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12/07/2009

Qualificatifs identitaires sous l'Ancien Régime

Quelquefois, au cours de la consultation des registres paroissiaux, on remarque devant l’identité d’une personne des qualificatifs qu’il convient de repérer et d’interpréter car ils sont significatifs de la condition sociale de la personne qui les porte.

Le terme "Chevalier" ou "Ecuyer"  précédant le prénom et le nom d’une personne indique que celle-ci appartient à la noblesse.

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 Guillaume le Conquérant

En effet, depuis l’Ordonnance de Blois de 1579,  l’utilisation de ces termes pour un roturier est condamnée au titre de l’usurpation de noblesse. Ainsi est-il "interdit à toutes personnes de prendre le titre d’écuyer et de s’insérer au corps de la noblesse, s’ils ne sont issus d’un aïeul et d’un père qui aient fait profession des armes ou servi au public en quelques charges honorables." Il faut savoir que sous l’Ancien Régime, faire partie de la noblesse dispensait de payer l’impôt et que l’usurpation de titre relevait alors largement, notamment pour les riches bourgeois, d’une recherche de fraude fiscale.  Aux XVIe et XVIIe, nombre de personnages connus ou fortunés n’hésitent donc pas à s’approprier ces qualificatifs qu’il ne faut cependant prendre pour argent comptant ! C’est ainsi qu’en 1661, Colbert, alors Ministre des Finances, entreprend la vérification systématique des titres de noblesse…

 

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J-B. Colbert (1619-1683)

Le terme "Sieur" ou "Sire" : Etre "Sieur de …", c’est être possesseur de la terre désignée. Sieur est un titre de politesse, comme "monsieur" aujourd’hui, qu’on n’attribue pas cependant à n’importe qui (il faut être notable) mais s’applique à un roturier.

En revanche, être "Sire de… ", c’est être le seigneur de la terre désignée. Le seigneur fait partie de la noblesse.

"Noble dame et noble homme" sont accordés dans les actes à des roturiers dont le prestige local est important. A noter qu’ils ne qualifient des nobles que chez nous en Normandie.

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P. Véronèse - (1528-1588) - Portrait d'une Noble Dame

Le terme "Noble" lorsqu’il figure seul devant le prénom et le nom, peut être simplement et dans certaines régions seulement,  un qualificatif respectueux accordé à un roturier.

"Maître" est un qualificatif qui ne concerne que les roturiers mais qui désigne toujours un personnage important. Il peut s’agir soit d’un riche marchand fermier, d’un notaire, d’un curé, ou d’un maître-artisan. En effet, pour un artisan, au sein d’une corporation de métiers, accéder à la maîtrise donne le droit de faire "acte de maître", c’est-à-dire d’entreprendre à son compte des travaux et d’embaucher pour cela des compagnons et des apprentis. Pour parvenir à ce statut, il faut avoir réalisé un chef-d’œuvre jugé par ses pairs. Il faut également fournir des garanties de "bonnes vie et mœurs" et payer des droits d’enregistrement de ce nouveau titre, ce qui représente une charge financière non négligeable. Pour un maître-maçon des années 1650, elle représente 850 journées de salaire d’un compagnon. L’appellation de "maître" traduit donc, à elle seule, une réussite financière.

Pour les femmes et les jeunes-filles, les qualificatifs de "Damoiselle" ou d'"Honnête damoiselle"  sont aussi bien attribués à des personnes issues de la noblesse que, par courtoisie, à des personnes bien en vue et localement très respectées.

Pour les seuls roturiers cette fois, on trouve des qualificatifs attestant encore d’une excellente position locale : "Honorable Untel", "Honnête femme Unetelle".

Enfin, le qualificatif de  "Docteur", plus rare, évoque aussi bien les docteurs en médecine, que les docteur en théologie ou les docteurs en droit canon.

Après la révolution, tous ces qualificatifs de l’ancien régime vont disparaître des actes d’état civil.

 

04/05/2009

La bibliothèque du généalogiste

Si le généalogiste a besoin de travailler sur les archives, il a aussi besoin, à plus d’un titre, de rechercher et de consulter divers ouvrages, tant de documentation généalogique pure que de documentation générale.

Concernant la première, la plupart des cercles généalogiques proposent en prêt, à la lecture de leurs adhérents,  une bibliothèque très spécialisée composée de bulletins, études, revues, ouvrages et autres monographies régionales.

La documentation générale est de coloration plus historique. Elle permet au généalogiste d’approfondir les modes et conditions de vie de ses ancêtres grâce à la consultation d’ouvrages anciens ou plus récents qui n’en font pas moins référence.

La Revue Française de Généalogie a, dans son numéro 144 de février-mars 2003, repéré quelques ouvrages de base « incontournables » destinés à ceux qui souhaitent se constituer une petite bibliothèque spécialisée en ouvrages d’histoire. Ce fonds documentaire permet de disposer chez soi des clés nécessaires à une meilleure exploration  et à une meilleure compréhension du monde de nos aïeux. Les voici :

Ouvrages généraux :

- Histoire de la France rurale, Collectif, Le Seuil, 1976.

- Les Français d’hier : des paysans, XVe-XIXe siècles, G. Audisio, Armand-Colin, 1993.

- Les Français d’hier : des Croyants, XVe-XIXe siècles, G. Audisio, Armand-Colin, 1996.

- Le cadre de vie en France aux XVIe, XVIIe, XVIIIe siècles, P. Delsalle, Ophrys, 1995.

- Les campagnes en France aux XVIe, XVIIe, XVIIIe siècles, P. Delsalle, Ophrys, 1998.

