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03/10/2009

Net comme torchette !

Voilà une expression que l’on entendait autrefois en Normandie et qu’on entend encore !

"Net comme torchette" signifie "clair, franc, sans ambiguïté". Cela se dit, par exemple, d’une opinion ou d’une réponse qui peut est « claire et nette », comme on dit souvent.

Ce qu’on appelait naguère « torchette » ou « teurquette » en patois, c’était une poignée de paille dont on se servait, au moment de la moisson, afin de constituer le lien d’une botte.

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Pour que ce lien soit efficace et qu’on puisse en faire un nœud, il fallait que la paille soit bien tirée ou étirée, qu’aucun brin ne dépasse et qu’aucune plante étrangère ne vienne s’y mêler. Autrement dit, elle devait être très nette. C’est alors qu’on pouvait la tordre (la « teurquer » en patois, du latin « torquere » signifiant tordre).

moisson 2.JPG

 

Biblio. : « Expressions familières de Normandie » de R. Lepelley et C. Bougy – Editions Bonneton- Mai 1998

29/08/2009

Quand on se levait dès potron-jacquet...

« Il avançait pays, monté sur un criquet,

Se levait tous les jours dès potron-jacquet ».

(Grandval, « Poèmes de Cartouche », Chant VII,97)

 

Voilà une charmante expression tombée en désuétude. A l’origine, au XVIIe siècle, cela signifiait se lever tôt, dès l’aube.

Le « potron » est une déformation de « poitron », qui vient de « poistron », du latin vulgaire « posterio » dans lequel vous aurez reconnu « postérieur ».

Quant au « jacquet », dérivé du prénom Jacques, c'est le nom que porte traditionnellement en Normandie l'écureuil.

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Le « potron du jacquet », c’était donc… le derrière de l’écureuil.

« Se lever dès potron-jacquet » signifiait littéralement « dès que l’on voit poindre le derrière de l’écureuil ». En effet, ce petit animal est fort matinal et montre son derrière empanaché « dans la fraîcheur de l’aube naissante ».

A partir de 1835, lorsque les citadins ont remplacé les ruraux, les écureuils se faisant rares dans les villes, on a remplacé le « jacquet » par le « minet », plus familier mais tout aussi matinal.

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« Potron-jacquet » est donc devenu tout naturellement « potron-minet », qui avait l’avantage considérable d’avoir la même consonance.

Ainsi va notre langue …

02/08/2009

A chacun sa marotte !

Vous connaissez bien sûr l’expression, mais saviez-vous que le mot « marotte » vient du dialecte normand ? Il était à l’origine le diminutif du prénom Marie et c'est  par déformation qu'il désigna par la suite une sorte de spectre de fantaisie coiffé d’une tête encapuchonnée et décorée de grelots, attribut du fou à la cour des rois et des grands seigneurs.

Antoine Furetière, Poète (1619-1688).png

Antoine Furetière, poète (1619-1688)

 

Furetière disait « A chaque fou sa marotte » et c’est curieusement le roi Charles V, surnommé Le Sage, qui prit l’habitude de s’attacher les services d’un fou chargé de le distraire.

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 Le roi Charles V Le Sage

Ce personnage n’était d’ailleurs pas si fou que cela car même s’il était le seul autorisé à raconter au roi tout ce qui lui passait par la tête, encore fallait-il qu’il mesure bien ses paroles... Toute vérité n’est pas toujours bonne à dire… surtout chez les rois !

Le fou donc avait comme le roi, son sceptre : c’était la fameuse marotte. Et donc, chaque roi eut un fou et sa marotte.

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Le bouffon Triboulet - Gravure du XIXe

 

 

Le plus célèbre est sans doute Triboulet, fou de Louis XII puis de François Ier, immortalisé par Victor Hugo dans « Le roi s’amuse ».

Le roi s'amuse - Comédie Française - 1882.jpg

 

C’est ainsi que la  marotte est devenue, en Normandie comme ailleurs, un passe-temps, un hobby ou une manie.