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13/02/2009

La déclaration de grossesse

La dissimulation des bâtards et des grossesses « délictueuses » n’a pas existé de tout temps au même degré. Au Moyen Age, dans certaines régions, les naissances illégitimes sont largement acceptées et le concubinage fréquent jusque dans le monde ecclésiastique. Le roi a des maîtresses officielles, les bâtards sont monnaie courante dans les familles nobles (le duc de Clèves en aurait eu soixante-trois !) Personne ne s’en offusque ! Et il est tout à fait légal de leur donner des droits comme à des enfants légitimes, de les mentionner dans son testament, de les faire élever sous son toit avec ses autres enfants, voire même par sa propre épouse.

L’existence de ces enfants illégitimes se voyait assurée selon la règle coutumière  « Qui fait l’enfant doit le nourrir » : le séducteur était tenu d’entretenir celui qu’il avait engendré. Quant aux femmes séduites, elles avaient la possibilité de désigner le père de leur enfant. La coutume précisait que, pour être valable, le serment devait être prononcé dans les douleurs. Le père désigné était alors obligé de contribuer aux frais entraînés par la naissance.

A partir du XVIe siècle, avec la Réforme protestante puis la Contre-Réforme catholique, les autorités ecclésiastiques vont accroître leur exigence de chasteté pour les prêtres et de respect des lois de l’Eglise pour les fidèles. Seul le roi va conserver ses coupables habitudes. L’Eglise condamnant l’adultère et le concubinage, les enfant illégitimes deviennent moins nombreux dans les familles aisées et se marginalisent dans les classes moyennes. Mais, parallèlement,  le sort des mères illégitimes s’aggrave alors jusqu’à devenir, au XVIIe siècle, intolérable. Devant le scandale, la crainte de la honte,  ces mères illégitimes se voient poussées à des solutions désespérées : l’avortement, bien sûr, mais aussi l’abandon et surtout l’infanticide.

 

Ces conduites criminelles appellent des mesures de prévention et de répression de la part de l’Etat. C’est ainsi, qu’en 1556, le roi Henri II publie un édit qui fait obligation aux filles grosses de déclarer leur état auprès d’un officier ministériel. Mais le caractère imprécis du texte fait, qu’en province, cette déclaration est faite soit auprès d’un greffe, d’un juge, d’un notaire, voire même d’un curé. C’est pourquoi, l’on retrouve quelquefois de telles déclarations dans les registres paroissiaux.

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Extrait du registre paroissial de la Paroisse de Pîtres (27) - Année 1702 - Film 8 mi 3099 p. 113

 (Au passage, un bon exercice de paléographie...)

 

En application de la loi, faute de déclaration, si l’enfant vient à mourir sans sépulture ni baptême, les mères sont passibles de la peine de mort.

 

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Jugement condamnant une mère infanticide à la peine de mort (fin du XVIIIe siècle)

 

Ce texte menaçant est publié régulièrement de trois mois en trois mois et est lu par les curés au prône. Il fera en outre l’objet de nombreux rappels comme en 1586 par Henri III, en 1708 par Louis XIV et en 1731 par Louis XV.

Si cette loi, dans la mesure où elle fut respectée, ce qui n’a pas toujours été le cas partout, a sauvé plus d’un enfant d’une mort dramatique, elle a contribué à augmenté de façon considérable le nombre des abandons !

 

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Le serment de la fille qui se trouve enceinte, gravure anonyme (XVIIIe siècle)

Bibliothèque de l'ancienne faculté de médecine, Paris.

 

A partir du XVIIIe siècle, la déclaration doit être faite au bailliage et quelques registres de ces déclarations subsistent (classement série B aux Archives Départementales). Outre les nom, prénom et filiation des déposantes, on y trouve aussi le cas échéant l’identité du géniteur et les circonstances des rencontres coupables. Autant de renseignements précieux pour le généalogiste...

 

Progressivement, des voix vont se multiplier pour condamner cette obligation de déclaration. On  lui reproche à la fois son indiscrétion et surtout sa brutalité. « Il y a en France des lois terribles, elles vont jusqu’à la fureur. Toute fille qui n’a point déclaré sa grossesse au magistrat est punie de mort si son fruit à péri » écrit Montesquieu dans l’Esprit des lois publié en 1748.

C’est ainsi que progressivement elle va tomber dans l’oubli comme l’écrit L-S. Mercier en 1783 : « L’édit est tombé en désuétude et sur cent filles qui accouchent clandestinement, à peine y en a-t-il une seule qui sache qu’une vieille loi la condamne à mort pour n’avoir pas révélé sa grossesse ».

