Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

19/12/2012

On a bu et mouegé jusqu’au nou Gabrié !

Voici une expression bien normande qui venait à la bouche des paysans lorsqu’ils sortaient d’un repas de fête servi selon les bonnes règles de la générosité, c’est-à-dire des plus copieux : « On a bu et mouegé jusqu’au nou Gabrié »,  "on a bu et mangé jusqu’au noeud Gabriel !" 

NORMAND.JPG

Dans son « Glossaire du patois normand » Louis Du Bois (1773-1855) définit ainsi le « nœud Gabriet » : « le cartilage tyroïde, que quelques personnes appellent la pomme d'Adam, avec autant de fondement qu'elles prétendent que l'homme a une côte de moins que la femme. »  

POMME D ADAM.jpg

La pomme d’Adam, c’est, selon la tradition biblique, le fruit défendu qu’Ève a fait consommer à Adam et qui lui serait « resté en travers de la gorge ».

Si on en croit une légende du pays d’Avranches, l’origine du « nœud Gabriel » est autre. Il vient du jour où Adam voulu entrer au Paradis terrestre et qu’il se présenta à sa porte. L’ange Gabriel, fort pressé ce jour-là et de méchante humeur, l’aurait renverser et, en le terrassant, lui aurait fait une saillie au cou, saillie qu’il conserva et bien sûr nous transmis !

 

 Biblio. "Normandie - Almanach de la mémoire et des coutumes" de C. Tiévant - Hachette 1982

 

25/01/2012

Le horsain, un gars pas « d’cheu nous »

Horsain : voilà un mot du langage courant normand ! Le horsain, c’est pour un normand, celui qui ne l’est pas, qu’il soit né dans un autre pays normand que le sien ou totalement étranger à la Normandie.

Le terme n’est pas seulement masculin (au féminin, ça donne horsaine) ni seulement négatif : il est souvent utilisé de façon affectueuse voire un peu moqueuse.   

Normandie.jpg

Sur un plan étymologique, le mot « horsain » (prononcez « horzin ») se serait formé au XIIIe siècle à partir du mort « forain » (du dehors), lui-même issu vers 1155 du bas latin « foranus » (qui dépasse au dehors), du latin classique « foris » (de-hors) employé comme préposition en latin (hors).  

Horsains.jpg

Utilisé par une grande partie des locuteurs de la langue d’oïl, ceux du nord de la France, le terme s’est ensuite restreint à un usage normand.

« Nous sommes au cœur du pays de Caux… Mais voilà, je ne suis pas cauchois, je n’ai pas vu le jour sur le plateau, comme ma mère. Je monte de la grande ville que j’ai quittée ce matin. Je suis un horsain : un étranger » écrivait le plus célèbre de nos horsains, l’homme d’Eglise Bernard Alexandre (1918-1990) dans son livre « Le Horsain, vivre et survivre en pays de Caux ». 

lehorsain.jpg

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet et au site « Lexique normand, les Amateurs de Rémy de Gourmont »

 

29/10/2011

Rouge comme un picot !

Voilà bien une expression normande ! Car, en Normandie, le mot « picot » désigne le dindon et celui de « picote », sa femelle. « Picot » vient de l’onomatopée « pi » que l’on retrouve dans le verbe « piauler » et qui évoque les cris de ce volatile de basse-cour. A noter que le mot anglais « peacock » signifie « paon ».

 

Tete de dindon.jpg

Le « picot »  est doté d’une caroncule, c’est-à-dire d’une excroissance charnue et rougeâtre qui pend à la base de son bec. Alors, dire de quelqu’un qu’il est « rouge comme un picot » signifie qu’on fait allusion à la couleur de son teint devenu cramoisi soit de colère soit de l’abus de bon cidre normand !

 

Picot est aussi un patronyme assez répandu dans notre région. C’était celui du Sieur de Gouberville, né Gilles Picot, en 1521 dans le département de la Manche.

 

 

gilles-de-gouberville.jpg

  

Gilles  Picot, Sieur de Gouberville (1521-1578)

 

Ce gentilhomme normand de petite mais ancienne noblesse, résidant au manoir de Barville du Mesnil-au-Val dans l’arrondissement de Cherbourg, tenait quotidiennement son « livre de raison », sorte de journal dont les années 1549 à 1562 ont miraculeusement été conservées. Cultivé, pratiquant le latin et le grec, c’était aussi un homme habile, maniant les  jeux d’adresse et de force comme les outils de sa ferme. Dans son journal, à la page du 28 mars 1553, il mentionne la pratique de la distillation du cidre en vue d’obtenir une eau-de-vie. C’est de fait la première évocation connue du Calvados. 

 

Signature de Gouberville.jpg

 

Signature du Sieur de Gouberville

 

Chaque année, le premier dimanche d’août, se tient à Lisieux (Calvados) la Foire aux Picots. On y trouve les dindons qui feront la fierté des cuisinières aux fêtes de fin d’année.

 

 

Biblio. « Expressions familières de Normandie » de R. Lepelly et C. Bougy – Ed. Bonneton 1998