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24/08/2009

Les unités de mesure sous l’Ancien régime

Sous l’Ancien Régime, pas facile de savoir avec précision la taille exacte de son aïeul mesuré en 1760 ou sur quelle quantité de sel il était taxé ! Car, avant l’instauration du système métrique dans notre pays, si les unités de mesure sont aussi nombreuses que variées, des mesures identiques ont des appellations dissemblables et des mesures de même nom correspondent à des mesures différentes ! Bref, un vrai labyrinthe ! Pour s’en sortir, voici quelques notions de base…

S’agissant des mesures de longueur, elles sont héritées du système duodécimal romain. Pour mesurer la taille humaine, on se sert principalement de la toise (d’où l’expression « passer sous la toise », qui correspond à « l’étendue des bras », c’est-à-dire l’envergure des bras ou la distance entre les bouts des doigts, les deux bras étendus. La toise du Châtelet est l’étalon légal matérialisé, prétendument depuis Charlemagne, par une barre de fer fixée dans le mur du Grand Châtelet* et mesurant 6 pieds de roi soit environ 195 cm.

 

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Le Grand-Châtelet de Paris vers 1650

Le pied est l’unité de base des longueurs. Il se divise en 12 pouces, chaque pouce en 12 lignes et chaque ligne en 12 points. Mais, encore faut-il préciser de quel pied il s’agit ! Car si le pied de roi, ou pied de Paris, censé être celui de Charlemagne, mesure 32,483 cm, le pied du Rhin est de 33,3 cm et le pied de Londres de 31,2cm ! Quant au pied anglais, introduit par Guillaume en Normandie, il est égal à « quinze seizième du pied du Roi de France » !

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L'Empereur Charlemagne

Les grandes distances s’expriment en lieues, mais la lieue de Paris mesure 1666 toises jusqu’en 1674 et 2000 toises de 1674 à 1737 !

Les petites mesures se calculent en empan, lequel correspond à la longueur de la main, doigts écartés. Sa valeur varie également d’une région à l’autre : 20,1 cm à partir de la toise du Châtelet, 22,5 cm selon un étalon de Vallouise.

Pour mesurer les étoffes, les drapiers utilisent l’aune. Instaurée par un Edit royal de François 1er qui imposait de « n’utiliser comme unité de longueur que l’Aune du Roy ou Aune de Paris, ayant pout valeur 3 pieds, 7 pouces, 8 lignes de Pied du Roy », soit environ 118,84 cm, elle va elle aussi varier au fil des ans et des régions. Ainsi, au XVIIIe siècle, l’aune de Paris mesure 130 cm, celle de Lille, 69,3 cm et celle de Rouen, 141 cm ! A savoir, l’aune se subdivise en demies, tiers, quarts et sixièmes.

La brasse est une mesure utilisée dans la marine. Elle correspond à la longueur de corde entre les bras étendus. Elle varie de 5 à 7,6 pieds, soit environ 1,624 m. Quant au mile marin, comme sa longueur correspond à une minute d’arc de méridien, son calcul est précis, sa longueur stable et scientifique : 1 852 m.

Les surfaces s’expriment soit à partir des unités de longueur comme la toise carrée, le pied carré, le pouce carré…soit avec des valeurs plus approximatives comme le journal. C’est la surface de terre qu’une charrue peut labourer ou qu’un homme peut travailler en une journée. Le journal de Paris correspond à 32 ares 86, celui de Bordeaux à 31 ares 93, … L’arpent est une mesure agraire très utilisée. L’arpent de Paris vaut 100 perches carrées de 18 pieds de côté (31,19 ares) et l’arpent des eaux et forêts équivaut à 100 perches carrées de 22 pieds de côtés (51,04 ares). La verge vaut ¼ d’arpent, l’acre vaux 2 arpents, l’ânée est la surface de terre ensemencée avec la charge d’un âne, soit environ 7 arpents. La rasière, la quarterée, la séterée, la poignerée, l’éminée sont des surfaces ensemencées avec le grain contenu dans une rasière, une quartière, un setier, une poignère ou une émine. En Provence, l’éminée correspond à 8 ou 9 ares, mais peut avoir une tout autre valeur en Anjou ou ailleurs !

