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LE PARLER NORMAND - Page 4

  • C'est pas pour bère !

    « Le père Triqueville est mourant. Depuis la veille il a perdu connaissance et selon l’expression de Maupassant sa respiration ressemble « au bruit d’une pompe qui n’a plus d’iau ». Sa femme hargneuse, qui le malmena toute sa vie, va et vient, range la maison pour recevoir le prêtre qu’elle attend.  

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    Chaque fois que Triqueville fut ivre, il eut une scène violente. Mais ça ne le corrigea pas. Et la femme à cette heure où il va mourir ronchonne en pensant aux cuites passées et au dérangement que va lui occasionner cette mort.

    Le prêtre arrive et commence à administrer au mourant les derniers sacrements. Au moment où il fait l’onction sur les lèvres, le père Triqueville, sentant un contact sur sa bouche, l’ouvre instinctivement. Mais la bonne femme qui se trouve près du lit, d’un geste brusque la lui clôt en disant :

    -         Ferme la goule ! C’est pas pour bère.* »

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    *« Le voyage », extrait d’ « Augerons-Contes du Cru d’Auge », de Jean Bard –

    Photos. « Boujou de Normandie » de Miniac – Ed. Orep. Bayeux - 2012 et « Vivre et mangers normands » de B. Leroux et C. Quétel – Ed. I.D.P. Paris – 1983.

     

  • La liturgie normande du café arrosé !

    « Si l’on vous offre un café dans une ferme de Normandie, vous êtes alors pris dans un terrible dilemme : refuser et paraître « ben fier » ou accepter et entrer dans une terrible aventure. 

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    Aussitôt bu, le café, qui a parfois reçu « eun’goutte », une « larme », un « brin », une « larmichette » de « goutte » (ne serait-ce que pour lui faire passer un goût redoutable de réchauffé), se voit remplacé dans la tasse encore chaude par une solide « rinchett’ », une nouvelle rasade de Calva versée pour absorber le sucre qui pourrait encore y rester, puis d’une « surinchett’ », destinée cette fois à nettoyer à fond la tasse et à réveiller la conversation.

     

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    Puis suit le « gloria », car « on ne s’en va pas sur une jambe ». Si on n’a pas eu encore le courage de fuir, vient le « coup d’pied au cul » et, juste au moment de partir, la « déchirante », la « goutte de la patronne » celle qu’on boit le cœur gros au moment de se séparer, « d’la vieulle », la « bouteill’à la maîtress’ », réputée meilleure, qu’elle sort du fond de l’armoire et qu’il serait particulièrement impoli de refuser.

    Enfin, vient le « coup d’l’étrier », servi au moment où le convive est supposé prêt à monter en voiture.  

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    Si vous quittez la table en titubant, vous aurez fait plaisir à vos hôtes. Si au contraire, vous repartez d’un bon pied en laissant tomber quelques mots sur ce calva très goûtu mais peut-être un peu trop jeune (il l’est toujours), vous aurez fait leur conquête. »

     

     

    Article extrait de « Vivre et mangers normands » de B. Leroux et C. Quétel –Ed. I.D.P. Paris 1983.

  • On a bu et mouegé jusqu’au nou Gabrié !

    Voici une expression bien normande qui venait à la bouche des paysans lorsqu’ils sortaient d’un repas de fête servi selon les bonnes règles de la générosité, c’est-à-dire des plus copieux : « On a bu et mouegé jusqu’au nou Gabrié »,  "on a bu et mangé jusqu’au noeud Gabriel !" 

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    Dans son « Glossaire du patois normand » Louis Du Bois (1773-1855) définit ainsi le « nœud Gabriet » : « le cartilage tyroïde, que quelques personnes appellent la pomme d'Adam, avec autant de fondement qu'elles prétendent que l'homme a une côte de moins que la femme. »  

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    La pomme d’Adam, c’est, selon la tradition biblique, le fruit défendu qu’Ève a fait consommer à Adam et qui lui serait « resté en travers de la gorge ».

    Si on en croit une légende du pays d’Avranches, l’origine du « nœud Gabriel » est autre. Il vient du jour où Adam voulu entrer au Paradis terrestre et qu’il se présenta à sa porte. L’ange Gabriel, fort pressé ce jour-là et de méchante humeur, l’aurait renverser et, en le terrassant, lui aurait fait une saillie au cou, saillie qu’il conserva et bien sûr nous transmis !

     

     Biblio. "Normandie - Almanach de la mémoire et des coutumes" de C. Tiévant - Hachette 1982