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01/09/2010

Raoul Dufy, l'enchanteur

Saviez-vous que Raoul Dufy était normand ? Il est né au Havre, où il va passer son enfance et sa jeunesse, le 3 juin 1877, au domicile de ses parents, 46, rue des Pincettes.  Son père, Léon Dufy y exerce la profession de comptable. Sa mère est femme au foyer.

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Acte de naissance de Raoul Ernest Joseph DUFY, le 3 juin 1877 au Havre

Inscrit dès 1893 à l’Ecole Municipale des Beaux-arts de sa ville où il suit les cours de Charles Lhuillier, il obtient en 1900, à 23 ans, une bourse lui permettant d’entrer à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-arts de Paris et de travailler dans l’atelier de Léon Bonnat. Influencé successivement par Sisley, Monet, Cézanne et Matisse, il finit par trouver sa voie personnelle, alliant, dans une vision allègre de l’univers, un trait nerveux à des couleurs lumineuses et vives.

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Raoul Dufy (1877-1953)

Très éclectique, il travaille à la gravure, à la céramique, à l’illustration d’ouvrages, à des décors de théâtre, d’espaces publics et crée pour le compte d’une maison de soieries lyonnaises d’extraordinaires tissus peints.

En 1937, il réalise pour le pavillon de l’électricité de l’Exposition Internationale de Paris une fresque gigantesque de 600 mètres carrés qu’il baptise « La Fée Electricité » où éclatent sa verve et son talent unique de coloriste.

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"La Fée Electricité" - Raoul Dufy - 1937

Il aura toujours de l’affection pour la Normandie et réalisera nombre de tableaux sur Deauville, Honfleur et bien sûr Le Havre.

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"La Normandie" - Raoul Dufy - 1936-1940

"Si je pouvais exprimer toute la joie qui est en moi !" disait-il. Son oeuvre est une invitation à cheminer vers un horizon de bonheur. La joie de vivre et de dévoiler la vie soutient chacun de ses tableaux, de ses gouaches, de ses dessins.

 Atteint de polyarthrite rhumatoïde, il s’est éteint le 23 mars 1953 à Forcalquier en Haute-Provence où il était venu s’installer. Il a laissé une œuvre considérable : environ 3 000 toiles, 6 000 grandes aquarelles, 6 000 dessins, des bois gravés, des lithographies, des tapisseries… Ses peintures sont aujourd'hui encore des plus prisées des collectionneurs du monde entier. Le 20 avril dernier, son  huile sur toile « Scène de pesage » s’est vendue à Paris plus de 570 000€.

04/08/2010

René Coty, un havrais à l'Elysée

Son élection à la  Présidence de la République Française le 23 décembre 1953 transforma le Palais de l’Elysée en une maison normande et bourgeoise où la bonté de la Première Dame saura tempérer les rigueurs du protocole. Le grand économiste André Siegfried, lui-même Havrais, écrit alors : « Je crois vraiment qu’il existe, entre l’Elysée et la Normandie, un lien secret. Félix Faure, quand il fut élu député de la deuxième circonscription du Havre… Coty… c’est bien un Normand, on ne peut s’y tromper. »

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Acte de naissance de René Coty

René Coty est né au Havre le 20 mars 1882. Après une double licence de philosophie et de droit, il s’inscrit au barreau dès 1902. Deux ans plus tard, il est amené, lors d’un procès retentissant, à défendre les grévistes du port (dont l’un deux sera condamné à mort) contre les compagnies maritimes. Est-ce là le point de départ de sa carrière politique ? Toujours est-il qu’il entre au Conseil Municipal de sa ville en 1908, puis au Conseil général de la Seine-Maritime en 1919 dont il prendra très vite la présidence. Commence alors pour lui une carrière parlementaire : Député de 1923 à 1935, puis Sénateur du 1935 à 1940.

Après la guerre, en 1947, il se voit confier le portefeuille d’un ministère important, celui de la Reconstruction et de l’Urbanisme.

Puis vient ce jour de 1953 où âgé de près de 72 ans, après 13  tours de scrutin, il succède finalement à Vincent Auriol et devient le 17ème Président de la République française et le second président de la IVe République. Son septennat sera marqué par une forte instabilité ministérielle, avec six cabinets successifs. La crise du régime - pourtant anticipée par le Président qui plaide depuis plusieurs années en faveur d'une révision des institutions, culmine après la crise du 13 mai 1958 à Alger. 

