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03/02/2010

Le grog : l'invention d'un descendant de normand !

Lorsque le duc Guillaume de Normandie récompensa un de ses plus fidèles serviteurs, Richard de Reviers, décédé en 1107, en lui donnant la ville de Vernon, le nouveau maître des lieux prit le nom de Richard Vernon. Il faut préciser qu’il était de la parentèle du duc puisqu’il était le fils de la nièce de Guillaume.

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Guillaume le Conquérant

Et lorsque Guillaume débarqua en Angleterre en 1066 pour conquérir la couronne promise, Vernon était bien entendu à ses côtés. La victoire acquise, l’Angleterre conquise, Vernon fut lui aussi conquis par le pays. Il décida de s’y établir, d’autant plus que son oncle et roi Guillaume lui octroya généreusement de belles et vastes terres. C’est ainsi que Richard Vernon fut à l’origine de la branche anglaise des Vernon alors que la branche française s’éteignit, sans doute parce que le meilleur était parti !

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Edward Vernon "Old Grog" (1684-1757)

L’un de ses descendants, Edward Vernon, né le 12 novembre 1684 à Westminster et mort le 30 octobre 1757 à Nacton (Suffolk) était Officier de la Royal Navy. Ses hommes l’avaient surnommé « Old Grog », « Le Vieux Grog », du fait du manteau qu’il portait en permanence, fait «  en gros de Naples », en anglais « grogram », tissu grossier « à gros grain », mélange de laine et de soie.

Les marins ont la réputation de boire sec ! Et ceux de l’Amiral Vernon réservaient leurs faveurs au rhum, celui de la Jamaïque bien sûr ! Mais voilà, après avoir ingurgité ce breuvage de feu, leurs gestes étaient moins précis et le travail s’en ressentait. Afin de réduire la consommation de rhum de ses marins, « Old Grog » eut un beau jour de 1740 l’idée géniale d’ajouter un litre d’eau chaude à chaque quart de litre de rhum distribué. La chaleur de l’eau ajoutée à l’alcool donnait aux hommes l’excitation au travail sans l’ivresse…

L’ensemble de la Royal Navy suivit cet exemple et la nouvelle boisson fut appelée tout naturellement « grog ».

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Par la suite, du jus de citron y fut rajouté une fois ses propriétés antiscorbutiques connues.

 

 

13/01/2010

La Champmeslé, tragédienne rouennaise

Les rouennais connaissent bien la rue de la Champmeslé qui s’ouvre dans la rue du Gros-Horloge et descend vers la Seine. Mais combien savent qui était cette Champmeslé ?

Dans le « Mercure Galant » de mai 1698, journal hebdomadaire d’information, on peut lire « Il est assez glorieux à ceux qui embrassent une profession de s’y distinguer assez pour faire connaître leur nom par toute la terre. C’est ce qui est arrivé à Mademoiselle de Champmeslé qui vient de mourir… »

La Champmeslé s’appelle en vérité Marie DESMARES. Elle est née à ROUEN, paroisse Saint-Paul, le 18 février 1642. Après le décès de son père, Guillaume DESMARES, en 1753, probablement victime de l’épidémie de peste, sa mère, Marie, se remarie avec Antoine Laguerault, gros propriétaire terrien d’Eauplet, territoire de la commune de Bonsecours (Seine-Maritime) qui fait donner à sa belle-fille une instruction de base tout à fait suffisante pour l’époque : Marie sait lire, écrire et compter.

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A 15 ans, elle épouse le comédien originaire d’Harfleur, Pierre Fleurye qui meure quelques années plus tard.

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Charles Chevillet

Dotée d’un visage « plaisant », d’une taille « avantageuse, bien prise et fort noble » et d’une voix exceptionnelle qui faisait dire à ses admirateurs qu’en « l’entendant, on était obligé de verser des larmes », elle décide à 23 ans d’embrasser la carrière théâtrale par inclination naturelle pour cet art où elle allait s’illustrer avec tant d’éclat. Elle débute à Rouen dans la troupe ambulante de François Serdin aux côtés d’un jeune parisien, également comédien et bon vivant, Charles Chevillet, qui a pris pour nom de théâtre celui de  « Champmeslé » et qu’elle épouse le 6 janvier 1666 dans l ‘Eglise Saint-Eloi de Rouen.

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Acte de mariage de Charles Chevillet et Marie Desmares - Registre paroissial - Eglise St-Eloi de Rouen.

En 1668, la peste qui sévit une nouvelle fois en Normandie pousse les jeunes époux à conquérir Paris.  Le 15 février 1669, ils y intègrent tous deux la troupe du Théâtre du Marais, rue Vieille-du-Temple.  C’est là que débute Marie dans une pièce de l’abbé Boyer intitulée « La fête de Vénus ». L’année suivante, le couple intègre l’Hôtel de Bourgogne, théâtre parisien rival mais légèrement supérieur en notoriété à celui du Marais. Marie y remplace au pied-levé la Duparc, autre tragédienne, indisponible car malade. Dans le rôle d’Hermione, à cette première d’"Andromaque", frémissante d’un talent de grande tragédienne à la voix sublime, Marie obtient un succès sans précédent. « La Champmeslé » est née ! Racine en tombe amoureux et devient très vite son amant. Il lui confie tous les grands rôles féminins  de ses pièces. A chaque création, l’enthousiasme saisit les foules. Marie triomphe dans "Bajazet" (1672), "Mithridate" (1673), "Iphigénie" (1674) créée à Versailles devant le roi Louis XIV, et "Phèdre" (1677) qui restera son plus grand triomphe. Cette dernière pièce marque cependant sa rupture avec Racine après une liaison de 7 années.

