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15/09/2013

Marie Joly, le tombeau de la Brèche au diable

« Elle n’est plus, cette femme adorable

Favorite des jeux, des grâces, des amours

Joly n’est plus.

La Parque inexorable

A tranché le fil de ses jours. »

Au cœur de la Suisse Normande, à quelques kilomètres au nord de la ville de Falaise, entre Bons-Tassilly et Soumont-Saint-Quentin, un site où serpente le Laizon, il y a un lieu-dit qui porte le nom terrible de « la Brèche au diable » parce qu’ici, dit-on,  dans un excès de rage, le malin aurait fendu la terre d’un coup de queue.  

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 La Brèche au diable

 

Savez-vous que c’est dans ce lieu précis, au cœur d’une verdure romantique et au pied du promontoire rocheux surplombant à pic les gorges du Laizon, que repose Marie Joly, l’une des plus grandes comédiennes françaises du XVIIIe siècle.  

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 Porte d'accès au monument de Marie Joly

 

Née à Versailles, le 8 avril 1761, fille d’un costumier, la comédienne débute sur les planches à l’âge de 7 ans. Devenue sociétaire de la Comédie française le 27 mars 1783, elle enchante Versailles et s’y illustre en interprétant divers personnages des pièces de Molière (1622-1673).

Actrice, mais aussi danseuse et muse, elle épouse Nicolas Fouquet Dulomboy, riche capitaine de cavalerie, maire de Tassilly-Saint-Quentin, rencontré lors q’une représentation au Théâtre de Caen, dont elle aura cinq enfants.

Au cours d’un séjour dans leur manoir de Poussendre,  alors qu’ils se baladent côte à côte à cheval, elle manque de tomber dans le précipice de la Brèche au diable. L’endroit, une étroite vallée encaissée, couverte d’arbres et arrosée par un torrent tumultueux, au pied de falaises verticales, lui parait à la fois si étonnant et merveilleux, qu’elle fait promettre à son époux de l’y enterrer lorsque le moment sera venu.

Quand la jeune femme s’éteint des suites d’une pneumonie le 7 mai 1789 à trente-sept ans, son mari, fidèle à sa promesse, lui fait ériger un véritable sanctuaire à la hauteur de leur amour. Pour cela, il demande à l’architecte Lesueur l’exacte réplique du tombeau qu’il a construit pour le grand philosophe Jean-Jacques Rousseau, dont Marie était une fervente admiratrice.  

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Marie Joly est représentée allongée, grandeur nature, Thalie et Melpomène  veillant sur ses cendres. Sur la face ouest, qui domine la gorge, se trouve l'épitaphe suivante : "Ci-gît : Marie-Elisabeth Joly, femme Dulomboy, la meilleure des mères, la plus douce et la plus sensible des femmes, la plus tendre des épouses. Amante de la nature, artiste célèbre, elle décéda à Paris le seize Floréal an VI (5 mai 1798), âgée de 37 ans. Hommes, respectez sa cendre."

Et c'est depuis lors que la Roche-Saint-Quentin a pris le nom de Mont-Joly !

 

Biblio. « La brèche au diable – le tombeau de la comédienne Marie Joly – « Lieux romantiques en Normandie » de J.-C. Collet – Ed. Ouest-France – Rennes – 2013.

 

21/08/2013

L’arbre normand de l’existentialisme

Savez-vous que c’est chez nous, en Normandie, que Jean-Paul Sartre (1905-1980) aurait « découvert » l’arbre de l’existentialisme, cette théorie qui veut que « l'existence précède l'essence », que l'homme vient au monde sans but et ne cesse de changer, de par ses actes, jusqu'à sa mort, où son essence se fige ?

Normalien et agrégé, il a 26 ans quand, en mars 1931, après son service militaire, il est nommé professeur de philosophie au lycée de garçons du Havre, aujourd’hui le Lycée François Ier.

Peu conformiste, ses manières comme son attitude choquent autant les autres enseignants que les parents. Mais, parce qu’il affronte certains de ses élèves sur les rings de boxe, les autorise à fumer en classe et y fait régner une atmosphère décontractée peu en vogue à cette époque, il va séduire cinq générations d’adolescents !

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Sartre et ses élèves au Lycée du Havre

 

C’est en partie au Havre, aux terrasses du Café de la Grande Poste ou au Guillaume Tell  qu’il rédige son premier roman, publié en 1938 chez Gallimard, « la Nausée », roman  philosophique, quelque peu autobiographique, qui raconte les tourments existentiels d’Antoine Roquentin, son « double », jeune célibataire de 35 ans, historien à ses heures, qui vit au Havre, rebaptisé « Bouville ». 

