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24/11/2013

Aristide Briand et la Normandie

Je vous ai déjà présenté la petite commune d’Hardencourt-Cocherel, nichée au cœur du département de l’Eure, sur le territoire de laquelle s’est déroulée la terrible bataille de Cocherel, une victoire française qui a permis à Charles V (1338-1380) de se faire sacrer roi de France le 19 mai 1364 (voir ma note du 16 mai 2012).

Mais saviez-vous que c’est parce qu’il aimait particulièrement ce coin champêtre de Normandie, que le nantais Aristide Briand (1862-1932) avait choisi d’y reposer ? Il avait découvert cet eden un jour de chasse. Séduit, il y avait acquis une modeste propriété qu'il va agrandir au fil des années.  

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Aristide Briand remontant la rue de l'église de Cocherel

(Montage et colorisation de l'illustration Hélène Dumur)

 

Aristide Briand, c’est cet avocat, journaliste et diplomate, « artiste de la politique », cofondateur avec Jaurès du parti socialiste français (1901), qui va se faire rapidement connaître et apprécier des français par ses dons oratoires et sa très forte personnalité. Véritable chef d’orchestre du pouvoir pendant le premier tiers du siècle dernier, il va connaître une carrière longue et extraordinaire : 23 fois ministre dont 17 fois aux Affaires étrangères, 11 fois président du Conseil et Député durant 30 ans !

Nous lui devons, au moins pour partie, la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat, loi qu’il saura faire appliquer avec une grande souplesse. 

 

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Durant la Première Guerre Mondiale, il va se transformer en un chef de guerre des plus efficaces. C’est lui qui est à la tête du gouvernement pendant la bataille de Verdun ! Plus tard, personnage phare des années 1920, le guerrier va se muer en Pèlerin de la paix. Il comprend qu'elle ne naîtra que de la réconciliation franco-allemande. En 1926, il obtient, conjointement avec son homologue allemand Gustav Stresemann, le Prix Nobel de la Paix en reconnaissance de ses efforts pour l’établissement d’une paix durable résultant de négociations librement consenties.

Bien avant Jean Monnet, il lancera l'idée d'États-Unis d'Europe et d'union fédérale européenne,   prémices de l’aventure européenne. Il s’emploie dès lors à convaincre les nations que c’est là le fondement de leur avenir et de leur prospérité.

Battu par Paul Doumer à l'élection présidentielle de 1931, il se retire de la vie politique et c’est plein d’amertume qu’il s’éteint le 7 mars 1932 à Paris d’un accident cardiaque. Il a 69 ans. La crise économique va renverser en quelques mois l’édifice qu’il avait patiemment contribué à construire. Le second conflit militaire mondial est en marche…   

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A Hardencourt-Cocherel, a été érigée en 1934 sa statue en bronze, œuvre du sculpteur Emile Oscar Guillaume (1867-1942).

 

Merci notamment au site http://www.houlbec-cocherel.fr

03/11/2013

La dame d’Echauffour, marquise de Sade

Jamais contraste entre époux ne fut plus frappant ! Lui, un écrivain parisien scandaleux, satire convaincu de vices et de crimes immondes, elle, une jeune normande, aimante, tendre, dévouée et résignée, aux yeux de qui l'époux ne saurait avoir de torts, une sainte de l'amour conjugal !

Elle est née Renée Pélagie de Montreuil. Son père, Claude René Cordier de Launay, marquis de Montreuil, est propriétaire de la seigneurie d’Echauffour, située au cœur du département normand de l’Orne. Sa mère, Marie‑Madeleine Masson de Plissay,  sera jusqu’à sa mort en 1798, la grande dame du château.  

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Fille aînée du couple, plus gracieuse que belle, elle à 23 ans quand elle épouse le 17 mai 1763 à l’Eglise Saint-Roch de Paris, un jeune marquis d’un an son cadet, Capitaine de Cavalerie, brillant soldat des campagnes d’Allemagne, Donatien Alphonse François qui allait devenir, hélas, le trop célèbre marquis de Sade (1740-1814).