 

Biblio. :"L'histoire des mères du moyen-âge à nos jours" d'Y. Knibiehler et C. Fouquet - Editions Montalba 1980.

08/01/2009

Un casse-tête pour le généalogiste : les enfants naturels

Au cours de ses recherches, on se heurte quelquefois à l’irritant problème de la légitimité d’un personnage. « Simple bâtard » ou « enfant incestueux », il convient de bien établir les différences, les nuances, les graduations dans l’état non légitime d’un enfant.

 

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Illégitime veut dire « hors du mariage », donc l’enfant illégitime est un enfant né hors d’une union légitime, hors mariage. Suivant la situation occupée par ses parents, suivant nos lois religieuses ou civiles, on distingue plusieurs catégories :

L’enfant naturel : c’est celui que la « vox populi » nomme « bâtard » (de « bast », vieux français qui veut exprimer une idée de mépris). En fait, pendant longtemps, c’était un état reconnu, que certains portaient presque comme un titre, à l’instar de Guillaume le Bâtard conquérant de Dunois. Jusqu’au début du XVIe siècle, dans certaines familles, le terme « Petit », accolé à un nom patronymique comme Jean Petit-Durand, révèle une origine illégitime. De même, la terminaison « et » pourrait également indiquer semblable origine, comme celle en « at », dans le midi.

Il existe trois sortes d’enfant naturel :

1)     l’enfant naturel né de père et mère inconnus ;

2)     l’enfant naturel issu de deux personnes non mariées mais connues ;

3)     l’enfant naturel dont un seul des parents est connu.

Ce dernier cas, courant pour la mère, est plus rare pour le père. En effet, sous l’ancien régime, lorsque la mère donnait le jour à un enfant non légitime, elle devait lors du baptême de l’enfant, et quand elle le connaissait, déclarer le nom de son suborneur sous peine d’astreinte.

L’enfant naturel peut être

1)     adultérin : issu de deux personnes dont l’une au moins est mariée, voire les deux, ce qui était le cas des enfants nés de Louis XIV et de Madame de Montespan.

2)     incestueux : c’est-à-dire né de deux proches parents (père et fille, frère et sœur, oncle et nièce, …). Etaient également réputés incestueux, jusqu’à la fin de l’ancien régime, les enfants nés d’un prêtre ordonné, d’un religieux ou d’une religieuse.

A cela s’ajoute :

- l’enfant légitime devenu illégitime : soit issu d’une union faite en dehors des lois du Royaume et annulée par le Pape, soit né de mariage dit « secret», mariage qui se pratiquait jusqu’à la chute de la monarchie, lorsque deux fiancés, dont la famille retardait l’union ou la désapprouvait, décidaient de se marier en dehors de leurs paroisses et sans la dispense du curé de leur paroisse d’origine. Parfois, ces mariages étaient célébrés une seconde fois, en règle cette fois-ci, afin de régulariser l’état des enfants nés entre les deux cérémonies.

- l’enfant légitime désavoué : cas d’un enfant dont les parents ou l’un des parents demandent le rejet de paternité.

La légitimation a pour effet de faire considérer l’enfant comme né pendant le mariage de ses parents. En sont exclus, les enfants incestueux et adultérins. La légitimation fait appel, en amont ou lors de la célébration du mariage, a la reconnaissance, acte authentique par lequel le père et/ou la mère reconnaît son enfant comme sien. Les enfants légitimés obtiennent les mêmes droits que ceux légitimement nés.

Gravure : "Le Fruit de l'Amour Secret", Nicolas Voyez le jeune d'après Pierre-Antoine Baudouin, XVIIIe siècle in "Les enfants du secret - Enfants trouvés du XVIIe siècle à nos jours", Catalogue de l'exposition de Rouen, Musée Flaubert et d'Histoire de la Médecine,  du 18 janvier au 14 juin 2008

03/01/2009

Bienvenue dans la grande famille des généalogistes amateurs !

