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24/03/2010

Manger comme un alouvi !

Voilà une expression bien connue des Normands (pour les plus anciens d'entre nous au moins !...) Un alouvi est un affamé !

Ce mot s’emploie comme substantif et comme adjectif : « il est alouvi », c’est-à-dire, à l’origine du moins, « il a faim comme un loup ».

 

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Loup affamé

Il s’agit en effet d’un produit du nom latin « lupus », loup, dont l’ancien français connaissait le dérivé « louvi » signifiant affamé, avide comme un loup.

On le trouve ici avec le préfixe « al » (latin ad-) qui renforce l’idée exprimée par l’adjectif simple. 

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 Gargantua

Biblio : "Expressions familières de Normandie" de R. Lepelly et C. Bougy - Ed. Bonneton - 1998

24/02/2010

Brûler le jour

C’était autrefois allumer les lampes de la maison alors que la lumière du jour permettait encore, ou déjà, de vaquer aux occupations courantes.

On « brûlait » donc inutilement du combustible : pétrole pour les suspensions ou lampes suspendues au plafond, huile légère pour les petites lampes Pigeon, huile plus grossière pour les grassets accrochés à l’étagère de la cheminée, suif pour les chandelles…

Par un glissement de pensée, on est passé de la notion de « brûler du combustible » à celle de « gaspiller » ce qui produit la lumière naturelle, c’est-à-dire le jour.

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Lampe Pigeon

Même lorsque l’électricité a remplacé peu à peu l’éclairage ancien, on a continué à veiller à ne pas gaspiller les sources de lumière. D’où la conservation de l’expression « brûler le jour ».

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Lampes à pétrole

Cette notion de « brûler » synonyme de « gaspiller » se retrouve d’ailleurs dans l’expression attestée dès le XVIe siècle de « brûler la chandelle par les deux bouts », c’est-à-dire gaspiller des choses qui ont de la valeur ce qui, on le sait, est contraire à l'esprit normand...

Pour bien comprendre cette notion de gaspillage éhonté qui lui est associée, il faut remonter à l’époque où l’éclairage était procuré par des chandelles, objets plus ou moins luxueux selon qu’ils étaient constitués de suif ou de cire, mais toujours coûteux pour les maisons modestes. Ces bâtons de lumière ne devaient dont être utilisés qu’avec parcimonie et bien sûr il ne fallait pas oublier de les souffler ou de les moucher dès qu’ils n’étaient plus nécessaires à l’ouvrage.

Celui qui avait l’idée stupide d’allumer une chandelle par les deux bouts gaspillait ce précieux objet qui fondait dès lors bien entendu deux fois plus vite !

Aujourd’hui, le sens de cette expression va beaucoup plus loin. Elle est employée pour désigner le mode de vie intense voire frénétique d’une personne usant et abusant des plaisirs de la vie...

 

 

 

27/01/2010

"Toute la pouquie sent le hareng !"

On dit cela en Normandie, sur un ton assurément réprobateur et plutôt méprisant, à propos d'un groupe de personnes dont on estime qu'elle ne valent pas mieux les unes que les autres et qui sont toutes "à mettre dans le même sac".

Justement, une "pouquie", c'est le contenu d'un sac. Le mot est un dérivé du substantif dialectal "pouque" (ou "pouche"), qui a la même origine que le français "poche", mais qui désigne un sac, le plus souvent un grand sac, genre sac à pommes ou à pommes de terre.

Vu l'odeur assez forte du hareng, il n'est pas étonnant que le sac qui contient ce poisson soit imprégné de son odeur !

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Prise de harengs

C'est d'ailleurs ce que disait également un proverbe du XVIe siècle : "la caque sent toujours le hareng". Mais ici, le sens est différent : il voulait dire que "des gens de peu" gardaient toute leur vie les caractères de leurs origines, comme le baril de poisson ne peut être débarrassé de sa forte odeur.

Le hareng, "poisson du peuple" a été pendant des siècles un pilier de l'alimentation des populations de l'Europe du Nord et donc de notre province.

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Louis IX ou Saint-Louis imaginé par Le Greco

On doit au roi Louis IX, en 1254, d'avoir divisé sa vente en poisson frais, salé et saur, bien qu'à cette époque, l'art de saler le hareng n'était pas celui que l'on connaît aujourd'hui et qui n'est apparu qu'un bon siècle plus tard.

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Tableau de Gabriel Metsu (1629-1667)

A Paris, les femmes qui vendaient le hareng avaient le nom de "harengères" et demeuraient sur le Petit-Pont, celui qui enjambe la Seine entre l'Ile de la Cité et la rive gauche. On doit au poète français du Moyen-âge François Villon de nous avoir rapporté leur talent particulier à dire des injures !

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François Villon (1431-1463)
Biblio. : "Expressions familières de Normandie" de R. Lepelley et C. Bougy - Editions Bonneton - Paris - 1998.