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La Champmeslé dans Phèdre

Marie continue cependant sa carrière d’actrice. Elle intègre, toujours avec son mari dont elle ne se séparera jamais, la troupe de Molière à l’Hôtel Guénégaud. Triomphante dans « Ariane », la pièce de Thomas Corneille, sa prestation inspire à Madame de Sévigné, dont le fils Charles aura une liaison avec la tragédienne, le commentaire suivant : « J’ai vu Ariane pour elle seule (La Champmeslé). Cette comédie est fade, les comédiens sont maudits mais quant La Champmeslé arrive, on entend un murmure et l’on pleure de désespoir. » Sa maison est le rendez-vous des beaux esprits comme La Fontaine qui lui dédiera sa fable "Belphégor" et Boileau qui l’a immortalisée par ces vers :

« Jamais Iphigénie en Aulide immolée,

Ne coûta tant de pleurs à la Grèce assemblée,

Que, dans l’heureux spectacle à mes yeux étalé,

En a fait sous son nom verser la Champmeslé ».

A la naissance de la Comédie-Française en 1680, la Champmeslé en devient l’une des principales sociétaires. 

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Elle meurt à Auteuil, probablement d’un cancer, le 15 mai 1698 âgée de 56 ans. Son mari décèdera trois ans plus tard, le 22 août 1701. Le couple n’a jamais eu d’enfant.

 

28/11/2009

Jean-Baptiste de La Salle, Saint patron des enseignants

Le pape Pie XII le proclame en 1950 « patron spécial des éducateurs » et fait ainsi de lui le Saint patron de tous les enseignants. On lui doit l’instauration des « séminaires pour les maîtres de la campagne », ancêtres de nos Ecoles normales, destinés à assurer la première et fondamentale nécessité de l’école, c’est-à-dire la préparation morale et culturelle des enseignants.

Il n’était pas normand d’origine puisque né à Reims, le 30 avril 1651, aîné d’une fratrie de 11 enfants d’une famille noble de juristes. Bien que destiné par son père à une carrière juridique, Jean-Baptiste de La Salle se sent très tôt attiré par la religion. Tonsuré à 11 ans, il est ordonné prêtre à l’âge de 28 ans, deux ans avant d’être reçu docteur en théologie.

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Dans sa ville natale, on lui confie la fondation d’écoles paroissiales pour enfants pauvres. C’est le point de départ de sa vocation de pédagogue.

S’opposant à l’Eglise, il fonde, en 1684 la Congrégation des Frères des Ecoles chrétiennes. Il s’était aperçu que ce qui manquait le plus aux enfants était des maîtres de valeur. Il recrute donc de jeunes maîtres auxquels il propose une forme de vie consacrée à Dieu qui leur laisse cependant leur caractère laïc. Ainsi se forme le noyau du futur « Institut des Frères des Ecoles chrétiennes », voué à l’instruction et à l’éducation des enfants des milieux populaires. Pour la formation à la fois spirituelle et pédagogique des frères, il crée en 1692 le premier noviciat et dès 1698 achève de mettre au point les règles de ladite Congrégation.

Parallèlement, il ouvre des écoles professionnelles, des écoles du dimanche, des maisons d’éducation pour les enfants des rues.

C’est en 1685 qu’il fonde à Reims un séminaire qui constitue une véritable école normale d’instituteurs, innovation qui n’a pas alors d’équivalent, en dehors de la formation assurée à leurs religieux par les Jésuites pour l’enseignement des milieux plus aisés.

Il s’installe à Paris en 1688 où il ouvre ses premières écoles et poursuit son oeuvre pédagogique et spirituelle, rédigeant notamment un ensemble d’ouvrages à l’intention des maîtres.

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Saint J-B de La Salle, peinture de Pierre Léger

On lui doit deux innovations majeures qui vont bouleverser la pédagogie en France : la leçon n’est pas donnée individuellement mais dans une classe et l’on apprend à lire à la fois en français et en latin. Mais il a été aussi le premier à vouloir la gratuité dans l’enseignement primaire dans les écoles qu’il a fondées, devançant ainsi les gouvernements les plus progressistes. Et, encore avant tout autre, il a organisé les écoles du soir et du dimanche pour les jeunes travailleurs.

Agé de 54 ans, il est appelé à Rouen en 1705 par Mgr Colbert, archevêque de la ville. Il y ouvre, au Manoir Saint-Yon, quartier Saint-Clément de Rouen, un pensionnat, qui deviendra la maison mère des Frères des Ecoles chrétiennes. Ce manoir se situait entre les actuels rue Saint-Julien, rue des Murs-Saint-Yon et boulevard de l’Europe, sur l'emplacement de notre Cité des Métiers. Les frères y bâtirent une chapelle dédiée à Saint-Yon construite entre 1728 et 1734, chapelle qui existe toujours aujourd'hui. C’est ici qu’il meurt le 7 avril 1719 à l’âge de 67 ans.

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Acte de de décès de Jean Baptiste de la Salle

En 1734, ses restes sont ramenés du cimetière à la chapelle de son pensionnat à Saint-Yon, puis en 1835 dans celle de l’Ecole Normale de Rouen. Ils furent ensuite placés en 1888 dans la chapelle du Pensionnat Jean-Baptiste de La Salle de Rouen.

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Pensionnat Jean-Baptiste de La Salle de Rouen**

En 1937, ses reliques sont transférées définitivement à Rome, à la Maison Mère de l’Institut des Frères des Ecoles Chrétiennes.

Jean-Baptiste de La Salle a été canonisé le 24 mai 1900 par le pape Léon XIII.

 

** Petit clin d'oeil personnel à ma fille qui a fréquenté cet établisssement durant une année scolaire.