Si, à la vérité, le jeune marié s’est au départ montré plus intéressé par sa jeune belle-sœur Louise, à la beauté piquante, il s’est finalement plié à la volonté de sa belle-mère qui voulait que son aînée soit établie en premier. De sa femme, dont il n’existe pas de portrait, il écrira  « Je n'ai pas trouvé la petite laide, dimanche ; elle est fort bien faite, la gorge fort jolie, le bras et la main fort blanche. Rien de choquant, un caractère charmant. »

Mariage de raison d’un côté, mariage d'amour de l’autre, le couple s’entend bien et auront trois enfants. Elle aime son mari et l’aimera jusqu’au bout de ses forces, et ce malgré ses nombreux écarts de conduite.   

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 Donatien Alphonse François, marquis de Sade (1740-1814).

 

Le 29 octobre 1763, il est arrêté une première fois dans sa garçonnière parisienne pour « débauche outrée » et est enfermé, sur ordre du roi, au donjon de Vincennes à la suite d'une plainte déposée par une prostituée occasionnelle qui n'a pas apprécié les petits jeux sadiques et blasphématoires du marquis. Libéré sur intervention de sa belle famille, il est assigné à résidence et séjournera jusqu’en septembre 1764 au château familial d’Échauffour.

Mais, de retour dans la capitale, il reprend très vite sa vie de débauche en multipliant ses liaisons. De guerre lasse, la marquise obtiendra finalement en 1790 la séparation de corps. Le marquis ne remettra jamais les pieds à Echauffour . Il mourra à l’asile de Charenton ou Napoléon l’avait fait enfermé. 

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Acte de décès du marquis de Sade

 

Quant à la marquise, elle mourut en 1810 et fut inhumée chez elle, à Echauffour, dans le petit cimetière du village.  

 

Biblio. Merci notamment au site http://echauffour.chez.com/ et aux pages Wikipédia sur le sujet.

13/10/2013

Des Petite Filles modèles bien normandes !

Elle n’est pas née en Normandie mais en Russie, à Saint-Pétersbourg, le 19 juillet 1799. Quand elle arrive en France avec sa famille en 1817, elle parle cinq langues, est parfaitement francophone et se convertit au catholicisme. Riche aristocrate, elle épouse deux ans plus tard un officier de cavalerie, le bel Eugène de Ségur (1798-1869) qui lui donnera « plus d’enfants que de motifs de satisfaction… » 

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Sophie Rostopchine, Comtesse de Ségur

 

C’est en 1821 que Sophie Rostopchine, Comtesse de Ségur, s’installe dans sa propriété de Nouettes, située en Normandie, à Aube, à sept kilomètres environ de l’Aigle, sur la route de Paris à Cherbourg, au cœur du Pays d’Ouche, dans le département de l’Orne.

Il s’agit d'un vaste domaine de plus de 72 hectares, dont les bouleaux du parc lui rappellent sa terre natale. Cette demeure sera son refuge durant plus de cinquante ans ! Elle va y passer les plus beaux moments de son existence. C’est là qu’elle mettra au monde cinq de ses huit enfants, les y élèvera tous et c’est là aussi qu’elle recevra plus tard ses nombreux petits enfants qu’elle appelle « ses amourets ».  

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Et c’est pour ces derniers, en 1856, qu’à cinquante-sept ans, elle fera son entrée dans le monde de la littérature. Elle publiera 17 livres à succès qui seront les fleurons de la « Bibliothèque rose » des Editions Hachette.

Les Nouettes, Aube et la Normandie  y ont une place de première importance. « Le pays, écrit-elle, était charmant. La vallée de l’Aigle est connue par son aspect animé, vert et riant, le village d’Aube est sur la grand’route ». 

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Ainsi Calichon commence à l’Aigle ses « Mémoires d’un âne » et c’est à Bagnoles-de-l’Orne que le général Dourakine se soigne...

Son premier livre, « Les Nouveaux Contes de fées » n’est autre qu’un recueil des comtes qu’elle raconte à ses petits-enfants. Le succès de cet ouvrage l’encourage à écrire les suivants,  un pour chacun de ses petits-enfants. C’est ainsi que vont paraître « Les malheurs de Sophie », « Les Petites Filles modèles », « Un bon petit diable », « Jean qui grogne et Jean qui rit »,…

Elle se sépare des Nouettes en 1872 et se retire à Paris où elle décède le 9 février 1874.

 

Biblio. "Histoire de la Normandie" de R. Jouet et C. Quétel - Larousse - 2005.