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05/06/2010

Auber à l'Opéra

Auber, c’est aujourd’hui pour beaucoup d’entre nous, une célèbre station de métro et de R.E.R. et une rue dans le quartier de l’Opéra de Paris.

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Mais combien savent que derrière ce nom se cache un compositeur normand qui, par son sens de la mélodie, la diversité de son inspiration et l’entrain de sa musique, brillante et spirituelle, tient une  place privilégiée dans l’histoire de l’art lyrique de notre pays ?

Daniel François Esprit Auber est né le 29 janvier 1782 à Caen, un peu par hasard il est vrai car issu d’une famille d’artistes parisiens aux relations privilégiées avec la royauté. Son grand-père fut peintre de Louis XVI et son père, « Officier des chasses du Roi », fut à la fois peintre et grand amateur de Musique.

Après la Révolution, la famille quitte la Normandie et retourne s'installer à Paris où Auber père ouvre un commerce d’estampes. Très tôt, le jeune Esprit développe des prédispositions pour la musique. Il étudie le piano, le violon et le violoncelle et chante la voix de baryton.

C’est en 1803 qu’il commence véritablement une carrière en dilettante, vivant aux crochets de son père, lequel meurt ruiné en 1819. Sans fortune, Esprit Auber doit désormais vivre de sa musique. C’est en 1821, avec « Emma » qu’il remporte son premier franc succès, tant à Paris qu’en province.

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Esprit Auber (1782-1871)

Ses rencontres, d'abord avec la musique de Rossini, sous l’influence duquel il va renoncer à sa froideur et à sa correction gourmée pour adopter cette allure libre, élégante, décidée et pleine d’entrain qui fera son charme et son succès, puis avec Eugène Scribe, le plus important librettiste du siècle et auteur du texte d’une série d’opéras très célèbres, vont être déterminantes.  A partir de là, sa voie est toute tracée. Il va écrire au total 48 pièces dramatiques, opéras et opéras-comiques avec lesquels il va conquérir l’Europe entière.

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Sa signature

Parmi ses œuvres maîtresses, citons  « La Muette de Portici » jouée en 1828 à l’Opéra de Paris avec laquelle lui et Scribe vont créer le prototype du « Grand Opéra » que notre pays va favoriser durant une large partie du XIXe siècle et exporter à l’étranger. C’est d’ailleurs au cours d’une représentation à Bruxelles en 1830, lors du duo « Amour sacré de la patrie », qu'est donné le signal du soulèvement belge contre les Pays-Bas.

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Nommé à l’Institut à partir de 1829, Directeur du Conservatoire de Paris de 1842 à 1871, il est appelé par Napoléon III à diriger la chapelle impériale à partir de 1852.

Mais les goûts du public vont changer. L’opéra-comique cède la place aux opéras-bouffes et aux opérettes. Pourtant, à 74 ans, en 1856, Auber va réussir un dernier coup de maître avec son célèbre « Manon Lescaut »

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Monument funéraire au cimetière du Père-Lachaise

Il meurt le 12 mai 1871 dans un Paris livré à la tourmente de la Commune. Ses funérailles sont en conséquence célébrées dans l’intimité. En 1877, un monument funéraire est élevé en son honneur dans la 4ème division du cimetière du Père-Lachaise.

13/05/2010

Fontenelle, le "Bel Esprit"

"C'était le discret Fontenelle,

Qui, par les beaux-arts entouré,

Répandait sur eux à son gré

Une clarté vive et nouvelle.

.../...

D'une main légère il prenait

Le compas, la plume et la Lyre".

Voltaire

S’agissant des « Normands célèbres », on ne peut manquer d’évoquer celui, qui, avec Corneille, est sûrement l’un des plus éminents, à la fois savant, poète, auteur dramatique, moraliste et philosophe. Je veux parler de Fontenelle.

Il est né à Rouen, rue des Bons-Enfants, paroisse Saint-Vigor, le 11 février 1657.

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Son Acte de baptême

Bernard Le Bovier de Fontenelle, « bel esprit à la santé délicate », fils d’avocat et neveu des Corneille, Pierre et Thomas, par sa mère, Marthe Corneille, fait de brillantes études chez les jésuites de Rouen avant d’entrer au barreau pour plaider une seule cause qu’il perdit. Se détournant alors du droit, il décide de monter à Paris et d’y entamer une nouvelle carrière dans la littérature.

Il fréquente très tôt les salons où l’ « Esprit moderne » provoque, à partir de 1687, une importante querelle littéraire, les « Anciens » qualifiant les « Modernes » de « sans goût et sans délicatesse ».

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Si Fontenelle, chef de file des « Modernes » prend parti, c’est de façon plus philosophique. Selon lui, si les arbres qui étaient autrefois dans nos campagnes n’étaient pas plus grands que ceux d’aujourd’hui, il n’y a pas de raison pour qu’Homère, Platon ou Démosthène, ne puissent être égalés ! Il développe la thèse du progrès dans sa « Digression sur les Anciens et les Modernes » en 1688.

