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27/01/2010

"Toute la pouquie sent le hareng !"

On dit cela en Normandie, sur un ton assurément réprobateur et plutôt méprisant, à propos d'un groupe de personnes dont on estime qu'elle ne valent pas mieux les unes que les autres et qui sont toutes "à mettre dans le même sac".

Justement, une "pouquie", c'est le contenu d'un sac. Le mot est un dérivé du substantif dialectal "pouque" (ou "pouche"), qui a la même origine que le français "poche", mais qui désigne un sac, le plus souvent un grand sac, genre sac à pommes ou à pommes de terre.

Vu l'odeur assez forte du hareng, il n'est pas étonnant que le sac qui contient ce poisson soit imprégné de son odeur !

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Prise de harengs

C'est d'ailleurs ce que disait également un proverbe du XVIe siècle : "la caque sent toujours le hareng". Mais ici, le sens est différent : il voulait dire que "des gens de peu" gardaient toute leur vie les caractères de leurs origines, comme le baril de poisson ne peut être débarrassé de sa forte odeur.

Le hareng, "poisson du peuple" a été pendant des siècles un pilier de l'alimentation des populations de l'Europe du Nord et donc de notre province.

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Louis IX ou Saint-Louis imaginé par Le Greco

On doit au roi Louis IX, en 1254, d'avoir divisé sa vente en poisson frais, salé et saur, bien qu'à cette époque, l'art de saler le hareng n'était pas celui que l'on connaît aujourd'hui et qui n'est apparu qu'un bon siècle plus tard.

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Tableau de Gabriel Metsu (1629-1667)

A Paris, les femmes qui vendaient le hareng avaient le nom de "harengères" et demeuraient sur le Petit-Pont, celui qui enjambe la Seine entre l'Ile de la Cité et la rive gauche. On doit au poète français du Moyen-âge François Villon de nous avoir rapporté leur talent particulier à dire des injures !

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François Villon (1431-1463)
Biblio. : "Expressions familières de Normandie" de R. Lepelley et C. Bougy - Editions Bonneton - Paris - 1998.

30/12/2009

« C’te gars a un œil qui fagote et l’aut’ qui trache des harts !... »

Fagoter, au sens propre, c’est faire des fagots.

Pour cela, on prend des branches d’une même taille que l’on réunit autour d’un morceau de bois plus fort appelé souvent en Normandie « ragot » et on attache le tout avec un lien. Longtemps on a utilisé des lanières d’écorce de sureau pour faire ce lien, que l’on appelait un « hart », du francique « hard » signifiant « filasse ». A la campagne, le paysan tenait son fagot non encore lié d’une main et  de l’autre il saisissait un « hart » pour faire son nœud. Ce « hart », qui a fini par être un simple fil de fer, n’était pas mêlé au bois et il fallait le chercher dans le tas de liens préparés à cet effet. Or, dans de nombreux patois de Normandie, chercher se dit « tracher ». Ce verbe, issu de l’ancien français « tracier » signifiait d’abord « suivre à la trace », d’où la notion secondaire de chercher.

« Avoir un œil qui fait des fagots et l’autre qui cherche des liens », c’est donc loucher ou plus exactement être atteint de strabisme divergent.

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Rembrant atteint d'un strabisme divergent (1606-1669) - Autoportrait

Jadis encore, la langue littéraire utilisait volontiers cette autre expression qui devait avoir pris naissance également en Normandie : « avoir un œil qui regarde à Caen et l’autre à Bayeux ».

  

Biblio : « Expressions familières de Normandie » de R. Lepelley et C. Bougy – Editions Bonneton - 1998

 

10/12/2009

Quand les normandes potinaient...

Encore une expression de notre terroir, à l’origine anodine et nullement méchante !

Car la « potine » était au XVIIème siècle en Normandie un simple petit pot de terre cuite qui servait à se chauffer les pieds, une sorte de bouillotte.

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Bouillotte de 1925

Autrefois, lors des veillées d’hiver, lorsque les femmes se réunissaient autour du foyer pour tricoter ou filer, elles apportaient leur potine garnie de braises. Comme seuls leurs doigts étaient occupés, les langues de ces « potinières » allaient bon train : elles « potinaient ». 

Allumer un petit feu,

L’entourer de quelques potinières,

Laisser potiner à feu doux,

Ne rien remuer,

Laisser mijoter jusqu’à ébullition de vos oreilles »,

C’est tout, le potinage a pris… et le potin est là ! » 

Le verbe « potiner » signifiait donc simplement « se réunir autour des potines pour bavarder ».

Au fil du temps, le potinage, petit commérage d’antan, a laissé la place au « potin » qui a pris le sens de « commérages », puis de « ragots », et enfin de « bruit ».

 

« Faire du potin » aujourd’hui, c’est faire beaucoup de bruit…

 

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Madame Tintamarre de R. Hargreaves