Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

20/03/2013

L'acrostiche étonnant d'un prestigieux normand !

Tout le monde connaît Pierre Corneille, né à Rouen, rue de la Pie, le 6 juin 1606, ce dramaturge et poète, auteur du Cid (1637), inventeur du héros sublime, élevé au Collège de Bourbon tenu par les Jésuites, devenu aujourd’hui un prestigieux lycée de la ville portant son nom.   

Pierre Corneille.jpg

 Pierre Corneille (1606-1684)

 

Et il ne viendrait sûrement à l’idée de personne de considérer que ce grand homme puisse être un petit plaisantin aux propos grossiers… Et pourtant…

 Horace.jpg

 

En 1957,  le metteur en scène et comédien Hubert Gignoux (1915-2008) dirige le Centre dramaturge de l’Est qui vient de déménager de Colmar à Strasbourg. Pour l’inauguration de ce nouvel espace culturel, il travaille à la présentation de Horace, le chef-d’œuvre romain écrit par Corneille en 1639. Et c’est alors que, fortuitement, il va découvrir, dans une tirade du fils du vieil Horace, scène III - acte II, l’incroyable acrostiche ci-dessous :

 

Sattacher au combat contre un autre soi-même,
Attaquer un parti qui prend pour défenseur
Le frère d’une femme et l’amant d’une sœur,
Et rompant tous ces nœuds, s’armer pour la patrie
Contre un sang qu’on voudrait racheter de sa vie,
Une telle vertu n’appartenait qu’à nous ;
L’éclat de son grand nom lui fait peu de jaloux…

 

« Il crut tout d’abord qu’un hasard malicieux était seul responsable du sacrilège, mais les spécialistes des calculs de probabilité eurent tôt fait de lui démonter que cet assemblage de lettres n’avait qu’une chance sur mille milliards de se produire spontanément et que cet acrostiche était on ne peut plus prémédité. »

 

On ne sait pas encore aujourd’hui qui était ce « Sale cul » qui avait mérité un tel coup de bec du « Grand Corneille » !

 

 

Biblio. « Au bonheur des mots » de Cl. Gagnière – Ed. R. Laffont – Paris 1989.

 

20/02/2013

C'est la faute à Marot !

Qui de nous n’a pas pesté (et peste encore peut être) sur la règle de l’accord du participe passé avec le verbe avoir ? Eh bien savez-vous que cette règle de grammaire, qu’on nous a serinée maintes fois à l’école « avec le verbe avoir, on accorde le participe passé avec le COD s’il est placé avant le verbe », cette règle, on la doit à un  fils de normand ?

 

MAROT.jpg

Clément Marot (1496-1544)

 

Clément Marot, puisqu’il s’agit de lui, n'est certes pas né en Normandie mais à Cahors pendant l’hiver 1496 d’une mère gasconne mais d’un père normand, originaire de Caen, Jean des Marets dit Marot, poète, habile rhétoriqueur, qui fut secrétaire d’Anne de Bretagne (1477-1514).

 

Le jeune Clément pris tout naturellement le chemin poétique tracé par son père et composa des vers. Il sera d’ailleurs l’un des premiers grands poètes modernes français et deviendra le poète officiel de la cour du roi François Ier (1494-1547). Il compte aussi parmi les inventeurs de la langue française !

 

GRAMMAIRE.jpg

Au XVIe siècle, alors que l’imprimerie commençait à se développer, que le français devenait une langue lue comme parlée, le roi François Ier, s’interrogeant sur la variation du participe, interrogea son fidèle Marot à ce sujet. Il faut dire qu’à cette époque, on disait, et donc on écrivait, « j’ai letres escrites ». Le poète, s’appuyant alors sur la langue italienne, pays où il a séjourné et où il décèdera, énonça  pour la première fois sa doctrine qui allait devenir la règle moderne d'accord du participe passé avec l'auxiliaire avoir : 

