de vie quotidienne en France" - Sélection du Reader's digest - 1981-