Cependant, il se garde bien d’arrêter la chaine du progrès à son propre siècle et c’est en cela qu’il s’inscrit comme le précurseur des philosophes du XVIIIe siècle.

Après s’être essayer sans succès à la composition dramatique, c’est dans ses vingt-quatre « Dialogues des morts » (1683) que l’écrivain qu’il est va se révéler, puis, et de façon encore plus éclatante, dans les « Entretiens sur la pluralité des mondes » (1686), ouvrage passionnant de vulgarisation scientifique qui connut un vif succès.

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Son élection à l’Académie française le 23 avril 1691 puis à l’Académie des sciences en 1697 est saluée comme une victoire des « Modernes ».

Mélange subtil de littérature et de science, son œuvre va obtenir une audience considérable. « L’ignorant l’entendit, le savant l’admira » écrira de lui Voltaire poursuivant ainsi « On peut le regarder comme l’esprit le plus universel que le siècle de Louis XIV ait produit ».

Il était juste que la vie accordât à ce grand esprit presque un siècle d’existence. En effet, il meurt à Paris, le 9 janvier de l’année 1757.

 

Sa généalogie détaillée sur http://www.geneastar.org

24/04/2010

Un philosophe normand

Vous allez me dire que tous les normands sont  philosophes ! Oui et non... Réponse de normande...

Celui-ci est né en Basse-Normandie, dans le village de Mortagne-au-Perche (Orne), le 3 mars 1868.

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Acte de naissance d'Emile Auguste Chartier

Avant de se faire connaître sous le pseudonyme d'Alain, Emile Auguste Chartier a été élevé modestement entre un père médecin-vétérinaire qualifié par son fils de « bon » et une grand-mère aussi redoutée qu’admirée. Il eut une enfance normande heureuse « qui ne fut que bêtise » écrira t’il lui-même plus tard.

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Emile Auguste Chartier dit Alain (1868-1951)

Après le collège catholique de Mortagne et le lycée d’Alençon, c’est à Paris qu’il poursuit ses études. Il est en classe terminale au lycée de Vanves, actuel lycée Michelet, quand il fait une rencontre qui va décider de sa vie, celle du professeur de philosophie Jules Lagneau, celui qu’il appellera « le seul Grand Homme que j’ai jamais connu » et qui laissera à tous ses élèves un souvenir inoubliable.

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Jules Lagneau (1851-1894)

Agrégé de philosophie en 1892, notre philosophe normand obtient son premier poste d’enseignant en Bretagne avant d'être nommé en 1900 au Lycée Corneille de Rouen.

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Engagé politiquement dans le camp des dreyfusards, il publie de 1903 à 1914 dans la "Dépêche de Rouen et de Normandie", des chroniques hebdomadaires, courts articles qu’il nomme « Propos d’un normand » inspirés par l’actualité et les événements de tous les jours,  qu’il signe du pseudonyme d’Alain, en hommage à son homonyme, le poète normand du XVe siècle, Alain Chartier, épris lui aussi de liberté politique.

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Alain Chartier, Poète Normand (1385-1449)

Nommé en 1909 à Paris au lycée  Henri IV, où il aura notamment pour élèves Raymond Aron, Simone Weil ou Georges Canguilhem, il y mène des activités journalistiques et gagne une réputation de moraliste enjoué qui fait de lui un professeur très recherché et des plus appréciés.

En 1914, bien qu’antimilitariste, pacifiste et non mobilisable, il s’engage pour honorer ses devoirs de citoyen. Artilleur, il est blessé en 1916 et démobilisé l’année suivante. De cette expérience, il publiera en 1921 son célèbre pamphlet  « Mars ou la guerre jugée ».

Sur le plan politique, il s’engage aux côtés du mouvement radical en faveur d’une république libérale strictement contrôlée par le peuple.  Jusqu’à la fin des années 30, son œuvre sera guidée par la lutte pour le pacifisme et contre la montée des fascismes.

En 1936, une attaque cérébrale le condamne au fauteuil roulant. La guerre de 1939-1940 le remplit d’amertume et il se retire, loin de la légende que lui font ses disciples, sur son sol natal, là où son père, en bon normand, lui a enseigné les leçons élémentaires de la vie.

Platon, Descartes, Kant et Auguste Comte furent ses maîtres à penser. Cet homme de lettres, optimiste serein, déclarait sans détour que « la vie est bonne avant tout ».  Le but de sa philosophie, toute  empreinte de sagesse paysanne, est d’apprendre à réfléchir et à penser rationnellement en évitant les préjugés. Humaniste cartésien, il est  un  « éveilleur d’esprit », passionné de liberté, qui ne propose pas un système ou une école philosophique mais apprend à se méfier des idées toutes faites !

Il décède au Vésinet (Yvelines), le 2 juin 1951 et repose au cimetière du Père Lachaise.