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08/04/2010

Le XVIe siècle, les fondations de notre état civil

"Aussi sera faict registre en forme de preuve des baptêmes,

qui contiendront le temps et l'heure de la nativité, et par l'extrait dudit registre,

se pourra prouver le temps de majorité ou minorité et sera pleine foy à cette fin."

Art. 51 de l'Ordonnance Royale de Villers-Cotterêts (Août 1539)

 

Continuons notre balade généalogique ! Dans ce second volet, je vous entraîne dans un autre temps fort de l'histoire de l'état civil de notre pays, le mois d'Août 1539 !

Chez nous, comme dans les autres pays de l’Europe de l’Ouest, c’est aux autorités religieuses que l’on doit d’avoir pris très tôt, c'est-à-dire dès le début du XIVe siècle, la mesure de l’importance d’identifier et de répertorier les individus. Cependant, en dépit des consignes de l'Eglise, les curés vont longtemps très peu se soucier d'enregistrer les sacrements qu'ils administrent. Le peuple, très souvent analphabète,  n'y voit, c'est vrai, pas de véritable nécessité car personne d'ailleurs n'aurait l'idée de recourir à ces actes écrits en cas de contestation.

L’affaire Martin Guerre, jugée par le Parlement de Toulouse en 1560, montre bien la difficulté de procéder de façon fiable à l’identification d'un individu lorsque la reconnaissance n'est fondée que sur l’unique perception des visages !

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Compte-rendu du procès de Martin Guerre écrit par Jean de Coras - 1565

Au cours du XVIe siècle, le pouvoir royal, conscient de la nécessité de remise en ordre de la société civile, va alors s'en préoccuper à son tour. C'est dans ce cadre que différentes mesures d'importance vont  être prises, fondant ainsi la base de notre état civil d’aujourd’hui.

Parmi ces mesures,  la plus importante est celle qui va rendre obligatoire la tenue de « registres des baptêmes et des sépultures ». Il s'agit de l'Ordonnance de Villers-Cotterêts, signée par le roi François Ier en août 1539, dont nous avons déjà parlé ensemble (v. ma note du 10 août dernier). Cet acte officiel est aujourd’hui considéré comme le véritable fondement de notre état civil.  Non seulement elle fait du français la langue officielle dans le royaume, mais elle stipule que les chapitres, collèges, monastères et cures doivent tenir un registre des sépultures des personnes pourvues de bénéfices, donc majeures, et surtout elle ordonne aux curés de tenir des registres de baptêmes.

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L'Ordonnance Royale de Villers-Cotterets

 

Outre le souci de l'exacte rédaction et de la conservation de ces actes, dont on reconnaissait la valeur probante, François Ier apporte une innovation de grande conséquence et précieuse aux futurs généalogistes. En décrétant que les enfants nouveau-nés seront déclarés sous le nom de leur père, il institue la prérennité du patronyme dont le choix n'est plus abandonné au caprice de chacun.

Les registres paroissiaux sont donc désormais des documents obligatoires et publics, dont on a prévu la conservation puisque "les curés seront tenus mettre lesdicts registres par chacun an devers le greffe". Cependant, force est de constater que l'application de cette ordonnance fut lente et désordonnée : les curés, ou bien n'en virent pas l'utilité, ou renâclèrent à se séparer de documents qu'ils considéraient comme personnels.

Malgré cela, l'ordonnance fut bientôt imitée dans toute l'Europe et les actes du concile de Trente (1545-1563), si importants pour l'histoire de l'Eglise, prescrivent à leur tour la tenue de tels registres de baptême, en imposant de surcroît la mention du nom des parrains et marraines.

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Paul III, Convocateur du Concile de Trente , oeuvre du Titien

En mai 1579, Henri III, par l’Ordonnance de Blois,  non seulement renouvelle l'obligation de la tenue des registres de baptême et de sépulture mais y ajoute également les mariages. Des modèles d'actes sont proposés aux recteurs. En outre, afin de lutter contre le rapt de séduction et les mariages clandestins dus au refus d'autrorisation des parents, il rend obligatoire la publication de 3 bans au prône des messes des 3 dimanches précédant le mariage et la présence de 4 témoins à la cérémonie.

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Henri III - Portrait de F. Quesnel vers 1588

 

Cependant, d'autres ordonnances seront encore nécessaires pour réveiller la consciences des curés car, peu empressés à obéir, ils vont, pour nombre d'entre-eux, continuer à utiliser leurs registres comme de simples livres de comptes !

Histoire à suivre.

 

 

14/03/2010

Balade dans la préhistoire de la généalogie

Jusqu’où peut-on remonter dans ses recherches ? Voilà "LA" grande question que tout généalogiste amateur, et principalement le débutant, se pose !

Pour vous éviter la recherche de documents à une époque où ceux-ci n’avaient pas encore été créés, je vous propose de nous promener dans l’histoire de l’état civil en France, depuis la préhistoire, c’est-à dire avant l’Ordonnance de Villers-Cotterets de 1539, dont je vous ai déjà parlé et jusqu’à nos jours, en nous arrêtant sur les grandes dates de la généalogie.

 

Pour commencer, je vous emmène à Givry, petite commune située au cœur de la Bourgogne, dans le département de la Saône-et-Loire, à environ 10 km de Chalon-sur-Saône, réputée pour ses monuments classés et pour son vin, l’un des fleurons de la Côte chalonnaise, mais aussi, et c'est ce qui nous intéresse ici, nous généalogistes, parce que qu’elle possède le plus ancien registre paroissial de France !

