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26/08/2018

Le niveau d'alphabétisation de nos aïeux

Retour aux signatures de nos ancêtres sur les registres paroissiaux et d'état civil. Malgré l'invention de l'imprimerie, la société française des XVIe et XVIIe siècles est toujours majoritairement analphabète. Bien souvent, dans les villages, il n'y a pas d'école, et quand elle existe, rares sont ceux qui la fréquentent, plus souvent malgré tout les garçons que les filles, et encore moins de façon assidue. A cela s'ajoute le fait que l'enseignement de la lecture et de l'écriture sont à l'époque dissociés. L'apprentissage de l'écriture ne se fait qu'une fois la lecture assimilée. Si bien qu'il était fréquent qu'une personne sache plus ou moins lire sans savoir écrire.

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Comment cerner le degré d'alphabétisation de nos aïeux ? En 1877, un inspecteur d'académie à la retraite, Louis Maggiolo (1811-1895) se sert des actes de mariage, pour réaliser une grande enquête sur l'alphabétisation des français. Il demande à près de 16 000 instituteurs bénévoles de relever les signatures sur les registres paroissiaux de mariage pour quatre périodes quinquennales : 1686-1690, 1786-1790, 1816-1820 et 1872-1876.

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Pourcentage de conjoints d'après l'enquête de Maggiolo sachant signer leur nom

Le résultat est sans appel ! D'après cette enquête, en France, à la fin du XVIIe siècle, 2/3 des hommes et 7/8ème des femmes sont dans l'incapacité de signer leur nom. Un siècle plus tard, 63% des mariés ne savent toujours pas signer. Entre la fin du XVIIIe et la première moitié du XIXe siècles, le taux d'alphabétisation des hommes passe de 47,4% en 1786-1790 à 54,4% et celui des femmes dans le même temps de 26,8% à 34,5%. A cela s'ajoute une différence "géographique" : l'alphabétisation est nettement plus forte chez les français situés au nord d'une ligne fictive "St-Malo/Genève", chez les urbains que les ruraux. L'enquête témoigne également d'un lien très fort entre la richesse, l'éducation et le milieu social et la capacité à signer.

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Enfin, en dépit de tout cela, les femmes reste plus analphabètes que les hommes ! Cela s'explique par le moindre nombre d'écoles de filles dans les campagne pour elles, et surtout par leur statut même de femmes juridiquement incapables. Entre 1686 et 1690, les homme signent à 28% contre 14% pour les femmes. Un siècle plus tard, le taux est de 47% et 26%.

A suivre...

 

Biblio. "Les signatures de nos ancêtres, ou l'apprentissage d'un geste" de Th. Sabot - Ed. Thisa, 2012,

"La trace de nos ancêtres" de M. Lequesne - RFG n°141,

"Les signatures, un objet d'étude à ne pas négliger !" de S. Roelandt - Votre Généalogie, n°22.

29/07/2018

La signature de nos ancêtres

Tous les généalogistes vous le diront : découvrir au bas des actes l'écriture d'un aïeul est toujours un moment chargé d'émotion. Cette signature, c'est aussi un formidable outil grâce auquel on va tenter de mieux cerner la personnalité de son auteur.

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Seing manuel de Jean de Fonte, notaire d'Albi (XVIe siècle) - Archives départementales du Tarn

Difficile à croire mais les premières signatures ne sont apparues qu'au Moyen-âge, vers l'an 1250 ! En l'an 451, au Concile de Chalcédoine, la plupart des évêques sont incapables d'écrire leur nom ! Et quelques siècles plus tard, le roi de France Philippe Ier (1052-1108) comme Guillaume le Conquérant (1027-1087) sont toujours illettrés ! En fait, jusqu'au XIIIe siècle, peu importe car, pour valider un document, on se contente d'y apposer son "seing", mot issu du latin "signum", l'empreinte de son cachet ou anneau à signer.

Les premières "vraies" signatures, au sens actuel, datent donc du XIIIe siècle. Et ce sont les notaires qui les introduisent en adoptant pour leurs écritures courantes un "signum nominis", appelé aussi "petit seing" ou "seing du nom", formé des lettres de leur nom écrit en cursives avec quelques traits de plume.

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Grands seings et petits seings de notaires de 1297 à 1400

A la fin du XIVe siècle, le roi Jean Le Bon (1319-1364) sera le premier roi à signer lui-même de son nom ses lettres closes par un seau. C'est parallèlement l'époque où les noms propres se fixent en France. En 1554, l'ordonnance de Fontainebleau du roi Henri II (1519-1559) demande aux notaires de faire signer les parties contractantes "s'ils scavent signer". Plus d'un siècle plus tard, en 1667, le Code Louis précisera les modalités de la présence des signatures dans les actes des registres paroissiaux. A partir de là, la signature n'est plus seulement un signe de validation mais devient un signe de l'identité individuelle, une marque d'écriture personnelle qui permet à chaque individu de se distinguer des autres par l"inscription de son nom propre. Une marque ! Car la majorité de nos ancêtres ne savent ni lire, ni écrire.