L’unité de base de mesure des liquides est la pinte. En 1742, elle est officiellement définie à 0,95 litres. Le muid vaut 2 feuillettes, 1 feuillette vaut 2 quartauts, 1 quartaut vaut 72 pintes. La pinte vaut 2 chopines, la chopine vaut 2 demi-setiers, le demi-setier vaut 2 possons et le posson 4 roquilles. Pour les plus grandes quantités, l’unité est la pièce (appelée aussi futaille ou barrique selon les régions), elle varie de  274 litres en Languedoc à 183 litres en Champagne.

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Proportion des mesures des anciens pour les longueurs et leur rapport à celles de Paris - Gravure anonyme - 1699

Enfin, concernant les matières sèches, comme le blé, l’orge, le seigle, l’unité de base est le boisseau (environ 12,7 litres). Ses multiples sont nombreux. Le muid vaut 12 setiers, le setier 2 mines, la mine 2 minots, le minot 3 boisseaux. Le boisseau vaut 16 litrons. Pour compliquer le tout, le setier correspond à un nombre différent de boisseaux selon les matières ou les lieux. Ainsi, à Paris, un setier correspond à 12 boisseaux de blé, d’orge ou de seigle mais à 24 boisseaux d’avoine. Un setier correspond à 24 boisseaux d’avoine à Paris mais à seulement 18 à Meulan !

L’unité de mesure du bois est la corde. Elle correspond à la quantité de bois que la corde, à une longueur donnée, peut entourer. La corde officielle est celle des Eaux et Forêts (environ 3,8 stères).

Pour mesurer le poids, l’unité de base est la livre (489,5 grammes). La livre vaut 2 marcs, le marc 8 onces, l’once 8 gros et le gros 8 grains. La livre se divise aussi en 4 quarterons et le quarteron en 4 onces. Pour exprimer les plus grands poids, on trouve le quintal qui vaut 100 livres, le millier qui vaut 1000 livres et le tonneau de mer qui vaut 2000 livres (979 kg). Enfin, certaines matières sont calculées avec des récipients remplis soit à refus, soit à ras, le refus constituant la marge du négociant pour un même prix d’achat et de revente.

 

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Les Unités du système métrique - Gravure de J.P. Delion (1799)

Lors de la préparation des Etats Généraux de 1789, l’unification des poids et des mesures est très largement réclamée par les trois Etats. La multiplication des droits de mesurage et l’infinité de valeurs des mesures, qui changent dans le temps et dans l’espace, les fraudes constantes, l’éloignement de l’idée de justice dans la répartition des biens entre les membres des communautés sont clairement exprimés dans les cahiers de doléances « « une seule mesure pour tout le royaume, et que les grains de toutes espèces se mesurent dans la même mesure (…) pour que le malheureux ne soit pas lésé ».

Le 8 mai 1790, sur proposition de Talleyrand, l’Assemblée Nationale décide de la création d’un système de mesures décimal aux caractéristiques stables, uniformes et simple. Le 30 mars 1791, nait la mesure du mètre et le 18 germinal an III (7 avril 1795), un décret de la Convention fit des nouvelles « mesures républicaines » les mesures légales et obligatoires en France.

* Dès le IXe siècle, les accès aux deux ponts qui reliaient l’Ile de la Cité de Paris aux berges de la Seine, furent protégés par deux châtelets, d’abord en bois puis en pierre : le Grand Châtelet au nord, destiné à protéger l’accès au Grand Pont (actuel Pont au Change) et le Petit Châtelet au sud.

25/07/2009

L'âge de la majorité

Dans un acte de mariage, le prêtre indique toujours si les fiancés sont "mineurs" ou "majeurs". Cette mention est des plus utiles car elle permet de cerner l’âge des futurs époux en fonction de la date et du lieu du mariage. Mais, à quel âge exactement était-on majeur dans notre pays autrefois ?

L’âge de la majorité, c’est-à-dire la capacité d’un individu à exercer librement ses droits qu’ils soient matrimoniaux, civiques ou politiques, sans l’accord de ses parents ou de son ou ses tuteurs, a varié selon son statut, les époques et aussi les régions.