 

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Le vignoble de Givry

Ouvert en 1303 et tenu par les prêtres du lieu, il s’agit en réalité d’un  « livre de compte » composé de 84 feuillets de papier, où sont répertoriés, en latin, les redevances, les baptêmes, les mariages et les sépultures jusqu’en 1357, ainsi que les sommes encaissées lors de ces cérémonies car si la discipline de l'Eglise interdisait aux prêtres de réclamer un dû en échange des sacrements ou de la sépulture de leurs paroissiens, elle tolérait qu'ils puissent recevoir des présents...

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Extrait du registre paroissial de Givry - Années 1334-1357

Même si plusieurs périodes sont manquantes, il permet une estimation grossière de la population de ce village et surtout il renseigne sur les ravages de la Peste Noire qui sévit dans la région en 1348. Ainsi si, jusqu'en juillet 1348, 4 à 5 décès par mois au plus sont enregistrés, soit une trentaine par an, on en compte 620 entre le 28 juillet et le 19 novembre 1348, soit autant de morts en 4 mois que pendant les 20 années précédentes. Le 10 septembre 1348, on compte 24 décès, presque autant qu’en une année ! Par contre, plus aucun mariage n’est enregistré du début de l’épidémie jusqu'à la fin de l'année, alors qu'on en célèbre 42 entre le 14 janvier et le 24 février 1349 !

Quelques années plus tard, et bien avant le reste du Royaume, les évêques bretons, qui font ainsi figure de précurseurs en la matière, vont ordonner sur leur territoire la mise en place de registres des baptêmes. C'est Henri le Barbu, Chancelier de Bretagne et Evêque de Nantes, qui, premier de la chrétienté, va prescrire en 1406 la tenue de ces registres dans chaque paroisse de son diocèse. Celui de Roz-Landrieux (Ille-et-Vilaine) est le plus ancien conservé. Petit volume rédigé en latin, de 31 cm sur 23, composé de 62 feuillets de papier et 22 feuillets de parchemin, il s’ouvre sur un baptême du 27 novembre 1451 ! 

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 Registre paroissial de Roz-Landrieux

Quant au plus ancien registre regroupant les baptêmes, mariages et sépultures, il date de 1469 et c'est celui de la paroisse de Montarcher (Loire). 

Mais voilà, ces registres, tout comme deux ou trois autres antérieurs au XVIe siècle, ne sont sont dus qu'à des initiatives locales et privées. En effet, si les prescriptions canoniques relatives notamment aux unions illégitimes, aux mariages entre parents ou entre affins (c'est-à-dire parrain et marraine d'un même enfant) avaient certes incité de nombreux curés à inscrire les actes célébrés dans des cahiers qui leur permettaient également de tenir leur comptabilité, il ne s'agissait là que de documents conçus pour l'usage personnel des desservants qui disparurent souvent avec leurs auteurs.

Histoire à suivre. ..

17/02/2010

De l'utilité des prénoms dans une recherche généalogique - 2ème partie

Il est bon de se souvenir que le prénom, longtemps appelé « nom » tout court, a été, jusqu’au début du second millénaire, la seule dénomination de nos ancêtres. On le sait, nos noms de famille sont la conséquence de la grande période de paix qui s’installa à cette époque dans notre pays et qui généra une forte croissance tant économique que démographique. La multiplication d’homonymies au sein des communautés, paroisses et seigneuries qui en résultèrent seront spontanément et empiriquement résolues par l’adjonction de « sobrenoms » ou surnoms, peu à peu transmis héréditairement pour finir par devenir nos noms de famille actuels. Et ces surnoms ont été donnés selon le physique (Legros, Lelong, …), le métier (Boulanger, Charpentier, …), le caractère (Ledoux, Léveillé,…) , le lieu habité (Lenormand, Bourguignon,…), etc…

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Louis VI de France dit Le Gros (1081-1137)

 

Mais ce dont il faut se souvenir c’est que, lorsque nos ancêtres du XIe siècle baptisaient un enfant sous le prénom de Claude, d’André, de Jean ou de Bernard, ils puisaient sans le vouloir, tout ignorants qu’ils étaient, dans des registres variés, sans y accorder la moindre attention, ne retenant le prénom que pour les raisons déjà exposées, à savoir principalement le parrainage ou le patronage.

En effet, le fait de donner à un enfant un nom d’origine grecque ou germanique, comme André ou Bernard, n’en faisait évidemment nullement un Grec ni un Franc, pas plus que le fait de prénommer aujourd’hui un enfant Kévin ou Jonathan ne fait de lui un Irlandais ou un américain !

 

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Baptème de Clovis le 25 décembre 496 à Reims selon St-Gilles

De même, porter pour patronyme un nom tiré d’un ancien prénom indique à tout le mieux qu’il est dû à un ancêtre ainsi prénommé, ancêtre normand, bourguignon ou gascon, peu importe, mais en tous les cas ni grec ni germanique lui-même, et n’induit donc strictement rien au plan d’éventuelles origines étrangères.

L’étymologie du nom de baptême en question, quelle qu’elle soit, n’a aucun rapport avec l’homme qui l’a reçu et transmis comme nom de famille et moins encore avec l’histoire de la famille. Qu’il soit né en 1080, en 1750 ou en 2009, un garçon porteur du prénom Claude, venu d’un mot latin signifiant « boiteux », ne l’est pas pour autant lui-même, pas plus que les ancêtres des actuels Bernard, qui avaient été baptisés ainsi, n’avaient dû ce nom à « l’ours fort » que livre son étymologie. En fait, l’étude anthroponymique du patronyme Bernard s’arrête à noter qu’il est dû au nom de baptême d’un lointain ancêtre.  L’étymologie du nom en question n’a pas plus de lien avec l’histoire du patronyme et des familles le portant, que celle du mot « pont » ne sera liée à celle des Dupont.