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04/11/2009

Cha c'est vrai cha !!

La « Mère Denis », personnage emblématique de la publicité française de la fin du XXe siècle, ses bonnes joues roses, sa bonne humeur, son accent du terroir dont le fameux  « Cha c’est vrai cha !! » est connue non seulement de tous les français, mais aussi  bien au-delà de nos frontières et notamment au Japon.

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Jeanne Marie Le Calvé est née le 9 novembre 1893 à Ker-Allain, petit hameau de Neulliac, à environ 7 km de Pontivy, dans le Morbihan.

Sixième enfant d’une famille de paysans modestes, son enfance est rude, marquée par la peur de la faim et le souci constant du lendemain. Comme beaucoup d’enfant de son âge à cette époque, dès l’âge de 11 ans, elle est placée comme bonne à tout faire dans une ferme. Au programme de son adolescence, du travail et peu d’agréments.

A 17 ans, elle épouse Yves Marie Denis. Elle quitte alors sa Bretagne natale pour s’installer en Normandie. De leur union vont naître 5 enfants, trois garçons et deux filles, Marcel, Hélène, ses deux aînés qui décèderont en bas-âge, et Germaine, Yves et Robert.

En 1944, alors âgée de 51 ans, déjà séparée de son mari, elle démissionne de la Compagnie des Chemins de Fer qui l’employait depuis 27 ans en qualité de garde-barrière sur la ligne Carentan-Carteret.

Pour subsister, elle se met à laver le linge des autres et devient peu à peu « la Mère Denis ». Durant 20 ans, été comme hiver, elle « batouille » au lavoir de son village de Tôt, sur la Gerfleur, cette rivière qu’elle aime tant, à l’eau pourtant si glaciale l’hiver.

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Le village de Tôt au début du siècle dernier

C’est en 1972 qu’un ami et voisin, Pierre Baton, publicitaire parisien, lui ouvre les portes du succès et de la célébrité. La grande marque d’électroménager, « Vedette », voulant symboliser la qualité du travail exécuté par ses appareils, recherche une lavandière authentique, à l’image forte et sympathique. Ce sera la Mère Denis ! En vantant les mérites de ces machines à laver, elle acquiert très vite une fantastique notoriété qui passe allègrement nos frontières et qui sera couronnée en 1976 par « Paris-Match » qui la choisira comme « personnalité la plus marquante de l’année ! ».

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Après une vie humble et très difficile matériellement, enfin à l’abri du besoin, c’est confortablement installée dans une maison de retraite de Pont-l’Evêque qu’elle va terminer ses jours. Elle décède le 17 janvier 1989 à l’âge de 96 ans et repose au cimetière de Saint-Hymer dans le Calvados.

23/09/2009

La Dame aux Camélias ou de la difficulté d’aimer et d’être femme

Le jeudi 16 janvier 1824, naît en Normandie, à Nonan-le-Pin (Orne), charmant village d'environ 500 âmes, une petite fille que ses parents choisissent de prénommer Alphonsine.

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Après le décès de sa  mère, elle est élevée par son père, Marin Plessis, originaire de Longé-sur-Maine, colporteur ivrogne et brutal de 35 ans.

L’enfance et la première jeunesse de la jeune Alphonsine sont marquées par une extrême pauvreté. Très tôt, elle est placée comme servante dans un hôtel à Exmes, puis ensuite à Gacé chez un marchand de parapluies.

A 14 ans, Alphonsine monte à Paris. Elle y travaille d’abord comme blanchisseuse et chapelière mais alors qu’elle crie famine, devant sa beauté juvénile,  les « protecteurs » accourent. C’est un dandy, Agénor de Guiche, qui, le premier, fait d’elle sa maîtresse et l’installe dans ses meubles.

A 16 ans, elle est une jeune femme extrêmement attirante. Sa beauté, son élégance et son style font sa célébrité. Elle se cultive, apprend à lire et à écrire, joue du piano. Très vite, elle a le « tout-Paris » à ses pieds et devient la courtisane la plus convoitée mais aussi la plus onéreuse. Femme fragile et ensorceleuse, elle souffre déjà de phtisie, ce qui lui donne un air à la mode. A l’époque, la féminité se porte chétive, la maladie est magnifiée car elle singularise et les femmes boivent du vinaigre pour se brouiller le teint.

En septembre 1844, l’année de ses 20 ans, elle rencontre Alexandre Dumas fils avec lequel elle va vivre durant onze mois une très belle et grande histoire d’amour. D’elle, il fera ce portrait : « Elle était grande, très mince, noire de cheveux, rose et blanche de visage, elle avait la tête petite, de longs yeux d’émail comme une Japonaise, mais vifs et fins, les lèvres du rouge des cerises, les plus belles dents du monde ; on eut dit une figurine de Saxe ».

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Ensuite, elle deviendra la maîtresse du musicien Franz Liszt qui lui offrira de vivre avec lui.

Discrète, intelligente, amoureuse pleine d’esprit, elle tient un salon fréquenté par les écrivains et les politiciens en vue. Elle parade dans les endroits à la mode, comme au bois de Boulogne et à l’Opéra. Elle devient « Marie Du Plessis », ajoutant un « du » qui sonne plus noble à son patronyme et sacrifiant son prénom d’Alphonsine au bénéfice de celui de « Marie ». Nul de ceux l’approchant pour la première fois ne peut penser être face à une courtisane.

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En janvier 1846, à 22 ans, traînant une vilaine toux qui ne la quitte guère, elle épouse à Londres Edouard de Perrégaux, jeune comte de 29 ans, à  la passion sincère mais au père intraitable qui exige aussitôt la rupture. Après l’échec de ce mariage, Marie revient en France où elle s’abîme dans une vie de plus en plus agitée et dissipée en dépit de la phtisie qui la consume.

