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25/07/2009

L'âge de la majorité

Dans un acte de mariage, le prêtre indique toujours si les fiancés sont "mineurs" ou "majeurs". Cette mention est des plus utiles car elle permet de cerner l’âge des futurs époux en fonction de la date et du lieu du mariage. Mais, à quel âge exactement était-on majeur dans notre pays autrefois ?

L’âge de la majorité, c’est-à-dire la capacité d’un individu à exercer librement ses droits qu’ils soient matrimoniaux, civiques ou politiques, sans l’accord de ses parents ou de son ou ses tuteurs, a varié selon son statut, les époques et aussi les régions.

Ainsi, s’agissant de la majorité des rois de France, une ordonnance de 1374 fixe celle-ci « à sa quatorzième année ». Mais tantôt l’ordonnance n’est pas appliquée (le régent se maintenant au pouvoir), tantôt on s’interroge sur la date exacte, début ou fin de la quatorzième année ? C’est au XVIIe siècle que la réponse est confirmée : le roi est majeur le lendemain de son treizième anniversaire !

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"La majorité de Louis XIII, le 20 octobre 1614" - Rubens

Concernant l’âge du mariage dans notre pays, dès le Moyen Age, l’Eglise reconnaît comme valides les mariages contractés, même sans le consentement des parents, à partir de 13 ans pour les garçons et 11 ans ½ pour les filles. Cette position, confirmée pourtant par le Concile de Trente, ne convient pas, ni au pouvoir royal ni aux grandes familles soucieuses d’éviter des mésalliances et qui n’hésitent pas à qualifier de « mariages clandestins » ces unions passées sans l’accord des familles. C’est pourquoi, un décret royal de 1556 subordonne donc le mariage des enfants mineurs à l’autorisation des parents : "Ordonnons que les enfants de famille ayant contracté ou qui contracteront mariages clandestins contre le gré, le vouloir et le consentement de leurs pères et mères, puissent être par leurs dits pères et mères exhédérés (= exclus) de leurs successions." Et pour faire bonne figure, l’âge de la majorité matrimoniale est porté par l’Ordonnance Royale de Blois de 1579, à 30 ans pour les fils (et pour la simple raison qu’ils étaient susceptibles d’engager davantage les biens familiaux) et 25 ans pour les filles.

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"Le mariage de la Vierge" - Raphaël - 1504

Avant cette majorité, impossible pour les enfants de se marier sans le consentement de leurs parents, l’avis du père l’emportant en cas de désaccord des deux. Même après leur majorité, si les parents sont hostiles au mariage, les enfants doivent leur adresser, par trois fois et par notaire, des "actes respectueux " avant toute cérémonie. En 1639, ces dispositions sont encore renforcées avec l’obligation de publier trois bans et d’entourer le prêtre de quatre témoins au minimum. On va même jusqu’à punir de mort "ceux qui se trouveront avoir suborné fils ou fille mineurs sous prétexte de mariage sans le consentement exprès des pères, mères et tuteurs". A noter cependant que, quelque soit l’époque, la présence des parents à la célébration du mariage, qu’il soit civil ou religieux, vaut consentement. Selon les régions, des « aménagements » vont être apportés à ces règles. Ainsi, le Parlement de Rouen en Normandie décrète en 1666 que toute personne née sur son territoire est majeure dès l’âge de 20 ans. Par contre, en Bretagne voisine, le fils reste jusqu’à 60 ans sous l’autorité de son père, à moins de se marier avec son consentement, ce qui l’émancipe.

A la Révolution, le mariage devient un acte laïc puisqu’il doit être enregistré en mairie avant de pouvoir se nouer à l’église. La loi du 20 septembre 1792 autorise les mariages avec autorisation parentale à partir de 13 ans pour les filles et 15 ans pour les garçons, la majorité pour l’ensemble des droits et pour les deux sexes étant acquise à 21 ans. La loi Révolutionnaire met en avant l’égalité des membres de la famille et, en abaissant l’âge de la majorité, assure que "la voix impérieuse de la raison s’est faite entendre ; elle a dit : il n’y a plus de puissance paternelle… ".

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"L'Accordée de Village" - J-B. Greuze (1725-1805)

Avec le Code civil de 1804, Napoléon renforce l’autorité du chef de famille. Le Code civil ne permet plus les mariages qu’à partir de 15 ans pour les filles et 18 ans pour les garçons, avec autorisation parentale. La majorité matrimoniale permettant de convoler librement n’est acquise qu’à 21 ans pour les filles et 25 ans pour les garçons. Pour les droits civils, la majorité est de 21 ans pour les deux sexes.

