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17/03/2012

L’ingénieux normand et sa drôle de machine

Les normands sont ingénieux : je suis certaine que vous me connaissez trop bien maintenant  pour imaginer que je ne puisse argumenter solidement mon affirmation !

Les normands sont ingénieux, je le répète, et pour le vous le prouver (mais est-ce bien utile ?), voici la question du jour : Savez-vous qui est l’inventeur de la première moto ?   

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 Acte de naissance de Louis Guillaume Perreaux

 

Réponse ? C’est un normand bien sûr ! Il s’appelait Louis Guillaume Perreaux. Né chez nous, en Normandie, à Almenèches, un petit village situé au cœur du département de l’Orne, le 19 février 1816, sous la Restauration. A 12 ans, il met au point la première « arme à feu à six coups portant ses amorces et pouvant se charger par la culasse ». C’est là sa première invention, elle sera suivie de beaucoup d’autres dans divers domaines notamment celui des instruments de précision. 

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La machine à diviser universelle fabriquée par Perreaux - 1846- – Musée du Lycée Louis le Grand de Paris

 

Du bateau sous-marin à air comprimé, portant une roue à hélice mis au point en 1840 en passant par l’éolipyle à vapeur (1842), la machine à diviser la ligne droit et la ligne circulaire (1843), le sphéromètre à pieds (1848), le cathétomètre mesurant 1/200 de mm (1850), l’horloge sablière (1862), le canon Perreaux (1864), le pulsographe (1868), le cadenas de sécurité (1876), le blanchiment des laines (1880),… jusqu’au système de «vapeur sèche à basse pression appliqué au tricycle et vélocipède », dernier brevet déposé le 21 mars 1885 qui va conclure 10 années de recherches passionnées sur l’œuvre de sa vie, un vélocipède à grande vitesse et à vapeur, la « Perreaux » qui fut présentée à l’exposition de Vienne en 1873 puis à celle de Paris cinq ans plus tard. Perreaux en déposa le premier brevet en 1868 et c’est qui fait de cet ingénieur mécanicien normand l’inventeur de la première moto du monde ! 

 

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La Perreaux de 1871

 

« Derrière la selle, sur laquelle se place le cavalier, se trouve une petite chaudière, à peu près de la forme et de la longueur d’un chapeau d’hommes. Cette chaudière est posée sur quelques tiges de fer arrondies en forme de gril. A ce gril est joint un petit réservoir rempli d’alcool. Vous allumez l’alcool, absolument comme si vous vouliez vous faire une tasse de café dans une lampe à esprit-de-vin ; au bout de quelques minutes, les vapeurs de l’alcool se dégagent, elle vont remplir les tiges de fer qui forment le gril, et toutes enflammées, sortent par de petites ouvertures, contre la chaudière, ce qui met au bout de 7 à 8 minutes l’eau en ébullition. Dès que la vapeur d’eau est produite à son tour, vous donnez libre jeu au piston, et voilà votre vélocipède parti, et qui marchera 24 heures de suite si vous le voulez, à raison de 6 à 7 km/heure ». 

 

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Louis Guillaume Perreaux mourut à Paris le 5 avril 1889 et repose depuis dans sa terre natale.

 

 

Un grand merci au site http://www.moto-perreaux.com/velocipede.htm

 

11/02/2012

Ça s’est passé un 11 février…

11 février 1911 : C’est aux commandes d’un aéroplane de type Caudron GI, après avoir décollé à 2h30 du matin d’Issy-les-Moulineaux qu’un normand, Robert Grandseigne, va réaliser sur Paris le premier vol de nuit de l’histoire de l’aviation.  

 

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Ce fou volant sur sa drôle de machine est né au Havre (Seine-Maritime) en 1885. Contemporain de René Coty, un autre havrais célèbre, c’est en qualité d’ouvrier qu’il participe en 1908 au premier salon de l’aviation. Il y admire la « Chauve-souris » de Clément Ader et surtout, il y fait la connaissance de Louis Blériot (1872-1936). Entre les deux hommes, tout va aller très vite. Granseigne s’intègre dans l’équipe chargée de préparer l’avion avec lequel « le patron » veut traverser la Manche.

Au matin du 25 juillet 1909, le « Blériot XI » est fin prêt grâce aux mécaniciens Mamet, Colin et Grandseigne. Louis Blériot s’installe aux commandes. La traversée, ralliant Les Baraques près de Calais à Douvres est effectuée en 37 minutes.   

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                                         La traversée de la Manche le 25 juillet 1909 par Louis Blériot

 

Comment après cette victoire ne pas se sentir à son tour pousser des ailes ? Grandseigne fait discrètement son apprentissage de pilote. Parallèlement, il se consacre à la mise au point des moteurs et des hélices et pour ce faire multiplie les essais. Et  c’est justement pendant une séance d’essais, un peu par hasard, qu’il va réaliser l’exploit de son existence.  Il a 26 ans.

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Ce jour-là, l’animation est grande à Issy-les-Moulineaux, berceau de l’aviation. On s’y prépare pour le « Prix des amendes » ainsi désigné parce qu’il est doté grâce aux amendes infligées en cours d’année aux aviateurs survolant le terrain de manœuvres « en dehors des heures autorisées » effrayant ainsi les chevaux et mettant leurs cavaliers en méchante posture.