Après une ultime apparition en janvier 1847 au théâtre du Palais-Royal, Marie s’éteint de la tuberculose le 3 février 1847 dans son logement parisien du 11, boulevard de la Madeleine, ruinée, criblée de dettes et abandonnée de tous, avec seulement à ses côtés le Comte de Perrégaux. Elle n’a que 23 ans.

L’année suivante, Alexandre Dumas fils publie « La Dame aux camélias », roman inspiré par son amour pour Marie. « N’ayant pas encore l’âge où l’on invente, dira-t’il, je me contente de raconter ». C’est ainsi que Marie devient Marguerite Gautier, celle qui trépasse dans les bras de son amant en lui murmurant « J’ai vécu pour l’amour, je meurs pour lui ». L’immense succès du roman conduit son auteur à en tirer une pièce de théâtre qui sera jouée en 1851.

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Emu, Verdi, après avoir vu la pièce à Paris, s’en inspire et compose pour sa part, en 1852, « La Traviata ». Marie y devient Violetta, une « traviata », c’est-à-dire une femme perdue. L’opéra est créé à la Fenice de Venise en 1853.

Au cinéma, Marguerite Gautier prendra notamment les visages de Sarah Bernhardt, Isabelle Adjani, Greta Garbo ou Isabelle Huppert.

Enfin, Margot Fonteyn sera aux côtés de Rudolf Noureev l'interprète d'un des ballets adaptés du célèbre roman.

C'est ainsi que celle qui ne fut jamais une dame et n’aimait pas particulièrement les camélias, la petite normande aux origines modestes, est entrée pour toujours dans la légende.

 

20/08/2009

J'irai revoir ma Normandie !

« J’irai revoir ma Normandie !

C’est le pays qui m’a donné le jour ! 

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 Ce refrain, c’est le chant populaire normand par excellence, notre « cocorico », celui que l’on « entonne » dans toutes les circonstances pour rappeler notre province. Et si l’on ne pas connaît pas entièrement les paroles des trois couplets de la chanson, l’air en est très populaire !

 "Quand tout renaît à l’espérance,

Et que l’hiver fuit loin de nous ;

Sous le beau ciel de notre France,

Quand le soleil revient plus doux ;

Quand la nature est reverdie,

Quand l’hirondelle est de retour,

J’aime à revoir ma Normandie"

 

On la doit à un normand, Frédéric Berat, poète et musicien, né au domicile de ses parents, à Rouen, 23/24, rue Saint-Etienne des Tonneliers,  le 11 mars 1801 ou plutôt le 20 ventôse an IX de la République.

 

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Acte de naissance de Frédéric Berat, à Rouen, le 20 ventôse an IX (11 mars 1801)

Sixième d’une fratrie de sept enfants, son père Charles, négociant, le place, comme nombre d’enfants de cette époque, en nourrice à La Rue Saint-Pierre, une petite commune située à 18 kilomètres de là.

En âge de travailler, il entre à la Compagnie du Gaz à Paris avant de se livrer  totalement à ses talents de poète* et de compositeur. Il embrasse tout d’abord la carrière de chansonnier et se lie d’amitié avec le plus célèbre de l’époque, Pierre-jean de Béranger (1780-1857) qui le prend sous sa protection.

"J’ai vu les champs de l’Helvétie,

Et ses chalets, et ses glaciers ;

J’ai vu le ciel de l’Italie,

Et Venise, et ses gondoliers !

En saluant chaque patrie

Je me disais : aucun séjour

N’est plus beau que ma Normandie !

C’est le pays qui m’a donné le jour !"

 

D’un caractère heureux, Frédéric Berat écrit et chante sa joie de vivre. Ses vers sont sans prétention, d’une facture souvent facile et sa mélodie musicale s’y accorde. C’est ainsi qu’il compose nombre de ritournelles à succès dont Mimi Pinson, La Montagnarde, Le retour du petit savoyard et bien d’autres encore, mettant des larmes dans les yeux de nos grands-mères, d’autres romances simples ou empreintes d’une certaine philosophie, autant de tableautins que nos aïeux appréciaient.

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Frédéric Berat

Mais c’est surtout pour « Ma Normandie », la chanson aujourd’hui utilisée comme hymne national du bailliage de Jersey,  qu’il composa en 1836, sur le bateau qui le menait de sa ville natale à Sainte-Adresse, pour la chanteuse Loïsa Pujet (1810-1889), qu’il est passé à la postérité et qu’il fit fortune.

Pierre Larousse, dans son Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, dit, en parlant de cette chanson « Elle n’offre rien de bien relevé comme mélodie ; les paroles n’ont point grande envergure poétique ; mais le tout est net, franc et senti. Que fallait-il de plus pour en assurer le succès ? »

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"Par ses douces chansons que partout ont fredonne, si Berat a toujours le succès le plus grand, c'est qu'en qualité de normand, c'était à lui de droit que revenait la pomme !"

 

Décédé le 2 décembre 1855 à Paris, Frédéric Berat est enterré au cimetière du Père-Lachaise.

 

"Il est un âge dans la vie

Où chaque rêve doit finir,

Un âge où l’âme recueillie

A besoin de se souvenir ;

Lorsque ma muse refroidie

Aura fini ses champs d’amour,

J’irai revoir ma Normandie !

C’est le pays qui m’a donné le jour !"

 

* Il a publié  "Contes et nouvelles du pays normand" .