Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

24/10/2009

Micmacs à tire-larigot

Le 28 octobre prochain sort en salles le nouveau film de Jean-Pierre JEUNET « Micmacs à Tire-Larigot » avec Dany Boon dans le rôle principal.

TIRE LARIGOT.jpg

Belle occasion pour moi de vous parler de cette expression « à tire-larigot », peut être pas typiquement normande mais qui, en Normandie, a cependant une signification particulière.

L’expression « Tire larigot », signifiant « en grande quantité, énormément voire excessivement », est née au XVe siècle et n’était à l’époque associée qu’au verbe « boire ».

Si « Tirer » veut dire « faire sortir un liquide de son contenant » (comme le vin ou le cidre de son fût, par exemple), « à tire » correspond à « sans arrêt, d’un seul coup ».

Quant au « larigot », il s’agit en fait d’un jeu d’orgue dont les tuyaux appartiennent à la famille des flûtes. L’expression populaire imagée de « tire-larigot » représente quelqu’un qui boit sans s’arrêter avec la même posture que quelqu’un qui jouerait de la flûte. D’ailleurs, l’expression « flûter » signifie également « boire » !

Mais les normands ont une autre interprétation de cette expression. Pour eux, elle viendrait du nom d’une des cloches de la Cathédrale de Rouen, la « Rigaude », d’une grandeur et d’une grosseur telle que, pour la mouvoir, la mettre en branle, il fallait aux sonneurs une force peu commune.

Cathedrale ROUEN.jpg

Cathédrale de Rouen - C. Monet - 1893/94

Très vite assoiffés par l’effort intense à fournir sur les cordes, ils devaient pour se donner des forces, boire beaucoup, boire "comme un sonneur", boire  "à tire la Rigaude", expression qui se serait transformée ensuite en « tire –larigot ».

03/10/2009

Net comme torchette !

Voilà une expression que l’on entendait autrefois en Normandie et qu’on entend encore !

"Net comme torchette" signifie "clair, franc, sans ambiguïté". Cela se dit, par exemple, d’une opinion ou d’une réponse qui peut est « claire et nette », comme on dit souvent.

Ce qu’on appelait naguère « torchette » ou « teurquette » en patois, c’était une poignée de paille dont on se servait, au moment de la moisson, afin de constituer le lien d’une botte.

moisson 1.JPG

Pour que ce lien soit efficace et qu’on puisse en faire un nœud, il fallait que la paille soit bien tirée ou étirée, qu’aucun brin ne dépasse et qu’aucune plante étrangère ne vienne s’y mêler. Autrement dit, elle devait être très nette. C’est alors qu’on pouvait la tordre (la « teurquer » en patois, du latin « torquere » signifiant tordre).

moisson 2.JPG

 

Biblio. : « Expressions familières de Normandie » de R. Lepelley et C. Bougy – Editions Bonneton- Mai 1998

29/08/2009

Quand on se levait dès potron-jacquet...

« Il avançait pays, monté sur un criquet,

Se levait tous les jours dès potron-jacquet ».

(Grandval, « Poèmes de Cartouche », Chant VII,97)

 

Voilà une charmante expression tombée en désuétude. A l’origine, au XVIIe siècle, cela signifiait se lever tôt, dès l’aube.

Le « potron » est une déformation de « poitron », qui vient de « poistron », du latin vulgaire « posterio » dans lequel vous aurez reconnu « postérieur ».

Quant au « jacquet », dérivé du prénom Jacques, c'est le nom que porte traditionnellement en Normandie l'écureuil.

Ecureuil.jpg

Le « potron du jacquet », c’était donc… le derrière de l’écureuil.

« Se lever dès potron-jacquet » signifiait littéralement « dès que l’on voit poindre le derrière de l’écureuil ». En effet, ce petit animal est fort matinal et montre son derrière empanaché « dans la fraîcheur de l’aube naissante ».

A partir de 1835, lorsque les citadins ont remplacé les ruraux, les écureuils se faisant rares dans les villes, on a remplacé le « jacquet » par le « minet », plus familier mais tout aussi matinal.

Chaton.jpg

« Potron-jacquet » est donc devenu tout naturellement « potron-minet », qui avait l’avantage considérable d’avoir la même consonance.

Ainsi va notre langue …