Ainsi, s’agissant de la majorité des rois de France, une ordonnance de 1374 fixe celle-ci « à sa quatorzième année ». Mais tantôt l’ordonnance n’est pas appliquée (le régent se maintenant au pouvoir), tantôt on s’interroge sur la date exacte, début ou fin de la quatorzième année ? C’est au XVIIe siècle que la réponse est confirmée : le roi est majeur le lendemain de son treizième anniversaire !

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"La majorité de Louis XIII, le 20 octobre 1614" - Rubens

Concernant l’âge du mariage dans notre pays, dès le Moyen Age, l’Eglise reconnaît comme valides les mariages contractés, même sans le consentement des parents, à partir de 13 ans pour les garçons et 11 ans ½ pour les filles. Cette position, confirmée pourtant par le Concile de Trente, ne convient pas, ni au pouvoir royal ni aux grandes familles soucieuses d’éviter des mésalliances et qui n’hésitent pas à qualifier de « mariages clandestins » ces unions passées sans l’accord des familles. C’est pourquoi, un décret royal de 1556 subordonne donc le mariage des enfants mineurs à l’autorisation des parents : "Ordonnons que les enfants de famille ayant contracté ou qui contracteront mariages clandestins contre le gré, le vouloir et le consentement de leurs pères et mères, puissent être par leurs dits pères et mères exhédérés (= exclus) de leurs successions." Et pour faire bonne figure, l’âge de la majorité matrimoniale est porté par l’Ordonnance Royale de Blois de 1579, à 30 ans pour les fils (et pour la simple raison qu’ils étaient susceptibles d’engager davantage les biens familiaux) et 25 ans pour les filles.

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"Le mariage de la Vierge" - Raphaël - 1504

Avant cette majorité, impossible pour les enfants de se marier sans le consentement de leurs parents, l’avis du père l’emportant en cas de désaccord des deux. Même après leur majorité, si les parents sont hostiles au mariage, les enfants doivent leur adresser, par trois fois et par notaire, des "actes respectueux " avant toute cérémonie. En 1639, ces dispositions sont encore renforcées avec l’obligation de publier trois bans et d’entourer le prêtre de quatre témoins au minimum. On va même jusqu’à punir de mort "ceux qui se trouveront avoir suborné fils ou fille mineurs sous prétexte de mariage sans le consentement exprès des pères, mères et tuteurs". A noter cependant que, quelque soit l’époque, la présence des parents à la célébration du mariage, qu’il soit civil ou religieux, vaut consentement. Selon les régions, des « aménagements » vont être apportés à ces règles. Ainsi, le Parlement de Rouen en Normandie décrète en 1666 que toute personne née sur son territoire est majeure dès l’âge de 20 ans. Par contre, en Bretagne voisine, le fils reste jusqu’à 60 ans sous l’autorité de son père, à moins de se marier avec son consentement, ce qui l’émancipe.

A la Révolution, le mariage devient un acte laïc puisqu’il doit être enregistré en mairie avant de pouvoir se nouer à l’église. La loi du 20 septembre 1792 autorise les mariages avec autorisation parentale à partir de 13 ans pour les filles et 15 ans pour les garçons, la majorité pour l’ensemble des droits et pour les deux sexes étant acquise à 21 ans. La loi Révolutionnaire met en avant l’égalité des membres de la famille et, en abaissant l’âge de la majorité, assure que "la voix impérieuse de la raison s’est faite entendre ; elle a dit : il n’y a plus de puissance paternelle… ".

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"L'Accordée de Village" - J-B. Greuze (1725-1805)

Avec le Code civil de 1804, Napoléon renforce l’autorité du chef de famille. Le Code civil ne permet plus les mariages qu’à partir de 15 ans pour les filles et 18 ans pour les garçons, avec autorisation parentale. La majorité matrimoniale permettant de convoler librement n’est acquise qu’à 21 ans pour les filles et 25 ans pour les garçons. Pour les droits civils, la majorité est de 21 ans pour les deux sexes.

Depuis les années 1900, la législation a à la fois abaissé l’âge de la majorité et augmenté celui à partir duquel il est possible de se marier. La loi du 21 juin 1907 modifie le Code civil en portant la majorité matrimoniale à 21 ans pour les deux sexes. Celle du 5 juillet 1974 ramène la majorité des hommes comme des femmes à 18 ans, pour les droits civiques comme pour les droits matrimoniaux. Enfin, en 2005, l’âge à partir duquel il est possible à des jeunes gens de se marier passe à 18 ans, c’est-à-dire l’âge de leur majorité, pour les deux sexes.