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Croix, signes ou marques

Bien sûr, le bourgeois écrit son nom, l'homme de loi enveloppe sa signature avec des replis de paraphes compliqués et le gentilhomme se singularise en employant des lettres d'un demi-pouce. Pour se distinguer, l'artisan prend l'habitude de dessiner plus ou moins maladroitement un objet de son environnement professionnel. Le choix de l'outil est quasiment toujours identique : au boulanger, la pelle du four, au charpentier, une hache, au maréchal-ferrant, des pinces, au marin, une ancre ou un navire, au tailleur des ciseaux, etc...

Quant au paysan, il trace une croix, plus ou moins régulière, un signe connu et facile à reproduire mais aussi et surtout, un symbole religieux suffisamment fort pourtant pour s'apparenter à un serment. Tracer une croix, c'est ni plus ni moins prendre Dieu à témoin. Malheur donc à qui se parjurerait !

A suivre...

 

Biblio. "Les signatures de nos ancêtres, ou l'apprentissage d'un geste" de Th. Sabot - Ed. Thisa, 2012,

"La trace de nos ancêtres" de M. Lequesne - RFG n°141,

"Les signatures, un objet d'étude à ne pas négliger !" de S. Roelandt - Votre Généalogie, n°22.

10/06/2018

Le livre de raison au service de la généalogie

Voici, en généalogie, un outil bien précieux : le livre de raison. "Du latin "liber rationis" ou "liber rationum", c’est-à-dire « livre de comptes », il s'agit en fait d'un registre de comptabilité domestique comportant également des notations à caractère familial ou local. Le plus ancien connu date de 1313 mais ils se développèrent aux XVIe et XVIIe siècles. Tenu par le père de famille, s'il constituait un aide-mémoire pour l’auteur, il était principalement destiné à renseigner ses héritiers qui, à leur tour, se le transmettait de génération en génération...

Les auteurs de ces livres de raison sont en général des gentilshommes, des marchands, des hommes de loi, parfois des prêtres, rarement des artisans.

Leur contenu est varié : de la gestion du patrimoine familial , en passant par la généalogie et l'histoire familiale, la santé et les maladies de chaque membre de la famille, la météorologie ou bien encore les évènements importants du royaume.

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Statue de Fraimbault de Lassay

 

Voici deux extraits du livre de raison du normand Robert Des Landes, écuyer, sieur du Bois Jousselin et de Surlandes.*

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"Nous fusmes mariés ma femme et moy et espousés par le sieur Thoumin, curé de Saint Frainbault de Lassay, le 27 novembre 1651 et (un mot barré, et dans l'interligne : avons heu) pour enfants que je prie Nostre Seigneur et la Saincte Vierge de benir.

(dans la marge : premièrement). Et le 17e septembre viron 2 heures de matin (barré : l'an se) l'an 1652, ma femme acoucha de Jean qui fut nommé par mon frère Des Landes et madamoiselle de la Tousche, ma belle mere, et babtisé a Sainct (barré : Fraibaut) Frainbault de Lassay, peu de temps après sa naissance, et a vescu 10 sebmaines."

Ainsi, pas moins de 11 enfants vont naître de cette union entre 1651 et ce jour fatidique du 26 juillet 1668...

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"Et le 26 juillet jour Saincte Anne a viron 9 heures du soir en l'année 1668, Scolastique Rallu, ma paouvre chere femme mourut (barré : et f) estant grosse d'une petite (barré : enfant) fille de trois mois ou viron que l'on trouva dans son corps, estant ouverte pour recongnoistre la cause de son deceds ;l'on remarqua le poulmon offencé, le fois eschauffé et le mesentere, soubs lequel mesentere s'estoit formé un apsès par la longueur du temps qu'elle avoit esté infirme, affligée d'un toussement qui l'avoit faict amegrir depuis trois ans et demy ou viron qu'elle heut au temps de Pasques une grande pleuresie qui luy causa et laissa le mal dont en fin elle est decedée et a esté inhumée en l'église Nostre Dame de Domfront dans la chappelle des apostres ou avoient esté inhumés mon père, ma mère, mon frere Des Landes et quelqun de mes enfans."

Du fait de leur intérêt historique, plusieurs dizaines de ces livres de raison, qui sont toujours estampillés "archives privées", ont été publiés par des sociétés savantes locales. Un recensement, toutefois incomplet, de ceux conservés dans des établissements publics (archives départementales ou municipales, bibliothèques) a été entrepris en 1954 et a permis d’en repérer plus de 1200. Aux Archives Départementales de la Seine-Maritime, ils sont classés en Série J.

 

* Document travaillé le 29/05/2018 à l'Atelier de Paléographie des Archives Départementales de la Seine-Maritime dirigé par Marie Groult, que je remercie.