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Et c'est le drame algérien, après celui de l’Indochine, qui va y mettre un terme. Craignant plus que tout la rupture de l’unité nationale, le Président Coty se prononce pour le retour au pouvoir du Général De Gaulle et lui demande de former un gouvernement de salut public. La même année, il abandonne ses fonctions présidentielles lorsque sont mises en place les nouvelles institutions de la Ve République et quitte l’Elysée le 8 janvier 1959 en déclarant « le premier des Français est désormais le premier en France ! »

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Victime d’une crise cardiaque, il s’éteint au Havre le 22 novembre 1962. C’est le général De Gaulle qui prononcera l’éloge funèbre de ce grand homme, au sens propre (il mesure 1m87 !) comme au sens figuré, cultivé et brillant orateur bien que desservi par une voix sèche et métallique. Lors d’obsèques nationales célébrées 5 jours plus tard, pour caractériser la personnalité de René Coty, le Général De Gaulle citera Jean de la Bruyère : « La modestie est au mérite ce que les ombres sont aux figures dans un tableau : elle lui donne force et relief ».

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27/06/2010

Sapho, Normande, femme savante et reine … de l’imparfait du subjonctif !

Normande, elle l’est par sa naissance au Havre où elle a été baptisée, paroisse Notre-Dame, le 1er décembre 1608 et où elle passera sa jeunesse.

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Acte de baptême de Madeleine de Scudery

Femme savante, elle l’est car apprendre est pour elle une obsession et le restera tout au long de sa vie. Poète, écrivain à succès, première femme primée par l’Académie Française qui lui délivre le Prix de l’Eloquence, elle est l’une des plus célèbres romancières du courant précieux du XVIIe siècle.

Reine de l’imparfait du subjonctif : elle l’est aussi !  Dans son roman-fleuve en 10 volumes, le plus long des romans en langue française, «Artamène ou Le Grand Cyrius » qu’elle écrit entre 1649 et 1653 et qui comporte près de 13 000 pages, elle use, voire abuse, de ce temps de conjugaison. En témoigne l’une de ses phrases qui nous laisse nous, contemporains, quelque peu songeurs !  "Encore que je souffrisse que vous m’aimassiez, je ne pouvais endurer qu’avec peine que vous me parlassiez de votre amour."

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Elle, c’est Madeleine de Scudéry ou Sapho, le surnom qu’elle s’est choisi. Chaque samedi, dans son appartement parisien du Marais, rue de Beauce, elle règne sur son cercle littéraire fréquenté de gens d’esprit comme Bernard le Bouyer de Fontenelle, Madame de Sévigné et Madame de Maintenon. On y disserte à perte de vue sur des thèmes à la mode. On parle de manière raffinée, par métaphores, par périphrases. Ainsi, on ne dit plus le nez mais les écluses du cerveau. Les pieds deviennent les chers souffrants, les yeux, les muets interprètes, etc…  Elle est alors considérée comme la plus précieuse des « précieuses », ce qui lui vaut d’ailleurs d’être ridiculisée par Molière grâce à Marotte, la servante des Précieuses Ridicule  (1659) à laquelle il fait dire « j’avions pas appris la filosofie dans le Grand Cyre ».

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Carte du Tendre

Militante féministe avant la Lettre, elle lutte pour l’égalité de la femme, revendiquant son accès à l’instruction, rejetant la domination de l’homme et refusant le mariage. Elle disait que « L’amour est un je-ne-sais-quoi, qui vient je–ne-sais-où, et qui finit « je-ne-sais-quand ». Elle est l’auteur de la fameuse « Carte du tendre » publiée dans son roman « Clélie, histoire romaine » (1654-1660) où l’amour est magnifié, mais un amour platonique, abstrait et irréel. Elle était destinée à permettre la mise en œuvre d’un comportement amoureux fait de respect, d’attentions, de dévotion et de persévérance. Julie d’Argennes fit ainsi lanterner le duc de Montausier 15 ans avant d’accepter de l’épouser !

Elle traverse ainsi tout le siècle et meurt en 1701 à l’âge de 94 ans toujours célibataire.

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Portrait et paraphe de Madame de Scudéry

La légende veut que le jour de sa mort, atteinte d’un gros rhume, elle se fit encore lever et habiller. Etant debout, elle se sentit défaillir et aurait dit « Il faut mourir ».

Elle fut inhumée à Saint-Nicolas-des-Champs, sa paroisse.