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 Square Saint-Roch – le Havre

 

Un jour d’octobre 1931, le philosophe pousse la grille de l’un des endroits les plus paisibles de la ville, un espace de verdure particulièrement agréable, le square Saint-Roch. Il s’assied sur une chaise, et se met à contempler un arbre : « Il était très beau et je n’ai pas crainte de mettre ici ces deux renseignements spéciaux pour ma biographie : c’est à Burgos que j’ai compris ce qu’était une cathédrale et au Havre ce que c’était qu’un arbre. Malheureusement, je ne sais pas trop quel arbre c'était.»   

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Car, non seulement l’homme déteste la nature, mais il n'y connaît rien. Alors, il raconte son aventure à son amie Simone de Beauvoir (1908-1986) et lui décrit l’arbre en le dessinant.  Au vu du dessin, elle conclut à tort qu’il s’agit d’un marronnier. Car, il n'y a aucun marronnier dans le Square Saint-Roch !  Et c’est néanmoins cet arbre qui deviendra l'arbre de l'existentialisme !

 

«J'étais la racine de marronnier. Ou plutôt j'étais tout entier conscience de son existence. Encore détaché d'elle ­ puisque j'en avais conscience­ et pourtant perdu en elle, rien d'autre qu'elle. Une conscience mal à l'aise et qui pourtant se laissait aller de tout son poids, en porte-à-faux, sur ce morceau de bois inerte.*»

 

 

* Extrait de « La Nausée »

Biblio. "Le Havre - itinéraires insolites" d'I. Letélié - Ysec Editions 2011.

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.

 

31/07/2013

Un savant normand, Louis Nicolas Vauquelin

Savez-vous à qui l’on doit la découverte du chrome en 1797 et celle de l’oxyde de béryllium l’année suivante ? Cet homme là a aussi révélé la présence de nicotine dans le tabac dès 1809 et contribué à la découverte de la morphine ? C'est à lui encore que l'on doit la mise en évidence de la pectine et l’acide malique dans la pomme ?  Vous avez la réponse ? Allez, pour vous aider, j'ajoute qu'il est normand !  

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Louis Nicolas Vauquelin (1763-1829)

 

Il s'appelait Louis Nicolas Vauquelin. Né dans une famille pauvre le 16 mai 1763 à Saint-André d’Hébertot, une paroisse d’environ 700 âmes située dans l’actuel département du Calvados, il devient à 13 ans garçon de laboratoire chez un pharmacien de Rouen qui donnait des cours de physique et de chimie dans son officine à quelques apprentis privilégiés.   

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Maison natale de Louis Nicolas Vauquelin

 

Tout en nettoyant le laboratoire et en chargeant le feu, le jeune garçon, intelligent et curieux de tout, écoute ce que dit le maître et retient ses paroles qu’il consigne le soir à la lueur d’une bougie sur un simple cahier. Mais le pharmacien le surprend,  le lui arrache et le déchire sur place. « On m’aurait ôté le seul habit que j’eusse au monde, racontera-t’il souvent, j’aurais été moins affligé ! »

Révolté, il quitte Rouen et décide de tenter sa chance à Paris. Il s'y rend à pied avec seulement quelques sous en poche. Après de nombreuses péripéties, la chance finit par lui sourire. Il est embauché par un pharmacien de la rue Saint-Denis. Auprès de lui, il s’instruit tant et si bien qu’il finit par entrer au service du chimiste Antoine-François Fourcroy (1755-1809) dont il va être l’aide, puis l’élève, le compagnon assidu de tous ses travaux et enfin l’ami intime. A ses côtés, il va étudier la physique, l’anatomie, la physiologie et l’histoire naturelle. Devenu chimiste à son tour, il sera notamment nommé à l’Académie des Sciences, siègera à la chair de chimie du Collège de France, à l’Académie royale de médecine, sera professeur au Jardin du Roi. Chevalier de la légion d’honneur et de l’ordre de Saint-Michel, il est fait chevalier de l’Empire et est élu député pour le département du Calvados en 1827.

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Cet homme là n’oublia jamais son village natal de Saint-André d’Hébertot. Presque chaque année, il s’y rendait pour retrouver les siens. Très malade, il voulut venir une dernière fois respirer l’air de son enfance. C’est ainsi qu'il mourut chez lui le 14 novembre 1829.

 

Biblio. « Fier d’être normand – 100 bonnes raisons » de C. Lablancherie – Ed. Ouest-France 2013.

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.