Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

06/02/2013

La liturgie normande du café arrosé !

« Si l’on vous offre un café dans une ferme de Normandie, vous êtes alors pris dans un terrible dilemme : refuser et paraître « ben fier » ou accepter et entrer dans une terrible aventure. 

Liturgie du calvados 3.jpg

Aussitôt bu, le café, qui a parfois reçu « eun’goutte », une « larme », un « brin », une « larmichette » de « goutte » (ne serait-ce que pour lui faire passer un goût redoutable de réchauffé), se voit remplacé dans la tasse encore chaude par une solide « rinchett’ », une nouvelle rasade de Calva versée pour absorber le sucre qui pourrait encore y rester, puis d’une « surinchett’ », destinée cette fois à nettoyer à fond la tasse et à réveiller la conversation.

 

Liturgie du calvados 2.jpg

 

Puis suit le « gloria », car « on ne s’en va pas sur une jambe ». Si on n’a pas eu encore le courage de fuir, vient le « coup d’pied au cul » et, juste au moment de partir, la « déchirante », la « goutte de la patronne » celle qu’on boit le cœur gros au moment de se séparer, « d’la vieulle », la « bouteill’à la maîtress’ », réputée meilleure, qu’elle sort du fond de l’armoire et qu’il serait particulièrement impoli de refuser.

Enfin, vient le « coup d’l’étrier », servi au moment où le convive est supposé prêt à monter en voiture.  

Liturgie du calvados 1.jpg

Si vous quittez la table en titubant, vous aurez fait plaisir à vos hôtes. Si au contraire, vous repartez d’un bon pied en laissant tomber quelques mots sur ce calva très goûtu mais peut-être un peu trop jeune (il l’est toujours), vous aurez fait leur conquête. »

 

 

Article extrait de « Vivre et mangers normands » de B. Leroux et C. Quétel –Ed. I.D.P. Paris 1983.

19/12/2012

On a bu et mouegé jusqu’au nou Gabrié !

Voici une expression bien normande qui venait à la bouche des paysans lorsqu’ils sortaient d’un repas de fête servi selon les bonnes règles de la générosité, c’est-à-dire des plus copieux : « On a bu et mouegé jusqu’au nou Gabrié »,  "on a bu et mangé jusqu’au noeud Gabriel !" 

NORMAND.JPG

Dans son « Glossaire du patois normand » Louis Du Bois (1773-1855) définit ainsi le « nœud Gabriet » : « le cartilage tyroïde, que quelques personnes appellent la pomme d'Adam, avec autant de fondement qu'elles prétendent que l'homme a une côte de moins que la femme. »  

POMME D ADAM.jpg

La pomme d’Adam, c’est, selon la tradition biblique, le fruit défendu qu’Ève a fait consommer à Adam et qui lui serait « resté en travers de la gorge ».

Si on en croit une légende du pays d’Avranches, l’origine du « nœud Gabriel » est autre. Il vient du jour où Adam voulu entrer au Paradis terrestre et qu’il se présenta à sa porte. L’ange Gabriel, fort pressé ce jour-là et de méchante humeur, l’aurait renverser et, en le terrassant, lui aurait fait une saillie au cou, saillie qu’il conserva et bien sûr nous transmis !

 

 Biblio. "Normandie - Almanach de la mémoire et des coutumes" de C. Tiévant - Hachette 1982

 

25/01/2012

Le horsain, un gars pas « d’cheu nous »

Horsain : voilà un mot du langage courant normand ! Le horsain, c’est pour un normand, celui qui ne l’est pas, qu’il soit né dans un autre pays normand que le sien ou totalement étranger à la Normandie.

Le terme n’est pas seulement masculin (au féminin, ça donne horsaine) ni seulement négatif : il est souvent utilisé de façon affectueuse voire un peu moqueuse.   

Normandie.jpg

Sur un plan étymologique, le mot « horsain » (prononcez « horzin ») se serait formé au XIIIe siècle à partir du mort « forain » (du dehors), lui-même issu vers 1155 du bas latin « foranus » (qui dépasse au dehors), du latin classique « foris » (de-hors) employé comme préposition en latin (hors).  

Horsains.jpg

Utilisé par une grande partie des locuteurs de la langue d’oïl, ceux du nord de la France, le terme s’est ensuite restreint à un usage normand.

« Nous sommes au cœur du pays de Caux… Mais voilà, je ne suis pas cauchois, je n’ai pas vu le jour sur le plateau, comme ma mère. Je monte de la grande ville que j’ai quittée ce matin. Je suis un horsain : un étranger » écrivait le plus célèbre de nos horsains, l’homme d’Eglise Bernard Alexandre (1918-1990) dans son livre « Le Horsain, vivre et survivre en pays de Caux ». 

lehorsain.jpg

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet et au site « Lexique normand, les Amateurs de Rémy de Gourmont »