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27/06/2010

Sapho, Normande, femme savante et reine … de l’imparfait du subjonctif !

Normande, elle l’est par sa naissance au Havre où elle a été baptisée, paroisse Notre-Dame, le 1er décembre 1608 et où elle passera sa jeunesse.

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Acte de baptême de Madeleine de Scudery

Femme savante, elle l’est car apprendre est pour elle une obsession et le restera tout au long de sa vie. Poète, écrivain à succès, première femme primée par l’Académie Française qui lui délivre le Prix de l’Eloquence, elle est l’une des plus célèbres romancières du courant précieux du XVIIe siècle.

Reine de l’imparfait du subjonctif : elle l’est aussi !  Dans son roman-fleuve en 10 volumes, le plus long des romans en langue française, «Artamène ou Le Grand Cyrius » qu’elle écrit entre 1649 et 1653 et qui comporte près de 13 000 pages, elle use, voire abuse, de ce temps de conjugaison. En témoigne l’une de ses phrases qui nous laisse nous, contemporains, quelque peu songeurs !  "Encore que je souffrisse que vous m’aimassiez, je ne pouvais endurer qu’avec peine que vous me parlassiez de votre amour."

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Elle, c’est Madeleine de Scudéry ou Sapho, le surnom qu’elle s’est choisi. Chaque samedi, dans son appartement parisien du Marais, rue de Beauce, elle règne sur son cercle littéraire fréquenté de gens d’esprit comme Bernard le Bouyer de Fontenelle, Madame de Sévigné et Madame de Maintenon. On y disserte à perte de vue sur des thèmes à la mode. On parle de manière raffinée, par métaphores, par périphrases. Ainsi, on ne dit plus le nez mais les écluses du cerveau. Les pieds deviennent les chers souffrants, les yeux, les muets interprètes, etc…  Elle est alors considérée comme la plus précieuse des « précieuses », ce qui lui vaut d’ailleurs d’être ridiculisée par Molière grâce à Marotte, la servante des Précieuses Ridicule  (1659) à laquelle il fait dire « j’avions pas appris la filosofie dans le Grand Cyre ».

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Carte du Tendre

Militante féministe avant la Lettre, elle lutte pour l’égalité de la femme, revendiquant son accès à l’instruction, rejetant la domination de l’homme et refusant le mariage. Elle disait que « L’amour est un je-ne-sais-quoi, qui vient je–ne-sais-où, et qui finit « je-ne-sais-quand ». Elle est l’auteur de la fameuse « Carte du tendre » publiée dans son roman « Clélie, histoire romaine » (1654-1660) où l’amour est magnifié, mais un amour platonique, abstrait et irréel. Elle était destinée à permettre la mise en œuvre d’un comportement amoureux fait de respect, d’attentions, de dévotion et de persévérance. Julie d’Argennes fit ainsi lanterner le duc de Montausier 15 ans avant d’accepter de l’épouser !

Elle traverse ainsi tout le siècle et meurt en 1701 à l’âge de 94 ans toujours célibataire.

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Portrait et paraphe de Madame de Scudéry

La légende veut que le jour de sa mort, atteinte d’un gros rhume, elle se fit encore lever et habiller. Etant debout, elle se sentit défaillir et aurait dit « Il faut mourir ».

Elle fut inhumée à Saint-Nicolas-des-Champs, sa paroisse.

 

05/06/2010

Auber à l'Opéra

Auber, c’est aujourd’hui pour beaucoup d’entre nous, une célèbre station de métro et de R.E.R. et une rue dans le quartier de l’Opéra de Paris.

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Mais combien savent que derrière ce nom se cache un compositeur normand qui, par son sens de la mélodie, la diversité de son inspiration et l’entrain de sa musique, brillante et spirituelle, tient une  place privilégiée dans l’histoire de l’art lyrique de notre pays ?

Daniel François Esprit Auber est né le 29 janvier 1782 à Caen, un peu par hasard il est vrai car issu d’une famille d’artistes parisiens aux relations privilégiées avec la royauté. Son grand-père fut peintre de Louis XVI et son père, « Officier des chasses du Roi », fut à la fois peintre et grand amateur de Musique.

Après la Révolution, la famille quitte la Normandie et retourne s'installer à Paris où Auber père ouvre un commerce d’estampes. Très tôt, le jeune Esprit développe des prédispositions pour la musique. Il étudie le piano, le violon et le violoncelle et chante la voix de baryton.

C’est en 1803 qu’il commence véritablement une carrière en dilettante, vivant aux crochets de son père, lequel meurt ruiné en 1819. Sans fortune, Esprit Auber doit désormais vivre de sa musique. C’est en 1821, avec « Emma » qu’il remporte son premier franc succès, tant à Paris qu’en province.