Depuis les années 1900, la législation a à la fois abaissé l’âge de la majorité et augmenté celui à partir duquel il est possible de se marier. La loi du 21 juin 1907 modifie le Code civil en portant la majorité matrimoniale à 21 ans pour les deux sexes. Celle du 5 juillet 1974 ramène la majorité des hommes comme des femmes à 18 ans, pour les droits civiques comme pour les droits matrimoniaux. Enfin, en 2005, l’âge à partir duquel il est possible à des jeunes gens de se marier passe à 18 ans, c’est-à-dire l’âge de leur majorité, pour les deux sexes.

12/07/2009

Qualificatifs identitaires sous l'Ancien Régime

Quelquefois, au cours de la consultation des registres paroissiaux, on remarque devant l’identité d’une personne des qualificatifs qu’il convient de repérer et d’interpréter car ils sont significatifs de la condition sociale de la personne qui les porte.

Le terme "Chevalier" ou "Ecuyer"  précédant le prénom et le nom d’une personne indique que celle-ci appartient à la noblesse.

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 Guillaume le Conquérant

En effet, depuis l’Ordonnance de Blois de 1579,  l’utilisation de ces termes pour un roturier est condamnée au titre de l’usurpation de noblesse. Ainsi est-il "interdit à toutes personnes de prendre le titre d’écuyer et de s’insérer au corps de la noblesse, s’ils ne sont issus d’un aïeul et d’un père qui aient fait profession des armes ou servi au public en quelques charges honorables." Il faut savoir que sous l’Ancien Régime, faire partie de la noblesse dispensait de payer l’impôt et que l’usurpation de titre relevait alors largement, notamment pour les riches bourgeois, d’une recherche de fraude fiscale.  Aux XVIe et XVIIe, nombre de personnages connus ou fortunés n’hésitent donc pas à s’approprier ces qualificatifs qu’il ne faut cependant prendre pour argent comptant ! C’est ainsi qu’en 1661, Colbert, alors Ministre des Finances, entreprend la vérification systématique des titres de noblesse…

 

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J-B. Colbert (1619-1683)

Le terme "Sieur" ou "Sire" : Etre "Sieur de …", c’est être possesseur de la terre désignée. Sieur est un titre de politesse, comme "monsieur" aujourd’hui, qu’on n’attribue pas cependant à n’importe qui (il faut être notable) mais s’applique à un roturier.

En revanche, être "Sire de… ", c’est être le seigneur de la terre désignée. Le seigneur fait partie de la noblesse.

"Noble dame et noble homme" sont accordés dans les actes à des roturiers dont le prestige local est important. A noter qu’ils ne qualifient des nobles que chez nous en Normandie.

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P. Véronèse - (1528-1588) - Portrait d'une Noble Dame

Le terme "Noble" lorsqu’il figure seul devant le prénom et le nom, peut être simplement et dans certaines régions seulement,  un qualificatif respectueux accordé à un roturier.

"Maître" est un qualificatif qui ne concerne que les roturiers mais qui désigne toujours un personnage important. Il peut s’agir soit d’un riche marchand fermier, d’un notaire, d’un curé, ou d’un maître-artisan. En effet, pour un artisan, au sein d’une corporation de métiers, accéder à la maîtrise donne le droit de faire "acte de maître", c’est-à-dire d’entreprendre à son compte des travaux et d’embaucher pour cela des compagnons et des apprentis. Pour parvenir à ce statut, il faut avoir réalisé un chef-d’œuvre jugé par ses pairs. Il faut également fournir des garanties de "bonnes vie et mœurs" et payer des droits d’enregistrement de ce nouveau titre, ce qui représente une charge financière non négligeable. Pour un maître-maçon des années 1650, elle représente 850 journées de salaire d’un compagnon. L’appellation de "maître" traduit donc, à elle seule, une réussite financière.

Pour les femmes et les jeunes-filles, les qualificatifs de "Damoiselle" ou d'"Honnête damoiselle"  sont aussi bien attribués à des personnes issues de la noblesse que, par courtoisie, à des personnes bien en vue et localement très respectées.

Pour les seuls roturiers cette fois, on trouve des qualificatifs attestant encore d’une excellente position locale : "Honorable Untel", "Honnête femme Unetelle".