Robert Grandseigne espère beaucoup de cette compétition. Il multiplie les contrôles. Parti pour un ultime essai au sol, il a roulé trop loin, alors, afin d’éviter les hangars, il tire sur le manche et décolle. La nuit est claire. Inquiet, il sait que le vol de nuit est une folie ridicule. Mais tout se passe bien… Alors, il continue son vol, frôle la Tour Eiffel, survole l’Opéra… et rentre par Argenteuil, Courbevoie et Neuilly. Il atterrit sans incident à la lumière de la lune. C’est ainsi que Robert Grandseigne va écrire une nouvelle page de l’histoire de l’aviation : le premier vol de nuit qui aura duré exactement 1 heure et 2 minutes.

 

Robert Grandseine est décédé le 1er octobre 1961 et repose au cimetière de Passy.

 

 

Biblio. "Fameux normands, normands fameux" de R. Biot – PTC Paris-Normandie 2002

Merci au site acam.asso.fr et aux pages Wikipédia sur le sujet.

07/01/2012

Le pain de pommes de terre du normand Mustel

Originaires d’Amérique du sud, cultivées dès 2000 ans avant J.-C., voire plus tôt encore, les « papas » ne firent leur apparition chez les Européens qu’à la fin du XVe siècle, après la découverte du continent américain. C’est notamment  à la guerre de 7 ans et aux disettes engendrées par ce conflit entre 1756 et 1763, que l’on doit, dans notre pays, la prise de conscience de l’intérêt pour les populations de la consommation de la pomme de terre. Car si elle a été rapidement utilisée dans l’alimentation animale, elle n’est apparue sur la table de nos aïeux que bien longtemps plus tard, à la fin du XVIIIe siècle.    

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Deux hommes, deux anciens militaires de retour dans leur province après avoir pris part aux combats qui ont embrasé notre pays et une grande partie de l’Europe, vont contribuer à la faire connaître et à la faire apprécier : Antoine Augustin Parmentier (1737-1813), le picard, et François Georges Mustel (1719-1803), le normand. Si l’histoire se souviendra du premier, elle oubliera le second. Pourtant, François Mustel, originaire de Rouen où il est né le 11 août 1719, a été le premier à imaginer utiliser le fameux tubercule pour en faire du pain !  

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Capitaine des dragons de la Légion royale, sa carrière militaire lui a permis de "voir du pays" : l'Allemagne, les Flandres ou l'Alsace. Rentré chez lui en Normandie, à Rouen, dans le quartier Saint-Sever situé sur la rive gauche de la Seine, il décide dès lors de se consacrer à sa passion, l’agriculture, et particulièrement à la culture de la pomme de terre car, écrit-il « il n’y a point de militaire qui ne sache combien ce légume a puissamment contribué à la subsistance de nos armées en Allemagne ! »   

Connaissant la répugnance des normands pour cette plante tubéreuse, le chevalier Mustel va s’employer à la cultiver, la récolter, l’étudier, faire des recherches, les approfondir sans oublier de communiquer sur ses résultats. Il publie en 1767 avec un franc succès  un « Mémoire sur les pommes de terre et sur le pain oeconomique » dans lequel il expose sa méthode pour obtenir une bouillie de pommes de terre utilisable dans la fabrication d’un pain comprenant 1/3 ou ½ de farine de froment dont le coût de revient est inférieur à celui du pain ordinaire.

Non seulement il vante les qualités gustatives de son pain, mais surtout il n’omet pas de souligner son intérêt économique ! Dès lors, la demande ne va cesser d’augmenter et Mustel va s’employer à  organiser la production des pommes de terre en grandes quantités.   

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 Antoine Augustin Parmentier (1737-1813)

Quatre ans plus tard, Parmentier, pharmacien de son état, entre en scène. Lui qui disait volontiers que la Normandie était l’une des provinces du Royaume de France « où la pomme de terre a trouvé le plus de contradicteurs»,  va poursuivre les recherches du normand Mustel, avec lequel il correspondait régulièrement et qu’il qualifiait de « premier apôtre des pommes de terre en France ». En 1779, il fait paraître un ouvrage sur la « manière de faire le pain de pommes de terre, sans mélange de farine », rêvant de voir le pain de pommes de terre devenir la base de la nourriture journalière du « bon cultivateur ». Dix ans plus tard, dans son « Traité sur la culture et les usages des pommes de terre », il écrira « Les pommes de terre n’ont pas besoin de l’appareil de la boulangerie pour acquérir le caractère d’un aliment efficace. Elle sont dans leur état naturel, une sorte de pain tout fait : cuites dans l’eau ou sous les cendres, et assaisonnées avec quelques grains de sel, elles peuvent, sans autre apprêt, nourrir à peu de frais le pauvre pendant l’hiver. »  

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  Les mangeurs de pommes de terre – V. Van Gogh - 1885

Si en France, à la fin du XVIIIe siècle, on estime à 45 km² l’espace consacré à la culture de la pomme de terre, un siècle plus tard, en 1892, on atteint les 14 500 km².

Le 25 nivôse an II (13 janvier 1794), la Convention, confrontée à l’insuffisance des réquisitions de blé et aux émeutes, adopte la loi relative à la généralisation de culture de la pomme de terre. Son article 1 dispose que « les autorités constituées sont tenues d’employer tous les moyens qui sont en leur pouvoir dans les communes où la culture de la pomme de terre ne serait pas encore établie, pour engager tous les cultivateurs qui les composent à planter, chacun selon ses facultés, une portion de leur terrain en pommes de terre. »

Biblio. « Rouen Parmentier, Mustel et la pomme de terre » Dr K. Feltgen – oct. 1995 – Groupe Historique Histoire des Hôpitaux de Rouen. Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.