Les premiers jours de l’année sont souvent propices à la mise en œuvre de projets maintes fois repoussés, faute de temps ou de motivation.
Mais voilà, aujourd'hui, vous sentez que c’est le moment, que c’est décidé : vous vous lancez dans la généalogie !
Mais au fait, c’est quoi la généalogie ? Une science ! Et oui, une science au sens propre du terme, c’est-à-dire une discipline qui possède une méthode et un but déterminés, au service de la connaissance de l’homme, une science humaine de la recherche de l’origine et de la filiation des familles.
Mais c’est aussi une aventure extraordinaire, à la fois voyage dans le temps et enquête policière !
Car construire sa généalogie en se contentant seulement d’aligner des noms et des dates serait bien entendu extrêmement réducteur ! La généalogie est bien plus que cela : elle nourrit l’histoire et se nourrit de l’histoire. La grande, bien sûr, mais aussi l’histoire locale, l’histoire sociale et l’histoire économique pour penser, imaginer, reconstruire le quotidien de ceux qui nous ont précédés. Mais la généalogie fait aussi appel à d'autres sciences comme l’anthroponymie, l’ethnologie, la biologie, la psychologie, la paléontologie, la sociologie, la démographie… et  bien sûr la philosophie ! Car, la démarche de réaliser une recherche généalogique est en en soi une quête identitaire. Au départ, il y a toujours les deux mêmes questions : d’où je viens et qui je suis ?
Généalogie descendante ou généalogie ascendante ? Au XIXème siècle, on faisait une généalogie descendante, on partait du premier ancêtre connu, on cherchait tous les enfants, tous les frères et sœurs et cela à chaque génération. C’était la seule façon de connaître les parentés contemporaines jusqu’aux cousinages plus ou moins étendus.
Mais cette méthode a montré rapidement ses limites : on cousine avec des familles qui ne sont plus vraiment cousins et qui n’ont plus dans leurs veines beaucoup de sang de nos ancêtres.
La méthode actuelle est inverse. Avec la généalogie ascendante, on part de soi (ou du contemporain connu) et l’on remonte en tentant de réunir, pour chaque individu de chaque génération, les renseignements sur sa naissance, son mariage et son décès. On obtient ainsi ses véritables ancêtres, ceux dont on a le sang.
Si cette méthode ne permet pas d’avoir les frères et sœurs à chaque génération et de connaître les parentés contemporaines, elle a l’avantage de donner en clair tous les ancêtres réels. Ensuite, rien n’empêche de faire plusieurs arbres et de les relier entre-eux par des « ponts ».
L’art est-il difficile ? Remonter la chaîne de ses ancêtres directs, maillon par maillon, découvrir pour chacun d’eux son identité (nom, prénom, profession, lieu de résidence), sa filiation, c’est-à-dire l’identité de ses géniteurs, « éplucher » pour cela les trois actes d’état civil classiques que sont les naissances, les mariages et les décès, est à la portée de tous dès lors qu’on raisonne logiquement et qu’on fait preuve d’humilité, de rigueur voire de minutie, d’exigence, de patience, de persévérance et d’esprit critique. Mais la généalogie n’est tout de même pas « un long fleuve tranquille » ! La route est vite semée d’embûches : la période révolutionnaire, l’une des plus difficile à franchir, le déchiffrage des registres paroissiaux, les variations orthographiques des noms patronymiques, les secrets de la paléographie, les blocages de toute nature.., et la liste est loin d’être exhaustive !
Je suis modestement une self-made-woman de la généalogie, formée très jeune sur le terrain, dans un service Etat Civil d’une grande ville où je fis mes premières armes de fonctionnaire ! J’y ai appris les règles de base en la matière et quelques « trucs et astuces » qui me sont des plus utiles aujourd’hui... Mais si je reste persuadée que toute personne, curieuse, suffisamment motivée par sa recherche, possédant des bases très élémentaires d’histoire peut facilement se débrouiller et monter son arbre généalogique, je suis convaincue qu’elle gagnera du temps et de l’aisance en s’inspirant d’un des nombreux guides pratiques ou manuels pour amateurs qui fleurissent chez les libraires ou en visitant les sites spécialisés qui sont gratuitement mis en ligne sur internet. Enfin, même si je déplore pour certaines d'entre-elles un manque de communication et d’ouverture, adhérer à une association généalogique me parait nécessaire, ne serait-ce que pour les échanges qu’elle favorise.evolution-20thoueille[1].jpg
Je ne puis conclure mon propos sans rendre hommage à ce formidable outil de liaison qu’est Internet. La mise en ligne progressive des collections des archives départementales, la création de sites dédiés à la généalogie comme Généanet ou Généalogie.com, les milliers d’arbres des particuliers qu’ils diffusent, … sont, pour les amateurs que nous sommes, de véritables trésors ! Cependant, à mes yeux, le cadeau le  plus précieux qu'Internet nous offre est certainement le contact avec ces cousins d’ici et d’ailleurs, croisés sur la toile au fil de ses recherches, avec lesquels on échange et  partage sa passion de la Généalogie !
L'aventure vous tente ? Alors, bienvenue dans la grande famille des généalogistes amateurs !