Enfin, le qualificatif de  "Docteur", plus rare, évoque aussi bien les docteurs en médecine, que les docteur en théologie ou les docteurs en droit canon.

Après la révolution, tous ces qualificatifs de l’ancien régime vont disparaître des actes d’état civil.

 

04/05/2009

La bibliothèque du généalogiste

Si le généalogiste a besoin de travailler sur les archives, il a aussi besoin, à plus d’un titre, de rechercher et de consulter divers ouvrages, tant de documentation généalogique pure que de documentation générale.

Concernant la première, la plupart des cercles généalogiques proposent en prêt, à la lecture de leurs adhérents,  une bibliothèque très spécialisée composée de bulletins, études, revues, ouvrages et autres monographies régionales.

La documentation générale est de coloration plus historique. Elle permet au généalogiste d’approfondir les modes et conditions de vie de ses ancêtres grâce à la consultation d’ouvrages anciens ou plus récents qui n’en font pas moins référence.

La Revue Française de Généalogie a, dans son numéro 144 de février-mars 2003, repéré quelques ouvrages de base « incontournables » destinés à ceux qui souhaitent se constituer une petite bibliothèque spécialisée en ouvrages d’histoire. Ce fonds documentaire permet de disposer chez soi des clés nécessaires à une meilleure exploration  et à une meilleure compréhension du monde de nos aïeux. Les voici :

Ouvrages généraux :

- Histoire de la France rurale, Collectif, Le Seuil, 1976.

- Les Français d’hier : des paysans, XVe-XIXe siècles, G. Audisio, Armand-Colin, 1993.

- Les Français d’hier : des Croyants, XVe-XIXe siècles, G. Audisio, Armand-Colin, 1996.

- Le cadre de vie en France aux XVIe, XVIIe, XVIIIe siècles, P. Delsalle, Ophrys, 1995.

- Les campagnes en France aux XVIe, XVIIe, XVIIIe siècles, P. Delsalle, Ophrys, 1998.

- La recherche historique en archives, XVIe, XVIIe, XVIIIe siècles, Collectif, Ophrys, 1993.

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- La vie quotidienne des paysans français au XVIIe siècle, P. Goubert, Hachette, 1982.

- La vie quotidienne au temps de Louis XIV, F. Bluche, Hachette, 1984.

- Qui étaient nos ancêtres ?, J-L. Beaucarnot, J-C. Lattès, 2002.

 

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- Familles, parenté, maison, sexualité dans l’ancienne société, J-L. Flandrin, Hachette, 1976.

- Histoire de la France urbaine, Collectif, Le Seuil, 1983.

- Histoire de la Population française, Collectif, PUF, 1988.

- Histoire du Peuple français, Collectif, Nouvelle Librairie de France, 1999.

- Histoire des Mœurs, collectif, Gallimard, 1990.

- Histoire des Institutions, J. Ellul, PUF, 1969.

- Histoire des choses banales, naissance de la consommation, XVIIe-XIXe siècles, D. Roche, Fayard, 1997.

Témoignages et pages de vie :

- Les papiers d’un laboureur au siècle des lumières – Pierre Bordier : une culture paysanne, J. Vassort, Champ-Vallon, 1999.

- La vie de mon père, N. Rétif de la Bretonne, Olms, 1979.

- La vie d’un simple, E. Guillaumin, Stock, 1943.

- Mémoires d’un paysan bas-breton, J-M. Déguignet, 1834-1905, An Here, 2000.

- Louis-Simon, villageois de l’ancienne France, A. Fillon, Ouest-France, 1996.

Ouvrages ponctuels thématiques :

- Entrer dans la vie, naissances et enfances dans la France traditionnelle, Collectif, Gallimard Archives, 1978.

- Les amours paysannes, XVIe-XIXe siècles, J-L. Flandrin, Gallimard Archives,  1975.

- Mourir autrefois, attitudes collectives devant la mort aux XVIIe et XVIIIe siècles, M. Vovelle, Gallimard Archives, 1974.

- Le français dans tous les sens, H. Walter, Robert-Laffont, 1988.

- Dictionnaire du monde rural – Les mots du passé, M ; Lachiver, Fayard, 1997.

 

n.b. Certains de ces ouvrages étant épuisés, vous pouvez tenter votre chance sur le marché de l’occasion en allant sur le site www.chapitre.com