« Nostre langue a ceste facon,
Que le terme qui va devant,
Voluntiers regist le suyvant.
Les vieux exemples je suyvray
Pour le mieulx : car, à dire vray ;
La chanson fut bien ordonnée
Qui dit : m'amour vous ay donnée.
Et du bateau est estonné
Qui dit : M'amour vous ay donné.
Voila la force que possède
Le femenin quand il precede.
Or prouveray par bons temoings
Que tous pluriers n'en font pas moins ;
Il fault dire en termes parfaictz :
Dieu en ce monde nous a faictz ;
Fault dire en parolles parfaictes :
Dieu en ce monde les a faictes ;
Et ne fault point dire en effect :
Dieu en ce monde les a faict.
Ne nous a faict, pareillement,
Mais nous a faictz tout rondement. »*

 

GRAMMAIRE 1.jpg

« On appris par cœur ces vers dans les ateliers d’imprimerie et le mal fut fait ! »

Voltaire (1694- 1778) ironisera quelques années plus tard : « Clément Marot a ramené deux choses d'Italie : la vérole et l'accord du participe passé... Je pense que c'est le deuxième qui a fait le plus de ravages !" 

*Clément Marot, Épigramme à ses disciples. 

27/01/2013

La Belle et la Bête, un conte teinté de normandie

La Belle et la Bête ! On se souvient tous du  film fantastique de Jean Cocteau sorti sur les écrans en 1946, où Jean Marais, un normand lui-aussi donnait la réplique à Josette Day.

La Belle et la Bête de Cocteau.jpg

Mais saviez-vous que c’est à une romancière normande que l’on doit la dernière version de ce conte sur laquelle ont été basées la plupart des adaptations ultérieures ?

Car l’origine de cette histoire est très ancienne. L'une des premières versions connues est celle d'Apulée, un écrivain berbère du IIe siècle. Repris quatorze siècles plus tard, en 1550, par un romancier italien, Francesco Straparola (1480-1558) qui le publie dans son recueil  « Nuits facétieuses », il n’arrive en France qu’en 1740 grâce à Gabrielle-Suzanne de Villeneuve (1695-1755), qui en écrit la première version moderne et la fait paraître dans son recueil intitulé « La jeune Américaine et les contes marins ».  

 Mme Leprince de Beaumont.jpg

Jeanne Marie Leprince de Beaumont née Vaimboult

Ce n’est que 17 ans plus tard qu’il va réellement connaître la célébrité, après avoir été une nouvelle fois repris, sous une forme très abrégée, par une autre romancière, Jeanne Marie Leprince de Beaumont, dans ses  « Magasins des enfants, des adolescents et des pauvres. »

Cette romancière est née à Rouen, le 26 avril 1711. Institutrice de formation, elle publie son premier roman, « Le Triomphe de la vérité » en 1748. Partie à Londres comme Gouvernante, éducatrice de filles de la haute société, elle va se consacrer en parallèle à la rédaction d’œuvres éducatives et pédagogiques. Suivant sa devise « Plaire à la jeunesse en l’instruisant », elle adopte un style simple et bien adapté aux jeunes lecteurs qui fait son succès. C’est dans « Le magasin des enfants » de 1757 qu’elle introduit, en l’abrégeant, « la Belle et la Bête », le conte qui fera sa renommée et qui a pour but d’apprendre aux enfants à distinguer la laideur morale de la laideur physique.

Livre .jpg

Après quinze années passées en Angleterre, elle rentre en France et achète une petite terre à Avallon près d’Annecy où elle continue d’écrire. Au total, elle aura rédigé environ 70 ouvrages religieux et moraux, ce qui, à cette époque, constitue un véritable exploit pour une femme-écrivain.

Elle termine sa vie près de sa fille et de ses six petits-enfants et décède le 8 septembre 1780 à Chavanod (Haute-Savoie). Elle ne connaîtra pas son arrière petit-fils, Prosper Mérimée, né 23 ans plus tard.

Biblio. merci aux nombreuses pages sur le sujet et notamment au site Wikipédia.