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30/12/2009

« C’te gars a un œil qui fagote et l’aut’ qui trache des harts !... »

Fagoter, au sens propre, c’est faire des fagots.

Pour cela, on prend des branches d’une même taille que l’on réunit autour d’un morceau de bois plus fort appelé souvent en Normandie « ragot » et on attache le tout avec un lien. Longtemps on a utilisé des lanières d’écorce de sureau pour faire ce lien, que l’on appelait un « hart », du francique « hard » signifiant « filasse ». A la campagne, le paysan tenait son fagot non encore lié d’une main et  de l’autre il saisissait un « hart » pour faire son nœud. Ce « hart », qui a fini par être un simple fil de fer, n’était pas mêlé au bois et il fallait le chercher dans le tas de liens préparés à cet effet. Or, dans de nombreux patois de Normandie, chercher se dit « tracher ». Ce verbe, issu de l’ancien français « tracier » signifiait d’abord « suivre à la trace », d’où la notion secondaire de chercher.

« Avoir un œil qui fait des fagots et l’autre qui cherche des liens », c’est donc loucher ou plus exactement être atteint de strabisme divergent.

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Rembrant atteint d'un strabisme divergent (1606-1669) - Autoportrait

Jadis encore, la langue littéraire utilisait volontiers cette autre expression qui devait avoir pris naissance également en Normandie : « avoir un œil qui regarde à Caen et l’autre à Bayeux ».

  

Biblio : « Expressions familières de Normandie » de R. Lepelley et C. Bougy – Editions Bonneton - 1998

 

10/12/2009

Quand les normandes potinaient...

Encore une expression de notre terroir, à l’origine anodine et nullement méchante !

Car la « potine » était au XVIIème siècle en Normandie un simple petit pot de terre cuite qui servait à se chauffer les pieds, une sorte de bouillotte.

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Bouillotte de 1925

Autrefois, lors des veillées d’hiver, lorsque les femmes se réunissaient autour du foyer pour tricoter ou filer, elles apportaient leur potine garnie de braises. Comme seuls leurs doigts étaient occupés, les langues de ces « potinières » allaient bon train : elles « potinaient ». 

Allumer un petit feu,

L’entourer de quelques potinières,

Laisser potiner à feu doux,

Ne rien remuer,

Laisser mijoter jusqu’à ébullition de vos oreilles »,

C’est tout, le potinage a pris… et le potin est là ! » 

Le verbe « potiner » signifiait donc simplement « se réunir autour des potines pour bavarder ».

Au fil du temps, le potinage, petit commérage d’antan, a laissé la place au « potin » qui a pris le sens de « commérages », puis de « ragots », et enfin de « bruit ».

 

« Faire du potin » aujourd’hui, c’est faire beaucoup de bruit…

 

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Madame Tintamarre de R. Hargreaves 

 

24/10/2009

Micmacs à tire-larigot

Le 28 octobre prochain sort en salles le nouveau film de Jean-Pierre JEUNET « Micmacs à Tire-Larigot » avec Dany Boon dans le rôle principal.

TIRE LARIGOT.jpg

Belle occasion pour moi de vous parler de cette expression « à tire-larigot », peut être pas typiquement normande mais qui, en Normandie, a cependant une signification particulière.

L’expression « Tire larigot », signifiant « en grande quantité, énormément voire excessivement », est née au XVe siècle et n’était à l’époque associée qu’au verbe « boire ».

Si « Tirer » veut dire « faire sortir un liquide de son contenant » (comme le vin ou le cidre de son fût, par exemple), « à tire » correspond à « sans arrêt, d’un seul coup ».

Quant au « larigot », il s’agit en fait d’un jeu d’orgue dont les tuyaux appartiennent à la famille des flûtes. L’expression populaire imagée de « tire-larigot » représente quelqu’un qui boit sans s’arrêter avec la même posture que quelqu’un qui jouerait de la flûte. D’ailleurs, l’expression « flûter » signifie également « boire » !

Mais les normands ont une autre interprétation de cette expression. Pour eux, elle viendrait du nom d’une des cloches de la Cathédrale de Rouen, la « Rigaude », d’une grandeur et d’une grosseur telle que, pour la mouvoir, la mettre en branle, il fallait aux sonneurs une force peu commune.

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Cathédrale de Rouen - C. Monet - 1893/94

Très vite assoiffés par l’effort intense à fournir sur les cordes, ils devaient pour se donner des forces, boire beaucoup, boire "comme un sonneur", boire  "à tire la Rigaude", expression qui se serait transformée ensuite en « tire –larigot ».