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Esprit Auber (1782-1871)

Ses rencontres, d'abord avec la musique de Rossini, sous l’influence duquel il va renoncer à sa froideur et à sa correction gourmée pour adopter cette allure libre, élégante, décidée et pleine d’entrain qui fera son charme et son succès, puis avec Eugène Scribe, le plus important librettiste du siècle et auteur du texte d’une série d’opéras très célèbres, vont être déterminantes.  A partir de là, sa voie est toute tracée. Il va écrire au total 48 pièces dramatiques, opéras et opéras-comiques avec lesquels il va conquérir l’Europe entière.

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Sa signature

Parmi ses œuvres maîtresses, citons  « La Muette de Portici » jouée en 1828 à l’Opéra de Paris avec laquelle lui et Scribe vont créer le prototype du « Grand Opéra » que notre pays va favoriser durant une large partie du XIXe siècle et exporter à l’étranger. C’est d’ailleurs au cours d’une représentation à Bruxelles en 1830, lors du duo « Amour sacré de la patrie », qu'est donné le signal du soulèvement belge contre les Pays-Bas.

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Nommé à l’Institut à partir de 1829, Directeur du Conservatoire de Paris de 1842 à 1871, il est appelé par Napoléon III à diriger la chapelle impériale à partir de 1852.

Mais les goûts du public vont changer. L’opéra-comique cède la place aux opéras-bouffes et aux opérettes. Pourtant, à 74 ans, en 1856, Auber va réussir un dernier coup de maître avec son célèbre « Manon Lescaut »

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Monument funéraire au cimetière du Père-Lachaise

Il meurt le 12 mai 1871 dans un Paris livré à la tourmente de la Commune. Ses funérailles sont en conséquence célébrées dans l’intimité. En 1877, un monument funéraire est élevé en son honneur dans la 4ème division du cimetière du Père-Lachaise.

13/05/2010

Fontenelle, le "Bel Esprit"

"C'était le discret Fontenelle,

Qui, par les beaux-arts entouré,

Répandait sur eux à son gré

Une clarté vive et nouvelle.

.../...

D'une main légère il prenait

Le compas, la plume et la Lyre".

Voltaire

S’agissant des « Normands célèbres », on ne peut manquer d’évoquer celui, qui, avec Corneille, est sûrement l’un des plus éminents, à la fois savant, poète, auteur dramatique, moraliste et philosophe. Je veux parler de Fontenelle.

Il est né à Rouen, rue des Bons-Enfants, paroisse Saint-Vigor, le 11 février 1657.

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Son Acte de baptême

Bernard Le Bovier de Fontenelle, « bel esprit à la santé délicate », fils d’avocat et neveu des Corneille, Pierre et Thomas, par sa mère, Marthe Corneille, fait de brillantes études chez les jésuites de Rouen avant d’entrer au barreau pour plaider une seule cause qu’il perdit. Se détournant alors du droit, il décide de monter à Paris et d’y entamer une nouvelle carrière dans la littérature.

Il fréquente très tôt les salons où l’ « Esprit moderne » provoque, à partir de 1687, une importante querelle littéraire, les « Anciens » qualifiant les « Modernes » de « sans goût et sans délicatesse ».

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Si Fontenelle, chef de file des « Modernes » prend parti, c’est de façon plus philosophique. Selon lui, si les arbres qui étaient autrefois dans nos campagnes n’étaient pas plus grands que ceux d’aujourd’hui, il n’y a pas de raison pour qu’Homère, Platon ou Démosthène, ne puissent être égalés ! Il développe la thèse du progrès dans sa « Digression sur les Anciens et les Modernes » en 1688.

Cependant, il se garde bien d’arrêter la chaine du progrès à son propre siècle et c’est en cela qu’il s’inscrit comme le précurseur des philosophes du XVIIIe siècle.

Après s’être essayer sans succès à la composition dramatique, c’est dans ses vingt-quatre « Dialogues des morts » (1683) que l’écrivain qu’il est va se révéler, puis, et de façon encore plus éclatante, dans les « Entretiens sur la pluralité des mondes » (1686), ouvrage passionnant de vulgarisation scientifique qui connut un vif succès.

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Son élection à l’Académie française le 23 avril 1691 puis à l’Académie des sciences en 1697 est saluée comme une victoire des « Modernes ».

Mélange subtil de littérature et de science, son œuvre va obtenir une audience considérable. « L’ignorant l’entendit, le savant l’admira » écrira de lui Voltaire poursuivant ainsi « On peut le regarder comme l’esprit le plus universel que le siècle de Louis XIV ait produit ».

Il était juste que la vie accordât à ce grand esprit presque un siècle d’existence. En effet, il meurt à Paris, le 9 janvier de l’année 1757.

 

Sa généalogie détaillée sur http://www.geneastar.org