12/07/2009

Qualificatifs identitaires sous l'Ancien Régime

Quelquefois, au cours de la consultation des registres paroissiaux, on remarque devant l’identité d’une personne des qualificatifs qu’il convient de repérer et d’interpréter car ils sont significatifs de la condition sociale de la personne qui les porte.

Le terme "Chevalier" ou "Ecuyer"  précédant le prénom et le nom d’une personne indique que celle-ci appartient à la noblesse.

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 Guillaume le Conquérant

En effet, depuis l’Ordonnance de Blois de 1579,  l’utilisation de ces termes pour un roturier est condamnée au titre de l’usurpation de noblesse. Ainsi est-il "interdit à toutes personnes de prendre le titre d’écuyer et de s’insérer au corps de la noblesse, s’ils ne sont issus d’un aïeul et d’un père qui aient fait profession des armes ou servi au public en quelques charges honorables." Il faut savoir que sous l’Ancien Régime, faire partie de la noblesse dispensait de payer l’impôt et que l’usurpation de titre relevait alors largement, notamment pour les riches bourgeois, d’une recherche de fraude fiscale.  Aux XVIe et XVIIe, nombre de personnages connus ou fortunés n’hésitent donc pas à s’approprier ces qualificatifs qu’il ne faut cependant prendre pour argent comptant ! C’est ainsi qu’en 1661, Colbert, alors Ministre des Finances, entreprend la vérification systématique des titres de noblesse…

 

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J-B. Colbert (1619-1683)

Le terme "Sieur" ou "Sire" : Etre "Sieur de …", c’est être possesseur de la terre désignée. Sieur est un titre de politesse, comme "monsieur" aujourd’hui, qu’on n’attribue pas cependant à n’importe qui (il faut être notable) mais s’applique à un roturier.

En revanche, être "Sire de… ", c’est être le seigneur de la terre désignée. Le seigneur fait partie de la noblesse.

"Noble dame et noble homme" sont accordés dans les actes à des roturiers dont le prestige local est important. A noter qu’ils ne qualifient des nobles que chez nous en Normandie.

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P. Véronèse - (1528-1588) - Portrait d'une Noble Dame

Le terme "Noble" lorsqu’il figure seul devant le prénom et le nom, peut être simplement et dans certaines régions seulement,  un qualificatif respectueux accordé à un roturier.

"Maître" est un qualificatif qui ne concerne que les roturiers mais qui désigne toujours un personnage important. Il peut s’agir soit d’un riche marchand fermier, d’un notaire, d’un curé, ou d’un maître-artisan. En effet, pour un artisan, au sein d’une corporation de métiers, accéder à la maîtrise donne le droit de faire "acte de maître", c’est-à-dire d’entreprendre à son compte des travaux et d’embaucher pour cela des compagnons et des apprentis. Pour parvenir à ce statut, il faut avoir réalisé un chef-d’œuvre jugé par ses pairs. Il faut également fournir des garanties de "bonnes vie et mœurs" et payer des droits d’enregistrement de ce nouveau titre, ce qui représente une charge financière non négligeable. Pour un maître-maçon des années 1650, elle représente 850 journées de salaire d’un compagnon. L’appellation de "maître" traduit donc, à elle seule, une réussite financière.

Pour les femmes et les jeunes-filles, les qualificatifs de "Damoiselle" ou d'"Honnête damoiselle"  sont aussi bien attribués à des personnes issues de la noblesse que, par courtoisie, à des personnes bien en vue et localement très respectées.

Pour les seuls roturiers cette fois, on trouve des qualificatifs attestant encore d’une excellente position locale : "Honorable Untel", "Honnête femme Unetelle".

Enfin, le qualificatif de  "Docteur", plus rare, évoque aussi bien les docteurs en médecine, que les docteur en théologie ou les docteurs en droit canon.

Après la révolution, tous ces qualificatifs de l’ancien régime vont disparaître des actes d’état civil.