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20/02/2013

C'est la faute à Marot !

Qui de nous n’a pas pesté (et peste encore peut être) sur la règle de l’accord du participe passé avec le verbe avoir ? Eh bien savez-vous que cette règle de grammaire, qu’on nous a serinée maintes fois à l’école « avec le verbe avoir, on accorde le participe passé avec le COD s’il est placé avant le verbe », cette règle, on la doit à un  fils de normand ?

 

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Clément Marot (1496-1544)

 

Clément Marot, puisqu’il s’agit de lui, n'est certes pas né en Normandie mais à Cahors pendant l’hiver 1496 d’une mère gasconne mais d’un père normand, originaire de Caen, Jean des Marets dit Marot, poète, habile rhétoriqueur, qui fut secrétaire d’Anne de Bretagne (1477-1514).

 

Le jeune Clément pris tout naturellement le chemin poétique tracé par son père et composa des vers. Il sera d’ailleurs l’un des premiers grands poètes modernes français et deviendra le poète officiel de la cour du roi François Ier (1494-1547). Il compte aussi parmi les inventeurs de la langue française !

 

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Au XVIe siècle, alors que l’imprimerie commençait à se développer, que le français devenait une langue lue comme parlée, le roi François Ier, s’interrogeant sur la variation du participe, interrogea son fidèle Marot à ce sujet. Il faut dire qu’à cette époque, on disait, et donc on écrivait, « j’ai letres escrites ». Le poète, s’appuyant alors sur la langue italienne, pays où il a séjourné et où il décèdera, énonça  pour la première fois sa doctrine qui allait devenir la règle moderne d'accord du participe passé avec l'auxiliaire avoir : 

« Nostre langue a ceste facon,
Que le terme qui va devant,
Voluntiers regist le suyvant.
Les vieux exemples je suyvray
Pour le mieulx : car, à dire vray ;
La chanson fut bien ordonnée
Qui dit : m'amour vous ay donnée.
Et du bateau est estonné
Qui dit : M'amour vous ay donné.
Voila la force que possède
Le femenin quand il precede.
Or prouveray par bons temoings
Que tous pluriers n'en font pas moins ;
Il fault dire en termes parfaictz :
Dieu en ce monde nous a faictz ;
Fault dire en parolles parfaictes :
Dieu en ce monde les a faictes ;
Et ne fault point dire en effect :
Dieu en ce monde les a faict.
Ne nous a faict, pareillement,
Mais nous a faictz tout rondement. »*

 

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« On appris par cœur ces vers dans les ateliers d’imprimerie et le mal fut fait ! »

Voltaire (1694- 1778) ironisera quelques années plus tard : « Clément Marot a ramené deux choses d'Italie : la vérole et l'accord du participe passé... Je pense que c'est le deuxième qui a fait le plus de ravages !" 

*Clément Marot, Épigramme à ses disciples. 

27/01/2013

La Belle et la Bête, un conte teinté de normandie

La Belle et la Bête ! On se souvient tous du  film fantastique de Jean Cocteau sorti sur les écrans en 1946, où Jean Marais, un normand lui-aussi donnait la réplique à Josette Day.

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Mais saviez-vous que c’est à une romancière normande que l’on doit la dernière version de ce conte sur laquelle ont été basées la plupart des adaptations ultérieures ?

Car l’origine de cette histoire est très ancienne. L'une des premières versions connues est celle d'Apulée, un écrivain berbère du IIe siècle. Repris quatorze siècles plus tard, en 1550, par un romancier italien, Francesco Straparola (1480-1558) qui le publie dans son recueil  « Nuits facétieuses », il n’arrive en France qu’en 1740 grâce à Gabrielle-Suzanne de Villeneuve (1695-1755), qui en écrit la première version moderne et la fait paraître dans son recueil intitulé « La jeune Américaine et les contes marins ».  

