Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

17/04/2010

Pourquoi dit-on de quelqu’un d’aise qu’« il a du foin dans ses bottes » ?

L’origine de cette locution serait rouennaise ! On la retrouve dans les écrits de nos écrivains régionalistes car, semble t’il, souvent employée dans le Pays de Caux.

Au XIVe siècle, la « distinction » se retrouvait dans la longueur des chaussures.

Les souliers portés au Moyen-âge s’appelaient des « poulaines », ainsi nommées parce que originaires de Pologne. Elles chaussaient aussi bien les hommes que les femmes.  Elles étaient de forme allongée, à l’extrémité pointue généralement relevée et pouvait mesurer jusqu’à 50 cm. Plus l’on appartenait à une classe sociale élevée, plus la pointe était longue. Et pour pouvoir marcher, il fallait quelquefois que cette pointe soit attachée aux genoux par une chaînette !

poulaine 1.jpg

Pour donner une certaine consistance à la pointe, on était obligé de la bourrer de foin !

Ainsi, plus une personne était riche, plus les pointes de ses poulaines étaient longues et plus il y avait de foin ! Cqfd !

Le clergé réprouvait particulièrement ces poulaines car leur bout pointu permettait de relever plus qu’il n’était permis la robe des demoiselles assises en face de soi. De plus, leurs longueurs empêchaient celui ou celle qui les portaient de s’agenouiller pour prier !

Poulaines 2.jpg

Les paysans du Moyen-âge ne portaient pas de souliers mais des sabots et avaient aussi pour habitude d’y mettre de la paille pour avoir moins froid aux pieds et améliorer leur confort. Ceux qui étaient un peu plus riches préféraient le foin, plus confortable mais plus difficile à récolter, donc plus précieux. Plus tard, vers le XVIIIe, les plus aisés d’entre eux purent remplacer leurs sabots par des bottes… garnies de foin, ça va sans dire !

sabots-en-bouleau.jpg

 

24/03/2010

Manger comme un alouvi !

Voilà une expression bien connue des Normands (pour les plus anciens d'entre nous au moins !...) Un alouvi est un affamé !

Ce mot s’emploie comme substantif et comme adjectif : « il est alouvi », c’est-à-dire, à l’origine du moins, « il a faim comme un loup ».

 

LOUP AFFAME.jpg

Loup affamé

Il s’agit en effet d’un produit du nom latin « lupus », loup, dont l’ancien français connaissait le dérivé « louvi » signifiant affamé, avide comme un loup.

On le trouve ici avec le préfixe « al » (latin ad-) qui renforce l’idée exprimée par l’adjectif simple. 

Gargantua.jpg

 Gargantua

Biblio : "Expressions familières de Normandie" de R. Lepelly et C. Bougy - Ed. Bonneton - 1998

24/02/2010

Brûler le jour

C’était autrefois allumer les lampes de la maison alors que la lumière du jour permettait encore, ou déjà, de vaquer aux occupations courantes.

On « brûlait » donc inutilement du combustible : pétrole pour les suspensions ou lampes suspendues au plafond, huile légère pour les petites lampes Pigeon, huile plus grossière pour les grassets accrochés à l’étagère de la cheminée, suif pour les chandelles…

Par un glissement de pensée, on est passé de la notion de « brûler du combustible » à celle de « gaspiller » ce qui produit la lumière naturelle, c’est-à-dire le jour.

Lampe Pigeon.jpg

Lampe Pigeon

Même lorsque l’électricité a remplacé peu à peu l’éclairage ancien, on a continué à veiller à ne pas gaspiller les sources de lumière. D’où la conservation de l’expression « brûler le jour ».

LAMPE A PETROLE.jpg

Lampes à pétrole

Cette notion de « brûler » synonyme de « gaspiller » se retrouve d’ailleurs dans l’expression attestée dès le XVIe siècle de « brûler la chandelle par les deux bouts », c’est-à-dire gaspiller des choses qui ont de la valeur ce qui, on le sait, est contraire à l'esprit normand...

Pour bien comprendre cette notion de gaspillage éhonté qui lui est associée, il faut remonter à l’époque où l’éclairage était procuré par des chandelles, objets plus ou moins luxueux selon qu’ils étaient constitués de suif ou de cire, mais toujours coûteux pour les maisons modestes. Ces bâtons de lumière ne devaient dont être utilisés qu’avec parcimonie et bien sûr il ne fallait pas oublier de les souffler ou de les moucher dès qu’ils n’étaient plus nécessaires à l’ouvrage.

Celui qui avait l’idée stupide d’allumer une chandelle par les deux bouts gaspillait ce précieux objet qui fondait dès lors bien entendu deux fois plus vite !

Aujourd’hui, le sens de cette expression va beaucoup plus loin. Elle est employée pour désigner le mode de vie intense voire frénétique d’une personne usant et abusant des plaisirs de la vie...