- La recherche historique en archives, XVIe, XVIIe, XVIIIe siècles, Collectif, Ophrys, 1993.

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- La vie quotidienne des paysans français au XVIIe siècle, P. Goubert, Hachette, 1982.

- La vie quotidienne au temps de Louis XIV, F. Bluche, Hachette, 1984.

- Qui étaient nos ancêtres ?, J-L. Beaucarnot, J-C. Lattès, 2002.

 

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- Familles, parenté, maison, sexualité dans l’ancienne société, J-L. Flandrin, Hachette, 1976.

- Histoire de la France urbaine, Collectif, Le Seuil, 1983.

- Histoire de la Population française, Collectif, PUF, 1988.

- Histoire du Peuple français, Collectif, Nouvelle Librairie de France, 1999.

- Histoire des Mœurs, collectif, Gallimard, 1990.

- Histoire des Institutions, J. Ellul, PUF, 1969.

- Histoire des choses banales, naissance de la consommation, XVIIe-XIXe siècles, D. Roche, Fayard, 1997.

Témoignages et pages de vie :

- Les papiers d’un laboureur au siècle des lumières – Pierre Bordier : une culture paysanne, J. Vassort, Champ-Vallon, 1999.

- La vie de mon père, N. Rétif de la Bretonne, Olms, 1979.

- La vie d’un simple, E. Guillaumin, Stock, 1943.

- Mémoires d’un paysan bas-breton, J-M. Déguignet, 1834-1905, An Here, 2000.

- Louis-Simon, villageois de l’ancienne France, A. Fillon, Ouest-France, 1996.

Ouvrages ponctuels thématiques :

- Entrer dans la vie, naissances et enfances dans la France traditionnelle, Collectif, Gallimard Archives, 1978.

- Les amours paysannes, XVIe-XIXe siècles, J-L. Flandrin, Gallimard Archives,  1975.

- Mourir autrefois, attitudes collectives devant la mort aux XVIIe et XVIIIe siècles, M. Vovelle, Gallimard Archives, 1974.

- Le français dans tous les sens, H. Walter, Robert-Laffont, 1988.

- Dictionnaire du monde rural – Les mots du passé, M ; Lachiver, Fayard, 1997.

 

n.b. Certains de ces ouvrages étant épuisés, vous pouvez tenter votre chance sur le marché de l’occasion en allant sur le site www.chapitre.com

19/04/2009

La signature de nos ancêtres

La signature de nos aïeux est-elle révélatrice de leur niveau culturel ? A quelques rares exceptions près, les écrits de nos ancêtres lointains étant inexistants, leur signature est dès lors la seule trace permettant d’établir une graduation de l’échelle des savoirs.

Il faut rappeler que les toutes premières signatures (telle que nous les concevons aujourd’hui) sont apparues dès le Moyen Age avec le « grand seing » des notaires, dessin complexe flanqué d’une véritable signature paragraphée, dénommée quant à elle « petit seing ».

Au fil des siècles, les marques représentatives et distinctives des individus, même si elles ont été longtemps réservées aux élites, se sont transformées.

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La signature du Roi Henri IV
Du Ve au VIIIe siècle, seings, sceaux, ruches, souscriptions, rébus, marques, dessins… ont été autant d’étapes vers la signature permettant à celle-ci de devenir, par son expression, le signe écrit prioritaire pour l’identification.

Symbole religieux et signe précurseur de la signature, le plus connu et surtout le plus facilement reproductible, propre à emporter l’adhésion de la majorité silencieuse des illettrés, la croix, apparaissait, dans le monde d’autrefois, essentiellement comme un symbole religieux, suffisamment fort pour s’apparenter au serment. Tracer une croix, c’était prendre Dieu à témoin de son engagement. Et nos ancêtres, dont le bon sens compensait toujours le manque de culture, se méfiaient aussi des faussaires. Beaucoup de ces signes, apposés au bas d’un acte notarié, pouvaient facilement être reproduits. Désireux de se protéger et sans doute d’imiter ceux qui non seulement savaient écrire, mais qui d’un paraphe compliqué authentifiaient leurs signatures, les plus modestes (comme les artisans, les pêcheurs, …) cherchèrent souvent à se démarquer en reproduisant, plus ou moins maladroitement, un objet symbolique de leur environnement professionnel. Sous Louis XI, l’artisan dessine donc volontiers son outils, le paysan essaie de tracer une croix plus ou moins régulière, le bourgeois écrit son nom, l’homme de loi enveloppe sa signature avec des replis de paraphes compliqués, le gentilhomme se singularise en signant de lettres d’un demi-pouce.

L’usage de ces marques s’estompera dès le début du XVIIe siècle avec le développement de l’école mais aussi à cause de la promulgation, en 1554, d’une ordonnance d’Henri II ordonnant que  « dorénavant tous contrats et obligations quittances et actes privez, soient outre les seings des notaires, soussignez des parties qui les consentiront s’ils scavent signez ou quand ils ne scavent signez, par quelqu’un d’autre homme de bien et de cognoissance a leur requeste. »

Le manque de pratique de l’écriture limitera longtemps encore l’application de l’ordre royal ! Les villageois continueront volontiers jusqu’à la Révolution à remplacer leurs signatures par un signe, une marque ou encore un griffonnage quelconque que le notaire certifiera et que les curés, sur leurs registres paroissiaux accepteront avec bienveillance et en toute connaissance de cause.

Comment interpréter de façon rationnelle les signatures de nos ancêtres ? Pour nous y aider, la Revue Française de Généalogie a publié dans son numéro 141 d’Aout-Septembre 2002, le tableau d’analyse ci-dessous s’appuyant sur des travaux de statisticiens et sur l’expérience de généalogistes.

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