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Jeanne Marie Leprince de Beaumont née Vaimboult

Ce n’est que 17 ans plus tard qu’il va réellement connaître la célébrité, après avoir été une nouvelle fois repris, sous une forme très abrégée, par une autre romancière, Jeanne Marie Leprince de Beaumont, dans ses  « Magasins des enfants, des adolescents et des pauvres. »

Cette romancière est née à Rouen, le 26 avril 1711. Institutrice de formation, elle publie son premier roman, « Le Triomphe de la vérité » en 1748. Partie à Londres comme Gouvernante, éducatrice de filles de la haute société, elle va se consacrer en parallèle à la rédaction d’œuvres éducatives et pédagogiques. Suivant sa devise « Plaire à la jeunesse en l’instruisant », elle adopte un style simple et bien adapté aux jeunes lecteurs qui fait son succès. C’est dans « Le magasin des enfants » de 1757 qu’elle introduit, en l’abrégeant, « la Belle et la Bête », le conte qui fera sa renommée et qui a pour but d’apprendre aux enfants à distinguer la laideur morale de la laideur physique.

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Après quinze années passées en Angleterre, elle rentre en France et achète une petite terre à Avallon près d’Annecy où elle continue d’écrire. Au total, elle aura rédigé environ 70 ouvrages religieux et moraux, ce qui, à cette époque, constitue un véritable exploit pour une femme-écrivain.

Elle termine sa vie près de sa fille et de ses six petits-enfants et décède le 8 septembre 1780 à Chavanod (Haute-Savoie). Elle ne connaîtra pas son arrière petit-fils, Prosper Mérimée, né 23 ans plus tard.

Biblio. merci aux nombreuses pages sur le sujet et notamment au site Wikipédia. 

 

02/01/2013

Une dictée imprégnée de Normandie !

S’il n’est pas né en Normandie mais à Paris, Prosper Mérimée est issu d’une famille de normands. Son père, Léonor (1757-1836) est né à Broglie (Eure). Sa mère, Anne Louise Moreau (1774-1852), bien qu’ayant vu le jour dans le département de l’Yonne, avait également des racines normandes.  

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Prosper Mérimée (1803-1870)

 

Après des études au Lycée Napoléon, futur Lycée Henri IV, le jeune Prosper poursuit des études de droit, marchant ainsi dans les pas de son grand-père paternel François Mérimée, éminent avocat du Parlement de Rouen. Après l’obtention de sa licence en 1823, il se consacre à la littérature et publie sa première œuvre deux ans plus tard. Elle sera suivie de beaucoup d’autres dont Colomba en 1840 et Carmen en 1845 qui inspirera à Georges Bizet son célèbre opéra. On doit aussi à Prosper Mérimée d’avoir initier le recensement sur le territoire français des ensembles architecturaux remarquables, annonçant, avec un siècle d’avance, celui lancé par André Malraux. 

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Terrasse à Sainte-Adresse - Claude Monet -1867

 

Et bien entendu, il y a LA dictée ! La dictée de Mérimée. Il était académicien en 1857 quand, afin de divertir la Cour de Napoléon III (1808-1873), à la demande de l’Impératrice Eugénie (1853-1870), il l’a écrite et dictée. Et bien entendu, elle raconte un épisode normand…

« Pour parler sans ambiguïté, ce dîner à Sainte-Adresse, près du Havre, malgré les effluves embaumés de la mer, malgré les vins de très bons crus, les cuisseaux de veau et les cuissots de chevreuil prodigués par l’amphitryon, fut un vrai guêpier. Quelles que soient, et quelque exiguës qu’aient pu paraître, à côté de la somme due, les arrhes qu’étaient censés avoir données la douairière et le marguillier, il était infâme d’en vouloir pour cela à ces fusiliers jumeaux et mal bâtis, et de leur infliger une raclée, alors qu’ils ne songeaient qu’à prendre des rafraîchissements avec leurs coreligionnaires. Quoi qu’il en soit, c’est bien à tort que la douairière, par un contresens exorbitant, s’est laissé entraîner à prendre un râteau et qu’elle s’est crue obligée de frapper l’exigeant marguillier sur son omoplate vieillie. Deux alvéoles furent brisés ; une dysenterie se déclara suivie d’une phtisie, et l’imbécillité du malheureux s’accrut. — Par saint Martin ! Quelle hémorragie ! s’écria ce bélître. À cet événement, saisissant son goupillon, ridicule excédent de bagage, il la poursuivit dans l’église tout entière. »

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Napoléon III, l'Impératrice Eugénie et le Prince Impérial vers 1865

L’empereur aurait fait 75 fautes, l’impératrice, de naissance espagnole, 62, Alexandre Dumas fils 24, Octave Feuillet 19 et l’ambassadeur d’Autriche Metternich fils, seulement 3 !

 Biblio. Merci aux nombreuses pages sur le sujet et notamment celles de Wikipédia.